"Coming-In" : se poser les bonnes questions
"Coming-In" : se poser les bonnes questions
Bonsoir à tous. Je me présente brièvement (cf. Accueil) : Unborn, 23 ans, étudiant français de parents algériens. Je suis actuellement en Master en école de Commerce et en stage pendant un an.
Je viens de m'inscrire sur ce forum par besoin de me confier et de recueillir des témoignages similaires, des avis, des commentaires... Tout ce qui pourrait m'aider à avancer !
Attention pavé.
Je vais être bref sur la partie "Découverte de ma différence". A l'instar de la plupart des personnes concernées, j'ai toujours su que j'étais différent. Cependant, je n'ai jamais osé y croire jusqu'à la période fin de collège/début du lycée... La suite (je dirais de mes 15 ans jusqu'à mes 21 ans) n'a pas été très rose avec des états dépressifs assez marqués, personne à qui parler, des idées noires etc. etc. Bref une période pendant laquelle je me contentais de me laisser dériver au gré des courants que la vie me faisait suivre (études, famille, jobs étudiants, sport).
Puis à l'aube de mes 21 ans, j'ai décidé d'en parler à ma soeur que je savais très ouverte sur le sujet et à qui je dois beaucoup aujourd'hui psychologiquement. S'est ensuit quelque chose d'assez étrange mais très compréhensible quand je prends le recul qui s'impose : je suis entré dans une phase de déni complet pendant laquelle j'ai porté un masque de mec bien dans sa peau. J'ai repris mes études en main après un an d'errance à la faculté de Sciences de ma ville natale, j'ai pris un appartement à Paris en m'inscrivant en fac (avec pour objectif de passer des concours d'Ecoles de Commerce), j'ai commencé à faire la fête tous les week-ends...
Bref, contrairement aux petites périodes de mon adolescence pendant lesquelles je refusais tout simplement de croire que je n'étais pas hétérosexuel, que je me disais que ce n'était pas possible (pas moi...), il s'agissait d'une vraie période de déni ! Agrémenté d'un retour dans ma ville natale l'année dernière avec appartement, job étudiant, filles à gogo (lol), obtention de mon Master 1, un rôle assez valorisant au sein de mon équipe de basket etc.
Seulement voilà : chassez le naturel et il revient au galop. Un voyage à l'étranger cet été ainsi que le fait de me retrouver une nouvelle fois seul pour mon stage en région parisienne m'ont forcé à retirer ce masque. Masque si confortable, si épais... Qu'inconsciemment je portais tout simplement par refus total de ne pas être l'hétérosexuel que je "devrais" être.
Ne soyez pas trop dur avec moi mais bon... Issu d'une famille arabo-musulmane et ayant grandi dans un milieu scolaire totalement homophobe, je suis le parfait exemple de la victime de ce qu'on appelle l'homophobie intériorisée.
L'heure est venue de se poser les bonnes questions.
Comment couper avec ce monde de refoulé que je me suis construit ? Comment devenir le plus honnête possible avec moi-même ? Comment accepter définitivement le fait d'être différent aussi bien en termes d'affectif qu'en termes de physique (accepter des fantasmes contres lesquels je me suis battu durant tant d'années) ?
Oui, ça fait beaucoup de questions mais ce n'est pas fini...
Comment savoir si je suis bisexuel ou gay ? Est-ce que je me retourne pour mater les filles dans la rue encore aujourd'hui par réflexe de faux hétérosexuel ou par véritable désir ? Comment avoir une idée de la façon dont je dois gérer (en termes d'entourage, de comportement, de rencontres etc.) cette nouvelle vie dans laquelle j'espère ne plus jamais me mentir ?
Je suis conscient que seul le futur me permettra d'apporter des réponses à ces questions... Et je suis certain que vous allez vous aussi me poser des questions ! Désolé pour ce récit un peu biscornu et dans lequel je pense éluder beaucoup de points importants de mon problème mais j'attends de ce forum des témoignages de personnes ayant vécu quelque chose de similaire, qui ont trouvé une paix intérieure, ont réussi à gérer cette transition...
Merci de m'avoir lu. Bonne soirée !
Je viens de m'inscrire sur ce forum par besoin de me confier et de recueillir des témoignages similaires, des avis, des commentaires... Tout ce qui pourrait m'aider à avancer !
Attention pavé.
Je vais être bref sur la partie "Découverte de ma différence". A l'instar de la plupart des personnes concernées, j'ai toujours su que j'étais différent. Cependant, je n'ai jamais osé y croire jusqu'à la période fin de collège/début du lycée... La suite (je dirais de mes 15 ans jusqu'à mes 21 ans) n'a pas été très rose avec des états dépressifs assez marqués, personne à qui parler, des idées noires etc. etc. Bref une période pendant laquelle je me contentais de me laisser dériver au gré des courants que la vie me faisait suivre (études, famille, jobs étudiants, sport).
Puis à l'aube de mes 21 ans, j'ai décidé d'en parler à ma soeur que je savais très ouverte sur le sujet et à qui je dois beaucoup aujourd'hui psychologiquement. S'est ensuit quelque chose d'assez étrange mais très compréhensible quand je prends le recul qui s'impose : je suis entré dans une phase de déni complet pendant laquelle j'ai porté un masque de mec bien dans sa peau. J'ai repris mes études en main après un an d'errance à la faculté de Sciences de ma ville natale, j'ai pris un appartement à Paris en m'inscrivant en fac (avec pour objectif de passer des concours d'Ecoles de Commerce), j'ai commencé à faire la fête tous les week-ends...
Bref, contrairement aux petites périodes de mon adolescence pendant lesquelles je refusais tout simplement de croire que je n'étais pas hétérosexuel, que je me disais que ce n'était pas possible (pas moi...), il s'agissait d'une vraie période de déni ! Agrémenté d'un retour dans ma ville natale l'année dernière avec appartement, job étudiant, filles à gogo (lol), obtention de mon Master 1, un rôle assez valorisant au sein de mon équipe de basket etc.
Seulement voilà : chassez le naturel et il revient au galop. Un voyage à l'étranger cet été ainsi que le fait de me retrouver une nouvelle fois seul pour mon stage en région parisienne m'ont forcé à retirer ce masque. Masque si confortable, si épais... Qu'inconsciemment je portais tout simplement par refus total de ne pas être l'hétérosexuel que je "devrais" être.
Ne soyez pas trop dur avec moi mais bon... Issu d'une famille arabo-musulmane et ayant grandi dans un milieu scolaire totalement homophobe, je suis le parfait exemple de la victime de ce qu'on appelle l'homophobie intériorisée.
L'heure est venue de se poser les bonnes questions.
Comment couper avec ce monde de refoulé que je me suis construit ? Comment devenir le plus honnête possible avec moi-même ? Comment accepter définitivement le fait d'être différent aussi bien en termes d'affectif qu'en termes de physique (accepter des fantasmes contres lesquels je me suis battu durant tant d'années) ?
Oui, ça fait beaucoup de questions mais ce n'est pas fini...
Comment savoir si je suis bisexuel ou gay ? Est-ce que je me retourne pour mater les filles dans la rue encore aujourd'hui par réflexe de faux hétérosexuel ou par véritable désir ? Comment avoir une idée de la façon dont je dois gérer (en termes d'entourage, de comportement, de rencontres etc.) cette nouvelle vie dans laquelle j'espère ne plus jamais me mentir ?
Je suis conscient que seul le futur me permettra d'apporter des réponses à ces questions... Et je suis certain que vous allez vous aussi me poser des questions ! Désolé pour ce récit un peu biscornu et dans lequel je pense éluder beaucoup de points importants de mon problème mais j'attends de ce forum des témoignages de personnes ayant vécu quelque chose de similaire, qui ont trouvé une paix intérieure, ont réussi à gérer cette transition...
Merci de m'avoir lu. Bonne soirée !
Re: "Coming-In" : se poser les bonnes questions
Bonjour à toi 
(Je me demande si ce long et intéressant pavé ne serait pas mieux dans la rubrique "Garçons".)
J'aime bien les numéros - ça me rythme la pensée
. Je dirais donc, pour te faire une réponse à la mesure de ce que je comprends :
1. Soit patient avec toi-même. Les choses changent considérablement au cours d'une vie.
2. Ce qui compte, c'est ton désir, le contentement que tu en retires, la sensation de "c'est bien ça". Les mots "hmo", "hétéro", "bi", etc. sont... juste des catégories, très très en deçà de ton désir.
3. Le soucis bien sûr, c'est que ton désir est déjà empatouillé avec des catégories. Les attentes des parents. De la société. Ce que tu crois être tes propres attentes parfois. Etc. On grandit tou.te.s dans une navigation entre le désir et les catégories qui essaient de le contraindre. Le grand secret ? C'est qu'en général, le désir finit par gagner. Le triste secret ? c'est que lorsque le désir ne gagne pas - et cela peut hélas arriver - c'est assez douloureux.
4. Tu peux avoir besoin, un temps, de te servir de ces mots, "homo", "bi", etc. comme des tremplins pour explorer ton propre désir. Cela peut aussi lui donner une coloration politique, et pourquoi pas - car ces catégories sont le lieu d'une lutte. Peu importe. L'idée dans l'histoire est de rester attentif à la façon dont la catégorie viendra - ou non- teinter tes expériences.
5. C'est là l'essentiel, sans doute : faire expérience, à ta façon, à ta mesure, dans le respect que tu te dois. Venir sur et-alors, c'est déjà pas mal. Rencontrer des gens, aussi. Sont pluriels, les gens, dans leurs émotions, désirs, rapports aux catégories. Rester l'esprit et le coeur ouvert. Tout cela doit te permettre de faire évoluer ton rapport à la catégorie, celle qui t'oppresse de choses que tu trouves sales ou inquiétante, celle que tu désires.
L'important dans tout ça, c'est ta propre liberté intérieure.
Et puis, Rumi :
« Ô toi le cœur égaré, viens !
Ô toi le foie déchiré, viens !
Si le chemin de porte est fermé
Prends le chemin du mur et viens ! »
(Je me demande si ce long et intéressant pavé ne serait pas mieux dans la rubrique "Garçons".)
J'aime bien les numéros - ça me rythme la pensée
1. Soit patient avec toi-même. Les choses changent considérablement au cours d'une vie.
2. Ce qui compte, c'est ton désir, le contentement que tu en retires, la sensation de "c'est bien ça". Les mots "hmo", "hétéro", "bi", etc. sont... juste des catégories, très très en deçà de ton désir.
3. Le soucis bien sûr, c'est que ton désir est déjà empatouillé avec des catégories. Les attentes des parents. De la société. Ce que tu crois être tes propres attentes parfois. Etc. On grandit tou.te.s dans une navigation entre le désir et les catégories qui essaient de le contraindre. Le grand secret ? C'est qu'en général, le désir finit par gagner. Le triste secret ? c'est que lorsque le désir ne gagne pas - et cela peut hélas arriver - c'est assez douloureux.
4. Tu peux avoir besoin, un temps, de te servir de ces mots, "homo", "bi", etc. comme des tremplins pour explorer ton propre désir. Cela peut aussi lui donner une coloration politique, et pourquoi pas - car ces catégories sont le lieu d'une lutte. Peu importe. L'idée dans l'histoire est de rester attentif à la façon dont la catégorie viendra - ou non- teinter tes expériences.
5. C'est là l'essentiel, sans doute : faire expérience, à ta façon, à ta mesure, dans le respect que tu te dois. Venir sur et-alors, c'est déjà pas mal. Rencontrer des gens, aussi. Sont pluriels, les gens, dans leurs émotions, désirs, rapports aux catégories. Rester l'esprit et le coeur ouvert. Tout cela doit te permettre de faire évoluer ton rapport à la catégorie, celle qui t'oppresse de choses que tu trouves sales ou inquiétante, celle que tu désires.
L'important dans tout ça, c'est ta propre liberté intérieure.
Et puis, Rumi :
« Ô toi le cœur égaré, viens !
Ô toi le foie déchiré, viens !
Si le chemin de porte est fermé
Prends le chemin du mur et viens ! »
Re: "Coming-In" : se poser les bonnes questions
Bonjour et merci pour cette réponse !
Si les administrateurs veulent bien déplacer ce post dans la catégorie Garçons, ce serait cool ! [C'est fait !
]
Tu as raison sur toute la ligne, il est vrai qu'on essaye de se donner trop tôt une étiquette alors que le mieux est de laisser mûrir le tout pour faire le discernement entre "ce que je veux" et "ce que je suis censé vouloir d'après la société et la famille".
J'ai décidé de me laisser le temps, finis les jeux de rôles. La route sera longue mais bon.
Des témoignages ou d'autres avis ?
Si les administrateurs veulent bien déplacer ce post dans la catégorie Garçons, ce serait cool ! [C'est fait !
Tu as raison sur toute la ligne, il est vrai qu'on essaye de se donner trop tôt une étiquette alors que le mieux est de laisser mûrir le tout pour faire le discernement entre "ce que je veux" et "ce que je suis censé vouloir d'après la société et la famille".
J'ai décidé de me laisser le temps, finis les jeux de rôles. La route sera longue mais bon.
Des témoignages ou d'autres avis ?
Re: "Coming-In" : se poser les bonnes questions
Salut !
Bon, je ne vais pas être hyper constructif, mais tentons quand même.
Tu as saisi la chance de quitter tes parents pour venir en région parisienne : c'est l'occasion de laisser le poids de la famille derrière toi et de faire des expériences (au sens large) pour découvrir ce que tu es et ce que tu veux. Il reste le poids de la société, mais on se rend assez vite compte que celui-là est gérable une fois qu'on a compris qu'on le ressent seulement quand on s'observe soi-même sous ce prisme déformé (c'est peu clair : en gros, une fois que tu te dis que ce n'est pas mal et malsain d'être homo comme on voudrait te le faire croire, le regard de la société n'a plus prise sur toi, à moins d'une agression directe).
Comment couper avec ce monde de refouler et devenir honnête vis-à-vis de toi ? En vivant, je pense. En sortant du cadre qu'on t'a (ou que tu t'es) fixé et en voyant si ça te plaît et où sont tes limites. Arracher ton masque et venir ici sont deux pas importants, qui devraient déjà t'aider à apporter une réponse à la question "Comment je me sens, quand je ne me cache pas ?". Rencontre aussi des gens en vrai. Éventuellement, aborde le sujet de ton homosexualité (ou bixesualité) avec tes camarades de promo/de stage (bon, je ne sais pas si les écoles de commerce sont des modèles de tolérance...), des gens avec qui tu te sens en confiance et qui sauront te dire que non, ce n'est pas dramatique d'être différent.
Bon courage !
Bon, je ne vais pas être hyper constructif, mais tentons quand même.
Tu as saisi la chance de quitter tes parents pour venir en région parisienne : c'est l'occasion de laisser le poids de la famille derrière toi et de faire des expériences (au sens large) pour découvrir ce que tu es et ce que tu veux. Il reste le poids de la société, mais on se rend assez vite compte que celui-là est gérable une fois qu'on a compris qu'on le ressent seulement quand on s'observe soi-même sous ce prisme déformé (c'est peu clair : en gros, une fois que tu te dis que ce n'est pas mal et malsain d'être homo comme on voudrait te le faire croire, le regard de la société n'a plus prise sur toi, à moins d'une agression directe).
Comment couper avec ce monde de refouler et devenir honnête vis-à-vis de toi ? En vivant, je pense. En sortant du cadre qu'on t'a (ou que tu t'es) fixé et en voyant si ça te plaît et où sont tes limites. Arracher ton masque et venir ici sont deux pas importants, qui devraient déjà t'aider à apporter une réponse à la question "Comment je me sens, quand je ne me cache pas ?". Rencontre aussi des gens en vrai. Éventuellement, aborde le sujet de ton homosexualité (ou bixesualité) avec tes camarades de promo/de stage (bon, je ne sais pas si les écoles de commerce sont des modèles de tolérance...), des gens avec qui tu te sens en confiance et qui sauront te dire que non, ce n'est pas dramatique d'être différent.
Bon courage !
Re: "Coming-In" : se poser les bonnes questions
En quoi es tu différent physiquement ?Unborn a écrit :Comment accepter définitivement le fait d'être différent aussi bien en termes d'affectif qu'en termes de physique
Pour le reste j'ai du mal à comprendre ce besoin que semblent éprouver de nombreuses personnes à se caser dans des catégories stéréotypées, On peut vivre l'instant sans avoir besoin de se classer de manière figée, si tu a une attirance pour un garçon ne te laisse pas limiter par la crainte des réactions des autres, sois fier de t'assumer.
Je ne vois pas l'intérêt de se préoccuper anxieusement des années pour se qui pourrait arriver, autant vivre se vie et gérer les problèmes éventuels s'ils apparaissent … et souvent lorsqu'on assume franchement ses convictions on s'aperçoit que ça élimine la majorité des problèmes.
Re: "Coming-In" : se poser les bonnes questions
Merci pour vos réponses !
Ce qui me fait déprimer c'est l'impression de ne pas pouvoir me défaire de ce poids familial, culturel et religieux tant il m'a formaté depuis mon plus jeune âge. Cette impression de devoir construire ma vie (sentimentale, familiale, professionnelle etc.) de manière à plaire par tous les moyens à mes parents est ce qui m'a fait avancer jusque là. Difficile encore aujourd'hui de me dire "tu vis pour toi" !
Je refoule mon homosexualité de manière assez violente depuis toujours. Mais aujourd'hui, je sais que ce n'est pas un choix, que c'est ancré en moi depuis toujours et que ça ne changera jamais... Le problème est que le fait d'en avoir conscience ne m'avance pas tellement sur ce long chemin d'acceptation. J'ai toujours des relents homophobes d'adolescent frustré, l'impression d'être un extra-terrestre quand je suis au milieu de gens hétéros, d'avoir raté le train d'une vie qui aurait rendu mes parents fiers... Et quand je parle de physique irvel, je parle de cette difficulté à accepter ses fantasmes sexuels que j'ai pour les hommes ! Je n'y arrive pas, j'ai limite honte de moi quand ça arrive...
J'ai conscience que mes paroles peuvent choquer mais bon... Je n'arrive pas à me défaire de ces pensées, d'avoir ma propre idée de ce qu'est une vie accomplie...
Je suis incapable de me dire (comme dans le slogan de ce site) : je suis homo, et alors ?
Ce qui me fait déprimer c'est l'impression de ne pas pouvoir me défaire de ce poids familial, culturel et religieux tant il m'a formaté depuis mon plus jeune âge. Cette impression de devoir construire ma vie (sentimentale, familiale, professionnelle etc.) de manière à plaire par tous les moyens à mes parents est ce qui m'a fait avancer jusque là. Difficile encore aujourd'hui de me dire "tu vis pour toi" !
Je refoule mon homosexualité de manière assez violente depuis toujours. Mais aujourd'hui, je sais que ce n'est pas un choix, que c'est ancré en moi depuis toujours et que ça ne changera jamais... Le problème est que le fait d'en avoir conscience ne m'avance pas tellement sur ce long chemin d'acceptation. J'ai toujours des relents homophobes d'adolescent frustré, l'impression d'être un extra-terrestre quand je suis au milieu de gens hétéros, d'avoir raté le train d'une vie qui aurait rendu mes parents fiers... Et quand je parle de physique irvel, je parle de cette difficulté à accepter ses fantasmes sexuels que j'ai pour les hommes ! Je n'y arrive pas, j'ai limite honte de moi quand ça arrive...
J'ai conscience que mes paroles peuvent choquer mais bon... Je n'arrive pas à me défaire de ces pensées, d'avoir ma propre idée de ce qu'est une vie accomplie...
Je suis incapable de me dire (comme dans le slogan de ce site) : je suis homo, et alors ?
Re: "Coming-In" : se poser les bonnes questions
Ah, la fierté des parents... On trouve toujours le moyen d'y faire un accroc, même quand on est hétéro (parce qu'on ne trouve pas la femme qui leur plaît, le job dont ils rêvaient pour nous et j'en passe). Ce n'est pas à toi de pâtir de leurs rêves et espoirs. Ce n'est pas parce que tu rates la vie qu'ils voudraient pour toi que tu rates ta vie. Ils ont sans doute fait des sacrifices pour toi, mais c'est leur rôle de parents : tu leur dois le respect pour ça, certes, mais ça ne va pas jusqu'à devoir sacrifier ta vie à leurs idéaux.
Et finalement, pour beaucoup de parents, ce qui détermine la réussite d'un enfant c'est son bonheur à lui, une fois passée l'éventuelle déception. C'est peut-être plus difficile avec le poids de la culture algérienne et de la religion musulmane, je ne suis pas qualifié pour en juger, mais je pense (j'espère) que c'est une règle à peu près universelle (ce qui ne veut pas dire que ça se passe sans douleur).
Pour ce qui est de ton homophobie intériorisée, il me semble qu'en lisant de ci, de là, tu verras qu'on est tous passés par là, à des stades plus ou moins violents, jusqu'à ce qu'on assimile vraiment que non, ce n'est pas sale. Laisse-toi aussi du temps et ne culpabilise pas parce que tu es incapable de jeter toute ton éducation et tout ton carcan aux orties d'un simple claquement de doigts : c'est normal d'y aller progressivement. Tu as ouvert la porte en admettant que tu n'es pas hétéro, c'est déjà énorme. Te retenir de la refermer et de retomber dans le déni va encore demander pas mal d'énergie. Ce n'est pas facile, mais ça vaut le coup. Même si l'évidence ne te saute pas aux yeux aujourd'hui.
Et finalement, pour beaucoup de parents, ce qui détermine la réussite d'un enfant c'est son bonheur à lui, une fois passée l'éventuelle déception. C'est peut-être plus difficile avec le poids de la culture algérienne et de la religion musulmane, je ne suis pas qualifié pour en juger, mais je pense (j'espère) que c'est une règle à peu près universelle (ce qui ne veut pas dire que ça se passe sans douleur).
Pour ce qui est de ton homophobie intériorisée, il me semble qu'en lisant de ci, de là, tu verras qu'on est tous passés par là, à des stades plus ou moins violents, jusqu'à ce qu'on assimile vraiment que non, ce n'est pas sale. Laisse-toi aussi du temps et ne culpabilise pas parce que tu es incapable de jeter toute ton éducation et tout ton carcan aux orties d'un simple claquement de doigts : c'est normal d'y aller progressivement. Tu as ouvert la porte en admettant que tu n'es pas hétéro, c'est déjà énorme. Te retenir de la refermer et de retomber dans le déni va encore demander pas mal d'énergie. Ce n'est pas facile, mais ça vaut le coup. Même si l'évidence ne te saute pas aux yeux aujourd'hui.
Re: "Coming-In" : se poser les bonnes questions
Bonjour unborn,
Ton pseudo, ton récit, montrent une personne qui sait déjà tout. Tu cherches, je crois, le p'tit coup de pouce, l'encouragement, pour prendre ton élan et faire le pas vers ta liberté de conscience.
Lors de ton adolescence, tu vivais mal ce que tu découvrais de toi, cette chose que tu appelles ta différence (différence par rapport à "la norme établie" ?).
A 21 ans, ta sœur t'a "regonflé" à bloc, et fort de cette nouvelle confiance en toi, de cette nouvelle énergie, tu as décidé d'être plus fort que toi, de nier.
Et comme tu le fais remarquer, ta vérité est revenue au premier plan, te forçant à retirer ce masque. Tu le qualifies de confortable, dis-tu. Mais tu sais bien que si tu l'as enlevé, que si tu es là, c'est qu'il était surtout étouffant. Jouer un rôle, à chaque instant de sa vie, finit par devenir insupportable. Le confort de ce masque était illusoire : il déforme la vue en conférant l'illusion qu'on peut être bien intégré, bien vu par le groupe, en renonçant à soi.
Tu as compris que quelque chose doit changer : tu n'en peux plus, de te mentir. Comme tu le dis, il est temps de te poser les bonnes questions. Mais.... quelles sont-elles ? Pour le moment, tu sembles surtout obtenir "les bonnes réponses" aux mauvaises questions (soyons d'accord : une question n'est jamais tout à fait mauvaise.).
De la même manière, ces étiquettes font penser que les choses sont intangibles, qu'une fois étiqueté, on ne peut pus changer de goûts, d'envies... ce qui est faut. Tu peux très bien avoir des périodes où tu es plus attiré par les filles, et d'autres où tu es plus intéressé par les garçons.
S'il y a des règles, elles ne sont pas là. Ce qui devrait te guider, c'est plutôt la recherche du bonheur. Fais ce qui te rend heureux, et ne fais pas ce qui t'apporte le mal-être.
EDIT: Il s'en passe des choses, pendant que j'écris !
J'en rajoute un peu sur ta difficulté à accepter tes fantasmes :
Le formatage imposé par ton environnement et toi même en est la cause. Tu dois réussir, tout doucement, à écarter l'association négative que tu fais entre tes fantasmes et "le mal". Le mieux, peut-être, est d'y aller par petites touches : dé-fantasmer la chose en allant discuter avec des membres d'associations LGBT (tu verras, tout bêtement, qu'ils sont comme tout le monde, et te confronter en vrai avec des personnes qui comprennent tes inquiétudes te permettra de relativiser. Et qui sait de faire une belle rencontre..)
Ton pseudo, ton récit, montrent une personne qui sait déjà tout. Tu cherches, je crois, le p'tit coup de pouce, l'encouragement, pour prendre ton élan et faire le pas vers ta liberté de conscience.
Lors de ton adolescence, tu vivais mal ce que tu découvrais de toi, cette chose que tu appelles ta différence (différence par rapport à "la norme établie" ?).
A 21 ans, ta sœur t'a "regonflé" à bloc, et fort de cette nouvelle confiance en toi, de cette nouvelle énergie, tu as décidé d'être plus fort que toi, de nier.
Et comme tu le fais remarquer, ta vérité est revenue au premier plan, te forçant à retirer ce masque. Tu le qualifies de confortable, dis-tu. Mais tu sais bien que si tu l'as enlevé, que si tu es là, c'est qu'il était surtout étouffant. Jouer un rôle, à chaque instant de sa vie, finit par devenir insupportable. Le confort de ce masque était illusoire : il déforme la vue en conférant l'illusion qu'on peut être bien intégré, bien vu par le groupe, en renonçant à soi.
Tu as compris que quelque chose doit changer : tu n'en peux plus, de te mentir. Comme tu le dis, il est temps de te poser les bonnes questions. Mais.... quelles sont-elles ? Pour le moment, tu sembles surtout obtenir "les bonnes réponses" aux mauvaises questions (soyons d'accord : une question n'est jamais tout à fait mauvaise.).
Tu es déjà en train de le faire, sinon, tu ne serais pas iciComment couper avec ce monde de refoulé que je me suis construit ?
Même chose. En venant ici, tu as accepté ta vérité. Tu sais depuis toujours que tu aimes les garçons.Comment devenir le plus honnête possible avec moi-même ?
Ce sera beaucoup plus facile à accepter si tu poses le problème autrement. Ton masque, bien aidé par "la culture", t'as montré un monde où tes pulsions ne sont pas "la norme", un monde où les hommes aiment les femmes, et les femmes aiment les hommes, un monde que je ne qualifierais même pas d'hétérosexuel, mais d'unisexuel, où une seule sexualité existe, et où les déviants ne peuvent être heureux. Mais la réalité est tout autre. L'existence d'étiquettes comme "gay", "lesbienne", "bi", montre qu'il y a d'autres sexualités. Mais telles quelles, ces étiquettes font penser que les orientations sont clairement segmentées, qu'elles séparent les gens en groupes distincts avec des frontières infranchissables. Et là encore, c'est une illusion. Il y a en réalité autant de sexualités qu'il y a d'individus. Il y a des mecs "hétéro" qui ont un soir des fantasmes impliquant un autre mec. Il y en a à qui cela arrive plus souvent. Il y en a qui passent à l'acte une fois dans leur vie. Il y en a qui le font à l'occasion, mais qui préfèrent les filles. Il y en a qui vont indifféremment vers les filles ou vers les mecs. Il y en a qui préfèrent les mecs, mais qui ne détestent pas passer des moments câlins avec les filles aussi. Il y en a qui n'imaginerait pas le faire avec une fille... etc etc etc en faisant des combinaisons avec les pratiques, les positions et d'une manière générale tout ce qui est susceptible d'alimenter les fantasmes.Comment accepter définitivement le fait d'être différent aussi bien en termes d'affectif qu'en termes de physique (accepter des fantasmes contres lesquels je me suis battu durant tant d'années) ?
De la même manière, ces étiquettes font penser que les choses sont intangibles, qu'une fois étiqueté, on ne peut pus changer de goûts, d'envies... ce qui est faut. Tu peux très bien avoir des périodes où tu es plus attiré par les filles, et d'autres où tu es plus intéressé par les garçons.
S'il y a des règles, elles ne sont pas là. Ce qui devrait te guider, c'est plutôt la recherche du bonheur. Fais ce qui te rend heureux, et ne fais pas ce qui t'apporte le mal-être.
EDIT: Il s'en passe des choses, pendant que j'écris !
J'en rajoute un peu sur ta difficulté à accepter tes fantasmes :
Le formatage imposé par ton environnement et toi même en est la cause. Tu dois réussir, tout doucement, à écarter l'association négative que tu fais entre tes fantasmes et "le mal". Le mieux, peut-être, est d'y aller par petites touches : dé-fantasmer la chose en allant discuter avec des membres d'associations LGBT (tu verras, tout bêtement, qu'ils sont comme tout le monde, et te confronter en vrai avec des personnes qui comprennent tes inquiétudes te permettra de relativiser. Et qui sait de faire une belle rencontre..)
Re: "Coming-In" : se poser les bonnes questions
J'ajouterais qu'un fantasme est d'autant plus invasif qu'on le refuse. Et qu'un fantasme invasif cache en fait des forêts, de sensibilité, de diversité, de liberté, auxquelles il interdit l'accès.
Ce chemin vers soi-même suppose une chose, qu'on nous a désapprise bien tôt : la bienveillance envers soi-même. S'aimer soi-même, s'accorder le soin que l'on se doit - ce n'est pas toujours facile, on préfère souvent se fustiger, cela satisfait le regard intériorisé des parents, de la société - c'est sans doute la chose la plus importante que tu puisses faire. Le reste suivra.
A l'occasion, une aide psychothérapeutique bien choisie peut être un accélérateur. Mais il faut être prêt pour ça, et ce n'est pas toujours un passage obligé, loin s'en faut.
Bon courage - tu n'es pas seul sur ce chemin là
Re: "Coming-In" : se poser les bonnes questions
Bon, comme d'habitude, Lolo a dit tout ce que je pensais. Je ne vais pas répéter, mais juste t'encourager à être toi-même, mais aussi à t'accorder du temps. Moi j'ai mis 40 ans à enfin vouloir comprendre que j'étais homo. Il a fallut que ma petite vie de famille explose pour me poser les bonnes questions. Maintenant je suis heureux comme jamais. Alors avance, lentement, mais avance vers toi-même. Jamais tu ne le regretteras.