Kefka a écrit :Ceci porte un nom : la malveillance. Il y une intention délibérée de nuire et je refuse d'y voir un exutoire, comme le fait Kliban.
C'est l'argument Sarko (cf. interview à Philo Magazine) : je refuse de regarder ce qui se joue de causalité dans le mal, on risquerait de trouver des excuses aux malfaisants - comme si une cause valait excuse.
C'est un argument dangereux : il suppose l'efficacité de l'usage de la répression, de la colère - et de la technique du coup de pied au cul - comme outil de régulation psycho-sociale.
Je crains que ce ne soit planquer la poussière sous le tapis. Tout comme recourir préventivement au corps médical me semble véhiculer encore trop de confusion entre santé et moralité pour être bien honnête.
Un trop de fermeté est souvent un cache-misère de notre peur du mal (ici, sadisme ordinaire). Je le répète, parfois le mal, hélas, est aussi un exutoire - les raisons en sont diverses. Il serait idiot de le nier - nier ce qui est, je vous demande un peu... En revanche, il ne saurait être toléré/encouragé/valorisé (hop, position morale) qu'on s'y complaise. Evil breeds evil. L'enfer s'auto-entretient.
Il y a une ivresse esthétique du sadisme. Nos arts en sont peuplés. Nous sommes des bestioles que parfois le malheur des autres réjouit. Autre, ici, tous ceux qui ne font pas partie du cercle de ceux que j'aime et défends. C'est une question d'empathie, et de culture. Potentiellement, on a moins de mal à voir souffrir/mourir ces autres. Il y a une culture de l'action mauvaise, comme il y en a une de l'action bonne.
Le problème n'est pas de planquer les actions mauvaises. Mais de savoir faire comme l'aikidoka : en disperser l'énergie d'agression - dispersion, c'est inévitable, qui retombe un peu sur celui qui l'a mobilisée au départ. Mais la dispersion a un effet réel, que n'a pas l'accumulation de la poussière sous le tapis - qui ne promeut de disparition qu'imaginaire.
La plupart d'entre nous sommes très très dépourvus de cette faculté de dispersion. Le plus souvent, nous ne savons que faire retour à l'envoyeur de notre propre faculté d'agression. Ce faisant, nous entretenons, nous entretenons. Nous sommes des animaux bouffis de bonne conscience, et transis de petits arrangements avec nos propres morts. Petites vies douillettes.
Et, si, Brutal, nous sommes tous des Buddha en puissance
.
(multi-édité, je lénifie le ton, le reste est à l'identique)