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Envoie-moi au ciel, Scotty : un polar de Michael GuinzburgQuand un drogué part en croisade contre les dealers, ça donne un roman noir, sanglant et bourré d’humour…
Je m’appelle Ed et je suis un sale crétin alcoolique et drogué.
C’est par ce laconique aveu que commence le roman de Michael Guinzburg, Envoie-moi au ciel, Scotty, publié en 1993. Ce bouquin, c’est l’histoire d’Ed, un mec que vous allez très vite aimer… Ed, c’est un toxico sur le chemin du retour. Un mec qui avait tout et qui a tout perdu pour avoir trop sucé la queue du diable et celle de Jack Daniel’s. Ed, c’est un mec qui a la rage pour s’en sortir mais ne trouve pas assez d’efficacité dans les dogmes de Drogues Dures Anonymes, le pendant pour toxicos de tous bords d’Alcooliques Anonymes. Ed, c’est un mec qui se dit qu’en fin de comptes, pour pouvoir se sevrer complètement du crack, il faut butter tous les dealers de New York City. Ed, c’est ce mec qui part donc à l’assaut des zones gangrenées par Scotty – le crack, dans l’argot des junkies - avec son Glock et Natacha, son adorable mais féroce bull-terrier… Seulement, on a beau d’appeler Ed, être baraqué, ancien Marines et posséder deux armes redoutables, on en reste pas moins vulnérable face à l’appel de Scotty, de la coke et du bourbon, surtout quand on est clean que depuis peu. Heureusement pour lui, DDA est une putain de bouée de secours, une arche salvatrice pour drogués de toutes conditions et de tous âges. Il y trouve l’écoute, les conseils et surtout l’amour dont il a besoin. On croise à DDA toute une galerie de personnages hauts en couleurs : Myron, un ex clochard qui turbinait à l’essence et qui n’attend que l’opération qui fera de lui une femme ; Rachel, la boulimique sordidement accro au sexe ; Franck, le flic au langage de charretier suspendu pour ivrognerie et toxicomanie ; le père Bryan, cureton fraudeur défoncé et buveur invétéré… Et l’assoce, Ed, il va en avoir sacrément besoin, surtout quand il va se rendre compte que son passé, auquel il se raccroche désespérément, fout le camp, que sa famille part elle aussi en vrille et qu’il commence à être accro au meurtre… Rien que l’histoire est géniale ! Mais ce qui la rend plus captivante encore, c’est le style lapidaire avec laquelle elle est racontée. Avec ce qu’il faut de mots, Guinzburg propulse le lecteur au cœur de Crack City, lui fait respirer la puanteur de ses rues crades avant de le réchauffer quelques instants dans la salle de réunion de DDA pour mieux le trimballer un peu plus tard de bars à streap-tease en shooteries, de chambres sordides d’hôtels miteux en parcs craignos. C’est parfois glauque, un peu dégueulasse, mais toujours juste et foutrement drôle – vivent le cynisme et l’humour noir ! Mais au-delà de l’odyssée trash urbaine, Envoie-moi au ciel, Scotty est surtout une critique acide de la société américaine moderne. Bouffée par la came à tous les niveaux de l’échelle sociale - de Park Avenue aux bancs des parcs – elle préfère matter la vie des gens riches et célèbres à la télé plutôt que d’ouvrir les yeux et voir que les laissés pour-compte préfèrent crever la dalle pour un Caillou d’Eternité, que des gosses de dix piges font des pompiers à des dealers et que des mères sont obligées de tapiner pour pouvoir nourrir leurs gamins. Il y aurait encore énormément à dire mais je préfère que vous le découvriez par vous-même alors je vais conclure ainsi : Guinzburg a signé là un de ces livres que l’on dévore et en lesquels une part de nous se reconnaît immédiatement – a fortiori si on est camé ou pochtron. Alors faites-vous plaisir : lisez ce bouquin et envoyez-vous au ciel… |
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