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LIBERA ME de Karin Kallmaker aux éditions KTM
par lulu galipette le 9 Janvier 2006 dans Art et Culture / Livres
6 commentaires


compte rendu d'une lecture surprenante!

LIBERA ME de Karin Kallmaker aux éditions KTM, 2003, 201p, titre original Wild things, traduction de l’anglais (Etats-Unis) Nina Yakushova

OuHa ! Que d’émotions ! Je sors à peine de la lecture de ce livre que me voilà me précipitant pour en faire brièvement le récit.

Personnages / histoire

Les personnages sont complexes développés au travers de fines analyses psychologiques, ce sont des caractères forts et nulle part ne se brise le sentiment de crédibilité qui en émane. Les éléments dont ils se composent ne sont révélés qu’au fur et à mesure que monte la tension dramatique.
D’une part, nous avons Faith dont le nom programmatique annonce qu’elle est habitée par une foi profonde. Elle a été élevée dans une famille d’immigrés polonais, très croyants, avec un père placeur à l’église du quartier, le plus totalement conservateur, et hermétique à toute forme d’argumentation qui soit. Une mère parfaitement rigoriste et aigrie. Un frère anciennement membre de la Navy soignant de graves brûlures, et une sœur déjà reniée par sa famille pour avoir…- ciel mon Dieu pourquoi nous as-tu infligé pareille honte ! – épousé un homme juif et avoir eu un enfant avec. Nous voilà bien partis. Cependant, Faith, gagnée par la passion de l’histoire et professeur d’université a su se délivrer peu à peu de l’emprise étriquée de ses parents, bien qu’à trente quatre ans, elle vive toujours chez eux, sans cesse soupçonnée du pêché de chair avec un homme qu’elle fréquente pourtant totalement platoniquement…depuis vraiment longtemps.

De l’autre côté, nous avons Syndney (hé oui, je sais Sydney et Faith ! et là moi je dis c’est quand même super dur de faire abstraction pendant tout le roman de Sydney Bristow et Faith de Buffy… !) future élue du parti politique le plus important du pays, alcoolique et nymphomane repentie, ayant juré pour réussir de se transformer en glaçon irréprochable.

Faith est hétérosexuelle. C’est sûr. Bon elle se rappelle bien qu’un jour elle a été à la merci sexuelle d’une femme qui faisait d’elle ce qu’elle voulait, mais c’est bon, elle s’est repentie et a été absoute. Sydney est Zero-sexuelle. C’est sûr. Elle ne va pas remettre ça et fiche huit ans d’abstinence en l’air avec sa carrière politique.

Là…je ne sais pas vous, mais quand même, on se doute bien de ce qui va se passer très probablement dans la suite de l’histoire… alors je n’irai pas plus avant dans mon récit, mais sachez….que….ouhaou ! et bon, c’est quand même un peu plus compliqué que ça mais il va falloir aller le lire si vous voulez tout savoir !

Pistes de réflexion et thématiques

Evidemment, là les principaux jalons sont lancés : l’alcoolisme est abordé avec sensibilité, la rédemption et la possibilité de changer, ce que spirituellement il peut en coûter, la difficulté de concilier l’homosexualité et une identité fortement chrétienne, la difficulté de parler, la mort et la douleur à travers les personnages secondaires, travaillés aussi, le monde politique ultra bright, l’histoire à travers l’apparition répétée d’Aliénor d’Aquitaine et d’autres femmes de pouvoir ayant fait bouger les mœurs et trouvé la force de s’affirmer. Comme ça, ça à l’air un peu noir, et malgré tout l’auteure fait rire, parce qu’elle compense habilement tout ce qui est important du point de vue de la réflexion par tout ce qui ne l’est pas moins du point de vue d’un plaisir constant pris à la lecture (romantiques, ne pas s’abstenir!!!)

Ecriture :

Le roman entier n’est pas dépourvu d’un certain recours au sens de la tragédie antique avec non pas un mais plusieurs Apex et moments attendus de tensions très fortes (Et ciel, qu’est-ce que ça fait du bien quand ça explose… !!!). Le fait que Karin Kallmaker retrace sans cesse la vie de certaines grandes femmes de l’histoire pour les relier à Faith n’est pas sans apporter une certaine patine médiévale, ni une certaine noblesse à la construction de l’intrigue. L’écriture comporte des passages ou la narratrice est omnisciente et traite des rencontres et réflexions des personnages en sachant nous délivrer toute leur complexité, d’autres traités à l’aide de la première personne et qui permettent de goûter à la profondeur du désarroi, du désir, des émotions, de la pudeur, des refus violents, ou des cheminements complexes de ces deux femmes attachantes. Une alternance qui permet d’entrer dans de nombreuses subtilités au niveau des personnages, une plume affûtée qui ne dévie jamais de son objectif et passe avec aisance et efficacité des récits historiques, aux passages érotiques, des dialogues parfois tendus sur des sujets sensibles, aux scènes romantiques les plus attendues (et cependant pas assez pour que l’on cesse d’y prendre le plaisir enfantin de la découverte). On sent une auteure maîtresse de son art, et soucieuse de garder une tension et une qualité permanente dans l’écriture. (Ceci étant sensible bien que le livre soit traduit)
Je ne résisterai pas à vous donner le goût de ce roman en vous en citant un bref passage, qui je l’espère vous rendra sensible ce savant mélange de tension et de détente !

« Nous prîmes le café dans le salon. En m’asseyant sur le canapé, je vis que Nara me dévisageait.
- Qu’est-ce qui se passe ? J’ai de l’épinard coincé entre les dents ?
- Non. C’est juste que tu ressembles à quelqu’un dont j’étais proche lorsqu’elle avait ton âge.
- Qui ?
- Une ancienne amante, Diane.
J’ai du avoir l’air un peu abasourdie. Nara avait l’âge d’être ma mère, et je n’avais jamais imaginé que des femmes mûres pouvaient être lesbiennes. Je me suis alors sentie parfaitement idiote.
- Je t’ai choquée, dit-elle. Je suis désolée, mais je croyais… Enfin, je suis désolée, c’est tout. C’est juste que tu lui ressembles un peu, lorsqu’elle avait ton âge. Les yeux, surtout.
Je me sentais si bête que je restais muette
- Je devrais peut-être m’en aller, finit par dire Nara. Elle posa son café d’un air déçu.
- Ce n’est pas toi, parvins-je enfin à prononcer. C’est moi. Je ne sais plus ce que je suis, laissais-je échapper. Je veux dire…Je sais ce que je suis. Je ne veux pas être comme ça.
Elle me regarda d’un air solennel puis dit :
- Et pourquoi donc ?
Je m’aperçu que si je lui disais que je pensais que c’était un pêché, que j’allais brûler en enfer, que ma foi me condamnerai, , que c’était contre nature, alors je dirais tout cela à son sujet également. […] Je ne voulais pas qu’elle croie que je la condamnais, elle, alors que c’était moi que je condamnais. […] »

LIBERA ME de Karin Kallmaker éditions KTM, 2003, 201p, titre original Wild things, traduction de l’anglais (Etats-Unis) Nina Yakushova





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