Le jour de ma rentrée en seconde, en arrivant en retard dans ma classe, avec mes fringues dépareillées, mes lunettes de travers et ma coupe d'enfant de chœur, je me vois dans l'obligation de m'asseoir à la seule place de libre, à côté d'un gars étrange. Il y a une sorte d'aura qui émane de lui, un calme et et une discrétion mêlés à une irrépressible envie de mieux le connaître.
J'ai toujours été un peu original, tant par mon look que par mon caractère hyper-enjoué, et j'aborde la conversation avec ce type, sous les regards suspicieux de son très large groupe d'amis, voyez donc un gamin louche bizarre parlant avec le mec le plus populaire et apprécié de la classe, ça fait tâche.
Au fil des discussions, on se découvre une infinité de points communs, des sentiments proches en ce qui concerne notre environnement. De mon côté, je fais des efforts pour afficher un physique et un look plus "contemporain", et lui se livre à moi comme je pense qu'il ne l'a jamais fait à quelqu'un d'autre. On se complète, et le temps aidant, on devient des compères inséparables malgré nos groupes d'amis assez peu compatibles.
Je ne compte plus les heures passées à jouer à la Gamecube, à délirer devant "Friends" ou à papoter au téléphone de tout et de rien.
Il savait presque tout de moi et moi de lui, et je pensais, j'espérais que cela durerait longtemps encore.
Je l'aimais ce type, plus fort que je n'avais jamais aimé personne auparavant, mais comment dire ces choses sans abimer une amitié aussi forte?
Cette amitié et ce poids sur ma conscience ont perduré jusqu'à ce qu'il m'annonce un peu gêné qu'il a une copine, et à partir de ce moment, on s'est moins vus, et une profonde solitude a commencé à germer, s'épaississant, un peu comme un trou noir dans l'espace, qui avale ce qui l'entoure. Cette fille, je ne l'ai jamais vue qu'en photos, je suis jaloux bien sûr, mais je ne lui en veux pas, après tout on flashé sur la même personne, et elle au moins à eu le courage de se confesser, ce que j'ai toujours craint de faire.
Puis vint une journée de Juin dernier, passée ensemble, avec un petit arrière-goût des moments passés, et qui restent pour moi des instants inoubliables et ensoleillés.
Juste avant de se quitter, dans le parking ou sa voiture est garée, je me lance.
J'ai alors 19 ans, lui 20, j'ai bien grandi, beaucoup mûri par rapport au temps où je l'ai rencontré, lui est toujours resté le même, profondément gentil, discret et involontairement, furieusement attirant.
Moi en chemisette cravate (je travaillais la matinée), et lui dans son sempiternel mais Ô combien seyant gilet à capuche bleu marine-T-shirt blanc basique ; il faisait une chaleur étouffante et je lui confesse mon amour à son égard, mon envie de le protéger, ma peur panique de le perdre...
La réponse et difficile à appréhender, il ne peut répondre à mes attentes, et s'en trouve désolé.
Je me souviendrai toujours de cette phrase reçue par texto après qu'on soit rentrés chacun chez soi (enfin moi j'étais assis derrière une voiture en train de cogiter, les larmes aux yeux) : "je regrette sincèrement de ne pas avoir pu t'avoir dit la même chose, mais j'apprécie ton courage. Merci"
Nous sommes restés amis malgré cela, on se voit bien moins souvent, mais nos retrouvailles sont toujours chaleureuses, même si pour moi cette tranche de vie garde un goût doux-amer.
Je tente petit à petit de passer à autre chose, de rencontrer d'autres personnes du même bord que moi, mais ce souvenir et cette personne garderont toujours une place particulière dans mon cœur.