Kliban a écrit :
Et comme je suis plutôt empathe (pas très, mais pas peu), du coup je n'ai pas une tendance prononcée à faire des crasses - juste une dont je me souviens dans mon enfance, oui, dont la peine me reste encore.
Je ne sais plus son prénom. Pas une gosse de riche, ça non. Toujours habillée avec une jupe de rien et des chaussures à l'avenant. Un cheveu raide, mal peigné, ébouriffé comme des graminées rêches l'avait fait surnommer "la pouilleuse". Les enfants sont des anges, j'en étais déjà très conscient. Nous étions, je ne sais plus, en CP, CE ou CM. Par là. Moi, tête de classe, elle, aux tréfonds. On se défendait l'un l'autre. Pas que je puisse faire grand chose à l'époque, les cours de récréation étaient déjà ma hantise. Mais bon, une façon de se tenir les coudes sous la brimade. Rien de plus. La fin des classes signait la fin de nos camaraderies..
Et puis c'est une habitude que j'ai perdue. Je me souviens bien, une ou deux fois, avoir tourné casque. Du côté des persécuteurs, d'abord comme pour plaisanter, j'y ai trouvé du plaisir. Cela me libérait de la tension d'être toujours le vilain petit canard. Le dernier de la chaîne des brimades psychologiques. Je crois que je suis devenu instable dans mes protections. Un jour oui, un jour non. Et s'est éloignée. Petit à petit, je crois. Ma mémoire passoire est très floue. Puis une année, elle n'était plus là.
Le début est alléchant et on rentre bien dans l'histoire. Le hic est qu'on attend une crasse qui ne vient pas. Ne t'offusque pas, mon vieux, mais on a l'impression que tu avais un truc sur le feu et que tu as baclé la fin.
Alors j'ai décidé de retravailler un peu l'épilogue, ce qui donne, dans une version qui me semble respecter l'esprit de l'auteur :
Et puis c'est une habitude que j'ai perdue. Je me souviens bien, une ou deux fois, avoir tourné casque. Du côté des persécuteurs, d'abord comme pour plaisanter, j'y ai trouvé du plaisir. Cela me libérait de la tension d'être toujours le vilain petit canard. Le dernier de la chaîne des brimades psychologiques. Je crois que je suis devenu instable dans mes protections. Un jour oui, un jour non. Et s'est éloignée. Petit à petit, je crois. Ma mémoire passoire est très floue. Puis une année, elle n'était plus là.
On a jamais découvert son corps. Une fois l'an, je me rends dans le jardin de mes parents ; tout au fond, là où on ne va jamais. Je cueille une fleur. Je la pose délicatement à côté d'un laurier que je me rappelle avoir planté quand j'étais, je ne sais plus, en CP, CE, ou CM.
Et je l'arrose d'une de ces larmes qui m'arrachent mes plus beaux sourires. Je pense : j'étais le seul à la défendre, je suis le seul à fleurir sa tombe.