Il ne sera pas question d'amours impossibles, déçues ou lasses - mais d'amours frustrées, peut-être, et des contradictions dont nous nourrissons nos souffrances jusqu'à l'extase noire qui nous décille. Et cela sera écrit, parce que telle est mon humeur, grise, de celles à coincer le souffle dans un désir de mélopées, entêtantes de sensualité océane et crasseuse - ô enfances ! Si je le pouvais, ce texte aurait la forme d'un coït. Et j'en ferais, lascif, longtemps durer les préliminaires. Les smileys sont là pour rythmer un peu ce monologue à vous adressé, qui n'en a pas réellement besoin.
Mais.
Vois-tu, ces mains savent le mensonge de la caresse qu'on croit donner à autrui alors qu'on ne contente que soi. Le contact d'une peau. L'enveloppement d'un corps. La densité qu'on retire à s'appuyer sur l'autre. D'aucuns appellent cela de l'amour.
Il fut un temps où ce corps aurait souhaité n'exister pas
J'ai pourtant toujours été un sensuel.
Cela dit, j'ai rapidement douté de mon droit à être
L’homosexualité n’a pas grand-chose à y voir : je suis comme ça depuis bien avant mon premier désir pour un garçon – à vrai dire, la révélation à seize ans de l’homosexualité ne fut pas dénuée de plaisir : cette foudre portée par un mot me donnait une consistance explicite, me rendait intéressant, à peu de frais, identité de synthèse, désincarnée elle aussi, comme le reste.
Tu ne vivras point sans y beaucoup penser d’abord - eau vive prise dans une armure. Ce n’est pas encore aujourd’hui tout à fait de l’histoire ancienne. Il faut du temps pour réaliser, accepter, entrer en travail, dépasser, déposer, lâcher, cicatriser. Je me regarde le nombril depuis l’école primaire, ça m’a permis d’entreprendre sinon à temps, du moins encore jeune, les thérapies que personne ne m’incitait à suivre – d’où sans doute ce réflexe aujourd’hui d’envoyer se décrasser la boîte à affects quiconque manifeste un trouble que je reconnais trop évidemment.
Mais.
Aujourd’hui que tout va mieux, la solitude me devient difficilement supportable – on l’appelle esseulement, alors. Je savais me noyer dans les livres ou le s*xe, à répétition, dès lors que l’affolement me gagnait de n’être vraiment rien d’aimable, ni d’intéressant – je ne suis largement qu’une forme de perroquet (très) savant, au fond. Cela ne marche plus guère, sinon de façon paroxystique, suffisamment outrancière pour que la saveur m’en soit devenue désagréable.
Ce grand corps léger se retrouve pris entre deux vérités : son désir de contact, et le savoir que n’importe quel contact ne suffit plus – parce que je ne puis plus me nourrir de signes seulement, frissons ou images, mais aussi de l’épaisseur vitale qui fait d’un poème de qu’il est – rut, partage, morsure, transport, amour, chair. A mesure que je me réincarne, mes fonctionnements habituels ne me satisfont plus, me dégoûtent parfois. Je ne sais quoi faire de moi-même. Je voudrais me noyer dans une piscine d’org*smes – refuge régressif, ventre fantasmatique de toute jouissance – et ne parviens qu’à y exacerber mon goût pour la p*rn*graphie et ses drogues annexes. Lorsque tout craque, on se rattache, avec un désespoir effaré de la liberté qui s’offre, aux habitudes contractées dans le temps de nos servitudes.
Je suis frustré à un point pas possible d’une part de moi-même qui ne se trouve que lorsqu’on laisse une place à autrui. Sous l’effet du syndrome du Prince Charmant, j’espère encore, malgré moi qu’on viendra bien me tirer de là
Ma volonté n’est pas féroce – elle est farouche, patiente, prête à la longue durée, optimiste aussi, sur cette échelle de temps. Les coups de pieds au cul sont sans efficace (Nomade
C’est assez confus, non ? Ben oui. C’est comme ça
Au moins aussi désagréable en ce moment, est sans doute que je perçois de plus en plus clairement l’illusion qui me et nous fait projeter la texture du Graal sur l’être aimé. Il n’est pas certain que l'esseulement que je ressens puisse réellement être comblé par ce fantasme de panacée. Je suis même certain du contraire. Il n’est certes pas bon que l’homme soit seul. Mais qu’il soit accompagné ne résout pas tous les problèmes. Loin de là. Je n’aurais pas de « vie spirituelle » sinon – et, aussi embryonnaire encore soit-elle, elle est là. Mais c'est encore un autre problème (quoique...).