"mon père était tellement de gauche"

Pour parler de tout et de rien, pas de thème imposé.
loun1
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Message par loun1 »

Vaste question Pirlouit, qui me tanne depuis le début de mes études sup également.

Je me retrouve je pense un peu dans la même situation que toi: mes parents n'ont fait aucune étude: mon père s'est arrêté en 5ème et ma mère en 3ème. Socialement parlant, mes parents ont connu une bonne ascension grâce à l'entreprise que mon père a créé, c'est un réel autodidacte, parti de rien, arrivée aujourd'hui à 55ans à la tête d'une petite affaire qui tourne bien. Donc, d'un point de vu strictement socioprofessionnel, on peut dire que mes parents ne sont pas à plaindre du tout.

Mais, ils ont tous les deux grandi dans un milieu extrêment modeste, voire carrément misérable, qui fait que malgré l'évolution de leur revenu au cours de leur vie, ils se sont toujours définis comme issus de la classe ouvrière/prolétaire (la fameuse conscience de classe subjective dont parlaient Michelat et Simon, je te conseille de lire leur enquête d'ailleurs, qui date un peu sur certains points mais qui est édifiante sur de nombreux autres: Les ouvriers et la politique - Presses de Science Po). Par ailleurs, leurs frères sont effectivement, objectivement, partie prenante de la classe ouvrière et la majorité de leurs amis aussi. Voilà, c'est donc l'univers où j'ai grandi, d'où je tire mes valeurs et mon mode de représentation symbolique de la société et de la politique.

Après mon bac, avec l'hypokhâgne-khâgne et l'IEP, j'ai aussi ressenti ce décalage d'une part entre ce que je vivais/apprenais/étudiais/commençais à penser et ma famille, et d'autre part entre le vécu/les origines/les valeurs des autres et les miennes. Il ne s'agit pas tant de décalage politique: mes parents sont à gauche et les littéraire-sciences-politicards sont plutôt à gauche aussi (du moins ceux que je fréquente), mais bel et bien en terme de codes sociaux et culturels innés par certains, et que je ne possédais pas...
Ce sont des choses toutes bêtes, du genre, un prof de lettres en khâgne qui te dit de ne pas aller acheter tel recueil de Mallarmée en librairie mais plutôt d'aller fouiner dans la bibliothèque personnelle de nos parents... marrant, mais j'avais comme l'impression d'être la seule à qui cela paraissait complétement impossible. Les classiques, c'est moi qui les aie fait rentrer à la maison, et c'est dans ma chambre que mes soeurs fouinaient par la suite pour leurs fiches de lecture, pas dans celle de mes parents. Où encore, tel élève de ma classe, qui prépare les mêmes concours que moi, mais qui pose ses questions directement à son père qui a déjà eu il y a 30 ans le même concours "A+" que nous préparons aujourd'hui. Pour ma part, mes parents ont toujours du mal à conceptualiser la nature des concours que je présente dans quelques mois.

Je me retrouve donc bien souvent dans une situation de grand écart. La peur de trahir d'un côté, la peur de ne pas être à la hauteur de l'autre. A cela s'ajoute la pression que je ressens indirectement de part la réussite de mes parents. Je me dis toujours que si eux, à partir de si peu de moyens, sont parvenus où ils sont aujourd'hui, c'est la moindre des choses que moi, avec l'éducation et l'attention dont j'ai bénéficier grâce à leurs efforts je réussisse à mon tour ce que j'entreprends sur le plan scolaire. Pour ne pas les décevoir.
Mais en même temps, ce décalage conditionne en grande partie certains choix. Il y a des concours que je refuse de passer car je sais très bien que je m'y sentirais extrêmement mal à l'aise vis à vis de ma famille et vis à vis du milieu que cela me contraindrait à fréquenter. Je ne m'autorise qu'un certain type de concours: ceux qui me permettront de faire une carrière tournée vers mon milieu d'origine.

Il m'arrive aussi de me sentir politiquement en décalage. Pas sur le plan partisan, nous votons sensiblement pareil mes parents et moi. Mes plutôt par rapport à la perception de certains problèmes. Il y a des choses que je peux comprendre, admettre, et pas mes parents, c'est une question de recul, et d'argumentation, dont parlait DeadX.


Mais pour conclure sur une note optimiste, je te dirais deux -trois choses.

1/ d'abord, comme l'a encore dit DeadX, dis toi que c'est finalement la meilleur chose qui pouvais t'arriver: l'ascension sociale. Il vaut mieux que ça se passe dans ce sens là que dans l'autre à mon avis.

2/ ton milieu d'origine, en décalage avec celui que tes études t'amènent à fréquenter, dis toi aussi que cela constitue une véritable richesse. Tu as peut être une vision plus concrète, plus réelle de certaines problématiques sociale ou économique.

3/ Fais toi confiance: ce n'est pas parce que tu fréquente des gens différents que tu vends ton âme au diable. Tes idées sont les tiennes, pas celles de tes parents, ni celles de tes amis. Elles sont certainement fondées et elle t'appartiennent.
koloss
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Message par koloss »

Bonsoir Pirlouit,
En voilà un sujet qu'il est intéressant...

J'ai pas grand chose de plus à ajouter à ce qui a été dit avant et que je trouve très juste.
Pour ma part, élevé par deux parents fonctionnaires (ouh le gros mot) toujours dans la même administration depuis leurs débuts, devenue entreprise privée aujourd'hui (d'où un cas que l'Etat n'a pas prévu : des fonctionnaires payés par une entreprise privée, si si ça existe et ça risque de se multiplier avec toutes les privatisations prévues), j'ai été élevé dans un climat de gauche avec des valeurs de gauche.

Ma mère a juste eu le bac (option secrétariat) mais mon père a continué après son bac D vers des études en IUT d'électronique, sans que ça débouche sur quelque chose dans ce domaine. Cependant, ils ont su inculquer à ma soeur, mon frère et moi le sens des études et l'utilité d'en faire, ce qui fait qu'ils étaient contents justement que j'intègre une école d'ingénieur tout en me balançant tous les clichés qu'ils en connaissaient, dont certains se sont révélés vrais même s'il faut l'avouer, en province ça ne doit pas être comme une école parisienne... Par exemple, le fait de retrouver des "fils à papa". J'ai souvent du mal avec eux parce que d'une part ils ont une assurance que je n'ai pas et d'autre part, une facilité financière qui s'avère vite nécessaire quand on veut être "in" dans l'école où je suis (et sans doute dans beaucoup).

Autre exemple de décalage, en début d'année j'ai voulu reprendre pour l'année 2007 une association intéressante de l'école où l'on est en contact avec des entreprises. Ce qui m'intéressait là dedans c'était le côté "je pars de rien et je crée un truc en équipe". Ca ne s'est pas fait parce que j'ai été doublé par d'autres qui avaient d'abord vu le côté contact avec les entreprises et possibilités de se placer pour une carrière future. Ca je ne l'avais pas vu et ce n'est pas ce qui me motivait. Là j'ai vraiment senti que j'avais été éduqué différemment. J'étais déçu mais finalement je m'en fous parce que ça me donne plein de temps libre pour faire des choses que je n'aurais pas pu faire si ça avait réussi. :wink:

Tu parlais de ton impression de te recentrer. Je dois dire que je l'ai senti aussi. En plus on a des cours d'économie où les mots-clé sont ceux des économistes que l'on entend dans les médias (optimisation, réductions des coûts, maximisation, etc.). Et puis finalement, ça me plaît d'étudier tout ça, je me considère un peu comme une petite souris qui se serait glissée là pour écouter et ça me permet de comprendre la façon dont toute cette "élite" fonctionne, sur quels principes (différents des miens) elle bâtit sa vision du monde (elle="cette élite"). J'ajouterai même qu'avoir été élevé différemment, ça permet de beaucoup mieux comprendre les différents enjeux, ça permet de se mettre à la place des uns et des autres, de tenir compte de tous (ou presque) les points de vue. J'ai remarqué depuis le début de l'année que certains qui n'avaient jamais connu autre chose qu'un monde petit (ou gros) bourgeois n'essaient même pas de e comprendre les autres visions du monde qui les entoure, voire méprisent ceux qui sont plus bas dans l'échelle sociale (c'est caricatural ce que je dis mais je l'ai entendu et ça n'était pas pour rire que ça avait été dit !). C'est cet esprit qui me déplaît le plus je crois.

Autre truc avec lequel j'ai du mal : certains sont ultra sûrs de ce qu'ils veulent faire après l'école, pour la plupart, c'est monter une entreprise de ceci ou cela. Perso je n'en ai aucune idée ! Mais hors de question de le dire comme ça parce que je suis dans un monde où il faut savoir, à un âge où il faut savoir. Je me suis rendu compte que peu de gens savaient ce qu'ils allaient faire ensuite mais comme se sont toujours les mêmes que l'on voit et que l'on entend, on a tendance à passer à côté des autres sans voir qu'ils sont comme nous.

On en vient au dernier point, l'esprit d'école. Là aussi, je dois dire que j'ai du mal. D'abord, à cause de tout ce que j'ai écrit avant. Ensuit, un autre exemple expliquera mieux : dans peu de temps auront lieu dans mon école les élections du nouveau BDE, et bien la campagne a déjà commencé et certains qui ne m'adressaient pas la parole avant commencent à le faire, je trouve ça affligeant de leur part, un peu comme les campagnes présidentilles en fait. Mais hors de question de le dire car ça ne rentrerait pas dans l'esprit "promo" que l'on veut nous donner (le "on" étant aussi bien les élèves que l'administration, ça vient de loin cet esprit). Enfin, j'ai quand même payé ma cotisation BDE (bouh le vilain petit_pois qui ne l'a pas fait) parce que je participe à la vie associative de l'école mais il est vrai dans des domaines bien différents que ceux qui se croient le moteur de la promo. Ce que je regrette, c'est que la plupart de la cotisation part en bière...

Finalement, pour conclure ce message où je n'avais que peu de choses à rajouter erf: je dirais que se poser des questions sur ce que l'on ressent au contact avec un monde nouveau, c'est déjà avoir conscience de la différence qu'il représente par rapport à ce que l'on a connu jusque là et dans une certaine mesure, c'est aussi marquer son attachement à ce que l'on a connu car on aurait pu s'en détacher sans blablabla si ça n'avait pas été le cas. Je vois un peu toutes ces interrogations comme le signe qu'il sera difficile de nous arracher à nos racines et de nous détourner de nos valeurs.

J'espère que ce message quelque peu fourre-tout et brouillon à mon goût ne sera pas perçu comme moralisateur ou détenteur de LA vérité.
Dernière modification par koloss le mar. avr. 10, 2007 11:50 pm, modifié 1 fois.
deadxkorps
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Message par deadxkorps »

Tu parlais de ton impression de te recentrer. Je dois dire que je l'ai senti aussi. En plus on a des cours d'économie où les mots-clé sont ceux des économistes que l'on entend dans les médias (optimisation, réductions des coûts, maximisation, etc.). Et puis finalement, ça me plaît d'étudier tout ça, je me considère un peu comme une petite souris qui se serait glissée là pour écouter et ça me permet de comprendre la façon dont toute cette "élite" fonctionne, sur quels principes (différents des miens) elle bâtit sa vision du monde (elle="cette élite"). J'ajouterai même qu'avoir été élevé différemment, ça permet de beaucoup mieux comprendre les différents enjeux, ça permet de se mettre à la place des uns et des autres, de tenir compte de tous (ou presque) les points de vue. J'ai remarqué depuis le début de l'année que certains qui n'avaient jamais connu autre chose qu'un monde petit (ou gros) bourgeois n'essaient même pas de e comprendre les autres visions du monde qui les entoure, voire méprisent ceux qui sont plus bas dans l'échelle sociale c'est caricatural ce que je dis mais je l'ai entendu et ça n'était pas pour rire que ça avait été dit !). C'est cet esprit qui me déplaît le plus je crois.

Tout d'abord je dois dire que je suis super contente de lire tout ce que vous dites, parce que j'avais l'impression d'être seule et en fait vous éprouvez tous les mêmes sensations que moi, c'est assez dingue.

Par la suite, j'approuve totalement ce que tu ds Kolosse (surtout ce qui est donc en citation), et je me permettrai d'aller plus loin 'mais là ça n'engage que moi) :

Personnellement, venant d'un milieu plutôt modeste, avec une mère fonctionnaire aussi, j'ai toujours pensé que je finirai prof ou un truc comme ça. En arrivant dans mon école, j'étais sûre de détester l'éco. Et finalement, j'aime beaucoup, ça m'intéresse. Et j'ai l'impression qu'un tout nouveau mone s'offre à moi, un monde que je n'aurais jamais envisagé sinon. Et c'est là qu'on se rend compte que les gens issues de familles modestes n'ont pas la culture d'amibiton et c'est là que le bas blesse. Maintenant je commence à m'initier à un nouveu monde, je commence à me dire qu'un jour je pourrai me faire du fric, et que le monde de l'entreprise et surtout des cadres (un peu tabou chez moi avant) est accessible. C'est à la fois comme si je découvrai une nouvelle planète et comme si je découvrai le fruit défendu aussi. A la fois ça m'intéresse et à la fois il y a ce petit goût d'interdit...
petit_pois
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Message par petit_pois »

deadxkorps a écrit :Personnellement, venant d'un milieu plutôt modeste, avec une mère fonctionnaire aussi, j'ai toujours pensé que je finirai prof ou un truc comme ça.
:lol: moi c'est exactement l'inverse... je viens d'un milieu pas tellement modeste, et pourtant après mon école d'ingé, j'ai fini prof :wink:
koloss
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Message par koloss »

OFF-Topic :
D'abord, pas de -e à Koloss, sinon c'est pas assez germain à mon goût.
Ensuite, je te rejoins sur le thème de la culture d'ambition, c'est peut-être aussi ça qui (me) rend mal à l'aise parfois dans un tel milieu où beaucoup ont de l'ambition, sont décidés et surtout le font savoir. Faut apprendre à formuler ses envies et sa volonté, et marquer son territoire (un peu comme les chiens en fait :lol: ).

Enfin, j'ai oublié de l'écrire avant : le gala de mon école, je l'ai adoré ! Je trouve ça justement génial tous ces costumes et ces robes de soirée, ça change des autres soirées. Les gens se sentent plus coupables quand ils finissent bourrés et du coup boivent moins, ce qui n'est pas pour me déplaire (finir bourré au champagne, c'est pas très classe je trouve). Et tous ces gars en pingouins..................... :lol: :lol: :lol: :lol: :lol:
Dernière modification par koloss le mer. avr. 11, 2007 12:03 am, modifié 1 fois.
yoda
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Message par yoda »

quand je demande à mon père combien coûte une baguette de pain (sur un ton "attention il y a un piège dans cette question") et qu'il me répond : "200 francs !!" le plus naturellement du monde... je me dis qu'il y a un décalage. Me donner le prix en ancien francs d'une baguette il y a plus de 30 ans ça me fait rire.
ce n'est pas de ce décalage dont il est question ?? :ninja:

en fait, je vais pas apporter ma pierre à l'édifice. enfin si, mais pas de manière longue et détaillée. Juste que :
- oui j'ai été en décalage avec mes parents parce que j'ai fait des études scientifiques et pas eux mais je pense que déjà avoir des parents profs ça m'a suffit (malgré tout ce que ça a pu m'apporter) mais si en plus ils avaient été profs de maths ou de physique, j'aurais été gavé et j'aurais surement choisi d'autres études par souci de démarcation.
- je suis parfois en désaccord avec eux sur certains sujets mais pas tant par conviction politique mais plus dans la façon d'aborder les sujets, plus critiques. Il fut un temps où je prenais un malin plaisir à me faire l'avocat du diable pour les faire réagir. Mais je me rend compte que finalement il n'y a pas de si grand écart entre nous sur le fond... enfin à cette instant en tout cas. Nul n'est à l'abri de changer d'avis et d'évoluer eux comme moi ... heureusement. tout ça pour dire que je ne sais pas si ces écarts sont du à mes études ou bien simplement au fait que nous n'avons pas vécus la même époque, eux la guerre (enfi mon père) et l'après guerre... le facteur générationnel me semble avoir son importance dans le débat.
- il sera surement intéressant de voir si ce décalage (qui semble avoir pris de l'ampleur avec le début de vos études sup qui marque aussi pour beaucoup un éloignement géographique, un changement de vie) sera plus ou moins grand une fois confronté au monde du travail. je précise que cette phrase n'est pas du tout moralisatrice (le côté vous verrez quand... c'est pas ça du tout), mais simplement qu'avec le temps on apprend aussi à vivre et à trouver un équilibre entre les mondes que l'on découvrent et ceux que l'ont connaissaient déjà et qu'ils finissent par cohabiter, que l'on se nourrit de plaines de choses et qu'il faut aussi le temps de les digérer. Et ce concerne l'éducation inculquée ou non par nos parents mais aussi nos études, nos expériences nouvelles et variées. Passer par une phase critique me semble on ne peut plus sain, c'est peut être ce qu'on appelle le début de la maturité allez savoir ...
- pour finir je vais juste essayer d'éviter aborder les thèmes de l'argent, de l'ambition (je ne sais pas ce que veut dire ce mot ou alors si peut être trop bien), de l'esprit de corps (d'ailleurs c'est un sujet de discorde avec mon père qui a fait lui aussi une école mais pas dans le même domaine), de l'élitisme... mais ça tombe bien ce n'est pas le sujet.

ah oui j'allais oublier ma petite participation pour les galas d'école... dans la mienne on pouvait venir en short et tongs (mais en janvier même dans le sud c'était moyen) pas vraiment de tenue correcte exigée, celà dit ça n'empêchait pas les comas éthyliques malheureusement...

en écrivant ce message je viens de m'apercevoir que le plus gros décalage que je vis (le terme est un peu fort) ce n'est pas par rapport à mes parents mais vis à vis de mes collègues... qui sont pour certains de la même génération que moi !
Hello Kitty
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Message par Hello Kitty »

Voila un sujet très intéressant. J ai ressenti la même chose que la plupart d entre vous lorsque j ai commencé mes études supérieures, l impression de ne pas faire partie du même monde que les étudiants que je fréquentais. Je viens également d une famille modeste une mère très à droite fille de petits commerçants et un père fonctionnaire communiste convaincu dans sa jeunesse, qui s est depuis, un peu perdu dans ses opinons politiques, le grand ecart donc.
Les auteurs du topic semblent être plutot science po et école de commerce, de mon côté je me suis embarqué dans des études purement littéraires je n ai donc pas rencontré de pressions similaires aux votres les cathos de droite (olalala les clichés) n étant pas vraiment présents dans les facultés de sciences humaines. Pour autant, j ai eu du mal à trouver ma place. J étais souvent avec des enfants de profs dont les parents étaient parfois des universitaires reconnus. Ils évoluaient dans un système de références complètement différent du mien. Je me souviens d une discussion en première année avec un type qui me parlait de Mircéa Eliade. Ne connaissant pas l auteur en question, j ai pris mon courage à deux mains et demandé qui il était. Et la regard interloqué de mon interlocuteur TU NE CONNAIS PAS MIRCEA ELIADE????????!!!!, petit rire convenu des gens autour. Les premiers mois je me disais que je n y arriverai jamais, j avais honte de mon ignorance, j avais honte du petit village duquel je venais. Je rentrais à la maison et j entendais les fautes de français de ma mère et pour la première fois j en avais honte aussi. J avais l impression que jamais je ne pourrais rattrapper mon retard. Ces gens avaient baignés dès leur plus jeune âge dans un univers culturel si différent je pensais que l écart était trop grand. Et pourtant je m en suis sortie...
Cela étant à mesure que mon parcous se précisait, que j apprenais à aimer ces références qui m avaient tant manqué j étais de plus en plus confrontée au mépris de ma famille. Ce que j étudiais leur paraissait inutile, futile. Ils rejetaient en bloc le monde universitaire que j aimerais tant intégrer. Mes heures de travail étaient pour eux de l amusement. Mon père pourtant de gauche ralliait une éthique matérialiste toute nouvelle où l individu devait être productif avoir un "vrai métier" et ne pas passer son temps à jouer à l intellectuelle. Mes frères me regardaient de haut: "lire ce n est pas travailler" "toi tu ne sais pas ce que c est que le travail". Les études que j avais choisies étaient pour eux un privilège réservé aux petits bourgeois. Cette attitude révélait toutes les contradictions des opinions politiques de mon père. Sous couvert de croire en un monde plus égalitaire il espérait secrètement que ses enfants prennent part dans une société où gagner de l argent est un but ultime et c est à cela que devait me conduire mes études. Mon père était tellement de gauche qu il ignorait être de droite.J avais le sentiment de trahir les espoirs que ma famille avait mis en moi. J étais la première à avoir eu son bac, et je me devais à ce titre de réussir selon les critères de la société actuelle avoir une bonne situation, gagner beaucoup d argent. On m en voulait d autant plus que j avais fait ce choix en connaissance de cause, j aurais pu rejoindre un IEP ou faire une école de commerce mais au lieu de ça j allais rejoindre des fainéants qui passaient leur temps à disserter sur tout et nimporte quoi et qui ne connaissaient rien des réalités de la vie.
Ma persévérance dans mon travail était presque une insulte j oubliais selon eux d où je venais alors qu en fait c était eux qui me reniaient qui m excluaient du milieu dans lequel j avais toujours vécu. Le simple fait de réussir mes examens était une source de raillerie.
Derrière cela il y avait peut être aussi la crainte que je me désinteresse d eux, que je les aime moins. Lorsque je donnais mon opinion sur quelque chose c était automatiquement perçu comme de la prétension, ils se sentaient ignorants méprisés la aussi.
Sur le plan de mes opinions politiques je suis toujours à gauche, le milieu des sciences humaines de toute façon pousse à cela. Pourtant, cette position n a aucune crédibilité auprès de mon entourage qui se considèrent comme les vrais prolétaires, avec cette idée que de part la profession que j ai choisi je ne pourrais jamais les comprendre. Je crois pourtant avoir compris certaine chose et le milieu d ou je viens me donne justement approche différente, par rapport à celle de mes camarades qui pour leur part n ont pas connu intimement certaines réalités.
Aujourd hui je suis toujours à la frontière entre ses deux mondes avec le sentiment de ne faire partie ni de l un ni de l autre. Toutefois, ces expériences me forcent à une certaine humilité. J ai eu dès le départ conscience que je ne savais rien et que tout était à faire et c est cela qui m a fait avancer quand d autres se reposaient sur leurs acquis. Cela m a aussi éviter le piège d une certaine pédanterie, d un élitisme prétentieux qui je dois bien le reconnaitre fait partie du milieu universitaire. Cela a aussi renforcé mes convictions politiques et m a permis de les approcher d une manière plus abstraite.
Pour ce qui est de ma famille leur position est toujours la même je pense qu elle ne changera jamais, c est un peu triste mais on si fait, tant bien que mal...
Pirlouit
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Message par Pirlouit »

OFF-Topic :
Je vous aime !
:amour: Je crois que je vais écrire à Ségolène Royal pour lui demander de légaliser la polygamie hétérosexuelle et homosexuelle pour pouvoir tous vous demander en mariage. Comment ça c’est pas drôle ?
:lol:
Lire vos réponses m’a fait un bien fou.
:D A plusieurs reprises, vous avez exprimé des idées que je n’avais pas du tout réussi à mettre en mots. Merci !
Deadxkorps a écrit :Quant au reste, je crois qu'il faut quand même se dire qu'il n'y a pas que des gros friqués à l'institut et que si tu évites les soirées BDE et compagnie,
tu les vois presque pas. Il y a plein de gens sympas, qui viennent tous plus ou moins de la classe moyenne. Maintenant, il y a plusieurs niveaux de classe
moyenne évidemment, mais voilà... Et puis la majorité (courte ok) des gens est quand même à gauche...
Oui, les étudiants sont majoritairement à gauche. Mais comme le disait Loun1 plus loin dans le topic la question n’est pas tellement l’ »encartement » politique, c’est plutôt un ensemble de références culturelles / politiques inhérent à chaque famille. On a beau mettre le même bulletin dans l’urne, il n’en demeure pas moins que socialement et culturellement on est différent.
Et une petite mesquinerie au passage : la gauche de DSK, c’est pas non plus la gauche gauche, c’est pas non plus la révolution, hein.


Au passage, Petit Pois bravo tout de même!
:wink: Je n'avais pas envisagé les difficultés qu'on peut avoir pour faire le chemin politique inverse mais ça doit pas être évident non plus.
Effors encourageants, continuez sur cette voie. :wink:
Deadxkorps a écrit :Je comprends tout à fait ce que ressent Pirlou parce que c'est ce que je vis, mais je crois qu'il s'est mal exprimé : il n'y a pas de *pression*
droitiste, pas du tout, au contraire même. Mais on est amenés à rencontrer des gens qui côtoient des grands bourgeois, en sont eux-même parfois, etc, des
gens d'un milieu social différent, et ça remet en cause beaucoup de choses. ca peut en renforcer d'autres cepndant...
Je me suis effectivement mal fait comprendre.
Lorsque je parlais d’étudiants venant de famille bourge catho aisée, je donnais un exemple parmi d’autres. Celui-ci m’a marqué tout particulièrement parce qu’il est aux antipodes du milieu dans lequel j’ai grandi. Ce n’est effectivement pas la majorité. Il n’y a pas à proprement parler de pression droitiste. En revanche il y a une pression centrisante indéniable. Défendre le vote LCR / LO ou le vote SUD aux élections syndicales est mission impossible à Sciences-po ou alors ceux qui le font le font pour le fun sans être vraiment sincères. Enfin c’est mon sentiment.
Et à propos de la distinction entre pression droitisante et centrisante, en fait, de toute façon, avec mon grand frère aîné adoré le centrisme de gauche c’est déjà la droite, donc même pas la peine de se casser la tête à faire des distinctions. Sur ce coup là je le soupçonne quand même de ne chercher qu’à me faire réagir.
Paulette a écrit :Alors Pirlouit, pour le Gala, rien ne t'oblige à t'habiller classe (après faut assumer….).
Paulette, je suis pas sûr d’avoir autant de c******* que toi.
:lol:
Une fois encore, j'aime pas l'association bourges/catho, pour connaître beaucoup de familles pauvres,
et néanmoins catholiques.
Mea culpa. Je dois reconnaître que c’était pure mesquinerie de ma part. « Le cléricalisme voilà l’ennemi ! »
J’ai écrit ça en pensant à une amie chez qui j’ai passé une journée l’été dernier et où je me suis effectivement retrouvé au milieu de jeunes gens de bonne famille, très propres sur eux, tous dans des formations prestigieuses et qui se trouvaient être tous passé par les scouts. Tous très catho évidemment. Maman à la maison. Papa a une bonne situation. Tout ça quoi.
Alors ensuite mon erreur a été de généraliser. Oui il y a des catho qui ne sont pas forcément bourges. Et surtout on peut tomber sur des gens parfaitement imbuvables humainement parlant qui ne sont pas religieux pour un sou. Tiens j’aurais pu parlé d’un responsable d’un syndicat étudiant normalement catalogué à gauche qui fait de l’élitisme à deux balles et qui ne cesse de se gargariser en parlant de « l’école du pouvoir ». Donc pour résumer, j’ai rien contre les catholiques, hein.
On nous répète implicitement ou explicitement qu'on a un avenir plus sûr que les autres, qu'on est les meilleurs, qu'on merite de dominer plus tard les pauvres merdeux en dehors. La plupart ne connaissent même pas les bancs de la fac, ne se rendent même pas compte que leurs études sont bien plus subventionnées que celle des copains
(alors, y'a même plus de mérite à s'en sortir mieux, c'est juste un retour d'investissement).
Entièrement d’accord avec toi.
Sur le premier point que tu soulèves : tu as effectivement raison on répète (ou on nous fait comprendre) qu’on va être amené à occuper des postes à responsabilités, joli euphémisme pour dire qu’on va être amené à « entuber » les autres. Oups faut pas être vulgaire.
On te donne des outils pour mieux comprendre le monde, certes. Sauf qu’au final lorsque tu reviens face à tes parents, ton entourage, ce sont quand même deux approches radicalement différentes. Du « citoyen de base » imprégnés d’une sensibilité de gauche qui constate les conséquences sociales néfastes de l’ultralibéralisme, de la précarité, etc ou du petit étudiant qui rapplique avec ses outils économiques censés décrire la réalité, lequel est le plus dans le vrai ? Oui on te file des outils pour comprendre de grands enjeux économiques tels que la dette de l’Etat, etc, etc Mais, le problème c’est que la précarité et la vulnérabilité économique de certains individus n’est pas moins réelle. Or au bout du compte l’enseignement que l’on reçoit nous conduit à faire passer la réalité macroéconomique devant la réalité de la situation de certains individus. Au final qui a raison ? J’ai bien du mal à le dire.
Sur le second point que tu soulignes, je plussoie à 200%. Je suis certain que nombre d’étudiants qui se plaisent à vanter les mérites de l’enseignement de telle ou telle institution prestigieuse oublient un peu vite qu’il n’y a pas de miracle et que le surfinancement aide quand même beaucoup à la qualité de l’enseignement.
Loun1 a écrit :Je me retrouve donc bien souvent dans une situation de grand écart. La peur de trahir d'un côté, la peur de ne pas être à la hauteur de l'autre. A cela s'ajoute la pression que je ressens indirectement de part la réussite de mes parents. Je me dis toujours que si eux, à partir de si peu de moyens, sont parvenus où ils sont aujourd'hui, c'est la moindre des choses que moi, avec l'éducation et l'attention dont j'ai bénéficier grâce à leurs efforts je réussisse
à mon tour ce que j'entreprends sur le plan scolaire. Pour ne pas les décevoir.
Je suis heureux que tu aies parlé de cette pression parce que c’est un élément que je ressens aussi même si c’est en d’autres termes.
Ma mère vient d’une famille de 7 enfants, famille d’artisans / de paysans et sa réussite ainsi que celle de ses frères et sœurs est passée par l’école et par les concours. Maintenant elle est instit. J’ai donc vécu dans une ambiance où on idolâtrait l’école, le lieu qui permet l’ascension sociale, l’épanouissement personnel, etc, etc
Et en même temps, comme mes parents ne sont pas des monstres, ils ont toujours eu une attitude assez saine en rappelant que « si tu n’y arrives pas, c’est pas grave », « tu es sûr que tu veux faire une prépa, la fac ce serait pas moins épuisant ».
Donc si tout cela reste implicite et si je suis certain qu’aucun de mes parents ne me reprocherait un échec, je sais que ça les « décevrait » (c’est peut-être pas le bon mot). Et surtout, à mon niveau, j’aurais tendance à réagir comme toi en me disant qu’avec les outils qui étaient à ma portée, je n’avais aucune raison d’échouer.
Koloss a écrit :On en vient au dernier point, l'esprit d'école. Là aussi, je dois dire que j'ai du mal. D'abord, à cause de tout ce que j'ai écrit avant. Ensuit, un autre
exemple expliquera mieux : dans peu de temps auront lieu dans mon école les élections du nouveau BDE, et bien la campagne a déjà commencé et certains qui ne m'adressaient pas la parole avant commencent à le faire, je trouve ça affligeant de leur part, un peu comme les campagnes présidentilles en fait. Mais
hors de question de le dire car ça ne rentrerait pas dans l'esprit "promo" que l'on veut nous donner (le "on" étant aussi bien les élèves que l'administration,
ça vient de loin cet esprit). Enfin, j'ai quand même payé ma cotisation BDE (bouh le vilain petit_pois qui ne l'a pas fait) parce que je participe à la
vie associative de l'école mais il est vrai dans des domaines bien différents que ceux qui se croient le moteur de la promo. Ce que je regrette, c'est
que la plupart de la cotisation part en bière...
Ce qui me conduit à citer un autre exemple du décalage que j’ai ressenti.
Fin de l’année dernière : élections du BDE.
Le débat pendant toute la campagne s’est résumé à savoir laquelle des diffférentes listes en courses distribuerait le plus de bonbons, de boissons, de nourriture et de bons d’achats aux étudiants dans le jardin de l’école, donc au bout du compte la question était de savoir laquelle aurait récupéré le plus de fric de la part de sponsors. Charmant comme ambiance.
Ensuite, je te rejoins sur le thème de la culture d'ambition, c'est peut-être aussi ça qui (me) rend mal à l'aise parfois dans un tel milieu où beaucoup ont de l'ambition, sont décidés et surtout le font savoir. Faut apprendre à formuler ses envies et sa volonté, et marquer son territoire (un peu comme
les chiens en fait
Je te rejoins également là-dessus.
C’est un peu comme la potion magique d’Obélix, si on a pas baigné dedans dès la naissance....
Certains, parce qu’ils ont déjà des référents dans leur entourage, savent ce qu’ils veulent, où ils vont, etc Ce n’est pas le cas pour tout le monde. Et tout particulièrement lorsque l’on en est encore à se demander ce qu’on fait là.
Hellokitty a écrit :Aujourd hui je suis toujours à la frontière entre ses deux mondes avec le sentiment de ne faire partie ni de l un ni de l autre. Toutefois, ces expériences
me forcent à une certaine humilité. J ai eu dès le départ conscience que je ne savais rien et que tout était à faire et c est cela qui m a fait avancer
quand d autres se reposaient sur leurs acquis. Cela m a aussi éviter le piège d une certaine pédanterie, d un élitisme prétentieux qui je dois bien le
reconnaitre fait partie du milieu universitaire. Cela a aussi renforcé mes convictions politiques et m a permis de les approcher d une manière plus abstraite.
Je n’ai pas grand-chose à ajouter.
Je n’ai pas eu à vivre un tel degré d’incompréhension de la part de ma famille parce que, même si c’est à un niveau modeste, ma mère est enseignante et que donc il n’y avait pas à lui démontrer la pertinence des études universitaires.
Mais je crois effectivement que le mélange de ces deux univers est enrichissant, reste à réussir à bien l’accepter et à le vivre.

Edit: j'espère ne pas avoir dit n'importe quoi, il est tard et je suis fatigué.
deadxkorps
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Message par deadxkorps »

Je suis tout à fait d'accord avec toi Pirlouit sur le BDE, même si je n'ai pas encore vécu d'élections. Mais tout ce que je vois c'est qu'à part organiser des soirées où le verre de vodka est à 1euro, où tout le monde finit minable, et où le seul but c'est de prendre des photos pour se faire voir sur lapeniche.com après...

Ils ne font rien à par le WEI de début d'année. En fait je me demande pourquoi il y a un BDE. Ah si pardon je sais ! Le BDE est notre Junior entreprise.... Vu qu'on en a pas, on se sert de ça... Les mecs du BDE sont tous pourris de thunes, tous en finances et stratégie, et gèrent (je l'ai apris récemment) des sommes folles (genre 200 000 euros leur passent entre les mains chaque année...). C'est immonde.

Ca c'est tout ce que je déteste de l'Ecole.

Maintenant, il y a beaucoup de choses que j'aime et que je trouve bien, à commencer par la qualité de l'enseignement et compagnie. Des choses qui viennent en partie comme le souligne Paulette du financement de ces Ecoles. mais ça c'est normal après tout puisque c'est le mode de fonctionnement de ces écoles : recourir aux dons (en partie) des alumni. Et comme les alumnis sont tous PDG, ministres et compagnie, forcément... Mais je pense aussi que ça vient de la sélection. Peu d'élèves, et des bons uniquement. Des gens qui font ce qu'ils ont voulu faire aussi parce qu'ils se sont donné du mal. Beaucoup de gens qui voient là une chance d'ascension sociale, et qui sont optimistes. Je sais pas si je vais par hors topic là mais bon :

Je lisais par exemple pas plus tard qu'hier, un billet d'un enseignement en fac de droit qui se révoltait que Sciences Po Paris ait obtenu l'accès pour ses élèves à l'examen du barreau. Un des commentaire de son billet disait en même temps que le niveau des élèves de droit en fac était déplorable, et que l'université dépensait donc de l'argent pour des gens qui n'avaient pas leur place en droit, et ce jusqu'à la licence ! Aucun moyen de sélectionner à par les examens qui sont d'une facilité déconcertante et ne sanctionnent pas rééellement un niveau. J'ai entendu les mêmes sons de cloches chez un prof de fac d'anglais. Bref l'université française se meurt, et ce n'est pas un hasard que les concours de grandes écoles (quelle qu'elles soient) connaissent un boom de demandes. Ceux qui veulent se donner les moyens de réussite ne peuvent plus se permettre de passer par la fac ! Donc cercle vicieux puisque tous les "bons" éléments se sauvent des bancs de fac. C'est une véritable horreur. Bref ce que je veux dire c'est que les Ecoles ont paut-être beaucoup de défauts, mais c'est le seul moyen aujourd'hui de participer à une ascension sociale si on en veut une. (personne n'a remarqué que j'ai oublié ce que je voulais dire au début :lol: )

Quant au manque d'ambition, je réagirai en disant quand même que je suis étonnée par le fait que vous en manquiez. Ou alors j'ai mal compris. De mon côté c'est plutôt le contraire. Depuis que je côtoie ce milieu, j'apprends à avoir de l'ambition, une ambition réaliste et réalisable... mais de l'ambition quand même. Maintenant que j'ai a priori les moyens d'une réussite sociale c'est ce que je veux absolument. Je connais les difficultés à joindre les deux bouts à la fin du mois, ma grand mère habite dans un HLM qui craint pas mal, (ma mère habite aussi dans HLM mais qui craint pas du tout, genre immeuble "normal") et franchement je veux quitter ce milieu. Etrange et ironique quand on pense que ma mère est d'origine bourgeoise (ma grand mère possédait avec son mari une imprimerie) et s'est euh "prolétarisée" de par son travail et s'est gauchisée de plus en plus lol (elle est secretaire départementale à la CGT...).

Cependant je dirai quand même sur mes parents que mon père qui à cause de problèmes d'argent n'a pas pu avoir son bac mais s'est démené pour réussir (régisseur à TF1 puis LCI, 3 000 euro/mois sans avoir son bac... Mais ça cétait possible que dans les années 80) a toujours adulé l'école et eu de l'ambition à ma place lol. Il m'a poussé à faire de grandes études, (à l'inverse de certains parents ici apparemment) et quand j'ai été reçue à mon Ecole il était presque plus content que moi... Quant à ma mère elle a une licence en Sciences de l'Education et sait très bien la valeur des études. Et même si aujourd'hui on est de plus en plus divisées sur des questions de politique et de vision du monde, elle et moi, je sais qu'elle fière de moi quand même, car au fond d'elle elle a toujours voulu que je réussisse. (Bien que je sois clairement pas encore arrivée...). je me dis que c'est qund même pour ça qu'au fond de moi j'ai toujours eu de l'ambition quand même, d'une certaine réussite.

Ce que m'a appris et montré l'Ecole toute fois c'est les moyens de parvenir à cette réussite. J'ai l'impression que nous sommes 20 fois plus armés face au monde de l'entreprise que les étudiants de fac, non seulement par le préstige de la formation et du diplôme mais surtout par les informations qu'on a dessus. C'est bête à dire, mais on a des gens à notre écoute qui peuvent nous conseiller, les gens qui ne viennent pas d'un milieu aisé apprennent au contact de ceux qui en viennent ce qu'il faut faire et pas faire. c'est peut-être très con à dire, mais faire toute sa scolarité dans le 7e, bah je vous promets que ça vous apprend à faire la différence entre un costume de marque et un autre, pareil pour d'autres codes. Cette mixité sociale apprend aux autres les codes d'accès à un autre monde que le leur. Et ça paraît futile, mais c'est à mon sens primordial.

Enfin voilà j'arrête pas de blablater, je sais même pas si les gens vont avoir lu ce que j'ai écrit, c'est un peu décousu, excusez-moi je viens de me réveiller... Mais n'hésitez pas à répondre à quelque chose qui vous a fait tilt si il y en a eu, parce que je trouve que cette discussion (et ce topic) est l'un des plus intéressants depuis longtemps...
ex-membre 11
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Message par ex-membre 11 »

Je pense que je vais être un peut hors sujet, je vous préviens.

J'ai l'impression quand je vous lis que vous faites une opposition entre venir d'un milieu modeste et avoir une capacité à changer. Comme si venir d'un milieu modeste vous enjoignait à garder les mêmes idées que vos parents (idées qui d'ailleurs peuvent être de droite voire d'extrême droite, l'esprit humain ayant tellement de goût pour le paradoxal...)

Pour moi tout ça n'a aucun rapport. On change de toute façon, à 21 ans on n'est pas le même que le collégien qu'on a été, et ce quel que soit le milieu d'où on vient. J'ai changé entre hier et aujourd'hui. Physiquement quelques cellules sont mortes. Intellectuellement, voir le chien du voisin pisser contre un mur m'aura changé, c'est indéniable, sauf si on réfute le fait que le cerveau évolue en permanence.

C'est pour ça que je me dis en vous lisant qu'en fait le problème, c'est que vous culpabilisez de changer de catégorie sociale. Mais vous savez, rien ne vous interdit d'être milliardaire et de donner 98% de votre salaire à Emmaus. Ce n'est pas l'argent en soi qui change notre rapport à la société mais ce qu'on en fait, non ? Comme dit Paulette, qu'est-ce qui vous interdit d'aller à votre Gala en fripes ? Le règlement ? Et bien si ce règlement vous gêne, n'y allez pas, au Gala. Changer, évidemment. Se connaître, c'est moins facile.
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