O solitude!

Pour eux.
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Kliban
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O solitude!

Message par Kliban »

Une fois n'est pas coutume, je poste dans "Garçons". Plus sans doute histoire de me mettre au clair dans le cercle restreint des usagers d'EA que pour demander de l'aide - j'en recevrai peut-être, on n'a jamais vraiment idée de la forme ou de l'occasion que cela peut prendre - ce n'est pas un appel à l'aide - juste une invocation.

Il ne sera pas question d'amours impossibles, déçues ou lasses - mais d'amours frustrées, peut-être, et des contradictions dont nous nourrissons nos souffrances jusqu'à l'extase noire qui nous décille. Et cela sera écrit, parce que telle est mon humeur, grise, de celles à coincer le souffle dans un désir de mélopées, entêtantes de sensualité océane et crasseuse - ô enfances ! Si je le pouvais, ce texte aurait la forme d'un coït. Et j'en ferais, lascif, longtemps durer les préliminaires. Les smileys sont là pour rythmer un peu ce monologue à vous adressé, qui n'en a pas réellement besoin.

Mais.

Vois-tu, ces mains savent le mensonge de la caresse qu'on croit donner à autrui alors qu'on ne contente que soi. Le contact d'une peau. L'enveloppement d'un corps. La densité qu'on retire à s'appuyer sur l'autre. D'aucuns appellent cela de l'amour. :lol: Drôle de croyance. Juste une autre façon de s'auto-satisfaire. Grand bien leur fasse au demeurant, s'ils y trouvent leur compte. Je n'y trouve plus le mien. Je me suis trop donné de plaisir dans la solitude des images crues et des lupanars pour ne pas sentir par toutes mes fibres la similitude des contentements qu'on en retire - similitude, non pas identité, mind you. :!:

Il fut un temps où ce corps aurait souhaité n'exister pas :blink: . N'être qu'un esprit, une forme d'ange, inférieure et discrète, allant pêcher son contentement dans celui des autres, et dans l'illusion amoureuse des grands récits du savoir. :roll: J'avais treize, quatorze ans, peut-être, trop d'empathie, pas assez de matière et beaucoup de peurs - je me serais brisé sur un coup de poing, mais, ayant survécu aux méchancetés adolescentes, je n'en ai jamais reçu un seul, au prix d'évitements lâches et d'un arasement supplémentaire de mon orgueil, ici atrophié, mieux blindé ailleurs qu'un rhinocéros de bibliothèque.

J'ai pourtant toujours été un sensuel. :cool: Ma famille n'est pas bégueule et mes parents valorisaient les choses de l'amour, leur donnant la saveur d'un idéal discret autant qu’atteignable. Mon corps aussi, sa peau, si sensible au frisson. Et la folie des baisers, plus lente à venir, jusqu'au jour où, vers vingt-deux ans sans doute, j'ai senti ma tête chavirer. Les plaisirs solitaires me sont familiers depuis l'âge de onze, douze ans, bien avant ma puberté tardive, leur régularité confondante m'ayant tenu dans une emprise quasi-addictive à raison de deux à trois doses la journée pendant plus de vingt ans. :innocent: :erm:

Cela dit, j'ai rapidement douté de mon droit à être :? . Je te passe les causes psychanalytiques. Oser assumer la plénitude de mes désirs, c'est risquer de me voir désavouer par autrui, laissé de côté par les voyageurs du train-qui-n'attend-pas, et définitivement perdu dans le grand supermarché peuplé de gens goguenards, pressés et prompt à s'amuser des pleurs sans courage d'un enfant.

L’homosexualité n’a pas grand-chose à y voir : je suis comme ça depuis bien avant mon premier désir pour un garçon – à vrai dire, la révélation à seize ans de l’homosexualité ne fut pas dénuée de plaisir : cette foudre portée par un mot me donnait une consistance explicite, me rendait intéressant, à peu de frais, identité de synthèse, désincarnée elle aussi, comme le reste. :lol:

Tu ne vivras point sans y beaucoup penser d’abord - eau vive prise dans une armure. Ce n’est pas encore aujourd’hui tout à fait de l’histoire ancienne. Il faut du temps pour réaliser, accepter, entrer en travail, dépasser, déposer, lâcher, cicatriser. Je me regarde le nombril depuis l’école primaire, ça m’a permis d’entreprendre sinon à temps, du moins encore jeune, les thérapies que personne ne m’incitait à suivre – d’où sans doute ce réflexe aujourd’hui d’envoyer se décrasser la boîte à affects quiconque manifeste un trouble que je reconnais trop évidemment. ;)

Mais.

Aujourd’hui que tout va mieux, la solitude me devient difficilement supportable – on l’appelle esseulement, alors. Je savais me noyer dans les livres ou le s*xe, à répétition, dès lors que l’affolement me gagnait de n’être vraiment rien d’aimable, ni d’intéressant – je ne suis largement qu’une forme de perroquet (très) savant, au fond. Cela ne marche plus guère, sinon de façon paroxystique, suffisamment outrancière pour que la saveur m’en soit devenue désagréable. >_<

Ce grand corps léger se retrouve pris entre deux vérités : son désir de contact, et le savoir que n’importe quel contact ne suffit plus – parce que je ne puis plus me nourrir de signes seulement, frissons ou images, mais aussi de l’épaisseur vitale qui fait d’un poème de qu’il est – rut, partage, morsure, transport, amour, chair. A mesure que je me réincarne, mes fonctionnements habituels ne me satisfont plus, me dégoûtent parfois. Je ne sais quoi faire de moi-même. Je voudrais me noyer dans une piscine d’org*smes – refuge régressif, ventre fantasmatique de toute jouissance – et ne parviens qu’à y exacerber mon goût pour la p*rn*graphie et ses drogues annexes. Lorsque tout craque, on se rattache, avec un désespoir effaré de la liberté qui s’offre, aux habitudes contractées dans le temps de nos servitudes. :(

Je suis frustré à un point pas possible d’une part de moi-même qui ne se trouve que lorsqu’on laisse une place à autrui. Sous l’effet du syndrome du Prince Charmant, j’espère encore, malgré moi qu’on viendra bien me tirer de là :roll: . Père-mère de substitution ou de cicatrisation. Le désir est vain, mais le désir est là. Et la peur de vivre – prendre des sentiers où je n’aurais pas posé mes balises - n’est pas toujours totalement absente.

Ma volonté n’est pas féroce – elle est farouche, patiente, prête à la longue durée, optimiste aussi, sur cette échelle de temps. Les coups de pieds au cul sont sans efficace (Nomade :) ), du moins s’ils ne sont pas accompagnés de réelle compassion – je résiste assez fermement à toute tentative externe de me normaliser, quelle que soit la norme :twisted: . Je crois au temps. Juste peur qu’il passe trop vite et que je n’aie pas eu l'occasion de lever les voiles. D’être, ici ou là, resté un petit garçon effrayé – voui, plains-moi ;) .

C’est assez confus, non ? Ben oui. C’est comme ça :lol: . J’ai quand même un peu l’impression d’être coupé d’un bout de moi-même – qui ne parvient pas ou mal à s’exprimer, quoiqu’un peu mieux aujourd’hui qu’hier. Mais là, j’en ai marre d’être seul. Marre-marre-marre. Le sentir à ce point, c’est aussi rendre toute rencontre oh combien difficile et soumise à patience, alors même que je suis si pressé – le temps de ne plus projeter l’impossible :? , puis, comme tout le monde, de dépasser le stade où l’amour aveugle fait l'imbécile :P .

Au moins aussi désagréable en ce moment, est sans doute que je perçois de plus en plus clairement l’illusion qui me et nous fait projeter la texture du Graal sur l’être aimé. Il n’est pas certain que l'esseulement que je ressens puisse réellement être comblé par ce fantasme de panacée. Je suis même certain du contraire. Il n’est certes pas bon que l’homme soit seul. Mais qu’il soit accompagné ne résout pas tous les problèmes. Loin de là. Je n’aurais pas de « vie spirituelle » sinon – et, aussi embryonnaire encore soit-elle, elle est là. Mais c'est encore un autre problème (quoique...).
Dernière modification par Kliban le jeu. sept. 10, 2009 8:16 pm, modifié 4 fois.
anonymeB

Message par anonymeB »

Je vais passer pour un abruti, mais j'ai rien comprit :mrgreen:

(en même temps j'ai lu en super-diagonale)

EDIT: J'ai lu un peu plus attentivement, et la seule chose que je puis dire, c'est que je dois être à peu près dans le même cas que toi. Même genre de ressentiments et de pensées. Même si ça peut paraître bizarre, car je ne le dis jamais :p
Kliban
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Message par Kliban »

Mmmmh merci Brutal. Il m'avait semblé cependant que la solitude ne te pesait pas, à toi - un de mes mythes personnels s'effondrerait-il ?
Naelend
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Message par Naelend »

Première chose je tiens à féliciter les personnes ayant eu le courage de lire ce texte :P

Bon peux tu écrire français ? Enfin le français des petits lecteurs :P

Sinon aucun conseille à apporter...
anonymeB

Message par anonymeB »

Disons que pour moi, ce n'est pas tant les conséquences (solitude amoureuse) qui me dérange que les causes, en fait.

Quelque part, les pensées que j'ai ne sont pas forcément les mêmes que les tiennes, mais suivent un cheminement parallèle.

Ceci a amené, et amène encore, même si ça me fait chier de le dire, à de régulières remises en questions personnelles, des auto-analyses, et toujours d'autres questions dont les réponses me semblent lointaines, voire inaccessibles.

De là à dire que la solitude me pèse, je sais pas, je crois pas. A la limite, je dirais presque que dans un soucis d'expérimentation et de confiance en soi (une question qui revient souvent: mais pourquoi d'autres -j'allais rajouter plus cons, plus nazes et probablement plus laids que moi, mais j'ai peur de paraître prétentieux- séduisent par leur naturel et pas moi?), la "solitude me pèse", et non pas parce que les relations humaines me sont trop importantes.

Ca peut paraître puéril, ou léger, mais je peux assurer que certains jours, c'est assez violent, surtout lorsque je décortique tout ce que je suis, jusqu'à vouloir atteindre une sorte de perfection en modifiant chacun des points qui, selon moi, m'éloignent toujours plus du "charisme" et de la "capacité séductive" de certains de mes congénères. J'en viens à espérer que oui, quelqu'un qui reste lui-même peut aussi avoir du charme, peut aussi attirer. Même si je vois chez les autres que c'est possible. Et paradoxalement, j'en viens aussi à m'auto-infliger une vérité cruelle: "tu seras jamais un humain d'aussi bonne qualité que les autres, pauvre con!". Comme si j'étais dans une impasse de désespoir et que je refuserais d'en sortir.

Finalement, j'en viens à me demander si on ressent pareil. Par contre, la cause reste la même, manifestement :D. Cela dit, je peux quand même plus facilement comprendre un ressentiment comme le tien que celui d'autres personnes.
Dernière modification par anonymeB le lun. août 17, 2009 4:05 pm, modifié 2 fois.
Kliban
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Message par Kliban »

(Résumé potager

J'ai grandi comme une salade précoce et fragile. Me suis blindé derrière ma tête charnue et mon coeur tendre et frippé comme une c*uille. Mais j'aimais - et aime - beaucoup la sensation du vent sur mes feuilles. Je suis une salade sensuelle. Et savante.

Cela dit, je me suis interdit de trop vibrer sous le vent du monde. L'impression qu'on me mangerait tout cru, ou qu'on me laisserait pourrir, si je me faisais trop remarquer. J'étais une salade consensuelle.

Ai mis du temps à le réaliser. Mais ai su entretemps me débaucher largement avec les hannetons et les vers de terre - mmmmh un bon ver bien gras ! - voire quelques chenilles. Et toujours le vent et le bleu du ciel. Je suis une salade lascive.

Aujourd'hui que j'ai appris - parce que les psys font aussi de bons jardiniers - à me laisser aller, je suis une salade toute seule. Aimerais ben trouver un ami gastronome qui saurait m'assaisonner et me manger avec délices. Plaisirs réciproques garantis. Je suis une salade sensible.


Mais je sais aussi que tout ça c'est un fantasme. Je ne suis pas vraiment une salade. Ni même un légume. Je suis un grand garçon et je traverse la rue sans donner la main. Et je ne suis pas sûr du tout que me retrouver avec un ami gastronome résoudrait réellement le tout de mon mal-être. Même si ça en atténuerait une bonne branche.)
Kliban
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Message par Kliban »

@Brutal : C'est "marrant" :) moi les remises en causes et les analyses que je fais ou qu'on m'amène à faire sur moi me passionnent. Le processus de changement, alimenté par le manque de confiance en soi, est en route depuis le primaire au moins. Les réponses sont en effet souvent lointaines. Elles ne sont pas inaccessibles - c'est comme ça que je le vis, du moins.

Notre grande différence ici est peut-être que je suis bien plus dirigé sur les autres que toi - personnalité dépendante oblige, comme le portrait esquissé plus haut le développe. Leur avis m'affecte, les conflits me pèsent, la méchanceté m'est douloureuse, etc. Séduire, ça ne m'est pas d'abord mettre un pouvoir à l'épreuve, mais me protéger de l'agression et m'assurer d'un monde où je me sente accepté (ce ne sont pas des pensées conscientes, bien sûr, mais des motivations émotionnelles profondes).
Dernière modification par Kliban le lun. août 17, 2009 4:46 pm, modifié 1 fois.
ExMembre

Message par ExMembre »

J’ai lu attentivement ton texte et il m’a touché à plusieurs reprises.

Nous ne sommes pas dans la même situation - mon membre fantôme comme tu l’as très justement décrit en m’accueillant me tient compagnie - mais bon, après tout, nous avons exactement le même âge et la même profession.

Alors je ne me permettrais pas de te donner un conseil, je viens seulement d’arriver, mais j’ai envie de te faire une réflexion : si tu es à l’oral comme à l’écrit, tu ne crois pas que ta solitude ou plutôt ton esseulement serait dû au fait que tu es peut-être un peu intimidant ?

Un peu comme-si tu t’étais forgé une carapace pour te protéger mais que – dommage collatéral – l’autre avait désormais peur de t’aborder ?

Enfin je dis ça, je ne dis rien, je suis peut-être complètement à côté de la plaque. C’est juste une réflexion qui m’est venue en te lisant.
Kliban
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Message par Kliban »

Pas du tout à côté de la plaque, c'est très gentil de me le dire. Une réflexion que je me suis faite souvent, la vingtaine passée... J'étais tout-à-fait inabordable, plus jeune :lol: , blin-dé. Mais j'ai eu un "membre fantôme", d'un genre un peu différent du tien, pendant 7 ans : je m'en suis un peu plus protégé de mes émotions en rationnalisant et intellectualisant tout, comme un malade.

Mais, intimidant, encore today ? Je ne sais pas le dire, il faudrait demander à ceux qui me connaissent. Eh ! Et-alorien, est-ce que je suis intimidant, dans la vraie vie ? (c'est une vraie question)


C'est vrai qu'on m'a déjà dit qu'on ne s'imaginait pas qu'en fait je puisse être ceci, ou cela - gentil, tendre, rigolo, enfantin, inconséquent, voire sensible, sensuel ou tout simplement dévergondé :lol: etc. Il est vrai qu'à rebours de ce qu'on voit trop souvent à mon gré, je n'emploie pas fréquemment ce que j'ai dans la tête comme une arme de guerre - c'est un outil pour le rêve, au fond ; labyrinthes et cieux étoilés. Mais c'est vrai que c'est peut-être pas facile de rêver avec moi :( .
ExMembre

Message par ExMembre »

Disons qu’en te lisant tu m’as rappelé quelqu’un que j’aimais beaucoup mais qui était tellement cultivé que j’avais du mal à me sentir « à la hauteur ».

Je te rejoins sur le fait que ce qu’on a dans la tête est un outil pour le rêve. Mais tu le savais sûrement déjà. :wink:
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