Personne n'a "trouvé" l'origine de l'homosexualité.ZenAttitude a écrit :Cher Kaghan,Kaghan a écrit :J'ai du mal à comprendre ce besoin de connaître l'origine de ton asexualité et ton aromantisme ... Surtout que personne ne pourra te donner de réponse. Tout n'est pas une question de passé ou de génétique. Tu es comme ça et pis c'est tout. Pourquoi chercher plus loin ? T'as l'air de relativement bien le vivre. Une chance, d'autre déteste leur situation sans pouvoir la changer. Surtout que tu n'es pas seul, ta femme est pareil. Qu'importe si c'est pas de l'amour, du moment que ça va bien.
Elle se pose aussi ce genre de question ou c'est juste toi que ça perturbe ? Tu as un désir de changer ou juste le mécontentement de ne pas être comme la majorité ?
En fait, je me demande si à force de fouiller ça fait pas pire que mieux.
Je le vis "mal" car je ne le comprends pas. Et tout ce que je ne comprends pas est à mes yeux, très grave. Comme une faille.
De plus, cela a une portée scientifique. Si personne ne se demande pourquoi il est comme il est, personne n'aurait trouvé l'origine de l'homosexualité. La bisexualité est encore confuse scientifiquement, mais l'asexualité... là, zéro réponse, et je comprends vos réactions.
Si personne ne témoigne, alors quoi ? Personne ne peut parler ?
L'objectif de l'être humain est la transmission.
Fouiller ne me fera aucun mal, au contraire : elle permettra une libération de la parole pour tous les asexuels qui ne peuvent s'exprimer sans me faire de mal à moi... je ne souhaite pas ressembler à la majorité, mais comprendre le phénomène afin de transmettre l'explication. La douleur physique elle-même ne me fait pas mal. Or, on ne m'a supprimé aucune connexion neuronale. On m'a juste appris à supporter la douleur et en faire une lettre grecque : phi.
Ma conjointe, comme tu me le demandes, ne s'interroge absolument pas là-dessus (pour elle-même), mais elle voit bien que je suis torturé par le phénomène, étant un scientifique, un chercheur, la question elle-même provoque chez moi des insomnies, des cauchemars (bon OK c'est pas valide), des gesticulations nocturnes, etc. J'ignore comment elle peut me supporter. Donc, elle s'interroge.
Au niveau sentimental et émotionnel, je suis techniquement invulnérable. Elle, non. Elle n'a aucun passif spécifique expliquant la chose.
Votre écoute et vos réponses me sont précieuses, raison pour laquelle j'ai décidé de me mobiliser pour les LGBT (en ajoutant un A), les gens un peu différents de cette fucking norme sociale nous classifiant comme "bizarres et atypiques".
A force de lire vos feedbacks, je me demande si... mes réponses seront plus pertinentes que toxiques.
PS : je veux aussi savoir ce que c'est de pouvoir tomber amoureux, ainsi que le degré de douleur que cela inflige - sur moi-même et d'autres specimens, sur une échelle de douleur. C'est kamikaze, mais vous m'épargnerez cette digression.
Si tu te prévaut d'être scientifique, tu dois surement bien comprendre la différence entre un fait et une hypothèse. Or, les hypothèses génétiques ou hormonales sont pour l'instant pas du tout démontrées, ni reproduites, et ne font l'objet d'aucun consensus. Allons plus loin, les expériences en questions font l'objet de vives critiques méthodologiques.
Je pense que cette croyance d'une "cause" expliquée de l'homosexualité biaise ta démarche et imaginant pourvoir trouver celle (en partant de l'hypothèse que ce soit un phénomène monocausale) de l'ace-aro.
Qui plus est, l'idée que tu pourrais par toi même expliquer juste par le fait que tu t'y interresse le phénomène quand bien même tu n'es spécialiste d'aucune des disciplines qui pourraient être mobilisées pour l'expliquer (biologie, sociologie, psychologie ... ) va te faire foncer indubitablement dans un bel effet Dunning-Krueger.
Déjà la question initiale est mal posée : se poser la question de l'origine de l'homosexualité sans se poser la question de l'origine de l'hétérosexualité est absurde. Ca part du principe sans le prouver que le majoritaire est normal, instinctif, logique, n'a pas besoin d'explication et que le minoritaire déroge du majjoritaire et que cette éloignement doit être expliquer. C'est hétérocentrique.
De même, se poser la question de l'origine de l'asexualité et de l'aromantisme alors qu'on ne sait RIEN de l'origine du désir sexuel et du sentiment romantique est voué à l'échec. (Sérieusement, regarde la gueule des études qui prétendent arriver à des conclusions sur ce domaine ....)
On pourrait tout à fait se reproduire y compris de façon sexuée sans romantisme et sans "désir", des centaines de mammifères le font ainsi depuis des milliers d'années.
Une question mal posée, un phénomène que tu ne peux ni tester ni reproduire car multifactoriel, dans un domaine sur lequel tu n'as aucune expertise ... C'est le terrain parfait pour faire naitre de la pseudo-sciences, qui sera séduisante avec ses "explications" là où le "on a actuellement pas de moyen fiable de savoir" de la vrai sciences est beaucoup moins sexy.
En gros, avec les bases que tu as, tu va arriver à des conclusions et au sentiment d'avoir trouver des réponses. Mais tu n'arrivera pas à quelque chose de viable, de vérifiable, de solide. Ca ne t'empêchera pas forcément d'éditer un livre avec tes hypothèses si tu es du genre scribouilleur de l'entourloupe, et même de gagner de la popularité par ce biais, mais ça ne fera clairement pas avancer l'intelligence collective.
Si tu cherches sincèrement et sans céder à un complexe du "génie" qui voudrait "tout comprendre" tout seul par son simple "talent", mais que tu souhaite essayer de comprendre les différentes dimensions de l'asexualité, ses déclinaisons, ses modes de fonctionnements ... avec modestie et application, tu peux aller lire les témoignages de forum type AVEN où se réunissent Ace et Aro pour échanger sur leurs expériences de vie et leurs émotions. Ce qui est bien est que la multiplication des témoignage permet de mieux séparer ce qui est du ressort de l'ACE-ARO et ce qui est de l'ordre de l'individu, par exemple.
Car les asexuels ne t'on pas attendu pour libérer leur parole, construire un réseau et même revendiquer leur place dans la société. Cela pourra peut-être enrichir ta réflexion que de te confronter à des personnes ayant des similitudes avec toi sur ce plan, ayant déjà fait un parcours en ce sens et pensé le sujet.
Car là, nos "particularités" homo, bi, pan et trans n'ont pas vraiment été mobilisée dans nos réponses qui auraient pu tout aussi bien être fait par des hétéros cis.