O solitude!
Publié : lun. août 17, 2009 3:05 pm
Une fois n'est pas coutume, je poste dans "Garçons". Plus sans doute histoire de me mettre au clair dans le cercle restreint des usagers d'EA que pour demander de l'aide - j'en recevrai peut-être, on n'a jamais vraiment idée de la forme ou de l'occasion que cela peut prendre - ce n'est pas un appel à l'aide - juste une invocation.
Il ne sera pas question d'amours impossibles, déçues ou lasses - mais d'amours frustrées, peut-être, et des contradictions dont nous nourrissons nos souffrances jusqu'à l'extase noire qui nous décille. Et cela sera écrit, parce que telle est mon humeur, grise, de celles à coincer le souffle dans un désir de mélopées, entêtantes de sensualité océane et crasseuse - ô enfances ! Si je le pouvais, ce texte aurait la forme d'un coït. Et j'en ferais, lascif, longtemps durer les préliminaires. Les smileys sont là pour rythmer un peu ce monologue à vous adressé, qui n'en a pas réellement besoin.
Mais.
Vois-tu, ces mains savent le mensonge de la caresse qu'on croit donner à autrui alors qu'on ne contente que soi. Le contact d'une peau. L'enveloppement d'un corps. La densité qu'on retire à s'appuyer sur l'autre. D'aucuns appellent cela de l'amour.
Drôle de croyance. Juste une autre façon de s'auto-satisfaire. Grand bien leur fasse au demeurant, s'ils y trouvent leur compte. Je n'y trouve plus le mien. Je me suis trop donné de plaisir dans la solitude des images crues et des lupanars pour ne pas sentir par toutes mes fibres la similitude des contentements qu'on en retire - similitude, non pas identité, mind you.
Il fut un temps où ce corps aurait souhaité n'exister pas
. N'être qu'un esprit, une forme d'ange, inférieure et discrète, allant pêcher son contentement dans celui des autres, et dans l'illusion amoureuse des grands récits du savoir.
J'avais treize, quatorze ans, peut-être, trop d'empathie, pas assez de matière et beaucoup de peurs - je me serais brisé sur un coup de poing, mais, ayant survécu aux méchancetés adolescentes, je n'en ai jamais reçu un seul, au prix d'évitements lâches et d'un arasement supplémentaire de mon orgueil, ici atrophié, mieux blindé ailleurs qu'un rhinocéros de bibliothèque.
J'ai pourtant toujours été un sensuel.
Ma famille n'est pas bégueule et mes parents valorisaient les choses de l'amour, leur donnant la saveur d'un idéal discret autant qu’atteignable. Mon corps aussi, sa peau, si sensible au frisson. Et la folie des baisers, plus lente à venir, jusqu'au jour où, vers vingt-deux ans sans doute, j'ai senti ma tête chavirer. Les plaisirs solitaires me sont familiers depuis l'âge de onze, douze ans, bien avant ma puberté tardive, leur régularité confondante m'ayant tenu dans une emprise quasi-addictive à raison de deux à trois doses la journée pendant plus de vingt ans.
Cela dit, j'ai rapidement douté de mon droit à être
. Je te passe les causes psychanalytiques. Oser assumer la plénitude de mes désirs, c'est risquer de me voir désavouer par autrui, laissé de côté par les voyageurs du train-qui-n'attend-pas, et définitivement perdu dans le grand supermarché peuplé de gens goguenards, pressés et prompt à s'amuser des pleurs sans courage d'un enfant.
L’homosexualité n’a pas grand-chose à y voir : je suis comme ça depuis bien avant mon premier désir pour un garçon – à vrai dire, la révélation à seize ans de l’homosexualité ne fut pas dénuée de plaisir : cette foudre portée par un mot me donnait une consistance explicite, me rendait intéressant, à peu de frais, identité de synthèse, désincarnée elle aussi, comme le reste.
Tu ne vivras point sans y beaucoup penser d’abord - eau vive prise dans une armure. Ce n’est pas encore aujourd’hui tout à fait de l’histoire ancienne. Il faut du temps pour réaliser, accepter, entrer en travail, dépasser, déposer, lâcher, cicatriser. Je me regarde le nombril depuis l’école primaire, ça m’a permis d’entreprendre sinon à temps, du moins encore jeune, les thérapies que personne ne m’incitait à suivre – d’où sans doute ce réflexe aujourd’hui d’envoyer se décrasser la boîte à affects quiconque manifeste un trouble que je reconnais trop évidemment.
Mais.
Aujourd’hui que tout va mieux, la solitude me devient difficilement supportable – on l’appelle esseulement, alors. Je savais me noyer dans les livres ou le s*xe, à répétition, dès lors que l’affolement me gagnait de n’être vraiment rien d’aimable, ni d’intéressant – je ne suis largement qu’une forme de perroquet (très) savant, au fond. Cela ne marche plus guère, sinon de façon paroxystique, suffisamment outrancière pour que la saveur m’en soit devenue désagréable.
Ce grand corps léger se retrouve pris entre deux vérités : son désir de contact, et le savoir que n’importe quel contact ne suffit plus – parce que je ne puis plus me nourrir de signes seulement, frissons ou images, mais aussi de l’épaisseur vitale qui fait d’un poème de qu’il est – rut, partage, morsure, transport, amour, chair. A mesure que je me réincarne, mes fonctionnements habituels ne me satisfont plus, me dégoûtent parfois. Je ne sais quoi faire de moi-même. Je voudrais me noyer dans une piscine d’org*smes – refuge régressif, ventre fantasmatique de toute jouissance – et ne parviens qu’à y exacerber mon goût pour la p*rn*graphie et ses drogues annexes. Lorsque tout craque, on se rattache, avec un désespoir effaré de la liberté qui s’offre, aux habitudes contractées dans le temps de nos servitudes.
Je suis frustré à un point pas possible d’une part de moi-même qui ne se trouve que lorsqu’on laisse une place à autrui. Sous l’effet du syndrome du Prince Charmant, j’espère encore, malgré moi qu’on viendra bien me tirer de là
. Père-mère de substitution ou de cicatrisation. Le désir est vain, mais le désir est là. Et la peur de vivre – prendre des sentiers où je n’aurais pas posé mes balises - n’est pas toujours totalement absente.
Ma volonté n’est pas féroce – elle est farouche, patiente, prête à la longue durée, optimiste aussi, sur cette échelle de temps. Les coups de pieds au cul sont sans efficace (Nomade
), du moins s’ils ne sont pas accompagnés de réelle compassion – je résiste assez fermement à toute tentative externe de me normaliser, quelle que soit la norme
. Je crois au temps. Juste peur qu’il passe trop vite et que je n’aie pas eu l'occasion de lever les voiles. D’être, ici ou là, resté un petit garçon effrayé – voui, plains-moi
.
C’est assez confus, non ? Ben oui. C’est comme ça
. J’ai quand même un peu l’impression d’être coupé d’un bout de moi-même – qui ne parvient pas ou mal à s’exprimer, quoiqu’un peu mieux aujourd’hui qu’hier. Mais là, j’en ai marre d’être seul. Marre-marre-marre. Le sentir à ce point, c’est aussi rendre toute rencontre oh combien difficile et soumise à patience, alors même que je suis si pressé – le temps de ne plus projeter l’impossible
, puis, comme tout le monde, de dépasser le stade où l’amour aveugle fait l'imbécile
.
Au moins aussi désagréable en ce moment, est sans doute que je perçois de plus en plus clairement l’illusion qui me et nous fait projeter la texture du Graal sur l’être aimé. Il n’est pas certain que l'esseulement que je ressens puisse réellement être comblé par ce fantasme de panacée. Je suis même certain du contraire. Il n’est certes pas bon que l’homme soit seul. Mais qu’il soit accompagné ne résout pas tous les problèmes. Loin de là. Je n’aurais pas de « vie spirituelle » sinon – et, aussi embryonnaire encore soit-elle, elle est là. Mais c'est encore un autre problème (quoique...).
Il ne sera pas question d'amours impossibles, déçues ou lasses - mais d'amours frustrées, peut-être, et des contradictions dont nous nourrissons nos souffrances jusqu'à l'extase noire qui nous décille. Et cela sera écrit, parce que telle est mon humeur, grise, de celles à coincer le souffle dans un désir de mélopées, entêtantes de sensualité océane et crasseuse - ô enfances ! Si je le pouvais, ce texte aurait la forme d'un coït. Et j'en ferais, lascif, longtemps durer les préliminaires. Les smileys sont là pour rythmer un peu ce monologue à vous adressé, qui n'en a pas réellement besoin.
Mais.
Vois-tu, ces mains savent le mensonge de la caresse qu'on croit donner à autrui alors qu'on ne contente que soi. Le contact d'une peau. L'enveloppement d'un corps. La densité qu'on retire à s'appuyer sur l'autre. D'aucuns appellent cela de l'amour.
Il fut un temps où ce corps aurait souhaité n'exister pas
J'ai pourtant toujours été un sensuel.
Cela dit, j'ai rapidement douté de mon droit à être
L’homosexualité n’a pas grand-chose à y voir : je suis comme ça depuis bien avant mon premier désir pour un garçon – à vrai dire, la révélation à seize ans de l’homosexualité ne fut pas dénuée de plaisir : cette foudre portée par un mot me donnait une consistance explicite, me rendait intéressant, à peu de frais, identité de synthèse, désincarnée elle aussi, comme le reste.
Tu ne vivras point sans y beaucoup penser d’abord - eau vive prise dans une armure. Ce n’est pas encore aujourd’hui tout à fait de l’histoire ancienne. Il faut du temps pour réaliser, accepter, entrer en travail, dépasser, déposer, lâcher, cicatriser. Je me regarde le nombril depuis l’école primaire, ça m’a permis d’entreprendre sinon à temps, du moins encore jeune, les thérapies que personne ne m’incitait à suivre – d’où sans doute ce réflexe aujourd’hui d’envoyer se décrasser la boîte à affects quiconque manifeste un trouble que je reconnais trop évidemment.
Mais.
Aujourd’hui que tout va mieux, la solitude me devient difficilement supportable – on l’appelle esseulement, alors. Je savais me noyer dans les livres ou le s*xe, à répétition, dès lors que l’affolement me gagnait de n’être vraiment rien d’aimable, ni d’intéressant – je ne suis largement qu’une forme de perroquet (très) savant, au fond. Cela ne marche plus guère, sinon de façon paroxystique, suffisamment outrancière pour que la saveur m’en soit devenue désagréable.
Ce grand corps léger se retrouve pris entre deux vérités : son désir de contact, et le savoir que n’importe quel contact ne suffit plus – parce que je ne puis plus me nourrir de signes seulement, frissons ou images, mais aussi de l’épaisseur vitale qui fait d’un poème de qu’il est – rut, partage, morsure, transport, amour, chair. A mesure que je me réincarne, mes fonctionnements habituels ne me satisfont plus, me dégoûtent parfois. Je ne sais quoi faire de moi-même. Je voudrais me noyer dans une piscine d’org*smes – refuge régressif, ventre fantasmatique de toute jouissance – et ne parviens qu’à y exacerber mon goût pour la p*rn*graphie et ses drogues annexes. Lorsque tout craque, on se rattache, avec un désespoir effaré de la liberté qui s’offre, aux habitudes contractées dans le temps de nos servitudes.
Je suis frustré à un point pas possible d’une part de moi-même qui ne se trouve que lorsqu’on laisse une place à autrui. Sous l’effet du syndrome du Prince Charmant, j’espère encore, malgré moi qu’on viendra bien me tirer de là
Ma volonté n’est pas féroce – elle est farouche, patiente, prête à la longue durée, optimiste aussi, sur cette échelle de temps. Les coups de pieds au cul sont sans efficace (Nomade
C’est assez confus, non ? Ben oui. C’est comme ça
Au moins aussi désagréable en ce moment, est sans doute que je perçois de plus en plus clairement l’illusion qui me et nous fait projeter la texture du Graal sur l’être aimé. Il n’est pas certain que l'esseulement que je ressens puisse réellement être comblé par ce fantasme de panacée. Je suis même certain du contraire. Il n’est certes pas bon que l’homme soit seul. Mais qu’il soit accompagné ne résout pas tous les problèmes. Loin de là. Je n’aurais pas de « vie spirituelle » sinon – et, aussi embryonnaire encore soit-elle, elle est là. Mais c'est encore un autre problème (quoique...).