Aussi, le givre blanchit encore les paroies craquelées des remparts de Vauban et alors que le jazz latin de Lalo Shifrin réchauffe mon coeur, je vous livre ici deux extraits qui vous renseignerons.
Le premier sur ma position par rapport à la mort (quel beau et noble sujet !
MONTAIGNE, Livre I, Chapitre III, extrait des Essais
"Est-ce encore temperance et frugalité, d'eviter la despense et la volupté, desquelles l'usage et la cognoissance nous est imperceptible ? Voila un'aisée reformation et de peu de coust. S'il estoit besoin d'en ordonner, je seroy d'advis qu'en celle là, comme en toutes actions de la vie, chascun en rapportast la regle à la forme de sa fortune. Et le philosophe Lycon prescrit sagement à ses amis de mettre son corps où ils adviseront pour le mieux, et quant aux funérailles de les faire ny superflues ny mechaniques. "
Montaigne de citer Cicéron, Tusculanes (en latin, mais je vous mets directement la traduction) : "C'est là un soin qu'il faut entièrement mépriser pour soi-même et ne pas négliger pour les siens."
Je me rappelle mes promenades au Père Lachaise, cet enchantement de forme, cette vanité. Les fans demandant où se situait la tombe du célèbre chanteur, enterré là, dont je ne me rappelle plus le nom. Je me souviens avoir devisé avec le fantôme de Constant (dont je ne connais pas l'oeuvre, au demeurant, si ce n'est par le truchement d'un ami qui m'accompagnait et l'étudiait justement !).
A présent plus joyeux, et nous concernant, chers confrères et chères consoeurs. Sade !
Marquis de SADE, La philosophie dans le Boudoir
Avant de commencer, je vous recommande la lecture de ce dialogue, présenté comme une pièce de théâtre. La richesse du vocabulaire nécessaire à l'initiation sexuelle de la jeune ingénue, bien nommée Eugénie, nous apprend bien des choses sur les injures qu'actuellement nous proférons avec plaisir (hein, bande de co... !
Or donc, l'extait qui se fait attendre - deux secondes, je cherche la page ... ah, voilà :
" Ceux qui veulent proscire et condamner ce goût, prétendent qu'il nuit à la population ! (Le visionnage d'un reportage disponible sur "Arte+7", "Homophobie à l'italienne vous en convaincra mieux que Sade ou moi) Qu'ils sont plats, ces imbéciles, qui n'ont jamais que cette idée de population dans la tête et qui ne voient jamais que du crime à tout ce qui s'éloigne de là ! [...]
"La destruction est donc une des lois de la nature comme la création. Ce principe admis, comment puis-je offenser cette nature en refusant de créer ? ce qui, à supposer un mal à cette action, en deviendrait infiniment moins grand, sans doute, que celui de détruire, qui se trouve pourtant dans les lois ainsi que je viens de le prouver. [...]
" Loin d'outrager la nature, persuadons-nous bien, au contraire, que le sodomite et la tribade la servent en se refusant opiniâtrement à une conjonction dont il ne résultre qu'une progéniture fastidieuse pour elle. [...]
Je vous passe les considérations historiques (les grecs, les romains ...) et antrhopoligiques bien connues. Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer celle là :
" Découvrons-nous un hémisphère, nous y trouvons la sodomie. Cook mouille dans un nouveau monde : elle y règne. Si nos ballons eussent été dans la lune, elle s'y serait trouvée tout de même. [...]
" O mes amis, peut-il être d'une extravagnace pareille à celle d'imaginer qu'un homme doit être un monstre digne de perdre la vie, parce qu'il a préféré dans sa jouissance le trou d'un cul à celui d'un con, parce qu'un jeune homme avec lequel il trouve deux plaisirs, celui d'être à la fois amant et maîtresse, lui a paru préférable à une fille qui ne lui promet qu'une jouissance !
" Examinez sa conformation, vous y observerez des différences totales avec celle des hommes qui n'ont pas reçu ce goût en partage; ses fesses seront plus blanches, plus potelées; pas un poil n'ombragera l'autel du plaisir, dont l'intérieur tapissé d'une membrane plus délicate, plus sensuelle, plus chatouilleuse, se trouvera positivement du même genre que l'intérieur du vagin d'une femme; le caractère de cet homme, encore différent de celui des autres, aura plus de mollesse, plus de flexibilité ; vous lui trouverez presque tous les vices et toutes les vertus des femmes; vous y reconnaîtrez jusqu'à leur faiblesse; tous auront leur manies et quelques uns de leur traits. Serait-il donc possible que la nature, en les assimilant de cette manière à des femmes, put s'irriter de ce qu'ils ont leurs goûts ? "
Je censure la suite qui n'est rien moins qu'une envolée 'peu lyrique' sur le plaisir des sens. Que ces dames me pardonnent, ainsi que les âmes sensibles. Je n'ai en rien voulu les heurter. Je tenais simplement à porter à votre connaissance le témoignage du bien nommé personnage, Dolmancé.
Ce sens du détail et cette prise de position (!) ne sont-ils pas intriguants (nous sommes alors en 1795, ou un peu avant !) ?
Il est minuit treize, amis lecteurs, bonsoir ! 8)