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Les bouquins et les maisons d'édition.
Kliban
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Message par Kliban »

Juste fini ça : L'origine des individus, Jean-Jacques Kupiec, Fayard, 2009 :

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Non ce n'est ni un roman, ni un bouquin de philo. C'est un essai, assez charpenté, sur la nature profondément aléatoire des phénomènes intimes du vivant : le fonctionnement du génome et des réseaux de protéines. s'ensuit une demande forte de faire évoluer les conceptions épistémologiques de la biologie contemporaine.

(le reste en petit-petit-petit pour pas prendre trop de place, c'est quand même assez pointu, et ça ne devrait pas passionner grand monde :) - j'ai essayé de faire sobre - j'ai du mal.)

Kupiec s'attaque de front à cette contradiction portée par le gènome, qui veut qu'il soit à la fois porteur de la variabilité nécessaire à expliquer l'évolution naturelle, et soumis à une forme stricte de déterminisme entre gène et caractères exprimés.

La biologie récente, pourtant, accumule sans cesse plus de preuve en faveur d'une non-spécificité des protéines codés par les gènes, une même protéine pouvant in vitro se coupler de façon très diverse à une autre, et d'un fonctionnement lui-même aléatoire du génome - des cellules voisines dans le même tissu pouvant for bien de pas exprimer les mêmes gènes.

Ces deux observations sont incompatibles avec un lien rigide entre gène et caractère exprimé - génotype et phénotype. Selon Kupiec, il faut réintroduire un fonctionnement fondamentalement aléatoire dans le fonctionnement même de la cellule, et des mécanismes dynamiques de stabilisation de ce fonctionnement.

On sentirait poindre les théorie de l'auto-organisation, n'était que Kupiec s'en démarque pas avec force : l'auto-organisation, selon lui un avatar de la force vitale, pousserait les composants du vivant à se coordonner d'eux-mêmes, éventuellement sous l'action d'un bruit toujours considéré comme extérieur et accessoire.

Kupiec y insiste fortement : l'influence du milieu est déterminante, et c'est fondamentalement du couplage avec l'environnement que se nourrissent les processus constitutifs des fonctionnements cellulaire et tissulaire. Cette conception n'est pas neuve - les théoriciens de l'autonomie des systèmes connaissent et modélisent ce type de couplage depuis longtemps. Ce qui est plus novateur, c'est sans doute la réintroduction de mécanismes probabilistes au cœur même la cellule, en continuité avec ceux qui décrivent son environnement.

On a donc dans la cellule une continuité de processus probabilistes, régulés par sélection et stabilisation de cette sélection. C'est ce continuum entre l'environnement cellulaire et les mécanismes de son développement qui fait Kupiec parler d'hétéro-organisation - allo-organisation aurait été plus juste mais tout aussi barbare ;). Que ce soit des gènes, des interactions protéiques ou des cellules elles-mêmes dans le tissu où elles sont différenciées, les comportements d'ensemble sont donc des comportements moyens. La variabilité est la règle et le mode fondamental de la régulation, non simplement une donnée adventice que l'on pourrait négliger en première ou deuxième approche.

S'ouvre ainsi un programme de recherche pour lequel la variabilité des paramètres biologiques peuvent et doivent être maîtrisés et non pas simplement considérés comme bruit : il y va va de la compréhension réelle des phénomènes étudiés.

Ce programme relève d'une réelle naturalisation de la génétique : aucun privilège n'est plus accordé au vivant en tant que tel, ce dernier étant désormais redevable des mêmes conceptions épistémologiques que n'importe quel autre champ des sciences de la nature. Fin des transcendances et du finalisme que cultivait encore la biologie à son corps défendant.

Si alors l'homme ne peut plus être considéré que comme une abstraction figée d'un processus d'évolution en continuation concernant l'ensemble de la biosphère elle-même, comment l'éthique est elle encore possible ? Il faut nous rappeler, conclut (trop ?) brièvement Kupiec, que c'est dans sa relation à ce qu'il n'est pas (l'autre) que l'organisme, et donc l'individu, se construit : rapport à l'autre à penser comme rapport à ce qui me fait ce que et comme je suis : éthique, donc.

Ce qui me semble poser au moins deux questions liées :

1. à quoi pourrait ressembler une éthique fondée sur la probabilité et ses régulations plus que sur la certitude des transcendances ?

2. notre cerveau est-il à même de penser l'éthique en des termes entièrement naturalisés - en dehors de tout processus de transcendance ?
Les catégories de l'éthique sont celles de la préservation de l'humain : une sélection parmi les comportements des membres de l'espèce, posée comme idéale selon des critères variables. Cette sélection peut-elle être pensée sans faire appel à des abstractions sans fondement naturels ? Dit autrement, une naturalisation de l'éthique est-elle possible ? Jusqu'à quel point ? Et quel est le rapport entre les catégories avec lesquelles nous pensons les phénomènes éthiques, et celles par lesquelles nous expliquons l'éthique elle-même en tant que phénomène naturel ? Questions ouvertes.
Jacques Álvares
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Message par Jacques Álvares »

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Gil
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Message par Gil »

ah... Lygia Fagundes Telles, j'ai bcp aimé "L'Heure Nue".
Elle sonde très bien les sentiments humains je trouve.
Kefka
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Message par Kefka »

La saga de la maison blanche de Jean-Luc Hees. De l'histoire par l'anecdote, beaucoup plus digeste et accessible qu'un bouquin écrit par un historien accumulant les faits. Où l'on apprend l'origine du mot "lobbyiste" (une insulte inventée par Grant), que Théodore Roosevelt avait une conception très particulière des "ballades" avec les ambassadeurs (Jean-Jules Dusserand, l'ambassadeur français, s'en souviendra !), que Lincoln faisait preuve d'un sens de l'humour à tout épreuve ou que MacKinley avait un perroquet nommé Washington Post ... Amusant et intéressant.

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Katy Mini

Message par Katy Mini »

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8) remarquez que c'est la saison hiver à hiver 09/10 femme. Ceux que j'ai beaucoup aimé : Mcqueen (à mort avec la grosse référence à Bowery) , Albino (pour le travail sur le drap de laine), et quelques autres. Ceux auxquels j'ai pas accroché : Dolce&gabbana qui sont les pierres et gilles de la mode, c'est pas beau, cliché et fait au kilomètre, c'est fait pour les pompom girls de rappeur et la jet set a deux balles (bref beurk).

comme dirait une certaine imitatrice de Karl lagerfeld : " I just fan the flame of my faggotty!!"
Gil
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Message par Gil »

après avoir lu Jésus contre Jésus (G. Mordillat, J. Prieur) ou les milles et une contradictions des Evangiles, je me suis mise à Jésus après Jésus (des mêmes), qui raconte l'origine du christianisme.

J'ai trouvé le premier vraiment intéressant. C'est une véritable enquête qui nous pousse à nous questionner et peut-être à chercher davantage (enfin, je vais chercher à vérifier en qqs sortes).
J'espère bien ouvrir d'autres types de discussions avec les prêtres et pasteurs que je côtoie... (et oui...).
Billy
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Message par Billy »

"Où on va, papa?" de Jean-Louis Fournier. Il raconte ses enfants. Tous les deux handicapés. Pas d'chance. Pas d'bol, mais avec Jean-Louis, on en rigole.
Je m'éclate à la lecture de ce livre. Le rire face au handicap, ou comment se fendre la poire plutôt que chialer toutes les larmes de son corps.
Lisez-le, c'est un ordre !!

J'ajoute, avec un retard considérable que ce livre a reçu le prix Fémina 2008.
Dernière modification par Billy le mer. avr. 22, 2009 4:58 pm, modifié 1 fois.
Archive
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Message par Archive »

Je re-lis "Rien de grave" de Justine Lévy.
Je trouve le livre très bien écrit, simple et sincère.

Petit résumé: L'auteur nous parle de sa rupture avec son mari Raphaël, qui lui, est tombé amoureux de... Carla Bruni.
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michka
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Message par michka »

J'ai repris la lecture !

Je lis donc, en ce moment même, l'hôtel New Hampshire, de John Irving.
La traduction doit dater un peu, ils ont mis une note pour expliquer Haloween :lol:
Manchette
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Message par Manchette »

Manifeste contre le travail de Robert Kurz, Ernst Lohoff et Norbert Trenkle.

Comme c'est la règle dans la critique radicale (les auteurs se revendiquent des situationnistes), le livre n'échappe pas à un certain esprit hautain, mais pose des bases théoriques autrement plus solides qu'un Bob Black : on sent que les auteurs sont Allemands !
Le choix des citations, par le contraste intelligent entre les contempteurs du travail (Marx, Nietzsche) et ses apologues est assez saisissant.
Verrouillé