Il m'aime et je l'aime
Publié : mer. août 01, 2012 9:19 pm
Bonsoir à tous. Je viens tout juste de rejoindre cette communauté sous les conseils d’un ami… Je préfère le dire tout de suite mon sujet est long et pénible à lire De plus, je pourrais en choquer quelques uns. Il se trouve que je n’ai personne à qui parler de ça et là j’arrive à saturation. Avant je n’étais dévasté que psychologiquement mais là mon corps s’y mets, je suis descendu à 50 kilos pour 1m74, je cumule les insomnies, j’enchaine les malaises et mes parents sont morts d’inquiétude à mon sujet.
Je suis un garçon de 17 ans et je suis gay. Ce dont j’ai besoin de parler c’est d’un homme, d’amour et de rupture. Je vais faire de mon mieux pour exempter au maximum mon texte d’une quelconque tonalité élégiaque mais rien qu’à relire mon entrée en scène c’est déjà fait.
Je vais exposer les faits de façon chronologique mais difficile d’être fiable sur autant de mois, je vais faire de mon mieux pour être précis.
(Je ne donnerais pas son prénom, pour moi ça rend les choses plus faciles à poser sur le papier, c’est un exercice assez difficile je dois avouer)
Décembre 2011 :
C’est enfin les vacances. Je ne suis pas très bien… je dois gérer mon homosexualité et la garder pour moi, je n’ai fait mon comming out à personne pour l’instant. Petit moment de déprime. Il faut vite que je bouge pour me changer les idées.
Il se trouve que dans l’année je me suis fait une pote fantastique. Une allemande qui venait d’emménager en France et qui n’était pas très à l’aise ici. Au milieu des vacances, juste avant les fêtes elle m’invite chez elle, il semblerait qu’il y a du monde chez elle, grosse réunion de famille et d’amis. Je suis très impressionné, il y a beaucoup de monde qui est venu lui rendre visite pour les fêtes en effet, ça parle allemand dans tous les sens. Et je rencontre un homme, lui. Premières impressions : je le trouve étrange, pas très beau et très réservé. On peut imaginer mieux je suppose comme premières impressions mais c’est la vérité. En parlant (en anglais, ne parlant pas allemand) ça se passe plutôt bien, on discute quand même pas mal, c’est un artiste, il fait de la photographie, il m’invite à regarder ses travaux ultérieurement, moi-même étant passionné d’art.
Par la suite je consulte ses travaux via internet, il fait un travail remarquable, je lui envoie un mail pour lui dire mes impressions et le féliciter. Réponse rapide, s’en suit une discussion épisodique. Il devient quelqu’un de proche et d’éloigné à la fois, sentimentalement et géographiquement. Je décide alors de lui dire, il se trouve être la première personne au courant, que je suis gay. Et là, surprise, lui aussi et personne n’est au courant de même. On se parle via mail de plus en plus souvent, mes premières impressions à son sujet sont vite oubliées… on s’entend très bien, on rigole aussi bien que l’on discute de sujets sérieux. Fini la déprime, il me redonne le sourire et mon quotidien est redynamisé grâce à lui. Il était dans le même cas, dépressif comme moi mais dans une version beaucoup plus sévère. Je ne vais pas détailler mais il était vierge, pas encore « out », avec un boulot qu’il n’aime pas, dans un lieu qu’il n’aime pas, la liste est longue.
Janvier 2012 :
Notre relation reste dans cette continuité. On devient de plus en plus intime. On parle quotidiennement à présent, nous somme chacun l’oxygène de l’autre, je suis véritablement accro à sa façon de parler, à son humour. On parle aussi bien d’art, que de peinture, de musique, de photographie, de nos angoisses, de nos coups de gueules, de nos bons moments (qui correspondent bien souvent à ceux que l’on passe ensemble). On déplore tous les deux la distance qui nous sépare mais on fait avec, mon niveau d’anglais s’améliore.
Au milieu du mois, il doit partir en vacances pour une semaine… soit… on ne parlera pas pendant ce temps. Il se trouve que pendant une semaine je ne pense qu’à lui, ses paroles… j’ai bien l’impression de l’apprécier plus que je ne le pensais mais comme à mon habitude je dois penser toujours trop et je devrais éviter de songer à cela. Il rentre de son séjour, on se retrouve et on parle encore plus, on est capable de discuter des jours entiers, du réveil au coucher le soir.
Février 2012 :
Les choses vont très vite, tout s’accélère, tout s’intensifie. C’est sûr maintenant, pour la première fois dans ma vie je suis amoureux !
Survient un incident de sa part qui me met dans une rage folle… ma réaction le surprend, il se dit confus… mais pas que par ma réaction. Selon ses propres mots « j’ai réveillé chez lui ce qu’il pensait ne plus vivre à nouveau ». Grandes manifestations d’affections et de tendresse. On parle énormément, on échange beaucoup sur nos sentiments, ce qu’on pense de l’autre. Il m’aime, je l’aime.
Mars 2012 :
Au début du mois rien ne change.
J’en viens à lui poser une question. « Quelle est ta plus grande qualité ? ». Sa réponse : « l’honnêteté ». Il me dit tous les détails de sa vie, toute la vérité, rien que la vérité il le jure. Il a un passé très lourd… Par respect pour lui je n’entrerais pas dans les détails. Moi je pleure, comment pourrais-je accepter ça ? Lui dit ne pas avoir honte de ce passé… alors je continue de pleurer. Mon comportement change, je deviens complètement névrosé, je dirais instable même. Je suis déchiré, tiraillé entre un passé digne d’un « monstre » et cet être merveilleux que j’aime. Une longue et douloureuse période d’acceptation se profile.
11 mars : Une querelle surgit. Je trouve qu’il manque d’attention à mon égard. Il ne fait que parler d’une fin entre nous. Il s’inquiète beaucoup car il est mon premier amour et le fait que les choses ne marchent pas entre nous l’effraie. Mais à force de trop parler d’une « fin » entre nous, de ne laisser apercevoir aucun espoir, je vais finir par croire que ses doutes vont devenir réalité. D’autres querelles s’en suivent dans la même soirée, pourquoi ne me dit-il pas « je t’aime » ? Il veut préserver le sens du mot. Je trouve cela absurde de quantifier des marques d’affection par peur, ce genre de chose ça se dit quand on le pense. La dispute se complexifie. Tous nos doutes éclatent, c’est l’apothéose. Etouffement. Besoin d’air. Pause.
12 mars : je reçois un mail rédigé à 4 heures du matin. Moi non plus je n’ai pas dormi. Ce message fait des pages et des pages de long. C’est sa vie, il me dit tout, exactement tout, le moindre détail est consigné. Jusqu’au moment de notre rencontre. J’ai sa perception personnelle de notre relation, il m’aime. On rediscute le soir même. Plutôt que de débattre sur son passé nous fixerons la route droit devant nous. Il est temps d’appréhender les problèmes concrets comme la distance. Le temps de se voir est arrivé.
Ainsi continue et s’achève le mois. Il m’aime, je l’aime.
Avril 2012 :
On fixe le rendez-vous. Le 14 avril. J’ai un empêchement imprévu. Le 21 c’est son anniversaire : occupé. Va pour le 28 ! L’attente est longue, j’appréhende, je doute, ai-je choisi la bonne voie… je m’accroche à lui, à mon amour pour lui. Je me réveille lui en tête et son image est toujours là quand je pars me coucher.
Je dois changer quelque chose. Il dit que je me dénigre trop, il a raison, il est temps de m’accepter. Quelqu’un qui se surestime c’est désagréable mais quelqu’un qui se dévalorise c’est carrément repoussant. J’ai envie d’arrêter de plaire aux autres, je veux me plaire à moi-même d’abord. J’ai toujours pensé que pour marquer un changement psychologique un changement physique peut s’avérer très utile. Soit. Rien de bien transcendant. Je change de coupe de cheveux, je débute un traitement pour l’acné, j’apprends à sourire, je m’habille comme je veux dorénavant.
Viens le temps de la rencontre. Comment dire ? Exceptionnel ! Fantastique ! Je trouvais qu’il ne me portait pas assez d’attention et là… je n’ai pas peur de le dire, ce sont les plus beaux jours de ma vie. D’un coup je deviens intéressant, je deviens beau (il dit que j’ai l’air d’un acteur !), désiré, intelligent, drôle. Je devais être aveugle lors de notre première rencontre, cet homme est beau, il est magnifique et ces yeux…d’une expressivité déroutante, sublimes. Moi qui ai fait du dessin j’ai la fâcheuse habitude de décortiquer les visages pour les examiner, le sien est semble très fragile, très doux, seul un front audacieux et des sourcils masculins viennent trancher. Et mon Dieu… quel sourire ! Je pourrais continuer encore longtemps… cet homme est juste merveilleux, son apparence est le reflet de son âme. C’est un modèle de tendresse et de douceur. Je me suis toujours plains de devoir faire le premier pas avec lui… c’est pourtant lui qui a approché son visage du mien, qui a plongé son regard dans le mien et qui m’a donné un premier baiser… mémorable. Pas de sexe, que des baisers, des câlins, une peau douce, des corps en harmonie qui se réchauffe mutuellement. On va en ville, dans mon restaurant favori, c’est son cadeau d’anniversaire de ma part. On rencontre des gens que je connais, ils croient qu’il a la vingtaine. Je ne l’ai pas encore dit… il a 38 ans en réalité. Je le dis relativement tard. La différence ne se ressent pas. On est synchro, on sait tout de l’autre, on anticipe ses moindres réactions. Pas de hiérarchisation dans notre couple. Moi aussi je le prends dans mes bras pour le consoler, moi aussi je dissipe ses doutes, il lui arrive d’avoir tord. Ce rendez-vous est magique, irréel. Je sais que certains, voire beaucoup désapprouvent ce genre de relation… je n’empêche pas les autres de penser mais juger trop rapidement sans savoir pour moi ça c’est tout le contraire de penser justement. Il m’aime, je l’aime.
Mai 2012 :
C’est le mois de mon anniversaire. 17 ans. Plus qu’un an. Dernière ligne droite. Je suis sous l’effet de la drogue de notre rencontre. Mes proches disent ne jamais m’avoir vu aussi heureux, je suis bien d’accord. Il me prévient qu’il doit partir pour une semaine début août, je suis triste mais plus que jamais il m’aime et je l’aime.
Juin 2012 :
Il part pendant une semaine. Pendant une semaine je n’ai pas un mot de sa part. Pendant une semaine je suis incapable de me concentrer sur mes révisions… Il revient, je fais ma crise, je souffre atrocement. Lui ne comprend pas. Il ne comprend pas pourquoi les choses me tiennent tant à cœur, il ne comprend pas que je ne puisse pas prendre les choses de façon détendu… ma réponse : « je t’aime ».
Ce genre de chose arrive de plus en plus souvent. Il voudrait passer de moins de temps en ma compagnie pour pouvoir s’occuper de lui. Il part des weekends entier sans me donner de nouvelles… à chaque fois c’est un coup de couteau en plein cœur, mon corps est parsemé de trou. Mais je prends sur moi, je ne vis plus que pour mes révisions, le reste du temps je pleure un être si cher que je perds de jour en jour j’ai l’impression.
Epreuves de français écrit et de géographie. Pendant deux jours je m’endurci au maximum, je renonce à toute humanité, à tout sentiment… je veux réussir ce satané bac. Je rentre de l’épreuve de géographie… tout me revient en pleine figure, je fonds en larme, on ne peux pas renier qui l’on est.
Fin du mois, avant l’oral de français, sur doctissimo je rencontre quelqu’un (cette même personne qui m’a conseillé ce forum). Pour la première fois je peux parler de ma relation, rien que d’en parler je peux prendre du recul.
23 juin : je n’en peux plus. Je souffre trop. La douleur est devenu insupportable, insurmontable. J’ai envie de crier « regarde-moi ! Aime-moi ! ». La personne avec qui je dialogue me fait remarquer une chose, je parle de « lui » au passé.
24 juin : je discute avec lui. Il veut annuler notre rendez-vous en août pour voir un ami à la place. Il me dit « qu’au moins ce sera gratuit », qu’il pourra « enfin se détendre ». Moi j’avais annulé une semaine avec mes cousines que j’adore, qui vivent loin et que je n’avais pas vu depuis deux ans pour lui. J’ai acheté des places pour lui faire visiter une exposition qu’il adorera sûrement et je perds une amie au passage… c’est la fameuse goutte d’eau. S’il veut se détendre je ne dirais qu’une chose : adieu. Je lui écris ma peine que je tentais de dissimuler. Il me répond. Je ne dors plus. Il ne dort plus.
Veille de l’oral de français : rupture de ma part, adieu.
Le lendemain : je pleure toutes les larmes de mon corps, mes proches s’inquiètent. On a rompu parce qu’il m’aime et je l’aime.
Juillet 2012 :
On discute de façon épisodique… mais je souffre trop à chaque fois. je l’aime toujours mais je n’ose même pas le dire à mon confident rencontré sur doctissimo. Les ponts sont définitivement coupés.
Je suis perdu… je ne dors plus… je perds beaucoup de poids… ma mère se demande ce qu’il se passe. Je décide un soir de lui faire part d’un problème médical mineur mais très intime qui me ronge depuis longtemps Elle me prend à part un soir et me dit « je sais que tu me caches quelque chose. Je t’ai toujours dit la vérité pour ma part, je peux tout entendre, si j’en suis incapable, qui le serait ? ». Il est temps pour moi de faire mon comming out, l’occasion est trop belle. J’écris une lettre pour mon comming out la nuit même que je donne à ma mère le lendemain et je le dis en face à mon père. Excellente réaction. Gros coup de stress pour moi. Mais j’ai des parents adorables.
Pourtant ça ne s’arrange pas. Je pleure. Je vais de plus en plus mal. Il me manque énormément. J’atteins mes limites… pas psychologiques, c’était déjà fait, mais physiques. Consultation chez mon médecin : il est alarmé et pourtant il lui en faut beaucoup pour ça.
Mais je ne peux y résister. Il faut que je lui dise pour mon comming out et mon problème médical dont je n’osais pas parler à mes parents. La discussion est relancée… on parle beaucoup ensemble, le contact est relancé. Je mens pour ne pas qu’il s’inquiète. Je lui dis que j’ai trouvé quelqu’un d’autre, un dénommé David, stupide mensonge. Sachant cela il rejoint un site de rencontre.
Au bout de quelques jours, je fais une crise de jalousie monstrueuse. je ne supporte pas l’idée qu’il rejoigne un site de rencontre. Je lui dis la vérité, David est une pure invention. Il me dit que ce n’est pas lui que je mérite mais ce David dont j’avais brossé le portrait « parfait ». Mais David c’est lui. On discute… conclusion : il m’aime et je l’aime. Il quitte le site de rencontre. Mais on est tous les deux perdus.
Il se trouve que je suis absent pendant quelques jours. Il est très attentionné et m’envoie des messages, chose qu’il ne faisait pas avant et que je lui reprochais. Pendant ces quelques jours je réfléchis, on a tous les deux changés. Il est l’homme de ma vie, dès que je rentre je lui fais une déclaration d’amour...
Je suis là, il est là. On parle. Il est différent. Il se dévalorise. Il dit que je ne le mérite pas. Il se traite de tous les noms. Il a souffert tout le mois durant… c’est à un enfant que je fais face. Il est dévasté par notre séparation. Je me traite intérieurement de tous les noms pour l’avoir mis dans cet état. Je ne l’ai jamais vu se dévaloriser autant. Il se dit être « trop faible ». pour la première fois il me donne raison sur certains points, il me comprend : il dit que c’est légitime que je veuille le voir plus souvent, que je m’énerve de na pas avoir de ses nouvelles, etc… Il se traite à nouveau de tous les noms pour cela. Mais il est mort de peur parce que j’ai parlé avec mes parents et avoir un compagnon plus âgé ne les dérange pas plus que ça et il a peur qu’un jour on doive faire les présentations. Il a peur car je viens de faire mon comming out et que c’est une pression pour qu’il fasse le sien.
Cette fois-ci les rôles sont inversés.
Cette fois-ci c’est lui qui découvre le mot souffrance.
Cette fois-ci c’est lui qui doit penser à lui.
Cette-fois ci c’est lui qui suffoque.
Cette fois-ci les mots sortent de sa bouche.
Il dit le mot.
Rupture.
Rupture totale.
Plus un mot, plus un regard. Une cigarette pour la route et adieu. Juste quelques mots échangés avant de partir. Il m’aime et moi… mais moi aussi je l’aime ! Ces derniers mots : « c’est la première fois que j’échoue ». Il a décidé de ne rien faire, de ne s’engager nulle part avec personne tant que je ne serais pas heureux de nouveau…
Je fais un malaise chez le docteur. Une semaine plus tard je remets ça dans ma salle de bain. Pas plus tard qu’une semaine auparavant j’ai fait un troisième malaise. Mon corps flanche. J’enchaine les insomnies. Mes proches ont réellement peur, ils font tout pour me remonter le moral et j’essaie tant bien que mal.
Août 2012 :
Je suis désespéré. Je demande à cet ami de doctissimo de l’aide, il m’avait parlé d’un site. Je rejoins ce site et décide d’y écrire mon histoire.
Voilà, j’en ai conscience, c’est fastidieux à lire. Mais je suis perdu. C’est tellement lourd à porter et à supporter, je n’ai personne à qui parler. Je sais que cette communauté-ci est compréhensive mais l’empathie a ses limites je suppose. Pourquoi je dis tout ça ? Je l’ignore… l’impression que j’ai c’est que je l’aime encore… en tout cas il me manque, il me manque énormément…
Je suis un garçon de 17 ans et je suis gay. Ce dont j’ai besoin de parler c’est d’un homme, d’amour et de rupture. Je vais faire de mon mieux pour exempter au maximum mon texte d’une quelconque tonalité élégiaque mais rien qu’à relire mon entrée en scène c’est déjà fait.
Je vais exposer les faits de façon chronologique mais difficile d’être fiable sur autant de mois, je vais faire de mon mieux pour être précis.
(Je ne donnerais pas son prénom, pour moi ça rend les choses plus faciles à poser sur le papier, c’est un exercice assez difficile je dois avouer)
Décembre 2011 :
C’est enfin les vacances. Je ne suis pas très bien… je dois gérer mon homosexualité et la garder pour moi, je n’ai fait mon comming out à personne pour l’instant. Petit moment de déprime. Il faut vite que je bouge pour me changer les idées.
Il se trouve que dans l’année je me suis fait une pote fantastique. Une allemande qui venait d’emménager en France et qui n’était pas très à l’aise ici. Au milieu des vacances, juste avant les fêtes elle m’invite chez elle, il semblerait qu’il y a du monde chez elle, grosse réunion de famille et d’amis. Je suis très impressionné, il y a beaucoup de monde qui est venu lui rendre visite pour les fêtes en effet, ça parle allemand dans tous les sens. Et je rencontre un homme, lui. Premières impressions : je le trouve étrange, pas très beau et très réservé. On peut imaginer mieux je suppose comme premières impressions mais c’est la vérité. En parlant (en anglais, ne parlant pas allemand) ça se passe plutôt bien, on discute quand même pas mal, c’est un artiste, il fait de la photographie, il m’invite à regarder ses travaux ultérieurement, moi-même étant passionné d’art.
Par la suite je consulte ses travaux via internet, il fait un travail remarquable, je lui envoie un mail pour lui dire mes impressions et le féliciter. Réponse rapide, s’en suit une discussion épisodique. Il devient quelqu’un de proche et d’éloigné à la fois, sentimentalement et géographiquement. Je décide alors de lui dire, il se trouve être la première personne au courant, que je suis gay. Et là, surprise, lui aussi et personne n’est au courant de même. On se parle via mail de plus en plus souvent, mes premières impressions à son sujet sont vite oubliées… on s’entend très bien, on rigole aussi bien que l’on discute de sujets sérieux. Fini la déprime, il me redonne le sourire et mon quotidien est redynamisé grâce à lui. Il était dans le même cas, dépressif comme moi mais dans une version beaucoup plus sévère. Je ne vais pas détailler mais il était vierge, pas encore « out », avec un boulot qu’il n’aime pas, dans un lieu qu’il n’aime pas, la liste est longue.
Janvier 2012 :
Notre relation reste dans cette continuité. On devient de plus en plus intime. On parle quotidiennement à présent, nous somme chacun l’oxygène de l’autre, je suis véritablement accro à sa façon de parler, à son humour. On parle aussi bien d’art, que de peinture, de musique, de photographie, de nos angoisses, de nos coups de gueules, de nos bons moments (qui correspondent bien souvent à ceux que l’on passe ensemble). On déplore tous les deux la distance qui nous sépare mais on fait avec, mon niveau d’anglais s’améliore.
Au milieu du mois, il doit partir en vacances pour une semaine… soit… on ne parlera pas pendant ce temps. Il se trouve que pendant une semaine je ne pense qu’à lui, ses paroles… j’ai bien l’impression de l’apprécier plus que je ne le pensais mais comme à mon habitude je dois penser toujours trop et je devrais éviter de songer à cela. Il rentre de son séjour, on se retrouve et on parle encore plus, on est capable de discuter des jours entiers, du réveil au coucher le soir.
Février 2012 :
Les choses vont très vite, tout s’accélère, tout s’intensifie. C’est sûr maintenant, pour la première fois dans ma vie je suis amoureux !
Survient un incident de sa part qui me met dans une rage folle… ma réaction le surprend, il se dit confus… mais pas que par ma réaction. Selon ses propres mots « j’ai réveillé chez lui ce qu’il pensait ne plus vivre à nouveau ». Grandes manifestations d’affections et de tendresse. On parle énormément, on échange beaucoup sur nos sentiments, ce qu’on pense de l’autre. Il m’aime, je l’aime.
Mars 2012 :
Au début du mois rien ne change.
J’en viens à lui poser une question. « Quelle est ta plus grande qualité ? ». Sa réponse : « l’honnêteté ». Il me dit tous les détails de sa vie, toute la vérité, rien que la vérité il le jure. Il a un passé très lourd… Par respect pour lui je n’entrerais pas dans les détails. Moi je pleure, comment pourrais-je accepter ça ? Lui dit ne pas avoir honte de ce passé… alors je continue de pleurer. Mon comportement change, je deviens complètement névrosé, je dirais instable même. Je suis déchiré, tiraillé entre un passé digne d’un « monstre » et cet être merveilleux que j’aime. Une longue et douloureuse période d’acceptation se profile.
11 mars : Une querelle surgit. Je trouve qu’il manque d’attention à mon égard. Il ne fait que parler d’une fin entre nous. Il s’inquiète beaucoup car il est mon premier amour et le fait que les choses ne marchent pas entre nous l’effraie. Mais à force de trop parler d’une « fin » entre nous, de ne laisser apercevoir aucun espoir, je vais finir par croire que ses doutes vont devenir réalité. D’autres querelles s’en suivent dans la même soirée, pourquoi ne me dit-il pas « je t’aime » ? Il veut préserver le sens du mot. Je trouve cela absurde de quantifier des marques d’affection par peur, ce genre de chose ça se dit quand on le pense. La dispute se complexifie. Tous nos doutes éclatent, c’est l’apothéose. Etouffement. Besoin d’air. Pause.
12 mars : je reçois un mail rédigé à 4 heures du matin. Moi non plus je n’ai pas dormi. Ce message fait des pages et des pages de long. C’est sa vie, il me dit tout, exactement tout, le moindre détail est consigné. Jusqu’au moment de notre rencontre. J’ai sa perception personnelle de notre relation, il m’aime. On rediscute le soir même. Plutôt que de débattre sur son passé nous fixerons la route droit devant nous. Il est temps d’appréhender les problèmes concrets comme la distance. Le temps de se voir est arrivé.
Ainsi continue et s’achève le mois. Il m’aime, je l’aime.
Avril 2012 :
On fixe le rendez-vous. Le 14 avril. J’ai un empêchement imprévu. Le 21 c’est son anniversaire : occupé. Va pour le 28 ! L’attente est longue, j’appréhende, je doute, ai-je choisi la bonne voie… je m’accroche à lui, à mon amour pour lui. Je me réveille lui en tête et son image est toujours là quand je pars me coucher.
Je dois changer quelque chose. Il dit que je me dénigre trop, il a raison, il est temps de m’accepter. Quelqu’un qui se surestime c’est désagréable mais quelqu’un qui se dévalorise c’est carrément repoussant. J’ai envie d’arrêter de plaire aux autres, je veux me plaire à moi-même d’abord. J’ai toujours pensé que pour marquer un changement psychologique un changement physique peut s’avérer très utile. Soit. Rien de bien transcendant. Je change de coupe de cheveux, je débute un traitement pour l’acné, j’apprends à sourire, je m’habille comme je veux dorénavant.
Viens le temps de la rencontre. Comment dire ? Exceptionnel ! Fantastique ! Je trouvais qu’il ne me portait pas assez d’attention et là… je n’ai pas peur de le dire, ce sont les plus beaux jours de ma vie. D’un coup je deviens intéressant, je deviens beau (il dit que j’ai l’air d’un acteur !), désiré, intelligent, drôle. Je devais être aveugle lors de notre première rencontre, cet homme est beau, il est magnifique et ces yeux…d’une expressivité déroutante, sublimes. Moi qui ai fait du dessin j’ai la fâcheuse habitude de décortiquer les visages pour les examiner, le sien est semble très fragile, très doux, seul un front audacieux et des sourcils masculins viennent trancher. Et mon Dieu… quel sourire ! Je pourrais continuer encore longtemps… cet homme est juste merveilleux, son apparence est le reflet de son âme. C’est un modèle de tendresse et de douceur. Je me suis toujours plains de devoir faire le premier pas avec lui… c’est pourtant lui qui a approché son visage du mien, qui a plongé son regard dans le mien et qui m’a donné un premier baiser… mémorable. Pas de sexe, que des baisers, des câlins, une peau douce, des corps en harmonie qui se réchauffe mutuellement. On va en ville, dans mon restaurant favori, c’est son cadeau d’anniversaire de ma part. On rencontre des gens que je connais, ils croient qu’il a la vingtaine. Je ne l’ai pas encore dit… il a 38 ans en réalité. Je le dis relativement tard. La différence ne se ressent pas. On est synchro, on sait tout de l’autre, on anticipe ses moindres réactions. Pas de hiérarchisation dans notre couple. Moi aussi je le prends dans mes bras pour le consoler, moi aussi je dissipe ses doutes, il lui arrive d’avoir tord. Ce rendez-vous est magique, irréel. Je sais que certains, voire beaucoup désapprouvent ce genre de relation… je n’empêche pas les autres de penser mais juger trop rapidement sans savoir pour moi ça c’est tout le contraire de penser justement. Il m’aime, je l’aime.
Mai 2012 :
C’est le mois de mon anniversaire. 17 ans. Plus qu’un an. Dernière ligne droite. Je suis sous l’effet de la drogue de notre rencontre. Mes proches disent ne jamais m’avoir vu aussi heureux, je suis bien d’accord. Il me prévient qu’il doit partir pour une semaine début août, je suis triste mais plus que jamais il m’aime et je l’aime.
Juin 2012 :
Il part pendant une semaine. Pendant une semaine je n’ai pas un mot de sa part. Pendant une semaine je suis incapable de me concentrer sur mes révisions… Il revient, je fais ma crise, je souffre atrocement. Lui ne comprend pas. Il ne comprend pas pourquoi les choses me tiennent tant à cœur, il ne comprend pas que je ne puisse pas prendre les choses de façon détendu… ma réponse : « je t’aime ».
Ce genre de chose arrive de plus en plus souvent. Il voudrait passer de moins de temps en ma compagnie pour pouvoir s’occuper de lui. Il part des weekends entier sans me donner de nouvelles… à chaque fois c’est un coup de couteau en plein cœur, mon corps est parsemé de trou. Mais je prends sur moi, je ne vis plus que pour mes révisions, le reste du temps je pleure un être si cher que je perds de jour en jour j’ai l’impression.
Epreuves de français écrit et de géographie. Pendant deux jours je m’endurci au maximum, je renonce à toute humanité, à tout sentiment… je veux réussir ce satané bac. Je rentre de l’épreuve de géographie… tout me revient en pleine figure, je fonds en larme, on ne peux pas renier qui l’on est.
Fin du mois, avant l’oral de français, sur doctissimo je rencontre quelqu’un (cette même personne qui m’a conseillé ce forum). Pour la première fois je peux parler de ma relation, rien que d’en parler je peux prendre du recul.
23 juin : je n’en peux plus. Je souffre trop. La douleur est devenu insupportable, insurmontable. J’ai envie de crier « regarde-moi ! Aime-moi ! ». La personne avec qui je dialogue me fait remarquer une chose, je parle de « lui » au passé.
24 juin : je discute avec lui. Il veut annuler notre rendez-vous en août pour voir un ami à la place. Il me dit « qu’au moins ce sera gratuit », qu’il pourra « enfin se détendre ». Moi j’avais annulé une semaine avec mes cousines que j’adore, qui vivent loin et que je n’avais pas vu depuis deux ans pour lui. J’ai acheté des places pour lui faire visiter une exposition qu’il adorera sûrement et je perds une amie au passage… c’est la fameuse goutte d’eau. S’il veut se détendre je ne dirais qu’une chose : adieu. Je lui écris ma peine que je tentais de dissimuler. Il me répond. Je ne dors plus. Il ne dort plus.
Veille de l’oral de français : rupture de ma part, adieu.
Le lendemain : je pleure toutes les larmes de mon corps, mes proches s’inquiètent. On a rompu parce qu’il m’aime et je l’aime.
Juillet 2012 :
On discute de façon épisodique… mais je souffre trop à chaque fois. je l’aime toujours mais je n’ose même pas le dire à mon confident rencontré sur doctissimo. Les ponts sont définitivement coupés.
Je suis perdu… je ne dors plus… je perds beaucoup de poids… ma mère se demande ce qu’il se passe. Je décide un soir de lui faire part d’un problème médical mineur mais très intime qui me ronge depuis longtemps Elle me prend à part un soir et me dit « je sais que tu me caches quelque chose. Je t’ai toujours dit la vérité pour ma part, je peux tout entendre, si j’en suis incapable, qui le serait ? ». Il est temps pour moi de faire mon comming out, l’occasion est trop belle. J’écris une lettre pour mon comming out la nuit même que je donne à ma mère le lendemain et je le dis en face à mon père. Excellente réaction. Gros coup de stress pour moi. Mais j’ai des parents adorables.
Pourtant ça ne s’arrange pas. Je pleure. Je vais de plus en plus mal. Il me manque énormément. J’atteins mes limites… pas psychologiques, c’était déjà fait, mais physiques. Consultation chez mon médecin : il est alarmé et pourtant il lui en faut beaucoup pour ça.
Mais je ne peux y résister. Il faut que je lui dise pour mon comming out et mon problème médical dont je n’osais pas parler à mes parents. La discussion est relancée… on parle beaucoup ensemble, le contact est relancé. Je mens pour ne pas qu’il s’inquiète. Je lui dis que j’ai trouvé quelqu’un d’autre, un dénommé David, stupide mensonge. Sachant cela il rejoint un site de rencontre.
Au bout de quelques jours, je fais une crise de jalousie monstrueuse. je ne supporte pas l’idée qu’il rejoigne un site de rencontre. Je lui dis la vérité, David est une pure invention. Il me dit que ce n’est pas lui que je mérite mais ce David dont j’avais brossé le portrait « parfait ». Mais David c’est lui. On discute… conclusion : il m’aime et je l’aime. Il quitte le site de rencontre. Mais on est tous les deux perdus.
Il se trouve que je suis absent pendant quelques jours. Il est très attentionné et m’envoie des messages, chose qu’il ne faisait pas avant et que je lui reprochais. Pendant ces quelques jours je réfléchis, on a tous les deux changés. Il est l’homme de ma vie, dès que je rentre je lui fais une déclaration d’amour...
Je suis là, il est là. On parle. Il est différent. Il se dévalorise. Il dit que je ne le mérite pas. Il se traite de tous les noms. Il a souffert tout le mois durant… c’est à un enfant que je fais face. Il est dévasté par notre séparation. Je me traite intérieurement de tous les noms pour l’avoir mis dans cet état. Je ne l’ai jamais vu se dévaloriser autant. Il se dit être « trop faible ». pour la première fois il me donne raison sur certains points, il me comprend : il dit que c’est légitime que je veuille le voir plus souvent, que je m’énerve de na pas avoir de ses nouvelles, etc… Il se traite à nouveau de tous les noms pour cela. Mais il est mort de peur parce que j’ai parlé avec mes parents et avoir un compagnon plus âgé ne les dérange pas plus que ça et il a peur qu’un jour on doive faire les présentations. Il a peur car je viens de faire mon comming out et que c’est une pression pour qu’il fasse le sien.
Cette fois-ci les rôles sont inversés.
Cette fois-ci c’est lui qui découvre le mot souffrance.
Cette fois-ci c’est lui qui doit penser à lui.
Cette-fois ci c’est lui qui suffoque.
Cette fois-ci les mots sortent de sa bouche.
Il dit le mot.
Rupture.
Rupture totale.
Plus un mot, plus un regard. Une cigarette pour la route et adieu. Juste quelques mots échangés avant de partir. Il m’aime et moi… mais moi aussi je l’aime ! Ces derniers mots : « c’est la première fois que j’échoue ». Il a décidé de ne rien faire, de ne s’engager nulle part avec personne tant que je ne serais pas heureux de nouveau…
Je fais un malaise chez le docteur. Une semaine plus tard je remets ça dans ma salle de bain. Pas plus tard qu’une semaine auparavant j’ai fait un troisième malaise. Mon corps flanche. J’enchaine les insomnies. Mes proches ont réellement peur, ils font tout pour me remonter le moral et j’essaie tant bien que mal.
Août 2012 :
Je suis désespéré. Je demande à cet ami de doctissimo de l’aide, il m’avait parlé d’un site. Je rejoins ce site et décide d’y écrire mon histoire.
Voilà, j’en ai conscience, c’est fastidieux à lire. Mais je suis perdu. C’est tellement lourd à porter et à supporter, je n’ai personne à qui parler. Je sais que cette communauté-ci est compréhensive mais l’empathie a ses limites je suppose. Pourquoi je dis tout ça ? Je l’ignore… l’impression que j’ai c’est que je l’aime encore… en tout cas il me manque, il me manque énormément…