shaya a écrit : Je pense qu'on ne parle pas des mêmes codes. Comment expliquer. Qu'on le veuille ou non, toute relation sociale est régie par des règles inconscientes, il suffit de voir les ami(e)s, la règle, c'est de prendre des nouvelles, de les écouter quand ça va pas, et tellement d'autres choses qui varient selon les situations. Et c'est la même chose quand on cherche à séduire quelqu'un, même si ce sont des choses totalement informelles, et sans doute assez peu conscientes pour la majeure partie des gens. L'ennui, c'est que le social n'est pas mon fort. C'est à peu près facile tant qu'on reste sur une situation "balisée", en quelque sorte. Et quand ça sort de ces balises-là, c'est compliqué.
Tout d'abord, "plop shaya".
- Je comprends qu'aimant les femmes et seulement les femmes (à l'exception d'un homme dans le passé, mais mettons ça de côté), ce soit plus difficile de trouver des "codes" dans lesquels se couler pour que la séduction ne soit pas quelque chose de compliqué. Sur ce plan-là je suis entrée en panique quand je me suis rendu compte que je pouvais tomber amoureuse d'une fille. Parce que je connaissais d'autres codes, des codes d'amitié entre filles hétéros, et rien d'autre, et cette "ignorance" m'a rendue maladroite, un peu paralysée. Ce qui m'a pas mal aidée, mine de rien, c'est, à une certaine période (pas si lointaine), de ne regarder que des films qui parlaient d'histoires entre nanas. Y a moyen de trouver des films à thématique lesbienne, y en a pas mal en fait. Si tu veux je te file des liens par mp. C'est tout bête mais de voir comment font les autres filles, comment elles s'y prennent pour déjouer les pièges de l'absence de codes... ça aide.
- Les codes de séduction entre filles ne sont pas inexistants. Suffit d'aller dans un bar lesbien pour s'en rendre compte... Parfois, la moindre fringue possède telle ou telle valeur de "signe". Je suis allée toute seule dans un bar lesbien, c'était assez traumatisant. Mais ensuite, j'y suis allée avec des potes, et là, c'était beaucoup plus rassurant pour moi, je pouvais à la fois m'imprégner des codes ambiants et ne pas me sentir extraterrestre pour autant. Cela dit, perso, c'est pas mon truc, la sociabilité lesbienne... justement parce que je trouve ça surcodé, dans ces lieux "exclusifs", il y a des codes qui circulent partout et je trouve que ça laisse peu de place à la rencontre spontanée, sans laquelle l'idée de séduction n'a pas de sens pour moi.
- Ensuite, justement, je ne suis pas sûre que le surcodage soit plus confortable. Les codes hétéros, je les trouve limite encore plus paralysants que la rareté des codes lesbiens. Je vais prendre mon propre exemple, ce sera plus simple : étant bi, mon attirance non pour "les hommes" (ces généralités me gênent souvent) mais pour "quelques hommes, de temps en temps" ne fait pas seulement partie du passé mais du présent. Et plus je "grandis", plus je m'aperçois que les codes hétéros classiques sont incompatibles avec ma manière d'être attirée par les garçons qui me plaisent, et plus je me sens "hors cadre". L'idée "virilité de l'homme et féminité de la femme" par exemple exerce une forme de terreur sur moi, surtout quand je vois ce qu'on doit entendre par "féminité" (être belle, porter une jupe, s'affirmer, mais pas trop quand même, être douce, ne pas trop draguer les mecs), mais aussi parce que je vois le poids que l'idéal de "virilité" exerce sur les mecs (il faut qu'ils soient "responsables", qu'ils aient de l'ambition, que la drague soit quelque chose qui leur revienne etc). Et je suis convaincue que s'il y avait moins de codes, moins de présupposés sur le rôle et la fonction de l'homme et de la femme hétéros, il y aurait beaucoup plus de place pour inventer des relations nouvelles, inédites, pour respirer, en fait. Bref, pour le faire court, ces codes, je les trouve plus stressants et absurdes qu'utiles. Sans parler du fait qu'ils tuent parfois la spontanéité et le charme de la rencontre dans l'oeuf, parce qu'on sait déjà ce qui est "attendu". J'avais une copine (avec laquelle on ne s'entend plus d'ailleurs) qui se disait "féministe" mais qui ne supportait pas l'idée que son mec puisse pleurer, parce que bon, il devait être un "mec". Ces genres de codes rigides, je ne suis pas sûre qu'ils favorisent des rencontres authentiques. Personnellement j'ai tendance à fuir si je sens qu'un mec veut trop "jouer aux bons petits hétéros" avec moi, parce que ça me stresse. Par exemple j'ai pas du tout envie qu'on me protège.
Peut-être qu'entre filles (en dehors des clubs lesbiens) on a justement cette chance d'avoir moins de "prérequis", moins de codes, et que ce n'est pas du tout quelque chose auquel il faudrait remédier, mais l'occasion de sortir d'un chemin tout tracé qui peut être étouffant dans les relations hétéros. Nan ?
Et là j'ai tendance à dire, en dehors toute considération sur "la confiance" qui a été évoquée ci-dessus, que quand quelqu'un nous plaît vraiment, qu'on soit hétéro ou homo ou autre chose, il y a un moment où on fait l'expérience d'une perte de repères, d'une ligne de fuite, d'un trou-noir, on se sent face à une nouveauté désarmante, à quelque chose dont on ne peut pas répondre, qui nous échappe. Et ça je pense qu'on en fait tous l'expérience. Que ça débouche ou pas sur une relation amoureuse. Et c'est dans ce moment où les choses nous échappent, où on ne "maîtrise" plus les codes, que se produisent des intensités intéressantes.
Après j'ai conscience que ça ne résout pas ton problème...
Mais c'est juste histoire de garder ces considérations dans un coin de la tête.
Histoire de ne plus se dire que "les codes sont la solution". Car les codes peuvent être sclérosants.