Une autre vision du monde gay et lesbien.
Moins de stéréotypes, plus d'information.

Je sais qu'ils savent

Je me décide enfin à poster l'histoire de mon coming-out quelque peu original. En effet, mes parents ne l'ont pas su de moi, et ils m'ont caché le fait qu'ils savent. Mais quand j'ai su qu`ils savaient, j'ai caché le fait que je savais qu'ils savaient...


Lundi 8 août 2005.
Zut, ils le savent déjà. Sans que je leur ai dit. Moi qui m'étais fait un super film, pour quand je leur dirais ! Hélas non, je pourrais jamais venir dans le salon un soir, pendant que mes parents sont devant la télé, et leur balancer "Hey Maman, Papa, je suis gay. Un pédé, une tante, une tarlouze, une pédale, une tata, un homosexuel, un momosessuel, quelqu'un de l'autre bord, un enculé, une tantouze, une lope, un sodomite, une lopette ... quelqu'un de la jaquette quoi."
Non, rien de tout ça. Zut alors.

Racontons donc.

1er août, je pars en vacances pour une semaine. Le lendemain de mon départ en vacances, mon père a allumé mon PC pour configurer notre modem, et tout en cherchant le CD de configuration dans un des tiroirs, il est tombé sur des cartes postales au contenu douteux envoyées par des gens forcément pas hétérosexuels. La lecture de ces cartes finies, mon père lève la tête vers l'écran et là, ô surprise, que voit-il affiché en gras sur l'ordinateur ? Une pub pour Têtu Plage, dans mon mail. Bah vi, j'ai mis Firefox en démarrage de mon PC, avec mon mail en page de démarrage. Pas malin sur le coup.

Récapitulons : carte postale d'un mec torse nu avec des textes débiles genre « cache ça à ton papa et ta maman huhu » + mail de Têtu = fils homo. Mon père déduit vite et bien.

C'est donc ainsi qu'ils surent.

Une semaine plus tard, je rentre des vacances. Pendant ces vacances, j'ai eu l'occasion d'avoir mes parents au téléphone, le papa comme la maman. Rien n'a pu me faire croire qu'ils savaient. A la rigueur un sursaut d'affection de la part de mon père, qui voulait soudainement me parler lundi au téléphone, ce qui m'a étonné, car il est pas du genre à montrer ses sentiments.

Comment j'ai su qu'ils savaient pour moi ? Je l'ai appris via mon petit frère, qui m'a envoyé ce sms :
"Prepare toi a avoir une surprise pas cool du tout ce soir."
Rien de plus. Quel con. De quoi réveiller la parano. Heureusement, j'ai été fixé quelques heures plus tard.

Il s'avère que mes parents arrivent pas à me dire qu'ils sont au courant pour moi. Enorme. Le monde à l'envers. Le coming-out, ce n'est plus moi qui doit m'en occuper. Trouver le moment adéquat, les mots qu'il faut, toussa ... Ce n'est plus à moi de m'en soucier, ce sont mes parents. Ca faisait plusieurs jours apparemment depuis mon retour qu'ils essayaient de trouver un moyen de me le dire.
Un retournement de situation qui me fait bien sourire.
Je suis d'autant plus heureux que si ils sont comme ça, c'est qu'aucun ne l'a mal pris (enfin pas vraiment), que je me suis fait des films depuis des mois pour rien (surtout en ce qui concerne ma mère), et tout et tout.

Le problème, c'est que ça je ne suis pas censé le savoir, car c'est mon petit frère qui me l'a annoncé ! Donc je ne peux pas faire le premier pas (bah oui, c'est quand même plus facile de se lancer quand on sait qu'ils savent qu'on sait qu'ils savent qu'on sait qu'ils savent qu... nan quand on sait qu'ils savent). Faut que j'attende que eux viennent me dire « Kévin, on sait que tu te prends des b**** ». Ou un truc moins trash. Ouais, sûrement, c'est des parents, ça parle bien un papamaman.

3-4 jours passent, où chacun se tourne en rond, moi lançant des perches à tout va, mes parents hésitants à les attraper.

Puis un jour, d'un coup, ma mère me demande de venir avec elle pour donner à manger aux chats des parents de la petite amie à mon grand frère (vous suivez ?) qui sont en vacances. Proposition bizarre. Ok, je viens, je dis.

Sur le trajet du retour, grande inspiration, et d'un coup ma mère me dit "Kévin, faut qu'on parle d'un grand sujet". C'était lancé. Je pensais le faire devant elle et papa le soir-même, mais elle a été plus rapide.

Ca c'est plutôt bien passé, même si en fait elle se refusait à le croire tant que je lui avais pas dit mot pour mot. J'ai eu les éternels "c'est de notre faute ?", des trucs comme ça, bref une vague tendance à dramatiser la chose hi (comme moi avant de leur dire en fait).

Bon, en ce qui concerne mon popa, arrivé à la maison quelques minutes après que nous soyons rentrés ma mère et moi, y'a rien à dire. On dirait que lui il l'a pris méga bien limite, il m'a dit "ta mère aura du mal, mais moi ça fait des années que je m'étais préparé à cette éventualité. Pas que j'aie des doutes, mais ça pouvait arriver, pis y'avait aussi des docs à la télé (merci m'sieur Delarue !) avec des réactions des parents et tout ...". Bref mon popa lui limite depuis qu'il l'a su, c'était bon. Comme ma mère il saute pas de joie hein, mais ça lui pose aucun problème.

Et depuis ce jour, je n'ai plus à m'inquiéter des parents, de cacher des choses dans ma chambre, de mater en cachette des séries où ils disent le mot "gay" dedans (et de mater des pornos avec le son à fond) ...

Plus d'un an plus tard par contre, le bilan est en demi-teinte. La situation n'a pas beaucoup changé. Ma mère pensait finir par l'accepter après quelques mois. Un an après, le mot « gay » la fout toujours aussi mal à l'aise, lui fait pousser des soupirs et sortir une cigarette.
Et pourtant, Dieu sait qu'elle fait des efforts. Quand j'ai eu mon copain, elle a été claire : interdiction de l'amener à la maison en sa présence tant qu'elle ne serait pas prête. 4 mois après, elle a fini par l'inviter à un repas pour mon anniversaire et le courant est bien passé, elle l'apprécie. Elle lui a même offert des trucs, la folie ! (Vous connaissez pas ma maman, c'est une juive \o/).
Je la vois lutter contre son éducation, qui la pousse à ne voir que le côté sexuel de la relation entre mon chéri et moi (« Mais vous occupez comment vos journées ? ») et ne comprend pas que finalement, un couple gay fonctionne comme un couple normal. Elle s'excuse de ne voir que comme ça, elle a du mal, mais elle fait des efforts.

J'espère donc qu'un jour la pilule lui passera complètement. Le principal c'est que mes parents soient contents pour moi, m'aiment toujours (j'le sais, je reçois encore des sous d'eux des fois !), et ne s'amusent pas à me mettre des bâtons dans les roues sous prétexte que je ne suis pas « normal » (j'avoue, je paranoisais là dessus). Et d'autres trucs niais mais j'ai pas envie de faire la liste.
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