Une autre vision du monde gay et lesbien.
Moins de stéréotypes, plus d'information.

Bulletin rose, Le Cy nouveau est arrivé!

le nouveau Cy Jung en quelques lignes!


Bulletin rose, Cy Jung, Editions Gaies et lesbiennes, collection Le Bonheur est à tout le monde, 2005, 142 p.

Le Cy nouveau est arrivé! Quand on l’attrape, d’abord on savoure la couverture pastel qui rappelle le goût des fraises tagada, de la barbe à papa ou des pommes d’amour, ce sera sucré, un peu de douceur dans un monde de brutes. Dessus deux femmes stylisées s’embrassent sous les yeux amusés d’une Marianne, si j’en parle je n’aurai pas trahi le lourd secret du dénouement, gageons que si le romantisme est convenu…c’est qu’autre chose se joue ailleurs…

Comme souvent chez Cy Jung, nous retrouvons deux femmes de tête, dans le monde cruel et machiste, de la politique. Evidemment, les obstacles sont dès le départ légions : Claire, est en couple, Florence est hétérosexuelle, et le tout se joue sur fond de campagne électorale et de fête du cochon. Tout notre plaisir tiendra dans les trésors d’ingéniosité déployés par l’auteure pour tendre au maximum la relation entre les deux, multiplier les occasions ratées, les rapprochements esquivés, les silences embarrassés, les coups de théâtre, et attiser l’avidité des lectrices. Car finalement, dans ce genre de littérature, l’exercice est ultra convenu et la marge de liberté, relativement faible, ne peut s’exploiter que dans l’humour…ou les scènes frivoles décalées et inattendues qui feraient presque dérailler avec bonheur la machine vers l’incongru et le licencieux.

On ne sera donc pas surprises de trouver d’une part quelques ficelles éculées : l’indémodable coup de la panne, doublé de l’inévitable « massage en toute innocence », et mesdames, je m’emballe, je n’en dirai pas plus ! N’insistez pas ! Je suis sure qu’on vous a fait les autres aussi ! Et d’autre part un enchaînement soudain de scènes érotiques vaudevillesques fantasmatiques qui font basculer l’ensemble plus vers la comédie sexuelle débridée que vers le roman sentimental bien pensant.

On verra donc Florence s’éveiller à l’homosexualité avec des fantasmes torrides qu’elle n’aurait jamais cru possibles même avec un membre (!) du sexe opposé, des lesbiennes en roue libre devenir incapables de réfréner des réflexes de séductrices de bazar, des pensées baladeuses s’échapper hors de contrôle de ces deux têtes qui feront leur possible pour reclasser leurs idées par ordre de taille et de couleur, les plus convenables en avant, en mettant en œuvre les plus ingénieux subterfuges pour échapper à leur désir naissant. L’originalité réside en l’avortement programmé de nombre d’espoirs (et de désespoirs…) que le roman sentimental fait miroiter à l’horizon, et ce ne sont dès lors que successions de savants slaloms de self contrôle de personnages et d’auteure, en situation de tentation extrême, dont on ne pourra s’empêcher de sourire tant l’évidence s’impose à l’esprit ravi des lectrices que nous sommes.

Une question j’en suis sûre vous brûle désormais les lèvres : mais alors ? Comment peut bien se finir un « massage en toute innocence » ? Hé bien je ne vous le dirai pas, mais sachez qu’on y apprend …un nouveau mot !


Un petit extrait ? Mais petit hein ! :

« Elle laissa sa phrase en suspens : elle était incapable de dire ce qu’elle ressentait tant cette sensation de bien être lui était inconnue. Elle avait le pressentiment qu’il s’agissait tout simplement d’une forme encore ignorée de désir. De désir ? Mais de désir pour qui ? Florence ne voyait pas. »
Bulletin rose, Cy Jung, Editions Gaies et lesbiennes, collection Le Bonheur est à tout le monde, 2005, p.67.
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