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Tout confier, un soir d'été, à l'un de ses meilleurs amis
par Thunder Bird le 9 Septembre 2005 dans Ta vie / Coming-out
11 commentaires




un soir d'été, on me pose LA question, et je décide de passer à table : oui, je suis attiré par les garçons...

Mon Coming Out, je ne l’ai fait que tardivement, à 19 ans.

J’ai un peu tardé, parce que j’ai eu pas mal d’ennuis auparavant : ma mère est en effet tombée malade (cancer de la plèvre) lorsque j’avais 15 ans, et elle est morte durant mon année de Maths Spé, quand j’avais 18 ans. Entre la maladie de ma mère et la prépa, je n’ai pas trouvé l’énergie de le faire plus tôt.

Je m’en souviens très bien, c’était un soir d’été, l’été entre ma Spé et mon entrée en école d’ingénieur. J’étais allé jouer entre potes au Jungle Speed jusqu’à 1h30 du matin chez un ami, et on avait bu un peu de Manzana (oh, pas trop, je ne suis pas du tout du genre alcoolique, mais vu que je ne bois que très rarement, un simple verre me suffit pour être sinon « joyeux », tout du moins légèrement désinhibé). Un de mes amis, qui avait joué avec nous, m’a proposé de me raccompagner chez moi, en passant par chez lui d’abord, pour qu’il ‘aille prendre un truc’.

Et sur le chemin de retour, sans que ça ai quoi que ce soit à voir avec la conversation que l’on était en train d’avoir, il me balance : « dis, François, les blagues que tu fais, quand t’es ambiguë sur ta sexualité, c’est pour rire, ou c’est sérieux ?... »
J’étais brutalement mis en face de mes propres contradictions ! Moi qui arrivait à peine à m’avouer à moi-même que j’étais homo, voilà que je me retrouve pris à mon propre piège à force de tendre des perches débiles à tout va.

Et là j’ai eu un déclic : je m’apprêtais encore à produire une de ces réponses machos et complètement hypocrites, du style « Quoi ? Mais non, t’es fou !! Si on peut même plus déconner sans éveiller tout de suite les soupçons maintenant !! », mais je me suis dit : « Il serait temps de faire confiance aux autres, et surtout à lui, avec qui je m’entends bien depuis des années », et j’ai craché : « Euh… ben en fait, oui, j’ai des doutes… »

Moi j’étais en vélo, lui il était à pied. Pile après que j’ai eu fini de dire ces mots, on a traversé une intersection. J’ai fait mine de regarder à droite et à gauche, pour ne pas avoir à le regarder en face. Et puis, une fois la rue traversée, je l’ai regardé, et je lui ai demandé :
« Pourquoi, ça se voit tant que ça ? »
- Ben, à vrai dire, ouais, tu laisses pas mal d’indices, surtout en ce moment, je sais pas, des fois tu sors de ces trucs, tu sais très bien que c’est impossible que personne ne se pose de vraies questions sur toi ! [il faut dire que mon truc, les jours précédents, ça avait été de dire que j’étais gay, puis de faire une pause, puis de dire « mais non, je déconne ! », et j’avais fait le coup à plusieurs personnes ]

Je me souviens, sur le coup, je me sentais très mal à l’aise, parce que j’avais une telle homophobie intériorisée que pour moi à l’époque, l’homosexualité c’était vraiment une ‘anomalie’. Un truc, dont certes je n’avais pas à répondre, mais dont j’avais un peu honte, tout de même. Rassurez-vous, j’ai changé depuis ! Mais c’est quand même très péniblement que j’ai de moi-même initié la suite de la conversation, d’autant plus que j’avais un peu peur de dégoûter mon ami : je ne pensais pas une seule seconde qu’il m’aurait rejeté d’une quelconque manière pour ça, mais tout de même, ça aurait pu le mettre bien mal à l’aise.

«Ca fait longtemps que tu as des doutes à mon sujet ? »

-Oh, je sais pas trop,… ouais, pas mal de temps, quand même. Et toi, depuis combien de temps tu as des doutes sur toi-même ??

Et au regard du ton qu’il avait employé, j’ai senti qu’il n’était pas du tout dégoûté, mais bel et bien curieux à mon égard, tout simplement parce qu’il tenait à moi, et qu’il s’intéressait donc à cette part de ma personnalité. Lui raconter l’histoire de mon homosexualité a été difficile, parce qu’il fallait vaincre beaucoup d’inhibitions, de réflexes, d’interdits que je m’étais posés, mais j’y suis parvenu finalement, tout au long de la nuit entière qu’il m’a consacré, sur un banc en face de chez lui !! Nous avons en effet discuté jusqu’à 7h00 du matin !!!

J’ai donc pu lui raconter que tout cela était assez ancien, même si pendant longtemps je ne l’avais pas compris : durant plusieurs années, celles du collège en particulier, je sentais que j’étais attiré par les garçons plus que par les filles, mais pour autant, je voulais me marier avec une femme, avoir des enfants… je n’avais pas encore été capable de faire tout ce travail de deuil de l’hétérosexualité. Puis vers le lycée, j’avais été amoureux d’une fille, alors je m’étais senti rassuré. Mais en première, quelques uns de mes copains m’avaient un peu trop plu pour que ce soit anodin, alors j’avais commencé à vraiment me mettre en cause. Et ce n’est qu’en prépa que j’ai définitivement compris que je n’allais pas échapper à mon destin : mon Dieu m’avait fait homosexuel, alors ‘so be it’, je n’allais pas m’en vouloir éternellement pour un truc que je n’avais pas choisi. Mais comme je l’expliquais plus haut, en prépa, je n’ai pas trouvé la force de me confier à qui que ce soit.

J’étais vraiment gêné, parce qu’il connaissait très bien les personnes que je citais comme étant des types qui « m’avaient plu », et il sentait que je n’étais pas à l’aise, mais il montrait une telle attention à m’écouter que finalement, même si à plusieurs reprises je m’étais dit « non, ça c’est trop gros, ça va l’horrifier, on dira ça un autre jour », j’ai su trouver l’envie de le verbaliser pour le partager avec lui. J’ai même été jusqu’à évoquer avec lui certains détails du désir physique que j’avais pu avoir pour un garçon de ma classe, en spé (qui par ailleurs n’avait rien dans le crâne en matière de rapports humains !), lui indiquant ce qui me plaisait chez lui, et je dois dire que la réaction de mon interlocuteur m’a vraiment épaté !! : tout cool, il a dit que pour lui ct impossible d’être sensible à la beauté masculine, mais qu’il concevait que d’autres puissent l’être.

Bon, quand même, personne n’est parfait : il a été suuuuuuuper rassuré lorsque je lui ai dit qu’il n’était pas mon type !! Monsieur avait un peu peur pour son petit cul, quand même !! Mais il s’est montré tellement attentif, me lançant des questions, me demandant de décrire les hommes qui me plaisaient, etc…

Et verbaliser ça, bien que difficile sur le coup, me faisait du bien !! Je riais souvent d’un rire assez gêné, lorsque je me mettais à nu en dévoilant des choses vraiment personnelles, que je n’avais confié à personne, mais lui il essayait de rencontrer mon regard, ou du moins, il ne cherchait pas à le fuir (ce qui est déjà pas mal). Mais le plus important, c’était sa curiosité : ça me permettait d’aller chercher profondément, de racler au fond de ma tête tout ce qui aurait du sortir plus tôt… on s’est séparé à 7h du matin, et j’étais sur un nuage !

Quelques jours après, j’en ai fait un autre. Tout aussi libérateur, d’ailleurs. C’est seulement après quelques-uns que j’ai pu articuler la phrase : ‘je suis homosexuel’. Avant, je les faisais deviner par des voix un peu tordues. Le dire aux autres, faire cet aveu si important, ça a été libérateur et incroyablement constructif. Même si j’ai eu des hauts et des bas depuis (notamment à une époque où je me sentais désespérément seul, et où je me suis mis une claque pour aller chercher un copain dans la jungle gay parisienne (copain que je n’ai toujours pas trouvé depuis…)), ça a été LE lancement dans une vie affective nettement plus confortable que ce qu’elle était auparavant !!

J’encourage tous ceux qui hésitent à se lancer et à se mettre LA claque de leur vie, celle qui fera d’eux des personnes mieux dans leur peau, plus ouvertes, plus sincères… ça VAUT LE COUP !!

Bon, j’ai pas encore eu le courage de passer à table avec mon père. J’attends d’être indépendant financièrement (deux ans encore), et surtout d’être avec quelqu’un, histoire de bien le mettre devant le fait accomplis. Chapeau à ceux qui passent ce cap du coming out parental très jeune !! Moi, j’en aurais été incapable !




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