Preum's !
Crown Of Thorns a écrit :Il en va de même pour la "magie blanche" et consorts : le fait qu'on attribue à ces trucs un crédit démesuré, sur la foi de sophismes grossiers qui constituent en fait des erreurs épistémologiques évidentes est tout à fait navrant et désespérant, surtout quand on ne croit pas à ces choses là.
Certes.
Il y a deux sujets.
1. La possibilité pour certains d'utiliser certaines ressources (placébo ou d'induction psychique, par exemple) pour aller mieux. 'est un sujet, il est thérapeutique.
2. La bataille - fort ancienne en Occident - pour ce qui est la vérité. Elle est intellectuelle et globalement politique - au sens où il s'agit de faire en sorte qu'une idée se répande ou pas, au détriment d'une autre, ou pas. Ici : l'idée de la magie comme relevant d'une causalité réelle, similaire à celle des sciences.
Ces deux sujet ne sont pas sans adhérence. Il est assez systématique, selon qu'on soit plutôt de l'un ou de l'autre côté, qu'on se refuse en général à considérer à la fois ces adhérences et les différences qui demeurent entre 1 et 2.
On rencontre ainsi
1. des gens qui, sous prétexte que cela marche, en concluent à la nature de la causalité (physique, effective) en jeu.
2. des gens qui sous prétexte que les explications avancées par ceux pour qui cela a marché n'est pas épistémologiquement tenable - et le fait est qu'elle ne l'est pas - dénient toute efficace et toute légitimité à ces pratiques.
Je m'intéresse surtout à ces derniers (parce que leur avis semble aller de soi, et que c'est donc plus intéressant à scruter).
Exemple de délégitimisation : "si ça marchait, ça se saurait".
Contre-exemple : les médecines traditionnelles on longtemps été totalement méprisées par le corps médical - remèdes de bonnes femmes, pffff ! Et hop, on est en train de découvrir que c'est plein de molécules en fait très intéressantes et tout à fait indiquées. Ce qui ne marchait pas ? Les explications par analogie que l'on donnait pour rendre compte de l'efficacité des techniques.
L'argument que tu emploies, CrownOfThorns :
ce machin n'a très manifestement, jusqu'alors, jamais pu démontrer sa validité thérapeutique. La moindre élucubration pseudo-magique a donc moins d'effets bénéfiques attestés que la plus insignifiante pilule d'aspirine, ou le premier anti-dépresseur venu.
relève à mon sens de ce type de confusion : entre l'explication élucubrante et l'efficacité thérapeutique.
Elle relève peut-être encore d'autre chose, d'un oubli d'un élément du donné : la magie ne fonctionne que si on y croit. Elle ne soigne donc pas de la même façon qu'un anti-dépresseur. Elle est moins somatiquement invasive, mais plus psychiquement invasive. C'est pour cela qu'elle peut être dangereuse, comme on dit, sur les esprits faibles. Et assez inefficace sur ceux dits forts. C'est pour ça que je considère ça comme des inducteurs psychiques (lien de 1 à 2 dans la Kliban-vision-du-monde). Et c'est pour cela aussi qu'on a du mal à relier les allégations de succès avec des études épidémiologiques - on ne sait pas ce qu'on mesure !
Je renvoie donc, à nouveau, au bouquin de Favret-Saada. Si tu veux parler de ce sujet, lis cela - c'est écrit par une scientifique qui accepte d'aller regarder de près - et non pas de loin - ce qui se passe dans la tête des gens qui sont "pris" par ce climat de magie. Étude d'ethnographie de terrain passionnante.
Si on tient à conserver toutes la complexité du donné, on ne peut pas se permettre de réduire l'un ou l'autre des points 1 ou 2 et de ne pas étudier leurs rapports.
Mais je crois qu'on est off-topic total.
(NB : les définitions données et fondée sur la reproductibilité et la falsifiabilité sont trop restrictives pour définir une science : la cosmologie et une partie des sciences humaines tombent en dehors de ces critères trop stricts.)