auteure :
VERONIQUE BREGERtitre :
EN SOUVENIR DE DEMAINEditions :
KTMParution :
mai 2006 Après
Champ contrechamp déjà apprécié ici, Véronique Bréger, (qui manifestement doit tenir à son intimité puisque nulle part sur le web on ne trouve son visage ! Je ne sais pas vous mais moi, je suis toujours curieuse de connaître la tête des romancières lesbiennes…m’enfin rassurez-vous si vous courrez acheter
le livre, vous la verrez !) nous livre son nouveau roman, dont le titre aurait pu inspirer les scénaristes de James Bond : «
En souvenir de demain » aux éditions KTM.

Bon j’avoue je trouve que le titre pose un peu. Mais vite vite, entrons dans le roman !
Il s’ouvre sur une date un peu étrange : le 6 juin 2063. Et puis il saute en 2488 au second chapitre. Ca alors ? Un roman lesbien d’anticipation ??? Chic alors, voguons vers de nouveaux sextoys révolutionnaires ! Des soucoupes volantes ! Des habits en cuir à la Aeon Flux ! Des filles sexy qui ressembleraient approximativement à ceci :

Je ne vous cache pas que j’augure bien des romans d’anticipation. D’abord parce que pour parvenir à faire tenir un monde inconnu sur pattes, il faut avoir un certain génie littéraire, maîtriser comme un dieu les ficelles de la description, et faire preuve d’un solide dose d’imagination. Le tout couplé avec des lesbiennes ! Ce ne peut qu’être une heureuse initiative qui nous ferait sortir des sentiers battus et des dialogues mielleux comme un loukoum à la rose des éditions Harlequin, qui approximativement pourraient ressembler à celà :
«Tout doucement il souleva Kalli dans ses bras et s`assit à sa place sur la balançoire avant de l`embrasser passionnément. Une douceur inouïe fondit sur Kalli une joie immense l`envahit débordante incontrôlable. Elle ne rêvait pas. Ou plutôt son rêve était devenu réalité.» Que n’avait-ce été fait plus tôt ? Poursuivons, poursuivons ! Le début du roman est presque militant, Emma Tsanis, chroniqueuse de l’histoire, vit dans un univers géopolitique bouleversé par une catastrophe naturelle de grande ampleur. Moins d’humains, on ne mange plus des hamburgers mais des Nems, Yourcenar et Sand sont devenues des ruines quasi archéologiques bref c’est fort distrayant. Emma assiste rapidement à une vente aux enchères durant laquelle elle tombe sur la couverture d’un ouvrage dont le texte entraperçu déclenche en elle une violente émotion. L’œuvre hors de prix lui échappe, mais suscite un voyage en Grèce durant lequel elle n’aura de cesse de retrouver tous les indices pouvant mener à la reconstruction de la vie de l’auteure. Mais d’ailleurs qui est son auteure ? Et quel lien mystérieux entre elle et Emma l’empêche d’arrêter son périple ?
Le voyage commence…
A partir de là abstenez-vous de lire la suite si vous tenez à préserver votre intégrité de lecteur tout neuf, moi je continue ma petite critique ! Le voyage commence… et c’est là qu’à mon sens débutent les ennuis pour Véronique Bréger. D’un monde légèrement futuriste, nous atterrissons dans une Grèce qui a encore tout en commun avec celle d’aujourd’hui, C'est-à-dire que l’anticipation cesse complètement. Le tout est éminemment champêtre et mâtiné de spécialités culinaires fort écolos, on sent bien le vécu, mais moi je reste sur ma faim…et puis ce n’est pas tout, Emma voyage d’île en île, on se ballade en somme, tranquillement. Trop. Je crois que de tout le roman nous ne croisons pas une seule femme hétérosexuelle (cela fait-il partie du futur ? pourtant il y a un homme, et quel homme !) ce qui devient donc prétexte à fort agréables distractions amoureuses, mais sans surprises. On est bien obligées de retourner à ce qu’on avait délaissé au début :

Seule l’intervention d’extraits de textes « antiques » du début du XXIeme siècle, de qualité supérieure nous maintient éveillées et nous fait espérer, qu’enfin….
Mais le périple littéraire lui ne s’arrête pas là. Il fallait que le roman rebondisse, et c’est le cas là où tout se dénoue subitement dans un style cousin d’Indiana Jones. Fusillades, course poursuite effrénée !

faut-il croire que si l’héroïne passe d’îlot en îlot nous passons de notre côté de genre littéraire en genre littéraire ? Je m’interroge encore. Mais je me dis pour conclure que le livre était très ambitieux, et que tenir ainsi le lecteur en haleine à la croisée des genres littéraires était un pari peut-être un peu risqué pour véronique Bréger. Quelque part les horizons d'attentes sont déçus.
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= mélange fort bizarreSans doute le projet aurait-il nécessité plus de maturation, ou plus d’humilité…tant il est vrai que même les maîtres de la fiction, ou du roman noir, ou du roman rose marchent sur des œufs dès qu’il s’agit de mixer le tout….C’est pourquoi jamais nous ne verrons Mulder embrasser Scully ! Mais ne boudons pas notre plaisir, cet opus augure bien de la future carrière littéraire de Mme Bréger, et en tout cas de ses ambitions en matière de roman lesbien !