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Un combat contre la honte...Le parcours vers l’acceptation n’est pas facile, on passe par différents états, et surtout par la honte, la honte d’être différent. Est-il possible un jour de gagner ce combat ?
Enfant, je me destinais à une vie normale, j’étais intelligent, curieux, bref, une fierté pour mes parents. En CE2 j’ai eu une amourette avec une fille, donc à priori, pas d’homosexualité à l’horizon. Quelle erreur !
Comme tous les garçons de mon âge, à l’adolescence, je riais à propos du sexe, c’était l’époque des blagues pipi-caca, de la découverte de son corps. Ainsi, vers 13 ans, j’ai commencé à jouer avec des amis, à des jeux assez osés, j’ai appris à jouer au poker, et on se faisait des strip poker quand ils venaient à la maison et que mes parents n’étaient pas là. J’adorais voir mes amis nus, mais à cet âge-là, je ne me posais aucune question. Il faut savoir qu’à cette époque, pas de puberté encore, mais quand celle-ci est arrivée, je m’en suis aperçu de façon assez brusque. C’était en été, j’avais 14 ans, je partais en vacances avec ma tante pendant le mois d’août. La veille de notre départ, nous avions dormi chez la mère de mon oncle, et n’ayant pas assez de chambres, j’ai dormi avec mon cousin. Seulement il faisait très chaud cette année là, et impossible de dormir avec un pyjama et des couvertures. Soit, nous avons donc dormis nus, dans le même lit. Mon cousin s’est vite endormi, mais pour moi c’était impossible, il était nu à côté de moi et je me perdais dans sa contemplation, jusqu’à ressentir une sensation étrange mais très forte dans le bas ventre, j’essayais d’aller aux toilettes, mais trop tard, je venais d’avoir ma première éjaculation. De retour à l’école, après ces vacances un peu troublantes, je continuais mes jeux débiles avec des amis. Mais un jour j’étais seul avec l’un d’eux, ne sachant pas quoi faire, nous avions inventé un autre jeu, plus osé encore que jamais. Je ne détaillerai pas ce qui s’est passé mais cette relation s‘est transformé en petite amourette, mais pas un véritable amour. Nous nous cachions, bien sûr, c’était interdit, mais ça a duré peu de temps, et lui, le plus lucide de nous deux, décida de me quitter. A l’époque, je ne me posais pas encore la question « je suis homo ? », je ne savais même pas ce que c’était. A vrai dire, je n’ai pas souffert de la situation. Ce n’est que bien après, à 17 ans, que tout a fondamentalement changé. Cela faisait quelques années que je ne m’entendais pas forcément avec les filles (en seconde l’une a fait semblant de vouloir sortir avec moi pour se moquer de moi, sans parler avant ça des railleries du collège, où j’étais le PD, la tapette, la fille de service). J’étais en première, et j’avais un ami, que j’appellerai A., qui jusque là était très renfermé, ne parlait à personne, restait sans arrêt devant sa salle à attendre le début de ses cours… Cet ami a fait son coming-out, et ils ‘est lâché, et a passé alors énormément de temps avec nous, et pour la première fois de ma vie, j’éprouvais un étrange besoin d’être auprès de lui, j’avais envie de le toucher, de lui parler, d’entendre sa voix. J’étais amoureux. Tellement amoureux que j’ai vite fait le premier pas, seulement j’étais en compétition avec un camarade de ma classe, que je détestais avant même de savoir qu’il était gay. Cependant, A. a agi pendant les jours suivants comme s’il était mon petit ami, allant même jusqu’à me présenter à sa mère, qui me considérait directement comme un membre de la famille. Seule ombre au tableau, un déménagement qui se profilait, j’allais quitter la région et ne plus jamais revoir A., et bien sûr, sachant cela, il a préféré rompre plutôt que de continuer cette relation vouée à l’échec. Dans mon malheur, je me suis réfugié sur Internet, sur un site de rencontre, et je me suis alors mis à rechercher des plans sexe, sans vraiment avoir d’arrière-pensée. J’ai été contacté par un homme de 39 ans (soit 22 ans de plus que moi !), et j’ai accepté de le voir. Dans le bus qui m’amenait au point de rendez-vous, alors qu’il ne restait qu’un arrêt, j’hésitais, je ne savais plus quoi faire, devais-je aller jusqu’au bout ? Ma raison me disait de ne pas le faire, mais j’ai appuyé sur le bouton, je suis descendu du bus, et je me suis alors engagé dans une spirale de souffrance. J’ai accosté l’homme, on a discuté, il a vu mon malaise, m’a promis de parler un peu avant quoi que ce soit, mais arrivé dans la chambre d’hôtel, il n’a pas attendu. J’ai eu mon premier vrai rapport sexuel avec un homme qui pourrait être mon père. Jamais je n’avais ressenti un tel dégoût envers moi-même. J’avais honte, honte de ne pas avoir osé arrêter tout ça plus tôt, honte d’avoir menti à mes parents. Et tout devenais plus clair : j’étais indéniablement attiré par les gens du même sexe que moi. Cependant l’espoir ne s’était pas éteint, j’espérais toujours, au fond de moi, avoir une femme et des enfants, vivre une vie parfaitement normale. Mais la réalité me ramenait toujours à ce que j’avais vécu. Et au bout d’un an, alors que j’avais décidé de ne plus recommencer, j’ai recommencé. Je suis retourné sur le site de rencontre, et j’ai rencontré un autre homme, qui lui était obèse, moche, mais plus jeune, et encore une fois je n’ai pas su dire non, et le dégoût et la honte n’en étaient que plus grands. J’étais souillé, j’avais l’impression d’avoir commis l’irréparable. Partout où j’allais je sentais des regards posés sur moi, comme si les gens savaient ce que j’avais fait. Pendant deux ans, j’ai intériorisé, pendant deux ans les questions revenaient incessamment, étais-je homo ? Bi ? C’est ce que j’ai préféré penser, il fallait que j’ai au moins une part de normalité. Mais pourtant je n’arrivais pas à regarder ou être attiré par les filles. Mon regard se posait sur les hommes, je me surprenais à en rêver la nuit, et j’avais honte… L’idée du suicide est venue, mais heureusement, c’était le seul aspect de ma vie à être véritablement désastreux (du moins c’était ce que j’en pensais à l’époque), j’avais malgré tout une famille aimante, des amis sur qui compter, aucune raison de mettre fin à mes jours. Finalement, au détour d’une mise au point avec un ami avec qui j’avais quelques problèmes d’entente. J’ai décidé de déballer ce que j’avais sur le cœur, j’en avais marre de garder ça pour moi. Tant pis, j’aurais honte face à lui, mais j’avais besoin de le dire à quelqu’un. Après avoir amorcé mon histoire, je me suis mis à trembler de tous mes membres pendant près d’une heure. Une heure de silence, qui parut interminable, jusqu’à ce que je me décide à livrer en bloc le récit de mes expériences sexuelles honteuses. La réaction qu’il a eu ne fut pas celle que j’attendais, moi qui m’attendais à du dégoût de sa part, j’ai eu le droit à de la compréhension. Cependant ça n’a pas empêché qu’on n'arrivait toujours pas à s’entendre. Mais le pas était franchi, j’avais enfin enclenché un engrenage qui me mènerait à l’acceptation de ce que je suis. C’est alors que je rencontrais Arnaud, en TP d’informatique, totalement par hasard. Il était aussi renfermé que moi, avait les mêmes passions, on s’entendait très bien. C’est devenu un très bon ami, et très vite un confident, qui fut donc rapidement au courant de ce que j’avais fait. Puis j’ai entamé un coming-out partiel, j’ai dit à lui et à un autre ami que j’étais bi. C’était encore ce que je pensais à l’époque, jusqu’au jour où des sentiments très fort se réveillèrent, en direction d’Arnaud. Le connaissant je savais qu’il ne le prendrait pas mal, et c’est ce qui s’est passé. Cependant il a refusé toute relation amoureuse avec moi, il voulait rester mon ami. J’ai donc essayé d’enterrer ce sentiment et de chercher quelqu’un d’autre. C’est alors que je retournais sur le site de rencontre, mais cette fois il était hors de question d’accepter le moindre plan sexe. Je contactais alors un jeune homme de mon âge (dont le nom commence aussi par A. drôle de coïncidence.). On s’est alors rencontré un dimanche, dans un bar, pour discuter, et j’ai flashé sur lui, mais je me suis vite aperçu que c’était un petit coup de cœur sans grande importance. Je n’étais pas amoureux, cependant, les doutes et les questions s’évanouirent. En l’espace d’une journée je prenais conscience que je ne devais pas avoir honte, mais au contraire être fier de ce que j’étais. C’était maintenant sûr, j’étais homo, et tous mes efforts pour changer ça n’y feraient rien. J’ai donc entamé rapidement mon coming-out auprès de mes amis, qui l’ont tous très bien pris. Puis j’ai reparlé à Arnaud de mes sentiments, et en septembre 2006, j’avais 21 ans, il accepta de sortir avec moi. Ce qui m’a donné encore plus confiance en moi. J’ai donc réussi à révéler mon secret à mes parents et mes sœurs. Aujourd’hui, je me demande encore si le combat est terminé. Je m’assume, certes, mais il reste toujours le regard des gens, qui laissent un peu de honte en moi. Cette honte va-t-elle s’évanouir un jour ? Pourrais-je vivre au grand jour ma relation avec Arnaud, qui est toujours avec moi (et c’est bien parti pour durer) ? Je ne sais pas, mais je sens que tant que l’homophobie existera, il y aura toujours un semblant de honte en moi, me donnant peur, peur d’insultes et peur des agressions. Malgré tout, je réalise que j’ai de quoi être fier de mon parcours. J’ai su combattre les peurs que j’avais. J’ai pu avouer à tous qui j’étais vraiment, et tous l’ont accepté sans le moindre problème. Le combat est donc presque fini. Mais finira-t-il un jour ? |
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