A déconseiller aux moins de 16 ans ! Dans un louable souci d’approfondir ma culture gay militante, je me suis acheté ça :
La finlande, terre de contrastes : Vous connaissez Tom of Finland ? de son vrai nom Touko Laaksonen, ce brave gars naquit en 1920 en Finlande (je parie que vous l’auriez deviné), et en ce temps là la vie c’était pas rigolo tout les jours.
Très jeune, il prend conscience de son homosexualité et se met à dessiner ses fantasmes secrets, des bûcherons, des paysans et autres archétypes de la virilité, mais ses dessins ne sont jamais explicites.
Puis vient la guerre : le pays est occupé par les russes PUIS par les allemands (suite à une alliance pour se débarrasser des russes).
Or il n’est rien de plus attirant pour le jeune Touko que les uniformes (a tel point qu’enfant il dort en portant des bottes !) , et les grands gaillards virils. Pendant cette période, Touko passe donc moins de temps à porter l’uniforme qu’à l’enlever, et sa sexualité s’épanouit pleinement.
Vient la fin de la guerre : nous sommes dans les années 45-50 et dans le milieu gay d’Helsinki l’homosexuel ne peut se concevoir que comme une grande folasse gynoïde.
Touko se retrouve en plein désarroi : malgré son travail reconnu de dessinateur publicitaire (tiens comme Warhol !) sa vie privée est en berne !
Il se projette donc dans l’imaginaire, et affine son style caractéristique.
Il transfère notamment le caractère érotique des uniformes allemands ( franchement discutables d’un point de vue moral, c’est d ‘ailleurs l’une des controverses qui persistent encore autour de son œuvre même il s’est toujours défendu d’avoir la moindre sympathie pour le nazisme ou l’extrême droite) vers les motards, dont les casquettes de cuir et les pantalons moulants sont en train de devenir un nouvel archétype gay (lequel prendra une sacrée baffe dans la tronche avec les navrants village people mais ça, je pense que c’est la Camilla qui vous en parlera mieux que moi !)
En 1956 il envoie quelques uns de ses dessins au magazine américain « Physique Pictorial » spécialisé dans les photos de culturistes en suspensoir.
En 1957 il fait la couverture.C'est le succès.
L’éditeur du magazine, Bob Mizer, lui donne vers la même période un pseudonyme plus exotique, faisant ressortir le caractère nordique du créateur et de ses créatures : Tom Of Finland est né.
Le livre : Taschen édite ici un très joli coffret (la packaging est d’ailleurs ce qui a attiré mon attention au début) de cinq mini livres (format 10*15 cm) à la couverture noire et dorée assez classieuse dans un étui de carton illustré.
L’éditeur remarque avec tact sur son site internet que c’est le format idéal pour être tenu dans une main. Je m’abstiendrai de tout commentaire.
Ce coffret reprend sur environ 900 pages une anthologie des meilleures planches de Tom de 1946 à 1986 , tout en « récits complets » comme dans pif gadget. Cependant il n’y a pas de gadget dans la boite.
Le papier glacé de bonne qualité (le premier qui demande s’il est lavable se prend un rateau dans le tête), reliure cousue, un bel objet vraiment, et très ludique à manipuler (ça rappelle un peu les « bibliothèque verte » de notre enfance).
Et de quoi ça parle ? De cul. Navré d’être aussi abrupt mais ce n’est que du cul tout le long ! Cependant on note plusieurs éléments.
-c’est pas plus choquant que du porno hétéro, en plus comme c’est de la bd ça reste complètement fantasmatique (même si au milieu y’une histoire SM assez lourdingue).
-C’est plein de gags débiles (genre une brave dame toque à la porte d’une cabine téléphonique et voit en sortir TROIS hommes l’air satisfait)
-Y’en a pour tous les goûts, même si Tom dessine toujours plus ou moins le même type d’homme, vous pourrez lire des histoires de cow-boys, des aventures urbaines, un détournement d’avion, des trucs dans la jungle…(j’adore d’ailleurs les aventure de Jake, le pseudo-tarzan gay qui gratouille au passage un genre de Cheetah mâle pourvu d’un bicouli vachement anthropomorphe !)
-Tout le monde a l’air vachement content ! On voit vraiment le côté « Pride » dans cet univers hédoniste et décomplexé, peuplé de dieux grecs dont la seule préoccupation est de faire plein de choses avec plein de monde, un éternel sourire aux lèvres.
Bon, question d’opinion je trouve quand même qu’il sont anormalement dotés par la nature, mais bon, ça relève du côté fantasmatique de la chose.
D’autre part, je sais pas ce qu’ils mettent dans leurs poches mais ça déforme tous les pantalons !
Bref : un bel objet, mais à réserver à un public averti.et en plus c’est pas trop cher (dans les 30 euros)
Pour finir, une citation de Tom reproduite sur la couverture, ça vous donnera une idée de l’acabit du truc :
« if I don’t have an erection when I’m doing a drawing I know it’s no good »