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La lesbienne de batterie ou la survie en milieu clos

Par Minipoussin, le

Il y a longtemps, très longtemps (quelque part entre la naissance de Jodie Foster, celle de Kristen Stewart et celle de la future enfant star qui fera son coming out)... Bref, c'etait hier bien plus que demain. La lesbienne à l'écran, qu'elle se tapisse dans l'ombre ou manigance au grand jour, avait une forte propension à mourir plutot jeune et de facon atroce.

La vigoureuse goudou de plein air finissait systématiquement par se faire tuer ou se tuer elle-même, parce qu'elle avait eu le mauvais goût d'être, au choix : une psychopathe, une depressive, ou un vampire.

Afin de preserver l'infime échantillon de représentation sur le petit écran : il fut decidé pour le propre bien de ces femmes perdues, et à des fins scientifiques, de les enfermer.

Les individus adultes furent ainsi envoyés en masse derrière les barreaux tandis que les inverties adolescentes eurent droit au pensionnat, dans l'espoir que leurs expériences marginales trouveraient une issue (si toutefois on parvenait à les empecher de se jeter du haut d'un toît ou d'un escalier avant).

Contre toute attente, c'est en lieu clos et surveillé que les lesbiennes et bisexuelles s'épanouissent le plus. D'une part parce que les victimes ne peuvent pas s'échapper, d'autre part parce que ce qui doit arriver arrive : privée de l'héroïque intervention masculine, l'innocente et naïve victime ne sait plus choisir le droit chemin et peut s'avérer être parfaitement consentante.

Sont donc nommées dans la catégorie "lesbiennes de batterie" :

Badgirls / Les condamnées

Affiche du film 'Badgirls'

Série Britannique de huit saisons, diffusée de 1999 à 2006, pour 107 épisodes.

On peut y suivre les intrigues, parcours, vies et morts des détenues de l'aile G de la prison de Larkhall.

Badgirls nous gratifie d'au moins une romance lesbienne par saison (souvent sur plusieurs saisons) dont la mythique histoire impossible entre Nikki, la condamnée, et Helen, gouverneur de l'aile G, durant les trois premières saisons.

Les points forts : le regard social honnête et sans fard, le développement des personnages (on apprend à aimer et à détester chaque personnage de cette série chorale), les histoires d'amour homosexuelles traitées sur un pied d'égalité avec les histoires hétérosexuelles (rappelons que la série débute en 1999). L'expression de la diversité : ce n'est pas Hollywood, les gens ont le droit de ne pas être forcémentment beaux. Un parfait dosage entre l'humour, la romance et le drame. Les premières saisons sont passionnantes.

Les points faibles : la série a beaucoup vieilli même si elle ne perd rien de son charme (rappelons : série britannique de 1999 a 2006). Les dernières saisons sont de trop, malgré la presence de la charismatique Pat. On finit par s'en foutre de la fin alors qu'elle offre ce qu'on implore depuis le debut.

Wentworth

Série australienne débutée en 2013

La série commence par l'incarceration à Wentworth de Bea Smith, femme battue condamnée pour le meurtre de son mari violent. Elle plonge dans un quotidien infernal fait de jeux de pouvoir, alliances, décisions impossibles, dans lequel elle va devoir apprendre à survivre et à s'imposer.

Si Orange is the New Black, à Wentworth, c'est noir et on n'est pas là pour rigoler. Il y a des intrigues, du sexe, de la romance... Mais je vous avoue, je n'ai tenu qu'une saison (même si je sais, et sa longévité le prouve, qu'elle remporte un franc succès. J'invite donc les fans à exprimer leur opinion).

La lesbienne qui survit à Wentworth, c'est de la goudou qui doit avoir des ancêtres vampires et psychopathes croisés, ou bien peut être qu'elle aussi, elle couche avec la directrice...

Pour moi, c'etait too much (l'héroïne, elle en bave tellement durant la première saison que même Candy ou Princesse Sarah dans sa mansarde font figure de petites joueuses !).

Orange is the New Black

Faut il encore présenter la version Hollywoodienne photoshopée des deux premières ?

Bon, d'accord, je m'y colle :

Piper Chapman, rattrapée par son passé de mule, doit quitter sa douillette vie de bourgeoise blanche, et son fiancé, pour payer sa dette à la société en passant par la case prison de Litchfield.

Elle y fait la connaissance de ses nouvelles copines de chambrée classées par couleur de peau, de l'hygiene limitée, des sandwichs au tampon usagé, et des gardiens abuseurs. Piper y retrouve également Alex, ex grand amour à l'origine de cette joyeuse aventure.

Les plus : c'est fun, entrainant, bien écrit. La série s'arrête en profondeur sur l'histoire de chaque personnage et nous permet de nous y attacher. La balance est correctement assurée entre les aspects dramatiques, tristes et plus légers.

On y retrouve une très grande diversité de personnages (des jeunes, des vieilles, des noires, des blanches, des hispaniques, des fems, des butchs, des minces, des rondes, des femmes cis, une femme trans etc...)

Je ne pense pas avoir vu autant de representations dans une autre série télé.

Encore plus de LGBT : une romance, c'est pas assez. Netflix ratisse large et enferme les minorités en nombre pour les sauver des morts précoces et des rôles anecdotiques dans les autrès séries. J'avoue, après une saison d'Oitnb, je trouve très étrange de retomber à héteroland... Un peu comme quand on traîne sur Et Alors le soir et qu'on doit parler à ses collègues le lendemain matin.

Les moins : C'est la plus lisse des trois malgré la volonté de dénoncer les inegalités sociales et les difficultés et injustices de la vie carcérale. La série s'essouffle au bout de quelques saisons (Piper a les quinze mois d'emprisonnement les plus longs de la télé moderne) et on finit par se dire qu'il faut qu'elle se finisse plutôt que de gacher le plaisir originel.

Piper est aussi une conasse égocentrique et Alex est peut être bien incarnée par Laura Prepon mais elle n'est pas plus sympathique. Vive les seconds rôles !

Conclusion

La lesbienne de batterie fait voyager et elle survit, se clone, se mélange joyeusement derrière les barreaux. Je déconseille l'Australie aux âmes sensibles. La Grande Bretagne, c'est pas transcendant sur le papier mais c'est beaucoup plus sexy qu'il n'y paraît. L'Amérique sait nous exposer son sens inné de la mesure et de la mode.

On murmure ça et là qu'il y aurait des renégates qui auraient survécu au fil du temps à la lumière du jour, au héros viril hétérosexuel et au grand air. Mais cette histoire sera pour une autre fois...