Le titre vient d'une chanson des Fatals Picards (on a les référence qu'on peut) et comme je ne trouvais pas de titres plus clairs, j'ai mis ça.
J'avais envie de connaître votre sentiment sur un sujet qui me travaille. Je vais essayer de m'exprimer le plus clairement possible en évitant d'être trop prétentieux (ce qui compte tenu du sujet et de mon ego ne sera pas facile!). Je précise aussi d'emblée que je n'ai aucune connaissance en socio. Je vais donc livrer les choses telles que je les ressens avec la part d'imprécision conceptuelle inhérente à mon inculture.
Chacun d'entre nous, suivant la famille ou le milieu social dans lequel il a grandi, a baigné depuis la naissance dans un environnement "socioculturel" particulier. Je sais que la "lutte des classes", c'est has been mais je pars du principe qu'il existe encore des groupes sociaux et que ceux ci se distinguent par des approches de la culture, des valeurs morales, des convictions politiques différentes ainsi que par un certain sentiment d'appartenance unissant ses membres.
Déjà, je suis bien conscient qu'il y aurait matière à débattre rien que sur mon postulat de base. Mais tant pis je continue.
La vie nous conduit, souvent du fait des "aléas" des concours et des études à côtoyer des personnes qui n'ont pas le même passé que nous et qui, par conséquent, ne partagent pas forcément les mêmes valeurs, les mêmes références ou les mêmes conceptions de la vie en société. C'est de cette rencontre (que je n'ose qualifier de "choc" ou de "clash") que j'avais envie de parler notamment parce que je trouve qu'elle n'est pas toujours facile à vivre pour celui qui la vit. Je distingue deux niveaux de difficultés, ce que j'ai personnellement le plus de mal à vivre: d'une part, le fossé qui peut se creuser entre soi et sa famille, ses amis d'enfance et, d'autre part, le décalage, l'isolement qu'on peut ressentir dans le nouveau groupe qu'on fréquente.
Pour préciser les choses, je vais abandonner la troisième personne et passer à la première.
J'ai grandi dans un milieu relativement modeste avec des idées politiques, des valeurs très marquées. Objectivement, si je prends des critères matériels / financiers, je ne viens pas du tout d'une famille prolétaire (une famille tout au plus modeste). Pourtant, mes parents, et autour les amis se sont toujours clairement identifiés socialement et politiquement au bas de l'échelle sociale.
J'ai intégré il y a deux ans une vénérable institution parisienne (normalement, c'est le passage de mon post où je dois passer pour un odieux personnage imbu de lui-même); ce qui représente, en toute honnêteté, un bond dans un autre monde. Je vis assez mal d'une part le silence ou le mal aise de mes parents et j'ai d'autre part beaucoup de mal à me reconnaître au sein de ce nouveau monde.
Je vais prendre quelques exemples. Je me souviens assez bien du premier choc. C'était il y a deux ans pendant l'été. Je venais de m'inscrire et on regardait les papiers avec ma mère. Et là elle est tombée sur un dépliant de propagande du BDE (bureau des élèves). C'était un récit avec photo du galla annuel (le genre "tenue correcte exigée", costar pour les mecs, robes pour les filles, champagne à gogo, sponsors en pagaille, TF1 and co). C'est un euphémisme de le dire, cette approche de la vie en société correspondait pas vraiment aux valeurs que mes parents ont essayé de me transmettre. J'en ai reparlé avec ma mère par la suite. Mes parents (la seule différence entre eux deux je crois c'est que ma mère l'exprime un peu et que mon père le garde pour lui) sont extrêmement mal à l'aise face à des personnes (ou à des groupes) qui ont l'habitude d'étaler leur fric. Et je crois leur ressembler sur ce point. C'est pas forcément un mal mais c'est pas toujours facile à vivre.
Je me sens parfois comme tiraillé entre des valeurs que mes parents m'ont transmises, des valeurs auxquelles j'aimerais rester fidèle parce que je les trouve saines et justes, et l'envie de se rapprocher de "mes nouveaux amis". Les deux ne sont pas forcément incompatibles, j'exagère un peu en les opposant mais l'idée est là. J'ai en outre le sentiment de "trahir" les valeurs et convictions politiques que j'avais au départ. Je me centrise... Je me centrise... En fait, je ne sais pas trop quoi penser. D'un côté, l'apprentissage de la vie et de l'autonomie de penser, c'est justement de se forger ses propres idées, d'affirmer ses opinions. Mais d'un autre côté, je ne sais pas si, dans la situation présente, je suis en train de me construire mes propres idées ou bien si je ne fais qu'être contaminé par la "pensée unique" centrisante ou qu'être victime du moule à penser cher à ladite institution. Et si c'est ça le prix de l'affirmation de sa propre autonomie, est-ce que ça en vaut la peine? Finalement qu'est-ce qui me ressemble le plus? Les valeurs de ma famille ou bien celles du groupe que je côtoie désormais? Je ne parle pas spécialement de politique au sens restreint du terme, je parle de valeurs au sens plus global.
Si certains ont connu cette situation où l'on a l'impression de faire le grand écart et qu'ils en sont sortis, ça m'aiderait beaucoup de connaître votre opinion sur la chose.
Finalement, ce que je vis assez mal c'est le silence ou l'incompréhension qui naît de ce décalage entre ce que je vis désormais et ma famille. Dit comme ça, ça fait aussi super pédant / orgueilleux / prétentieux. Je ne sais pas si cela est vécu comme une "trahison". Je ne le pense pas, le terme est trop fort. Mais en revanche, je ressens toujours comme un mal aise, une gêne, une retenue de la part de mes parents. Il y a toujours plus ou moins en arrière plan l'idée qu'on est pas à sa place. Enfin, ça ce sont les choses telles que je les perçois parce qu'évidemment tout ça est implicite. J'ai peur, au bout du compte, que tout ceci m'éloigne de mes parents, que ceci casse ce que je pouvais avoir en commun avec eux (avec mon père principalement).
L'autre facette de mes inquiétudes existentielles réside dans le décalage par rapport aux gens que je rencontre. Décalage social bien sûr. Lorsque je discute avec des amis venant de familles bourges / catho / dynastie Grandes Ecoles / plutôt aisées, j'ai parfois le sentiment de ne pas venir de la même planète. Généralement, je trouve la chose plutôt drôle d'autant que ces étudiants-là sont parfois très agréables humainement parlant. Mais. décalage culturel surtout. Je me retrouve face à des gens très sûrs d'eux avec un back ground impressionnant et ça accentue quand même le sentiment de ne pas être à sa place. Je sais qu'en théorie le mérite personnel, blabla vient compenser tout ça mais face à de tels énergumènes je me demande si j'ai les épaules suffisamment solides.
Et pour ne rien arranger, j’ai en horreur la mentalité d’école. Les gens qui se renferment sur leur petit milieu grandes écoles, écoles d’ingé, de commerce ou autres ça m’énerve.
Alors voilà, chers camarades forumeurs, c'est peut-être moi qui "psychote" et qui "paranoïse" pour rien mais si d'aventure ça vous évoque quelque chose j'attends vos réactions avec impatience!