Une autre vision du monde gay et lesbien.
Moins de stéréotypes, plus d'information.

Après le départ de quelqu'un qui compte

Les événements importants qui ont suivi la mort de ma mère. Quand votre famille vous entoure, le deuil devient un moment d'apprentissage et une leçon de soutien


Hello !

Suite à des discussions avec un très bon ami, ce récit m’est revenu en mémoire. Alors certes, ça n’a pas grand-chose à voir avec l’homosexualité, c’est le récit d’un deuil, celui de ma mère. J’ai eu envie de partager ça avec vous, malgré tout. Si ça n’a pas sa place ici, mais sur un blog, libre à vous de ne pas le valider.
Ce qui suit est une lettre que j’ai écrit à un très bon ami cet été.


« Mon ami aux envies quelques peu macabres semble aller mieux. Je crois en effet qu'il était assez loin du passage à l'acte. Je vais quand meme continuer à veiller sur lui et à le surveiller de près. Je suis soulagé qu'il vienne me voir bientot, on pourra en parler calmement. Merci encore de m'avoir rassuré ce jour là, je ne savais pas du tout dans quelle mesure il fallait s'alarmer. Je n'ai jamais été confronté aux suicidaires. Ma mère l'était lorsqu'elle était en phase terminale de son cancer, mais je ne l'ai appris qu'après sa mort (naturelle, pas volontaire), car elle n'en parlait qu'à mon père (le pauvre, d'ailleurs : il nous a expliqué qu'elle lui demandait de l'achever en l'euthanasiant (mon père est médecin, donc c'était en son pouvoir de faire ca). Enfin faut dire, elle souffrait tellement sur la fin).

Tiens je ne sais pas pourquoi, à évoquer ces faits j'ai envie de te parler de la mort de ma mère. C'est idiot mais ca me vient. Peut etre parce que j'ai trouvé tes récits à toi lourds de sens, je ne sais pas. Enfin je ne vais pas m'étendre bien longtemps. C'est juste que je me rappelle avec émotion et tendresse le jour précédant son décès et le jour de son enterrement, car aussi paradoxal que ca puisse l'etre, ce furent deux très bonnes journées :

J'avais une peur panique d'apprendre la mort de ma mère (on ne nous avait pas expliqué qu'elle était condamnée, ca seul mon père en avait recu l'information brute, mais nous l'avions tous implicitement compris) en plein milieu d'un cours à Louis le Grand, sans avoir pu la voir une dernière fois quelques heures avant, ou lui parler la veille. Fort heureusement, ca ne s'est pas produit comme ca du tout. Elle est morte pendant mes vacances de Fevrier 2004, donc j'avais pu la voir et parler avec elle pendant toute une semaine. Et surtout, surtout, pendant cette semaine où j'étais là, son état de santé s'était un peu amélioré : elle qui avait complètement perdu l'appétit recommencait à manger, elle avait moins de reflux muqueux dans les bronches, et elle semblait fatiguée, mais moins dépressive qu'avant. La journée d'avant sa mort (celle que j'appelle "la bonne journée"), elle avait meme été souriante, et tout le monde s'était accordé à dire qu'elle semblait mieux se porter. Elle avait visionné avec mon père un reportage sur l'oreille absolue durant l'après midi, et elle avait évoqué avec lui en souriant les premières années de mon cursus au conservatoire, où elle me faisait faire avec assiduité mes 3/4 d'heures de piano par jour (avec une infinie patience face à l'enfant turbulent et enteté que j'étais alors :p !). C'était vraiment le coeur plus léger que j'étais allé rendre visite à des amis ce soir là.

Le lendemain, à 05h00 du matin, mon père m'a tiré de mon lit pour me dire qu'elle était morte dans son sommeil à l'hopital. Doucement, donc, et pas étouffée dans le muqus de ses bronches, comme on craignait tous que ca arrive prochainement.
Malgré toute la détresse que j'ai pu ressentir à ce moment là (bien normale lorsqu'on perd quelqu'un d'une telle importance après tout), j'ai tout de suite été reconnaissant au Ciel de nous avoir accordé à tous le départ de ma mère dans ces conditions. Nous avons tous pu lui parler avant qu'elle s'en aille, et cette agonie respiratoire atroce, qui allait survenir dans quelques jours ou quelques semaines tout au plus, n'a finalement pas eu lieu.

Ce sentiment de douceur et de sérénité dans son départ s'est parfaitement ressenti le jour de son enterrement. Ce jour là j'ai pu revoir des tas de gens que je voulais revoir depuis longtemps et à qui il me tardait de reparler. Et ca m'a fait grand bien d'etre le témoin de ce jour là, de constater que c'était davantage avec le sourire de tous les gens qu'elle a connu plutot que dans une étouffante accumulation de regrets larmoyants que son existence ici allait prendre fin. J'ai souris, j'ai beaucoup ri, ce jour où on l'a enterrée. D'ailleurs depuis je ne vais que très rarement sur sa tombe. Ce n'est pas de cette manière que je célèbre son souvenir, parce que justement son souvenir j'ai envie de le célébrer et de le feter, et surtout pas de le pleurnicher. Pour pleinement me rapprocher d'elle, depuis je n'ai besoin que d'un peu de pénombre, de mes yeux fermés et de mes mains jointes, et ca me suffit pleinement à la retrouver.

J'avais également très peur des reves que je pourrais etre ammené à faire après sa mort, je craignais qu'à chaque réveil ce soit un second arrachement. Bien au contraire, chacun des reves que j'ai pu faire a été très apaisant et a contribué à me faire du bien pendant ma période de deuil. J'ai en effet revé d'elle quasi immédiatement après, alors que dans la littérature que j'ai pu lire sur le thème du deuil, il était plutot suggéré que le reve survient la plupart du temps longtemps après la mort et la phase de transition du deuil.

D'une part, dans tous les reves que j'ai pu faire et où elle était présente, il était toujours implicite qu'elle était morte, elle n'était jamais miraculeusement rescucitée. Ce qui me permettait de la voir quand meme, sans achopper à la logique, était un illogisme propre à l'activité onirique : soudainement les gens n'étaient morts que durant la semaine, et pas le week-end, ou bien quelques jours par an les morts avaient une permission, ou quelque chose d'absurde du genre :p ! Je n'ai donc jamais connu les réveils en sursaut en se disant "Ah, si, en fait, c'était faux, elle est bien morte" dont j'avais très peur avant de me mettre à rever d'elle.

Et à chaque fois c'était très apaisant de rever. Il ne se passait pas de choses formidables durant ces reves, c'étaient des scènes de vie et de dialogue ou de partage tout ce qu'il y a de plus commun. Je me rappelle nettement aussi que systématiquement ces scènes se produisaient dans une lumières claire et chaude, comme celle d'un soir en été, et il y avait toujours plein de gens autour d'elle pour l'entourer, exactement comme lors de ses séjours chez nous, lors de ses traitements.

Un seul de ces reves a été très violent, très douloureux et très différent de tous les autres. C'était l'un des premiers. Je n'ai pas envie de le raconter maintenant, peut etre plus tard. Il était, ca j'en suis intimement convaincu, destiné à me faire réaliser quelque chose d'important. Je crois que j'ai compris ce que c'était et que j'ai agis en conséquence. Beaucoup de reves apaisants et calmes ont suivi celui-là. Tiens d'ailleurs, je me souviens pourquoi je pense à ma mère aujourd'hui, ca vient de me revenir. C'est betement parce que j'ai revé d'elle cette nuit. C'était très doux également, et elle était au mieux.

Bon, je vais peut etre arreter là :p. J'ai été content d'évoquer ca avec toi (enfin là je suis davantage en ma propre compagnie qu'autre chose). Ca a aussi rappelé beaucoup de choses de mon passé, mais dans le bon sens : le souvenir de tout ceci est un souvenir heureux, pas du tout morbide ni larmoyant, j'espère que tu l'auras compris en me lisant.

Il est temps que je retourne au travail, j'ai déjà largement dépassé ma pause :p Enfin ce n'est pas trop grave, je n'ai pas grand chose à faire aujourd'hui

Je t'embrasse

Francois »
Cet article est mis à disposition sous un contrat Creative Commons "BY-NC-ND" par Thunder Bird