C’est le bouquet auteure : Frankie J Jones.
Editions KTM, 2006
Je n’aime point trop les bouquins qui débutent par des remerciements qui pourraient presque faire office d’explications… on a assez pesté contre les préfaces. Il n’empêche que du coup, avant même de commencer la lecture de ce livre, on se rend compte du boulot qu’il y a derrière et de la galère que c’est d’être obligé de tout reprendre, de tout balancer, de tout recommencer, de tout repenser. Il est d’ailleurs curieux que je le note puisque moi-même au cours de mes études, j’en ai fait les frais et que n’importe quelle personne un peu rigoureuse qui s’essaie au jeu de l’écriture s’en rend compte rapidement. Toujours est-il que durant la lecture moi qui suit déjà très très méchante d’habitude j’ai été encore plus attentive au jeu des enchaînements et aux stratégies narratives de Mme Frankie. Alors vous voulez tout savoir ?
L’histoire est celle….faisons bref. On a des lesbiennes, et on a une histoire d’amour. Evidement on prend son pied dans ces histoires romantiques surtout tant que les filles couchent pas ensemble. Que voulez-vous ? Les lesbiennes sont lubriques. Ou pas. Ensuite il y a la scène de sexe, inévitable, et dans cet opus un petit truc en plus ! Le Coming out.

Le jeu du bouquin là est très très Shakespearien, et tire sur toutes les ficelles pour différer ces deux moments cruciaux en multipliant à l’infini les obstacles. Sincèrement je n’en aurais pas imaginé autant moi-même ! Et je peux vous dire qu’il y en a !! des cocasses, des tragiques, des militants, des littéraires, des médicaux, des financiers, des roses des jaunes et des bleus ! L’intrigue se déroule dans une fleuristerie (hooo Word ne dit rien ! ce mot existe vraiment !) tout entre femmes, il y a juste un mâle gay au milieu qui a bien du mal à se tirer des situations inextricables dans lesquelles toutes ces femmes le plongent. C’est donc sympathique d’autant que je vous dirais que le dénouement dont j’étais certaine à la page 73 (l’instant magique durant lequel on se dit qu’on sait ou ça va finir) n’a pas été celui que je supposais.
Le bémol maintenant. C’est que si le livre est agréable et qu’on sent une véritable volonté de bien faire, il reste un peu laborieux. L’auteure a du tellement bosser qu’il en perd un peu de spontanéité et fraîcheur, on sent pendant la lecture les obstacles vaincus un par uns, un souci de ne pas sauter les étapes, d’écrire sans précipitation de retoucher les dialogues, de faire durer le suspens. C’est très bien fait, mais voilà. Un peu long aussi. Je connais tout sur les détails de la plantation des roses trémières et les livraisons de bouquets.
Il faut donc espérer que Frankie J Jones saura s’émanciper un peu plus et écrire de façon plus enlevée son prochain roman, mais comme il semble que ce soit « l’une des auteures de romances les plus prolifiques de la littérature lesbienne anglo-saxonne » (4e de couv’) on peut s’attendre à en lire d’autres !