Une autre vision du monde gay et lesbien.
Moins de stéréotypes, plus d'information.

L'envol de Frederique Anne Aux editions KTM

la vie d'une femme qui pourrait être un peu vous, un peu votre mère, un peu votre voisine, un peu toutes les femmes.


AUTEURE : Frédérique Anne
TITRE : L'envol
EDITIONS: KTM

Yop ! Le dernier livre des éditions KTM qui m’ait été envoyé par leur très généreux service de presse. (Merci !)

L’auteure dont on peut voir le visage au dos du volume, a un âge que l’on taira car il est vraiment très très mal élevé d’évaluer l’âge d’une dame, et que si je me plante à la hausse, j’aurai honte pour le restant de mes jours. Peu importe d’ailleurs, n’était qu’il semble que son héroïne ait avec elle ce premier point commun : l’âge. Dès les premières pages, j’ai donc eu le sentiment perturbant (ou qui du moins, moi me perturbe), qu’il s’agissait comme trop souvent d’un roman au moins partiellement autobiographique. Pourquoi dis-je que je trouve ce que je nommerai « effet autobiographique » gênant ? Effectivement on peut admettre qu’une autobiographie soit agréable à lire et non dénuée d’intérêt selon la vie qui s’y déroule. D’accord. On me citera avec bonheur Ellula Perrin qui par ailleurs justifiait sa démarche par le fait qu’elle était une pionnière et quasiment une anthropologue du milieu lesbien.

Cependant l’objection principale réside pour moi dans le fait que faire de sa vie un roman n’est pas être romancier, cela ne signifie pas créer des personnages, ni avoir un don particulier pour l’imaginaire, ni maîtriser les ficelles d’une narration trépidante, cela signifie simplement raconter de façon linéaire et avec plus ou moins de bonheur sa propre existence. C’est-à-dire en fait…. Ne pas participer de l’élaboration d’une « littérature lesbienne » contrairement à ce que fait par exemple Cy Jung, qui elle pour le coup donne dans la fiction et dont chaque caractère est une création. On entre là dans le débat qui turlupine pas mal les spécialistes. Certains disent (et certains auteurs confirment par ailleurs) que chaque personnage fictif est pour partie au moins une facette de l’auteur qu’il le veuille ou non. Un roman ou une pièce fonctionneraient comme le rêve tel que le conçoit Jung, (et non plus Cy) à savoir que chaque personne participant du récit serait le miroir plus ou moins déformé de celui qui rêve. Le but serait de chercher à s’en détacher pour enfin évoluer librement dans l’invention.

Alors bien sûr je m’éloigne du sujet qui vous intéresse…à savoir : « mais fichtre il raconte quoi ce livre alors ??? » J’y reviens, mais j’ai fait ce détour pour vous le dire et vous faire comprendre en quoi consistent mes réserves… Il s’agit d’une autobiographie masquée - ou pas d’ailleurs - puisque en remerciement sur la dernière page, nous notons une curieuse similitude entre les gens remerciés et ceux du livre, et je trouve que le corpus de livres lesbiens disponibles sur le marché ressemble de plus en plus dangereusement à un empilement d’autobiographies ne constituant en rien une véritable « littérature ».

Notre Personnage principal est une femme d’un certain âge menant une vie trépidante de consultante et partageant sa vie entre sa mère malade à Paris, et son travail accaparant. C’est une femme sensible, (écueil pour moi : comment parler de ce personnage si je sais en filigrane qu’il s’agit d’une vraie personne dont je ne souhaite pas froisser la sensibilité… ??? Faisons comme si donc…) et bourrée de problèmes qu’elle tourne en boucle en cherchant des issues chez sa psy, ou chez ses proches, ou dans l’écriture puisqu’elle tient un carnet de notes intimes. Le Roman du coup ressemble à une thérapie, une interminable introspection sillonnant les soucis du quotidien, les blessures antédiluviennes que l’on porte en soi, et qui entravent le bonheur, la liberté, conditionnent les amours, les chagrins et les haines. Et puis une rencontre fait croire au changement, fait croire d’ailleurs à la romance, au rêve…c’est le coup de foudre. Pourtant les horizons sont sans cesse déçus dans le livre, les classiques scènes torrides, du type retrouvailles, aveux, déclarations, sont sans arrêt sautées… pudeur ?
C’est, si l’on s’attend à lire un roman, terriblement frustrant. En revanche si l’on lit une autobiographie tout s’explique, la vie n’est pas si simple, on ne dit pas au revoir du jour au lendemain à des failles intimes qui font douter, s’interroger, reculer, renoncer, ou prendre des décisions fausses, qui ne nous ressemblent pas, ou plus, ou on ne saurait dire. C’est la vie qui fait que l’on navigue dans le flou et l’incertain, mais ce n’est pas un roman. Un roman sait où il va, ou s’il reproduit la vie chaotique l’organise de telle sorte qu’il s’en dégage un sens.

Il me restera de cette lecture un impression de familiarité avec ces problèmes, mais aussi un sentiment de frustration pour ce personnage de femme qui s’en sort difficilement, ne parvient pas à surmonter certaines choses dont chaque fille doit s’émanciper avec sa mère, avec ses ex, avec ses futures, avec son travail. Le sentiment d’une absence de liberté et de confiance en ses décisions, en ses renoncements, en ses découvertes, en ses désirs. Le monde qui se dessine dans ce livre est peu engageant, un peu gris, sans réelle note d’espoir (à part le titre), sans lumière aveuglante au bout du tunnel, en même temps il est un peu chaque femme, beaucoup ma mère un peu moi, une génération. Je note aussi que je lis de plus en plus de livres ou se traite le problème du cancer qui devient endémique dans la société actuelle, que chacun croise sur sa route, et qui m’inquiète beaucoup…

Alors voilà, a vos bouquins et dites moi ce que vous en aurez pensé !
Cet article est mis à disposition sous un contrat Creative Commons "BY-NC-ND" par lulu galipette