Grrrr
Qu'il est difficile d'arriver après tous ces gens brillants!

J'ai peur de ne pas apporter grand-chose au débat. Néanmoins, comme je ne peux m'empêcher de parler, je me lance.
Les conseils qui t'ont été donnés plus haut me paraissent fort justes. Plutôt que de les répéter, avec un talent littéraire bien moins éblouissant que celui de leurs auteurs, je me propose de te narrer la manière dont je percevais les choses à ton âge. Attention, séquence nostalgie. In fine, tu l'auras compris, mon but est de te dire: ne t'inquiète pas, ce que tu vis n'a rien d'anormal, d'autres sont passés par là. Eh oui mon garçon, tu es tout sauf original, navré de briser tes illusions.
1/ De l'impact de la période de l'adolescence et / ou du refoulement :
- Il est tout à fait normal de refouler un petit peu, ou tout au moins, de se voiler la face. A titre perso, je ne me disais pas "je suis hétéro" en revanche, j'étais persuadé de ne pas avoir de sexualité. Enfin, pour être plus précis, c'était un sujet qui ne m'intéressait pas. En dehors de quelques fantasmes, je ne m'imaginais pas d'amourettes, je ne faisais pas de rêves guimauve.
- Quant à savoir si, dans ton cas, c'est cette période de refoulement qui a porté ses fruits, je ne le pense pas. Tu sembles accepter ton homosexualité, et donc, comme tous ceux qui sont passés par une mini phase de refoulement ou d'asexualité mais qui en sont sortis, cette phase ne peut expliquer le blocage que tu ressens.
- J'expliquerais ce constat que tu fais, simplement par le fait que tu aies grandi. C'est pourquoi, je parlais de l'impact de l'adolescence. Pendant ton adolescence, période où bouillonnent les hormones, ça ne me paraît pas surprenant que tu aies pu flasher sur 36000 garçons. Désormais, tu es un grand garçon, tu maîtrises tes hormones et surtout, tu commences à te dire que le flash n'est pas forcément la seule manière d'éprouver une attirance. Conclusion: rien de surprenant à ce que tu flashes moins souvent, c'est juste que tu as grandi et absolument pas que ta sexualité a changé et /ou que tu refoules ta sexualité plus qu'avant.
2/ Du malaise avec le beau sexe:
J'ai éprouvé ce genre de gêne incompréhensible pendant longtemps. Je suis indéniablement attiré par les garçons. Cependant, la proximité physique des filles m'a toujours mis mal à l'aise. J'avais toujours peur qu'un geste soit mal interprété. Bizarrement, je ne m'étais jamais trop posé la question avec des garçons. Je ressentais donc un trouble, une gêne. Avec le recul, je m'aperçois que ça n'était en aucune manière une attirance mais bien plutôt une certaine pudeur. Je ne sais si ce que tu ressens se rapproche de cela, peut-être suis-je à côté de la plaque. En tout cas, ce sentiment s'atténue très fortement au fur et à mesure que l'on accepte son homosexualité, que les gens en sont informés et que donc ce trouble est levé.
3/ De l'art et de la manière d'entretenir un flou et une am-bi-valence
Rassure-toi, en ce qui concerne ce dernier point, tu es aussi normal normal normal normal!
- Laisse-moi te féliciter pour le tour de force qui consiste à constater qu'on est attiré physiquement plus par les garçons que par les filles, qu'on a plus envie de sortir avec un garçon qu'avec une fille, qu'on se voit plutôt en couple avec un garçon qu'avec une fille, qu'on est déjà tombé amoureux de garçons mais pas de filles tout en se demandant si on est vraiment homo. Je reconnais bien là la rigueur du juriste!

Je laisse tomber l'ironie. Mon but n'est pas d'essayer de te convaincre à tout prix que tu es homo.
- Ca me paraît plus que normal d'en venir à se poser ces questions. En ce qui me concerne (décidément qu'est-ce que je peux parler de moi), j'ai entretenu la même ambivalence à peu près jusqu'à ce que je connaisse ma première histoire avec un garçon. Je constatais les mêmes éléments que toi, cependant, j'éprouvais un doute permanent. Et si je ne m'imaginais pas toutes ces choses, juste dans le but d'être comme tout le monde? Il est vrai que pouvoir se mettre dans une case (homo, hétéro, ou même bi) est très rassurant; il est aussi vrai que constater qu'on peut être amoureux et / ou éprouver du désir rassure sur ses capacités à éprouver quelque chose (non je ne suis pas un bloc de pierre insensible). Du coup, demeure la crainte qu'on s'invente / qu'on fantasme ces attirances homo juste pour avoir une réponse à laquelle se raccrocher.
Sache donc que c'est normal. Et surtout sache qu'il ne faut pas que cela t'inhibe.
- Je reprendrais ici une citation du célébrissime Nox qui hante parfois ce forum, et qui disait (de mémoire): que tu sois homosexuel, hétérosexuel ou grille-painsexuel on s'en fout! Oui car en mon temps, j'avais posté quelque chose du même tonneau. Te mettre dans des cases ne sert à rien. Chercher à savoir pourquoi tu vois moins de filles et / ou si le fait que tu ne fréquentes que des garçons pourrait avoir un impact sur ta sexualité n'a aucun sens. Ca revient à peu près à adopter le niveau des arguments des gens te disant : "si tu es homosexuel, c'est parce que les filles te font peur" et/ou "si tu es homosexuel, c'est que tu n'a pas rencontré la bonne fille". Nous sommes bien d'accord, c'est ridicule? Parmi tes potes, qui eux aussi j'imagine voient surtout des garçons, y a-t-il pour autant plus d'homo?
En résumé, je te conseillerais donc d'arrêter de chercher à interpréter des indices en tout genre. Savoir si tu es homo / hétéro / bi n'a aucun intérêt, ce qui compte est que tu rencontres quelqu'un de bien. Et si c'est une fille, on s'en fout.
Je te conseillerais ensuite de ne pas te prendre la tête en cherchant à interpréter ta plus grande sélectivité en matière de garçon. Après tout, rien ne sert de vouloir sauter sur tout ce qui bouge. Tu n'as plus 15 ans. De la même manière que les hétéros ne flashent pas forcément sur toutes les personnes de l'autre sexe, tu n'es pas obligé, pour te sentir homo, d'avoir envie de tripoter toutes les personnes du même sexe. Je dirais même que c'est le signe d'une certaine maturité, maturité qui à n'en pas douter, séduira un jour un charmant garçon, avec qui tu pourras vivre une idylle merveilleuse rythmée par la douce mélodie d'un orchestre de violons, sur une plage de sable fin, avec en arrière plan un soleil couchant et… et…. Nous serons tous là pour vous applaudir chaleureusement et hurler à l'unisson "un bisou! Un bisou! Un bisou!"
Non, il n'y avait rien que du café dans mon café ce matin.
