Rien qu'à la lecture du titre, quelque chose se rétracte en moi. Ma mère, femme au foyer malgré elle, qui aurait volontiers troqué le four électrique contre le brûleur bunsen du labo qu'elle avait quitté à ma naissance, était une cusinière aussi résignée que dépitée. Son dévouement est cependant tout à son honneur, car ce n'est guère son mari, né en 1934, dont l'unique plat de répertoire était la "soupe-où-je-mets-tout-ce-qu'il-y-a-dans-le-frigo" qui aurait pu assurer une alimentation saine à notre famille de 4 têtes.
Venons aux choses sérieuses. Le céleri. Pas mauvais en lui-même: un dessert à base d'un mélange de céleri-pommes et carottes râpées, avec quelques éclats d'amandes et un peu de miel suivait régulièrement le plat unique servi à midi.
Mais le souvenir du céleri fait ressurgir le souvenir de ce qu'on avait mangé avant. Des betteraves rouges, achetées crues, qu'on faisait bouillir pendant les heures et dont l'odeur empestait l'appartement au point de me donner des hauts le coeur. Des tripes dans du bouillon de légumes. Des Maultaschen, d'énormissimes raviolis infectes dans un bouillon de légumes inqualifiable, une spécialité suabe. Des haricots verts dans une épaisse sauce blanche qui tirait sur le jaune clair, couleur du bouillon de légumes instantanté qu'on ajoutait pour rehausser le goût. Peut-être que ma mère se vengeait d'être réduite à être femme au foyer ? En pensant au céleri, je me fâche et j'avale ma colère. Je n'ai plus envie de penser au céleri.
Pourtant la bonne cuisine allemande, elle existe: des spécialités de gibier, des poissons d'eau douce, des gratins croustillants de céréales, des poêlées de légumes d'antan, et j'en passe des meilleures. Mais je ne l'ai pas forcément connu chez moi
Quelles conneries n'écrit-on pas pour pouvoir procrastiner un peu plus
