*Toc toc toc*
Vous m'avez déjà entendu râler après les cheveux et les ongles de ma coloc mais je ne vous ai pas tout raconté. Ma coloc est...spéciale. Déjà elle est persuadée d'être quelqu'un qu'elle n'est pas du tout.
Elle dit : "Je suis quelqu'un de très réservé, de très timide" alors que quand elle est là on entend qu'elle et elle prend tout l'espace possible : grand gestes, bruits, éclats de rire exagérés...
Elle dit : "Je suis maniaque". Hem. Je pense que le paradoxe creuse des failles dans l'espace-temps.
Elle dit : "Je déteste être dans ma famille parce que tu ne peux pas discuter avec eux. Ils sont tout le temps en train de te contredire et ils veulent toujours avoir le dernier mot" alors que je ne connais personne qui n'ait pas simplement fini par abandonner l'idée d'avoir une conversation avec elle pour ces mêmes raisons. Lui faire dire blanc et noir dans la même discussion est presque devenu un jeu. Contredire pour contredire quitte à se contredire soi-même : tout un sport.
Elle dit : "Tu fais ici comme chez toi hein surtout, vu que c'est chez toi" mais elle donne des ordres pour tout tout le temps. "Ca tu devrais pas le mettre là", " Non ça ça se range comme ça", "Ah oui mais non ça je le fais comme ça moi parce que tu comprends".
C'est une attention whore, ultra susceptible. Si on a le malheur d'avoir une discussion sans elle avec mon autre coloc (Colocool selon vos appellations) ou qu'on discute avec une de ses amies qui vient lui rendre visite histoire de faire connaissance, c'est bouderie à tous les étages. Elle m'a reproché avec un sourire de samouraï d'être allée au ciné avec Colocool un week-end où elle n'était pas là...
Mais tout ça, ce n'est pas le pire. Le pire c'est que je crois qu'elle m'aime.
Et contrairement à tous les récits de la section Filles, ça ne me met pas du tout, du tout, du tout dans des états de grâce.
Donc, elle s'accroche à moi et à la moindre possibilité de me parler, de me donner des conseils, de me raconter sa vie, de me poser des questions sur la mienne, de me faire des compliments alors que tout mon être hurle "Mais lâche-moi bordel !"
Tout ça avec moults minauderies, ondulations, rires forcés, sourires gênés (et ça faut voir sa tête pour comprendre qu'il n'y a pas qu'elle qui soit gênée quand elle fait ça. Eurk.)
Elle ne peut pas s'empêcher de me demander où je vais, avec qui, quand et combien de temps à chaque fois que je ne rentre pas directement du boulot ou que je sors le week-end. "Mais t'es pas ma mère bordel (bis) !".
Elle me pique des crises de princesse quand par mégarde, oups, je lui fais comprendre que ma vie ne tourne pas autour d'elle et que je ne m'extasie pas devant tout ce qu'elle fait. "Oui oui il est beau ton sac à dos, allez salut hein !"
Elle mène la vie dure à la pauvre moniiique qui n'a rien demandé et qui est fort malheureusement coincée avec elle toute la journée quand je travaille. Telle Sherlock Holmes elle cherche à tout prix une faille pour la prendre en défaut. Épuisant.
Et en plus c'est le genre à te traiter de connasse avec un grand sourire et des mots gentils histoire que tu ne puisses jamais rien lui dire en face sans risquer un "Ah mais pas du tout mais qu'est-ce que tu racontes ?"
Ces derniers jours, depuis que j'ai envoyé mon préavis et que je pars officiellement de cet appart', elle a lancé l'offensive à base de :
- "Moniiique doit être contente que tu rentres sur Paris du coup.
- Oui, comme tout le monde
- Ah ben non hein, pas moi. Moi ça ne me va pas du tout, moi j'étais très bien comme ça" (dit-elle avec un sourire aguicheur)
et de : "Avant que tu partes, je voudrais que tu me dises ce que je pourrais faire et qui te ferait plaisir (elle est couturière et fait des housses d'instruments et sacs en tout genres). J'aimerais bien que tu partes avec quelque chose que j'aurais fait pour toi"
...
Au secours
