Chronique d'un gay ordinaire
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inconnu n
Re: Chronique d'un gay ordinaire
J'avoue que la tristesse de la fin ne m'a pas frappé (enfin, un mariage qui capote c'est commun, l'important c'est de retenir les bons moments et d'avancer, ce qu'ils ont fait).
Re: Chronique d'un gay ordinaire
Disons que là, hélas, les mauvais moment sont arrivés rapidement et que globalement le mariage n'a pas duré longtemps... :sNew starting a écrit :J'avoue que la tristesse de la fin ne m'a pas frappé (enfin, un mariage qui capote c'est commun, l'important c'est de retenir les bons moments et d'avancer, ce qu'ils ont fait).
Re: Chronique d'un gay ordinaire
Chapitre 23 - Séquence souvenir : le mariage chic
Le cours Florent m’a apporté bien des choses et notamment l’occasion d’être invité à un mariage chic, celui d’une de mes consoeurs de 2ème année que je baptiserais Camilia, afin de respecter son intimité. Pour les mêmes raisons, son époux sera surnommé Charles.
J’ai eu l’occasion de parler de Camilia cette semaine dans un autre sujet que celui-ci : il s’agit de cette amie qui, lors d’une soirée pizza ayant dégénéré en goinfrerie orgiaque éhontée, a poussé le vice jusqu’à se faire empaqueter pour le trajet les restes de pizza froids…
Ne vous y trompez pas : Camilia est une jeune femme bien sous tout rapport, yeux bleu, cheveux blonds, elle ne porte pas de serre tête noir mais on n’en est pas loin. C’est d’ailleurs son sens de la charité qui lui ont fait rencontrer Charles : tous deux se sont connus en faisant du soutien scolaire bénévole pour des élèves en difficulté.
Charles et Camilia ont donc décidé de se marier, et pour se faire de mettre les petits plats dans les grands, les grands plats sur des nappes brodées, les nappes brodées sur des tables en acajou, les tables en acajou dans un décors Louis XV… Déjà, le mariage avait lieu à Lisieux. Je vais décevoir les plus chrétiens parmi vous, ceux dont la foi catholique illumine le cœur innocent, petite lanterne éclairant le chemin parsemé d’embûches et cerné par les ombres du vice et de la tentation, avec au loin la porte du paradis, scintillante comme une étoile dans le ciel… le mariage ne s’est pas déroulé dans la magnifique basilique de Lisieux, vibrant hommage à Saint Thérèse de Lisieux, canonisée en 1925 parce qu’elle exauçait les prières et aussi pour avoir fait vibrer les catholiques avec ses publications posthumes (sa canonisation est en quelque sorte un prix Nobel de littérature décerné par le Vatican), deuxième plus grand lieu de pèlerinage de France après Lourdes, donc chère au cœur de la municipalité parce que sinon, Lisieux n’attirerait pas grand monde, c’est un peu mort comme ville, je ne me suis pas renseigné sur la vie LGBT là-bas mais cela doit revenir à trouver un bon restaurant à Washington DC…
Non, plus modestement, le mariage s’est déroulé dans la Cathédrale Saint-Pierre de Lisieux, qui date tout de même du 12ème siècle, c’est un des rares monuments à avoir échappé aux bombardements de 1944, donc respect.
Comme d’hab, à ce mariage, je ne suis personne : ni quelqu’un de la famille proche, ni un cousin, juste un ami. Pendant le service religieux, je suis passé de personne à moins que rien : le curé, austère, nous accueille par ces mots : « je sais que c’est un mariage et qu’il y a donc parmi vous des personnes ne partageant pas la foi catholique. Je pense donc que le mieux pour ces personnes, c’est de se taire… »
Ok, d’accord, j’en prends bonne note, c’est déjà tellement sympa de ne pas nous éjecter de la cathédrale à grands coups de pied dans le cul.
La cérémonie est longue et ennuyeuse. Au moins, grâce au curé, je me sens en droit de ne pas me lever ni chantonner les psaumes avec le chœur des fidèles.
Charles et Camilia exceptés, à ce mariage, je ne connais qu’une seule autre personne, une autre amie du cours Florent, que je surnommerai Fergie pour ne pas porter atteinte à son anonymat.
C’est Fergie qui me conduit en voiture là où vont se dérouler les festivités du soir. Sur la route, elle me confie un secret : elle est restée en contact avec notre prof de cinéma qui lui a donné un petit rôle dans son premier film et qui envisage de me donner un petit rôle dans son second film, mais chut, c’est un secret ! J’arrive donc au château, transporté par les ailes de la Gloire et de la Renommée qui m’attendent… 8)
Car le repas de mariage a lieu dans un château, non non vous ne rêvez pas, un joli petit château de style classique avec un grand parc où des tables à nappes blanches ont été dressées, sur lesquelles nous savourons l’apéritif d’honneur et les petits fours qui vont avec.
A ce stade de l’histoire, le mariage chic est encore un minimum distrayant. Cela ne va pas durer longtemps, hélas.
Le château est ravissant mais il a l’inconvénient de ne pas avoir de très grandes pièces. Les invités sont donc dispatchés dans les trois salles attenantes du rez-de-chaussée, la grande salle centrale où se tient la table des mariés, et les deux petites de part et d’autres. Comme je ne suis personne, on m’a mis dans la petite salle de droite (je n’ai jamais su ce qu’il se passait dans la petite salle de gauche). Je n’ai même pas eu la chance d’avoir Fergie à ma table, celle-ci ayant réussi à être quelqu’un en servant de témoin à la mariée.
Les discours s’enchaînent, en même temps que les plats, celui du père, de la mère, du grand père, de la grand-mère, de la grand tante, de l’oncle Tom et de la tante Polly, sans oublier les cousins et les cousines : c’est long, c’est laborieux, ces braves gens ne sont ni des écrivains ni des orateurs, on s’emmerde ferme. D’autant plus que tout se déroule dans la grande salle : si on a le son parce que les portes sont ouvertes, il nous manque la vidéo, on ne peut même pas se moquer de la tronche de ceux qui nous fatiguent les oreilles. Seul divertissement, une nana et un mec à ma table (dont j’ignore le nom mais par respect pour leur intimité et leur anonymat je les appellerai Dino et Shirley), qui ont fait connaissance, ont méchamment accroché l’un à l’autre, et s’entendent comme Sarkozy et Bettencourt pour critiquer avec humour et causticité les piètres performances de nos orateurs du dimanche.
Par la suite, le repas achevé et le bal ouvert, Dino et Shirley ne se sont plus décollés de la soirée. J’ai encore le souvenir du fringant Dino faisant tournoyer et valser une Shirley complètement subjuguée et ravie (admirez le beau stéréotype sexiste au passage : l’homme est fringant, la femme est subjuguée^^). Pendant ce temps, j’invite timidement Camilia et Fergie à danser. Le mariage redevient amusant.
Et là, petit retour en arrière : je suis invité à un mariage à Lisieux, à une heure en train de Paris. Personne là-bas ne peut m’héberger. Il se pose donc la question de l’hôtel. J’ai une idée lumineuse : j’ai l’habitude des mariages, ça ne s’achève jamais avant 5 heures du mat. Pourquoi prendre un hôtel alors que je ne suis qu’à une heure de chez moi en TGV ? Je repartirai avec le premier train du matin ! Enthousiasmé de mon ingéniosité qui me permet d’économiser une nuit d’hôtel, je demande vaillamment au guichet de la SNCF un billet retour à la première heure pour le dimanche. La première heure, le dimanche, à Lisieux, c’est huit heures. Je suis un peu douché... mais va pour huit heures ! Qui sait si avec un peu de chance le mariage ne tiendra pas jusque là…
Sauf que le mariage chic fait un flop : à une heure et demi, plus personne ne danse, les ¾ des invités se sont barrés, la musique s’arrête, on range les tables, c’est plié. On me ramène en voiture dans le centre de Lisieux. La gare est fermée. Je trouve refuge sous un abri bus. J’ai un peu froid dans mon costume. Il est deux heures du matin. Il se met à pleuvoir.
Donc là, pendant une heure montre en main, je médite sur ma situation. J’ai un peu l’impression d’être au plus bas. Seul sous la pluie dans un abri bus à deux heures du matin dans une ville déserte, sans amis, sans logement, quasiment sans manteau… Le mariage chic a viré au bad trip SDF… Je fais le bilan. Je songe que je suis peut-être arrivé à un tournant de mon existence, une étape charnière. Je vais survivre à cette nuit d’effroi puis repartir à zéro, écrire un roman, tourner dans un film, devenir un écrivain célèbre, un acteur adulé, signer des dédicaces, recevoir un César. Je compose mentalement le discours dans ma tête. Je suis ému, les larmes me viennent aux yeux. Bref, j’essaie de transformer ma situation merdique en une perspective d’avenir radieux. Je vois dans le fait d’être ainsi à la rue sous la pluie un signe du ciel vers une destinée prometteuse. On se console et on passe le temps comme on peut.
Il est trois heures. Il ne pleut plus. Je décide de faire un peu de tourisme et de visiter Lisieux by night. C’est complètement mort, à part l’enseigne du commissariat qui clignote. J’ai l’impression d’errer dans une ville fantôme, tel un spectre égaré dans une dimension crépusculaire… Soudain, j’entends des hurlements, comme si quelqu’un se faisait saigner à mort ! Je n'ai rien d'autres à faire, donc j’y vais (même concept que "je pense donc je suis"). En réalité, il s’agit d'un marché que l’on installe. Les hurlements sont en fait des cris d’animaux. Je me trouve un nouvel abri bus où me réfugier et j’assiste dans un état semi comateux à la mise en place du marché. Je surprend parfois des regards suspicieux à mon endroit mais je feigne l'indifférence morne et blasée. Certain ont dû me trouver louche.
Vers sept heures, je me lève. Je me promène dans ce marché avec qui j'ai passé la nuit, dont je me sens curieusement proche, comme si j’en étais propriétaire, comme si quelque part il m’appartenait. Je déjeune succinctement d’un croissant et d’un chocolat chaud. J’ai l’impression de revenir à la vie.
Dans le TGV, je comate grave, mon costume est un chiffon, ma cravate roulée en boule dans une poche, je crois que la bave me sort de la bouche. Je vacille en montant les sept étages qui me séparent de ma piaule et là, je m’effondre sur le lit comme un paquet de linge sale que l'on jette sans ménagement dans la machine à laver. Je n’étais personne à ce mariage bon chic bon genre, au retour je suis un homme détruit, un déchet tout juste bon pour la décharge, mes aspirations sont en ruines, ma dignité est en lambeau, j’ai pris 20 piges dans le tronche d’un seul coup. Black out.
Vous l’avez compris : une bonne nuit de sommeil et il n’en a plus rien paru…

Le cours Florent m’a apporté bien des choses et notamment l’occasion d’être invité à un mariage chic, celui d’une de mes consoeurs de 2ème année que je baptiserais Camilia, afin de respecter son intimité. Pour les mêmes raisons, son époux sera surnommé Charles.
J’ai eu l’occasion de parler de Camilia cette semaine dans un autre sujet que celui-ci : il s’agit de cette amie qui, lors d’une soirée pizza ayant dégénéré en goinfrerie orgiaque éhontée, a poussé le vice jusqu’à se faire empaqueter pour le trajet les restes de pizza froids…
Ne vous y trompez pas : Camilia est une jeune femme bien sous tout rapport, yeux bleu, cheveux blonds, elle ne porte pas de serre tête noir mais on n’en est pas loin. C’est d’ailleurs son sens de la charité qui lui ont fait rencontrer Charles : tous deux se sont connus en faisant du soutien scolaire bénévole pour des élèves en difficulté.
Charles et Camilia ont donc décidé de se marier, et pour se faire de mettre les petits plats dans les grands, les grands plats sur des nappes brodées, les nappes brodées sur des tables en acajou, les tables en acajou dans un décors Louis XV… Déjà, le mariage avait lieu à Lisieux. Je vais décevoir les plus chrétiens parmi vous, ceux dont la foi catholique illumine le cœur innocent, petite lanterne éclairant le chemin parsemé d’embûches et cerné par les ombres du vice et de la tentation, avec au loin la porte du paradis, scintillante comme une étoile dans le ciel… le mariage ne s’est pas déroulé dans la magnifique basilique de Lisieux, vibrant hommage à Saint Thérèse de Lisieux, canonisée en 1925 parce qu’elle exauçait les prières et aussi pour avoir fait vibrer les catholiques avec ses publications posthumes (sa canonisation est en quelque sorte un prix Nobel de littérature décerné par le Vatican), deuxième plus grand lieu de pèlerinage de France après Lourdes, donc chère au cœur de la municipalité parce que sinon, Lisieux n’attirerait pas grand monde, c’est un peu mort comme ville, je ne me suis pas renseigné sur la vie LGBT là-bas mais cela doit revenir à trouver un bon restaurant à Washington DC…
Non, plus modestement, le mariage s’est déroulé dans la Cathédrale Saint-Pierre de Lisieux, qui date tout de même du 12ème siècle, c’est un des rares monuments à avoir échappé aux bombardements de 1944, donc respect.
Comme d’hab, à ce mariage, je ne suis personne : ni quelqu’un de la famille proche, ni un cousin, juste un ami. Pendant le service religieux, je suis passé de personne à moins que rien : le curé, austère, nous accueille par ces mots : « je sais que c’est un mariage et qu’il y a donc parmi vous des personnes ne partageant pas la foi catholique. Je pense donc que le mieux pour ces personnes, c’est de se taire… »
Ok, d’accord, j’en prends bonne note, c’est déjà tellement sympa de ne pas nous éjecter de la cathédrale à grands coups de pied dans le cul.
La cérémonie est longue et ennuyeuse. Au moins, grâce au curé, je me sens en droit de ne pas me lever ni chantonner les psaumes avec le chœur des fidèles.
Charles et Camilia exceptés, à ce mariage, je ne connais qu’une seule autre personne, une autre amie du cours Florent, que je surnommerai Fergie pour ne pas porter atteinte à son anonymat.
C’est Fergie qui me conduit en voiture là où vont se dérouler les festivités du soir. Sur la route, elle me confie un secret : elle est restée en contact avec notre prof de cinéma qui lui a donné un petit rôle dans son premier film et qui envisage de me donner un petit rôle dans son second film, mais chut, c’est un secret ! J’arrive donc au château, transporté par les ailes de la Gloire et de la Renommée qui m’attendent… 8)
Car le repas de mariage a lieu dans un château, non non vous ne rêvez pas, un joli petit château de style classique avec un grand parc où des tables à nappes blanches ont été dressées, sur lesquelles nous savourons l’apéritif d’honneur et les petits fours qui vont avec.
A ce stade de l’histoire, le mariage chic est encore un minimum distrayant. Cela ne va pas durer longtemps, hélas.
Le château est ravissant mais il a l’inconvénient de ne pas avoir de très grandes pièces. Les invités sont donc dispatchés dans les trois salles attenantes du rez-de-chaussée, la grande salle centrale où se tient la table des mariés, et les deux petites de part et d’autres. Comme je ne suis personne, on m’a mis dans la petite salle de droite (je n’ai jamais su ce qu’il se passait dans la petite salle de gauche). Je n’ai même pas eu la chance d’avoir Fergie à ma table, celle-ci ayant réussi à être quelqu’un en servant de témoin à la mariée.
Les discours s’enchaînent, en même temps que les plats, celui du père, de la mère, du grand père, de la grand-mère, de la grand tante, de l’oncle Tom et de la tante Polly, sans oublier les cousins et les cousines : c’est long, c’est laborieux, ces braves gens ne sont ni des écrivains ni des orateurs, on s’emmerde ferme. D’autant plus que tout se déroule dans la grande salle : si on a le son parce que les portes sont ouvertes, il nous manque la vidéo, on ne peut même pas se moquer de la tronche de ceux qui nous fatiguent les oreilles. Seul divertissement, une nana et un mec à ma table (dont j’ignore le nom mais par respect pour leur intimité et leur anonymat je les appellerai Dino et Shirley), qui ont fait connaissance, ont méchamment accroché l’un à l’autre, et s’entendent comme Sarkozy et Bettencourt pour critiquer avec humour et causticité les piètres performances de nos orateurs du dimanche.
Par la suite, le repas achevé et le bal ouvert, Dino et Shirley ne se sont plus décollés de la soirée. J’ai encore le souvenir du fringant Dino faisant tournoyer et valser une Shirley complètement subjuguée et ravie (admirez le beau stéréotype sexiste au passage : l’homme est fringant, la femme est subjuguée^^). Pendant ce temps, j’invite timidement Camilia et Fergie à danser. Le mariage redevient amusant.
Et là, petit retour en arrière : je suis invité à un mariage à Lisieux, à une heure en train de Paris. Personne là-bas ne peut m’héberger. Il se pose donc la question de l’hôtel. J’ai une idée lumineuse : j’ai l’habitude des mariages, ça ne s’achève jamais avant 5 heures du mat. Pourquoi prendre un hôtel alors que je ne suis qu’à une heure de chez moi en TGV ? Je repartirai avec le premier train du matin ! Enthousiasmé de mon ingéniosité qui me permet d’économiser une nuit d’hôtel, je demande vaillamment au guichet de la SNCF un billet retour à la première heure pour le dimanche. La première heure, le dimanche, à Lisieux, c’est huit heures. Je suis un peu douché... mais va pour huit heures ! Qui sait si avec un peu de chance le mariage ne tiendra pas jusque là…
Sauf que le mariage chic fait un flop : à une heure et demi, plus personne ne danse, les ¾ des invités se sont barrés, la musique s’arrête, on range les tables, c’est plié. On me ramène en voiture dans le centre de Lisieux. La gare est fermée. Je trouve refuge sous un abri bus. J’ai un peu froid dans mon costume. Il est deux heures du matin. Il se met à pleuvoir.
Donc là, pendant une heure montre en main, je médite sur ma situation. J’ai un peu l’impression d’être au plus bas. Seul sous la pluie dans un abri bus à deux heures du matin dans une ville déserte, sans amis, sans logement, quasiment sans manteau… Le mariage chic a viré au bad trip SDF… Je fais le bilan. Je songe que je suis peut-être arrivé à un tournant de mon existence, une étape charnière. Je vais survivre à cette nuit d’effroi puis repartir à zéro, écrire un roman, tourner dans un film, devenir un écrivain célèbre, un acteur adulé, signer des dédicaces, recevoir un César. Je compose mentalement le discours dans ma tête. Je suis ému, les larmes me viennent aux yeux. Bref, j’essaie de transformer ma situation merdique en une perspective d’avenir radieux. Je vois dans le fait d’être ainsi à la rue sous la pluie un signe du ciel vers une destinée prometteuse. On se console et on passe le temps comme on peut.
Il est trois heures. Il ne pleut plus. Je décide de faire un peu de tourisme et de visiter Lisieux by night. C’est complètement mort, à part l’enseigne du commissariat qui clignote. J’ai l’impression d’errer dans une ville fantôme, tel un spectre égaré dans une dimension crépusculaire… Soudain, j’entends des hurlements, comme si quelqu’un se faisait saigner à mort ! Je n'ai rien d'autres à faire, donc j’y vais (même concept que "je pense donc je suis"). En réalité, il s’agit d'un marché que l’on installe. Les hurlements sont en fait des cris d’animaux. Je me trouve un nouvel abri bus où me réfugier et j’assiste dans un état semi comateux à la mise en place du marché. Je surprend parfois des regards suspicieux à mon endroit mais je feigne l'indifférence morne et blasée. Certain ont dû me trouver louche.
Vers sept heures, je me lève. Je me promène dans ce marché avec qui j'ai passé la nuit, dont je me sens curieusement proche, comme si j’en étais propriétaire, comme si quelque part il m’appartenait. Je déjeune succinctement d’un croissant et d’un chocolat chaud. J’ai l’impression de revenir à la vie.
Dans le TGV, je comate grave, mon costume est un chiffon, ma cravate roulée en boule dans une poche, je crois que la bave me sort de la bouche. Je vacille en montant les sept étages qui me séparent de ma piaule et là, je m’effondre sur le lit comme un paquet de linge sale que l'on jette sans ménagement dans la machine à laver. Je n’étais personne à ce mariage bon chic bon genre, au retour je suis un homme détruit, un déchet tout juste bon pour la décharge, mes aspirations sont en ruines, ma dignité est en lambeau, j’ai pris 20 piges dans le tronche d’un seul coup. Black out.
Vous l’avez compris : une bonne nuit de sommeil et il n’en a plus rien paru…

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Œil-de-nuit
- Messages : 710
- Inscription : dim. oct. 16, 2011 8:34 pm
Re: Chronique d'un gay ordinaire
Désolé, j'ai pour une fois été assez débordé hier, donc je n'ai pas pu réagir plus à la nouvelle chronique. Néanmoins je l'avais bien lu peu après sa publication, et j'aime toujours autant le style et les détails croustillants 
Re: Chronique d'un gay ordinaire
Je devais écrire le 3e volet consacré au mariage today mais... pas eu le temps et là, je vais prendre mon train pour retrouver mon grand fauve !
Lundi, promis, vous aurez le droit au "mariage beauf"
Lundi, promis, vous aurez le droit au "mariage beauf"
Re: Chronique d'un gay ordinaire
Un seul mot: magnifique
J'attends avec intérêt la description du second mariage
J'attends avec intérêt la description du second mariage
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Œil-de-nuit
- Messages : 710
- Inscription : dim. oct. 16, 2011 8:34 pm
Re: Chronique d'un gay ordinaire
Owiiiiiiiiii, le mariage beauf!!!!floridjan a écrit :Je devais écrire le 3e volet consacré au mariage today mais... pas eu le temps et là, je vais prendre mon train pour retrouver mon grand fauve !![]()
Lundi, promis, vous aurez le droit au "mariage beauf"
Charmante nuit au passage que tu as connue, peux tu la qualifier de "pire nuit de ta vie"?
Re: Chronique d'un gay ordinaire
Vivement le mariage beauf, ça me mettra en condition pour cet été 
Re: Chronique d'un gay ordinaire
Non... loin de là...Œil-de-nuit a écrit :Charmante nuit au passage que tu as connue, peux tu la qualifier de "pire nuit de ta vie"?