Une question me turlupine. De quoi, jeunes filles qui tenez tellement à affirmer votre "féminité" et votre amour de la "féminité", avez-vous peur ?
Craignez-vous donc que l'on vous accuse de quelque immonde vice psychologique rampant en reconnaissant aimer les caractères dits "masculins" ?
Oui, oui, suivons la logique.
Soit je suis une lesbienne qui a un certain nimbre de caractères physiques et comportementaux traditionnellement réservés aux hommes : j'ai les cheveux courts, j'écarte les jambes quand je m'assois, je ne porte que des pantalons et déteste les jupes/robes/tutus, je ne veux pas avoir d'enfants, j'aime mon travail plus que la vaisselle, etc... Que dit-on que je suis ? Un garçon manqué (manqué, donc explication pseudo psychologisante : je n'accepte pas ma féminité -toujours celle-là- ou je n'ai pas eu un bon Œdipe ou que sais-je).
Soit je suis une lesbienne qui correspond dans une assez large mesure aux canons féminins et je suis attirée par la charmante lesbienne décrite ci-dessus. Analyse du quidam hétéro moyen : une dose de "Freud expliqué à ma grand-mère", un soupçon de condescendance, une larme de bien-pensance et je suis une pauvre fille à qui les garçons font peur, qui dévie son hétérosexualité sur une personne du même sexe pour rester dans le connu. Donc infantilisme, narcissisme, etc...
Dans les deux cas, donc, suivant mon brillant raisonnement

, la lesbienne qui ne correspond moralement et physiquement pas aux canons "féminins" en valeur est une personne psychologiquement dérangée. Conséquence immédiate : on réaffirme que la lesbienne qui-se-sent-bien-dans-sa-peau est une "femme-femme féminine" qui aime les "femmes-femmes féminines" pour désamorcer les critiques crypto-freudo-débiles. Et on en arrive à la phrase un peu étonnante "les lesbiennes aiment les femmes, donc la féminité". Ha-haaaaa. Donc, on peut être lesbienne et aimer un homme "féminin". Parce qu'en même temps, si les filles "masculines" existent, les hommes "féminins" existent aussi. Qu'est-ce qu'on aime quand on est lesbienne, c'est une bonne question. Mais je me garderais bien d'y apporter une réponse hâtive.
Mais ce faisant, on ne fait qu'adhérer et renforcer les systèmes sexués traditionnels. C'est quoi, être féminine ? C'est quoi, assumer sa féminité ? (pas de réponse immédiate : réfléchissez donc à la bêtise de la formulation, c'est tout) Si je m'habille "comme un mec" (et d'ailleurs, pourquoi les habits des mecs devraient être fondamentalement différents de ceux des filles ?), est-ce vraiment à dire que je me sens "mec", et quand bien même, est-ce "mal", suis-je dérangée pour autant ? Quand on naît avec un certain caryotype, il n'y a rien à assumer. C'est pas parce qu'on naît XX qu'on aime bavarder, les jupes, le parfum et les bijoux, ni qu'on doit le faire. C'est pas parce qu'on naît XY qu'on aime la bagarre, le sexe bestial, les pantalons et sa mère.
En tout cas, c'est fou ce que certaines ici convoient de stéréotypes bien caricaturaux et jugent les personnes uniquement sur l'apparence fantasmée qu'elles se font d'elles... Parce que dire qu'on aime bien les personnes qui "prêtent à confusion" et pas celles dont on voit qu'elles sont des filles mais qui s'habillent "en mec", c'est le summum de la subjectivité irréfléchie. Quand on dit que l'amour est aveugle... J'aimerais bien que toutes les demoiselles qui distinguent les lesbiennes féminines, masculines et androgynes définissent nettement ce qu'est la "féminité" et la "masculinité". Et s'aperçoivent par là même qu'elles se leurrent.
Au fait, Marie-Hélène Bourcier, c'est peut-être un peu
hard pour commencer. Faut pas sortir la grosse artillerie en premier

Mais bon, si on veut du coriace, conseillons aussi Judith Butler

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