La casse du livre lancée par le ministère de la culture ?
Re: La casse du livre lancée par le ministère de la culture
Pour revenir au sujet initial de ce post, comment voyez-vous la situation 6 mois plus tard ?
Cette réforme du ministère de la culture n'a pas touché que la Direction du livre et de la lecture. La direction des musées de France ou celle des archives de France se sont retrouvées également transformées en un service d'une nouvelle direction générale. Derrière la réforme, il y a de la "mutualisation de fonctions support", autant dire des regroupements de services autrefois indépendants en un seul, dans le but unique de faire des économies de personnel. Parfois il s'agit d'une vraie rationalisation ; ailleurs, le gain semble minime ou nul.
Plus précisément, sur l'intégration de la Direction du livre dans la Direction générale des médias : il est certain que dans les relations quotidiennes entre l'administration et le ministre, il y a un plus grand éloignement qu'auparavant. Le directeur du livre n'est plus en lien direct avec le ministre : tout passe maintenant par la directrice générale. Heureusement, on a la chance d'avoir un ministre qui sait ce qu'est un livre, et qui fait partager sa passion des livres. Le soutien économique au livre, aux libraires et à la petite édition continue à être assuré par le Centre national du livre (CNL), autrefois dirigé par le Directeur du livre, mais maintenant beaucoup plus autonome. C'est la politique du CNL qu'il faudra analyser pour déterminer si vraiment on est en train d'abandonner ce secteur de notre économie et de notre culture.
Il est vrai que les mots ont leur importance et le terme d' "économie culturelle" pour parler du livre en a fait ciller plus d'un à juste titre. Mais au fur et à mesure que les mois passent (montée en force du livre numérique, controverse sur le rôle de Google dans la numérisation des contenus culturels, sortie de l'I-pad, etc.) il devient de plus en plus intéressant que le Service du livre soit adossé à la direction générale des médias et puisse bénéficier de ses compétences, et qu'il puisse également faire entendre la voix lente du livre aux côtés du flux plus rapide des médias.
Il y a 6 mois, jamais je n'aurais cru écrire cela un jour... mais j'ai changé d'avis.
Cette réforme du ministère de la culture n'a pas touché que la Direction du livre et de la lecture. La direction des musées de France ou celle des archives de France se sont retrouvées également transformées en un service d'une nouvelle direction générale. Derrière la réforme, il y a de la "mutualisation de fonctions support", autant dire des regroupements de services autrefois indépendants en un seul, dans le but unique de faire des économies de personnel. Parfois il s'agit d'une vraie rationalisation ; ailleurs, le gain semble minime ou nul.
Plus précisément, sur l'intégration de la Direction du livre dans la Direction générale des médias : il est certain que dans les relations quotidiennes entre l'administration et le ministre, il y a un plus grand éloignement qu'auparavant. Le directeur du livre n'est plus en lien direct avec le ministre : tout passe maintenant par la directrice générale. Heureusement, on a la chance d'avoir un ministre qui sait ce qu'est un livre, et qui fait partager sa passion des livres. Le soutien économique au livre, aux libraires et à la petite édition continue à être assuré par le Centre national du livre (CNL), autrefois dirigé par le Directeur du livre, mais maintenant beaucoup plus autonome. C'est la politique du CNL qu'il faudra analyser pour déterminer si vraiment on est en train d'abandonner ce secteur de notre économie et de notre culture.
Il est vrai que les mots ont leur importance et le terme d' "économie culturelle" pour parler du livre en a fait ciller plus d'un à juste titre. Mais au fur et à mesure que les mois passent (montée en force du livre numérique, controverse sur le rôle de Google dans la numérisation des contenus culturels, sortie de l'I-pad, etc.) il devient de plus en plus intéressant que le Service du livre soit adossé à la direction générale des médias et puisse bénéficier de ses compétences, et qu'il puisse également faire entendre la voix lente du livre aux côtés du flux plus rapide des médias.
Il y a 6 mois, jamais je n'aurais cru écrire cela un jour... mais j'ai changé d'avis.
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amélie-sens
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Re: La casse du livre lancée par le ministère de la culture
Nivelons par le bas, c est tellement plus facile de gouverner des moutons ignares...
Comment expliquer autrement toutes les réformes de l'enseignement depuis 30 ans qui ne visent qu'à abêtir la majorité de la population pendant que quelques privilégiés ont accès à de bonnes écoles privées pour pouvoir diriger le bon peuple qui vote ?...
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Moooooog
Re: La casse du livre lancée par le ministère de la culture
@Bleu : La prise en compte des nouvelles technologies numériques pour les livres n'imposait pas nécessairement la suppression du poste de directeur du livre et de la lecture. La véritable question désormais est de savoir si le périmètre des missions de cette branche a été conservé, à budget égal. Par ailleurs, 6 mois ne sont pas suffisants pour évaluer l'impact de cette mesure et la tendance prise par cette nouvelle structure.
Re: La casse du livre lancée par le ministère de la culture
Moooooog, tout à fait d'accord sur le fait que rien ne justifiait la suppression du poste. Pas plus que l'on avait besoin de supprimer celui de Directeur des Musées de France ou de Directeur des Archives de France. Je voulais simplement noter que ces modifications faisaient partie d'une métamorphose plus large du ministère.
Le Directeur du livre est toujours en poste mais il a changé de titre. Il continue à remplir quasiment les mêmes fonctions ; toutefois, sa marge de manoeuvre par rapport à la Direction générale est une inconnue. Au moins il ne s'est pas fait virer comme un malpropre comme l'ancienne Directrice des Archives.
Et tu as également raison sur la durée nécessaire pour faire un véritable bilan de ces mutations.
Le Directeur du livre est toujours en poste mais il a changé de titre. Il continue à remplir quasiment les mêmes fonctions ; toutefois, sa marge de manoeuvre par rapport à la Direction générale est une inconnue. Au moins il ne s'est pas fait virer comme un malpropre comme l'ancienne Directrice des Archives.
Et tu as également raison sur la durée nécessaire pour faire un véritable bilan de ces mutations.
Re: La casse du livre lancée par le ministère de la culture
amélie-sens a écrit :Nivelons par le bas, c est tellement plus facile de gouverner des moutons ignares...
Comment expliquer autrement toutes les réformes de l'enseignement depuis 30 ans qui ne visent qu'à abêtir la majorité de la population pendant que quelques privilégiés ont accès à de bonnes écoles privées pour pouvoir diriger le bon peuple qui vote ?...entièrement ok avec tout ça! on nous casse tout, et en plus on nous "les" casse...les ovaires!!!
Idem !! ...
Re: La casse du livre lancée par le ministère de la culture
ca me saoule de devoir "defendre" un gouvernement que j'execre, mais je suis au courant de la reforme depuis maintenant bien 18 mois après une conversation avec un membre de drac, et ils changent les noms parce qu'ils font une refonte de la division des secteurs, pour faire si je ne m'abuse 4 grandes sous parties, dans un schéma plus cohérents. Les attributions changent pas, si ce n'est de bureau.
Re: La casse du livre lancée par le ministère de la culture
J'aurais tendance à être d'accord avec Bleu. L'IPad d'un point de vue chronologique, apparaît sur le marché quasiment au même moment que cette refonte des services. Ce n'est pas un hasard, et l'on parle d'une convergence des supports depuis les années 1990 et l'avènement des télécoms. Cela fait 20 ans que les livres blancs de la culture et de la communication en Europe se font l'écho de cette tendance. Aujourd'hui elle se concrétise.
Voyons ce qui répugne dans "Directeur général des médias et des industries culturelles". Je veux dire ce qui répugne les personnes qui ont répondu jusqu'ici avec leur tripes et leur digne colère, mélangeant droits de l'homme et droit à la culture. Ce que par devers moi, j'aurais tendance à vouloir confondre pareillement.
Le livre n'est qu'un médium, et un média. L'édition et la librairie sont composées d'entreprises de différentes taille. Parler d'industrie culturelle n'implique pas un modèle d'industrie. La logique des concentrations s'opposera toujours à celle d'un tissu d'entreprises de tailles variées. La culture étant toujours plus prolifique, elle s'adresse à des publics plus segmentés (qui peuvent se recouper ou non). Cela de mon point de vue, renforce la thèse du maintien nécessaire et logique d'un tissu d'entreprises de tailles variées ne s'appliquant pas tous à rechercher les même objectifs.
Hélas lorsque je considère une part du gâchis dans l'allocation donnée à des salles de cinéma art et essai, qui ne parviennent pas à proposer un meilleur accompagnement à la projection et à la découverte d'un autre cinéma, j'en pleure. Cela parce que l'argent qui pourrait être utilisé pour cet accompagnement, sert en fait à boucher les trous pour cause de public insuffisant. Mais le public ne s'accroitra pas tout seul, sans accompagnement. D'où cercle vicieux et moi qui me dit, à quand un exploitant vraiment actif ? Il en existe, mais de mon point de vue, beaucoup trop peu. On se contente de déplorer un équilibre précaire, plutôt que d'encourager une volonté réelle d'amener la personne à voir quelque chose d'inattendu, de différent.
Prenons le cas des bibliothèques dont je connais l'actualité pour avoir suivi récemment des formations. Déjà, beaucoup dépendent soit de municipalités, soit du département, soit d'une université, auquel cas du ministre de la recherche. Soit encore d'associations. Toujours est-il qu'elles ne dépendent pas de l'Etat, ou indirectement pour la masse salariale et les grosses entités (la Bibliothèque Nationale par exemple). On voit ici, que l'Etat a tendance à rétrécir ses prérogatives. Il n'est plus que le timonier. Un timonier aux compétences encore partagées avec des instances européennes. Certes, elles semblent n'influer en rien ce gouvernement, mais il suffit de consulter les archives pour voir qu'elles influent beaucoup.
A cela s'ajoute donc la perception par les bibliothécaires de leur propre métier. Ils tendent à vouloir aligner leur politique sur celle des commerces. Quand les uns font des études de marché, les autre font des études de terrain pour améliorer leur politique documentaire et les axes de développement de leurs collections. De plus, en se pensant comme des espaces de services et d'accès à l'information, les médiathèques se transforment. La littérature et l'accès à la culture n'est plus que l'un des pans de leur politique sans en être tout à fait l'essentiel. La formation et le social y occupent une part de plus en plus importante.
Le service, tout comme le bien, est marchand, même si la logique d'investissement échappe à l'usager. Il y a un réel effort de la part des collectivités pour financer le maintien d'un tel réseau. Aussi, oui, la bibliothèque, par souci d'efficience, a tendance, dans les apparences en tout cas, à se rapprocher de l'industrie culturelle. On y apprend à mieux communiquer, à rationaliser les dépenses, à faire des choix stratégiques. Le tout pour satisfaire au mieux l'usager dont les exigences ne cessent de croître. Mais aussi afin de pouvoir s'imposer comme un médiateur efficace entre les humains et des ressources incommensurables à l'heure du réseau mondialisé de l'information.
L'Etat a tendance à se concentrer sur les fonctions régaliennes tandis qu'il délègue sa part de "providence" aux collectivités. Et les collectivités se trouvent quelque peu dépourvues, d'autant qu'elles font face à une baisse des recettes et un "soudain" accroissement des compétences.
J'espère qu'elles vont se remettre sur pied. Je crois aussi que l'assiette fiscale va devenir, comme il serait logique qu'elle le soit, plus avantageuse aux collectivités qu'à l'Etat. Mais, et là, je rejoins les pessimismes des uns et des autres, cela suppose une tension actuelle. Pour l'instant, on observe un déséquilibre que les départements dénoncent. L'argent à l'Etat, les compétences aux départements.
Aussi tout cela ressemble pour l'instant plus à un jeu de passe / passe pour gagner du temps et cacher la misère. A moins que la France, et l'Europe ne sortent de la mouise. Mais ce sera long et lent en dépit des énergies déployées.
Je ne crains pas pour les petites librairies et l'édition indépendante. Les plus astucieux sauront se débrouiller avec les technologies. Donnons un exemple :
http://www.lekti-ecriture.com/librairie/ L'union fait la force.
Et pour rejoindre l'interrogation de départ, la "réunion" fera-t-elle la force ?
Comme cela a été dit, cela dépendra des personnes en place et des stratégies que l'on applique. Ex : "des industries culturelles" - est-ce les industries au sens où il y a l'industrie du livre, celle de la musique, celle du cinéma, etc ? Auquel cas ce titre ne me choque pas. Mais s'il s'agit des "industries" au sens de concentrations de moyens et de conglomérats, alors il y a un risque.
Ce risque c'est celui qui a conduit des parlementaires ignorants à s'intéresser plus à l'instauration d'une HADOPI qu'au renforcement des moyens alloués à la CNIL dans le domaine des médias et de l'Internet. Et dans ce cas, oui, il y a un réel problème de perspective. Ces personnes soit ne connaissent pas la nature du terrain Internet, soit croient pouvoir abuser de cette période de transition à tord.
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Voyons ce qui répugne dans "Directeur général des médias et des industries culturelles". Je veux dire ce qui répugne les personnes qui ont répondu jusqu'ici avec leur tripes et leur digne colère, mélangeant droits de l'homme et droit à la culture. Ce que par devers moi, j'aurais tendance à vouloir confondre pareillement.
Le livre n'est qu'un médium, et un média. L'édition et la librairie sont composées d'entreprises de différentes taille. Parler d'industrie culturelle n'implique pas un modèle d'industrie. La logique des concentrations s'opposera toujours à celle d'un tissu d'entreprises de tailles variées. La culture étant toujours plus prolifique, elle s'adresse à des publics plus segmentés (qui peuvent se recouper ou non). Cela de mon point de vue, renforce la thèse du maintien nécessaire et logique d'un tissu d'entreprises de tailles variées ne s'appliquant pas tous à rechercher les même objectifs.
Hélas lorsque je considère une part du gâchis dans l'allocation donnée à des salles de cinéma art et essai, qui ne parviennent pas à proposer un meilleur accompagnement à la projection et à la découverte d'un autre cinéma, j'en pleure. Cela parce que l'argent qui pourrait être utilisé pour cet accompagnement, sert en fait à boucher les trous pour cause de public insuffisant. Mais le public ne s'accroitra pas tout seul, sans accompagnement. D'où cercle vicieux et moi qui me dit, à quand un exploitant vraiment actif ? Il en existe, mais de mon point de vue, beaucoup trop peu. On se contente de déplorer un équilibre précaire, plutôt que d'encourager une volonté réelle d'amener la personne à voir quelque chose d'inattendu, de différent.
Prenons le cas des bibliothèques dont je connais l'actualité pour avoir suivi récemment des formations. Déjà, beaucoup dépendent soit de municipalités, soit du département, soit d'une université, auquel cas du ministre de la recherche. Soit encore d'associations. Toujours est-il qu'elles ne dépendent pas de l'Etat, ou indirectement pour la masse salariale et les grosses entités (la Bibliothèque Nationale par exemple). On voit ici, que l'Etat a tendance à rétrécir ses prérogatives. Il n'est plus que le timonier. Un timonier aux compétences encore partagées avec des instances européennes. Certes, elles semblent n'influer en rien ce gouvernement, mais il suffit de consulter les archives pour voir qu'elles influent beaucoup.
A cela s'ajoute donc la perception par les bibliothécaires de leur propre métier. Ils tendent à vouloir aligner leur politique sur celle des commerces. Quand les uns font des études de marché, les autre font des études de terrain pour améliorer leur politique documentaire et les axes de développement de leurs collections. De plus, en se pensant comme des espaces de services et d'accès à l'information, les médiathèques se transforment. La littérature et l'accès à la culture n'est plus que l'un des pans de leur politique sans en être tout à fait l'essentiel. La formation et le social y occupent une part de plus en plus importante.
Le service, tout comme le bien, est marchand, même si la logique d'investissement échappe à l'usager. Il y a un réel effort de la part des collectivités pour financer le maintien d'un tel réseau. Aussi, oui, la bibliothèque, par souci d'efficience, a tendance, dans les apparences en tout cas, à se rapprocher de l'industrie culturelle. On y apprend à mieux communiquer, à rationaliser les dépenses, à faire des choix stratégiques. Le tout pour satisfaire au mieux l'usager dont les exigences ne cessent de croître. Mais aussi afin de pouvoir s'imposer comme un médiateur efficace entre les humains et des ressources incommensurables à l'heure du réseau mondialisé de l'information.
L'Etat a tendance à se concentrer sur les fonctions régaliennes tandis qu'il délègue sa part de "providence" aux collectivités. Et les collectivités se trouvent quelque peu dépourvues, d'autant qu'elles font face à une baisse des recettes et un "soudain" accroissement des compétences.
J'espère qu'elles vont se remettre sur pied. Je crois aussi que l'assiette fiscale va devenir, comme il serait logique qu'elle le soit, plus avantageuse aux collectivités qu'à l'Etat. Mais, et là, je rejoins les pessimismes des uns et des autres, cela suppose une tension actuelle. Pour l'instant, on observe un déséquilibre que les départements dénoncent. L'argent à l'Etat, les compétences aux départements.
Aussi tout cela ressemble pour l'instant plus à un jeu de passe / passe pour gagner du temps et cacher la misère. A moins que la France, et l'Europe ne sortent de la mouise. Mais ce sera long et lent en dépit des énergies déployées.
Je ne crains pas pour les petites librairies et l'édition indépendante. Les plus astucieux sauront se débrouiller avec les technologies. Donnons un exemple :
http://www.lekti-ecriture.com/librairie/ L'union fait la force.
Et pour rejoindre l'interrogation de départ, la "réunion" fera-t-elle la force ?
Comme cela a été dit, cela dépendra des personnes en place et des stratégies que l'on applique. Ex : "des industries culturelles" - est-ce les industries au sens où il y a l'industrie du livre, celle de la musique, celle du cinéma, etc ? Auquel cas ce titre ne me choque pas. Mais s'il s'agit des "industries" au sens de concentrations de moyens et de conglomérats, alors il y a un risque.
Ce risque c'est celui qui a conduit des parlementaires ignorants à s'intéresser plus à l'instauration d'une HADOPI qu'au renforcement des moyens alloués à la CNIL dans le domaine des médias et de l'Internet. Et dans ce cas, oui, il y a un réel problème de perspective. Ces personnes soit ne connaissent pas la nature du terrain Internet, soit croient pouvoir abuser de cette période de transition à tord.
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Moooooog
Re: La casse du livre lancée par le ministère de la culture
Quasiment au même moment ? Drôle de définition du "quasiment" vu le nombre de mois écoulés entre cette réorganisation et l'annonce du produit américain. C'est tout de même étonnant de justifier cette refonte et de remonter ce topic à la sortie de l'iPad, alors que la solution concurrent Française par Archos (sous Android) est sortie sensiblement avant, et que d'autres livres numériques existent depuis déjà bien longtemps. Cette mise en relation s'appelle communément de la récupération.Atriyou a écrit :J'aurais tendance à être d'accord avec Bleu. L'IPad d'un point de vue chronologique, apparaît sur le marché quasiment au même moment que cette refonte des services. Ce n'est pas un hasard, et l'on parle d'une convergence des supports depuis les années 1990 et l'avènement des télécoms. Cela fait 20 ans que les livres blancs de la culture et de la communication en Europe se font l'écho de cette tendance. Aujourd'hui elle se concrétise.
Maintenant je ne nie pas que c'est un support émergeant à prendre en compte. Reste à voir qui va vraiment acheter une technologie fragile à 600€ pour lire des livres qu'on peut trouver au format papier à quelques euros, qu'on peut annoter spontanément d'un simple coup de crayon, et qui ont le bon goût de se conserver des dizaines voire des centaines d'années.
Pardon ?Atriyou a écrit :Voyons ce qui répugne dans "Directeur général des médias et des industries culturelles". Je veux dire ce qui répugne les personnes qui ont répondu jusqu'ici avec leur tripes et leur digne colère, mélangeant droits de l'homme et droit à la culture. Ce que par devers moi, j'aurais tendance à vouloir confondre pareillement.
C'est un état de fait mais je ne vois pas le rapport avec cette réorganisation.Atriyou a écrit :Le livre n'est qu'un médium, et un média. L'édition et la librairie sont composées d'entreprises de différentes taille. Parler d'industrie culturelle n'implique pas un modèle d'industrie. La logique des concentrations s'opposera toujours à celle d'un tissu d'entreprises de tailles variées. La culture étant toujours plus prolifique, elle s'adresse à des publics plus segmentés (qui peuvent se recouper ou non). Cela de mon point de vue, renforce la thèse du maintien nécessaire et logique d'un tissu d'entreprises de tailles variées ne s'appliquant pas tous à rechercher les même objectifs.
Pour mieux cerner la situation et éviter de sous entendre que les actuelles subventions sont un gâchis, il faut comprendre comment fonctionnent les soutiens à la création, les réseaux de distribution, et les réseaux de promotion ; aborder le mécanisme même de création, partant du bouillon créatif qui n'intéresse qu'une infime minorité de personnes souvent elles-mêmes créatives, qui va de fil en aiguille influencer des créations plus accessibles jusqu'à la grosse production.Atriyou a écrit :Hélas lorsque je considère une part du gâchis dans l'allocation donnée à des salles de cinéma art et essai, qui ne parviennent pas à proposer un meilleur accompagnement à la projection et à la découverte d'un autre cinéma, j'en pleure. Cela parce que l'argent qui pourrait être utilisé pour cet accompagnement, sert en fait à boucher les trous pour cause de public insuffisant. Mais le public ne s'accroitra pas tout seul, sans accompagnement. D'où cercle vicieux et moi qui me dit, à quand un exploitant vraiment actif ? Il en existe, mais de mon point de vue, beaucoup trop peu. On se contente de déplorer un équilibre précaire, plutôt que d'encourager une volonté réelle d'amener la personne à voir quelque chose d'inattendu, de différent.
Comment peut-on envisager qu'il s'agit d'un gâchis que de subventionner ces créatifs qui expérimentent et ne visent pas la diffusion grand public, mais qui seront peut-être amenés à apporter leur touche personnelle par la suite dans des créations à plus large diffusion. Il en est de même dans le financement de salles d'art et d'essai.
Quant à la promotion de ces salles et des films qu'elles diffusent, les circuits de promotion sont verrouillés par un système qui ne prend presque pas de risques et brasse des sommes d'argent que ces cinémas ne peuvent s'offrir. A Paris les salles de cinéma d'art et d'essai sont toutes connues et suivies dans les milieux cinéphiles. Les non cinéphiles passent fréquemment devant et peuvent donc se rappeler de leur existence et vouloir regarder la programmation. Mais il ne faut jamais oublier que le public non avisé est surtout preneur de divertissement et aura toujours tendance à aller à la facilité.
Quoi qu'il en soit, tout ceci n'explique pas les bénéfices de cette réorganisation.
Je laisserai les bibliothécaires confirmer cette approche. Toutefois je ne vois pas en quoi faire des études de marché/de terrain remet en cause l'accès à la culture. Puisqu'on est dans les explications fumeuses, quand je fais le design d'un produit, je vais aussi visiter mes clients pour comprendre leurs besoins, voire même mettre en œuvre le produit avec eux pour évaluer la pertinence de la solution. Ça ne remet pas en question ma vision globale du produit et la direction vers laquelle je tends, ça me sert simplement à adapter mon offre aux besoins pour m'assurer qu'elle soit adoptée et que l'utilisateur final soit satisfait. Mais là encore je ne vois pas en quoi cela justifie cette réorganisation.Atriyou a écrit :Prenons le cas des bibliothèques dont je connais l'actualité pour avoir suivi récemment des formations. Déjà, beaucoup dépendent soit de municipalités, soit du département, soit d'une université, auquel cas du ministre de la recherche. Soit encore d'associations. Toujours est-il qu'elles ne dépendent pas de l'Etat, ou indirectement pour la masse salariale et les grosses entités (la Bibliothèque Nationale par exemple). On voit ici, que l'Etat a tendance à rétrécir ses prérogatives. Il n'est plus que le timonier. Un timonier aux compétences encore partagées avec des instances européennes. Certes, elles semblent n'influer en rien ce gouvernement, mais il suffit de consulter les archives pour voir qu'elles influent beaucoup.
A cela s'ajoute donc la perception par les bibliothécaires de leur propre métier. Ils tendent à vouloir aligner leur politique sur celle des commerces. Quand les uns font des études de marché, les autre font des études de terrain pour améliorer leur politique documentaire et les axes de développement de leurs collections. De plus, en se pensant comme des espaces de services et d'accès à l'information, les médiathèques se transforment. La littérature et l'accès à la culture n'est plus que l'un des pans de leur politique sans en être tout à fait l'essentiel. La formation et le social y occupent une part de plus en plus importante.
Pour faire court, l'inquiétude soulevée par cette réorganisation peut avoir des conséquences significatives sur l'alphabétisation de la population en dehors du circuit scolaire, sur le subventionnement des créatifs et des réseaux de diffusion artistiques. On ne parle pas d'industrie ni de service à ce niveau.Atriyou a écrit :Le service, tout comme le bien, est marchand, même si la logique d'investissement échappe à l'usager. Il y a un réel effort de la part des collectivités pour financer le maintien d'un tel réseau. Aussi, oui, la bibliothèque, par souci d'efficience, a tendance, dans les apparences en tout cas, à se rapprocher de l'industrie culturelle. On y apprend à mieux communiquer, à rationaliser les dépenses, à faire des choix stratégiques. Le tout pour satisfaire au mieux l'usager dont les exigences ne cessent de croître. Mais aussi afin de pouvoir s'imposer comme un médiateur efficace entre les humains et des ressources incommensurables à l'heure du réseau mondialisé de l'information.
L'Etat a tendance à se concentrer sur les fonctions régaliennes tandis qu'il délègue sa part de "providence" aux collectivités. Et les collectivités se trouvent quelque peu dépourvues, d'autant qu'elles font face à une baisse des recettes et un "soudain" accroissement des compétences.
J'espère qu'elles vont se remettre sur pied. Je crois aussi que l'assiette fiscale va devenir, comme il serait logique qu'elle le soit, plus avantageuse aux collectivités qu'à l'Etat. Mais, et là, je rejoins les pessimismes des uns et des autres, cela suppose une tension actuelle. Pour l'instant, on observe un déséquilibre que les départements dénoncent. L'argent à l'Etat, les compétences aux départements.
Aussi tout cela ressemble pour l'instant plus à un jeu de passe / passe pour gagner du temps et cacher la misère. A moins que la France, et l'Europe ne sortent de la mouise. Mais ce sera long et lent en dépit des énergies déployées.
Je ne crains pas pour les petites librairies et l'édition indépendante. Les plus astucieux sauront se débrouiller avec les technologies. Donnons un exemple :
http://www.lekti-ecriture.com/librairie/ L'union fait la force.
Et pour rejoindre l'interrogation de départ, la "réunion" fera-t-elle la force ?
Comme cela a été dit, cela dépendra des personnes en place et des stratégies que l'on applique. Ex : "des industries culturelles" - est-ce les industries au sens où il y a l'industrie du livre, celle de la musique, celle du cinéma, etc ? Auquel cas ce titre ne me choque pas. Mais s'il s'agit des "industries" au sens de concentrations de moyens et de conglomérats, alors il y a un risque.
Bien sûr qu'il y ait une réorganisation n'est pas nécessairement un problème en soi. Elle pourrait être d'ailleurs perçue positivement comme un ajustement des services à la société actuelle avec ses problématiques du moment. Dans un contexte où l'éducation est sérieusement mise à mal, dans le contexte d'un état qui se désengage de nombre de ses missions sociales et culturelles, dans le contexte d'une gouvernance qui affiche du mépris envers certains milieux intellectuels, envers certains pans de l'histoire de France, qui n'hésite pas à remodeler les programmes éducatifs (histoire, économie) pour mieux coller à une idéologie, oui il y a des raisons de s'inquiéter et d'être vigilent.
Pour l'instant c'est trop tôt pour conclure sur la pertinence de cette réforme. Il faudra encore des mois pour en voir les conséquences, les futurs budgets et missions qui seront attribuées aux divers services.
C'est un autre débatAtriyou a écrit :Ce risque c'est celui qui a conduit des parlementaires ignorants à s'intéresser plus à l'instauration d'une HADOPI qu'au renforcement des moyens alloués à la CNIL dans le domaine des médias et de l'Internet. Et dans ce cas, oui, il y a un réel problème de perspective. Ces personnes soit ne connaissent pas la nature du terrain Internet, soit croient pouvoir abuser de cette période de transition à tord.
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Re: La casse du livre lancée par le ministère de la culture
Coucou, d'abord, je suis heureux que tu prennes le temps d'envisager ma réponse point par point. Ce que j'ai écrit est quelque peu synthétique et pourrait être détaillé. Cependant suite, à tes réflexions et critiques, je vais tâcher de préciser ma pensée.
Oui, l'Ipad est cher. Mais, il a le gros avantage d'être vraiment une technologie non pas fragile mais révolutionnaire de mon point de vue. L'archos, certes existe, mais ses capacités étaient limitées et la publicité insuffisante. Ensuite, certes l'Ipad est encore un peu "en avance sur son temps". Mais dois-je rappeler que les lecteurs de CD et de DVD furent en leur temps hors de prix comme les écrans plats ? C'est aujourd'hui une technologie largement abordable et bien améliorée par rapport aux premiers modèles.
Je pense que l'Ipad, autant que l'archos, sont tout deux des technologies qui ont pour intérêt de permettre une utilisation complète de tous les médias existants. Un livre vaut quelques euros mais le fichier informatique du livre, vaut encore moins, puisqu'il n'y a ni papier, ni encre, ni livreur. Certes ce coût est aujourd'hui largement compensé par l'aspect hors de prix des Ipad. Mais je donne trois ans à Samsung et Sony pour s'aligner et rendre ces lecteurs multimédias portables,beaucoup plus performants et abordables.
Concernant la conservation, un fichier MP3/WAV etc. est inaltérable par rapport un support CD. Du papier, cela brûle autant qu'un serveur, ça tombe en panne. Alors, de ce point de vue, chaque support a ses avantages et ses inconvénients. Dès lors que l'on passe dans une nouvelle ère, il faut parer aux inconvénients du mieux qu'on peut. Je suppose qu'à l'avenir, ce qui ne sera pas numérisé aura tendance à être ignoré, à demeurer lettre morte. Et les énormes moyens financiers de Google et des plus grandes bibliothèques de France et d'Ailleurs dépensés pour numériser les collections patrimoniale, tendent à me faire croire que j'ai plutôt raison
)
Je pense qu'il y a simultanéité de réflexion. Je pense, à la manière des membre d' "ars industrialis" (http://www.arsindustrialis.org/) qu'il y a une simultanéité, une concordance des temps. Et la philosophie qui préside à l'Ipad me semble la même que celle qui préside à la refonte des services.
Il y a évidemment un souci financiers derrière cette restructuration. Une volonté de rendre les services plus cohérents. J'ai été à une formation sur la "mutualisation des services culturels" à l'ENACT. C'est une tendance majeure de l'administration culturelle, afin d'abord de contracter les coûts, mais aussi afin de mettre en place un projet qui prenne en compte l'ensemble des paramètres.
Dans un monde, où les cultures sont secouées de toutes part, réunir des services permet d'en renforcer l'unité et la pertinence, l'impact.
Certes on pourrait croire que la politique qui préside au maintien d'une diversité culturelle diffère dans les domaines du livre, de la télévision, et du cinéma. Ce n'est pas si évident, si on les considère sous l'angle du principe que je viens d'énoncer : la diversité culturelle. Je parlais dans mon précédent message de diversité du tissu industriel, comparable à et facteur d'une possible diversité culturelle.
"Directeur général des médias et des industries culturelles" - j'ai cru lire "industries culturelles" - et je viens de redire en d'autres termes l'intérêt de réfléchir globalement au tissu de l'industrie culturelle en France par rapport à l'Europe notamment, et au monde plus généralement.
Les subventions ne sont pas un gâchis en elles-même. Je dis qu'ON les gâche. Que les acteurs de la vie culturelle qui les reçoivent ne font pas leur boulot correctement. Qu'il y a un problème de médiation. On peut accroître le public des salles de cinéma arts et essais, pourvu qu'on l'accompagne. C'est un problème d'éducation et d'ouverture culturelle. Un partenariat entre un cinéma et une médiathèque dans le but d'amener les personnes à concevoir le cinéma autrement que comme un simple divertissement est envisageable. Ce serait fructueux pour les deux institutions.
Dans ton emportement, tu ne lis pas ce que j'écris. Je connais les mécanismes de soutien pour la création cinématographique et le centre national du livre. Je suis bibliothécaire, je me suis occupé de l'édition de livres et j'ai étudié le cinéma et les mécanismes de l'audiovisuel. Je sors d'un concert que j'ai organisé avec une chorale et un groupe de rock, dans un village. Et j'anime une association rassemblant plasticiens, musiciens et écrivains. Alors tu as sans doute mal compris mon propos. Car le soutien aux créatifs, c'est quelque chose que je pratique couramment. Et je tâche par ailleurs de soutenir en même temps ma propre création.
Par contre, je ne suis pas d'accord. Tu sépares les publics en deux grandes catégories. Aussi, je te renvoie à la somme de Bernard Lahire, sur "La culture des individus - Dissonances culturelles et distinction de soit". Certes, le cinéma arts et essais, de même que certains écrivains s'adressent à un public restreint, un public qui sera sensible à leur style d'écriture. Il n'y a donc pas un "grand public" et les autres. Il n'y a pas un public de la facilité et un autre de la complexité. Je lis Barthes et j'adore Disney. Regarde toi dans un miroir. Il y a plutôt une multitude de publics qui par ailleurs peuvent se recouper. Ce sont des publics qui se constituent en fonction de ce à quoi ils sont réceptifs.
Aussi lorsque l'on envisage un restructuration de l'administration culturelle, il faut autant prendre en compte la diversité culturelle, la diversité du tissu industriel et la multitude des publics. D'un côté, on prend note des aspects de cette diversité, de l'autre on tâche au niveau du ministère de recréer une cohérence entre les services. Et cette cohérence, on la crée, on la rend visible, à travers le rapprochement de logiques concomitantes, entre soutien à la création, aux formes peu communes et volonté de poser cette diversité comme un "tout" opposable lors des négociations européennes et mondiales.
Là encore, j'ai étudié les archives du ministère de la culture. Je vais te résumer un article consultable ici (http://www.cultureaconfine.org/web/cont ... d_cnt=3400). Lorsqu'au début des années 1990, l'exception culturelle a été inventée, c'était une exception juridique dans un traité en vue de l'instauration de l'OMC. C'était une clause qui disait "exit" la culture des règles régissant l'échange de bananes, au même titre qu'il y avait une "exception" en matière de santé ou de défense.
La culture a depuis lors été considérée comme un enjeu industriel et identitaire fort au niveau mondial. Mais logique industrielle et logique identitaire ne sont pas toujours en accord. Une restructuration administrative dans un tel contexte peut être interprétée de deux manières.
Soit on s'aligne sur les conceptions "libérales", "américaines" (selon les institutions, pas selon les acteurs culturels) de la culture comme produit, soit on l'envisage à la française, la culture comme constitutive d'un "lien social" riche et complexe. Ton interprétation et tes partis pris tendent à penser que tu considères cette restructuration comme un alignement de la France avec les conceptions libérales.
J'aurais tendance à penser que plus subtilement, on pose la culture française comme un enjeu industriel et médiatique pour en renforcer la spécificité et en permettre réellement la diversité, à l'opposé des tendances internationales, largement alignées pour l'instant sur les positions américaines.
En prenant le cas des bibliothèques, j'ai voulu dire que si l'Etat pouvait vouloir réduire ses compétences. Celles-ci seront récupérées par des instances locales type communes ou départements. Il n'y a donc pas "casse du" mais "relai institutionnel".
Un relai institutionnel déjà en cours depuis les lois des années 1980, mais encore inachevé. Nous verrons ce qu'il en est après cette réorganisation au niveau de l'Etat. Nous verrons cela lorsque "conseil général" et "conseil régional" seront fusionnés. C'est seulement là que l'on pourra saisir le fin mot de l'histoire. Casse ou relai ?
L'industrie est partout et la formation est un SERVICE ! Et un service qui coûte cher lorsqu'il est assuré par une instance qu'elle soit publique ou privée. Cependant dans le 1er cas, c'est la collectivité qui paye, le coût est réduit pour chacun. Dans le 2e, c'est l'individu qui paye (ou son entreprise), le coût de la formation devient d'autant plus lourd à supporter.
Et le mécénat ? Voilà bien une dimension industrielle, en tout cas, privée de soutien à la création ainsi qu'aux actions d'alphabétisation. Certes, certes, il faudrait définir "industrie" pour que nous soyons sûrs de parler de la même chose. Et je te laisserai donc étayer ce point.
Je suis d'accord que HADOP/CNIL, c'est un autre débat. Ma conclusion était simplement une ouverture
Oui, l'Ipad est cher. Mais, il a le gros avantage d'être vraiment une technologie non pas fragile mais révolutionnaire de mon point de vue. L'archos, certes existe, mais ses capacités étaient limitées et la publicité insuffisante. Ensuite, certes l'Ipad est encore un peu "en avance sur son temps". Mais dois-je rappeler que les lecteurs de CD et de DVD furent en leur temps hors de prix comme les écrans plats ? C'est aujourd'hui une technologie largement abordable et bien améliorée par rapport aux premiers modèles.
Je pense que l'Ipad, autant que l'archos, sont tout deux des technologies qui ont pour intérêt de permettre une utilisation complète de tous les médias existants. Un livre vaut quelques euros mais le fichier informatique du livre, vaut encore moins, puisqu'il n'y a ni papier, ni encre, ni livreur. Certes ce coût est aujourd'hui largement compensé par l'aspect hors de prix des Ipad. Mais je donne trois ans à Samsung et Sony pour s'aligner et rendre ces lecteurs multimédias portables,beaucoup plus performants et abordables.
Concernant la conservation, un fichier MP3/WAV etc. est inaltérable par rapport un support CD. Du papier, cela brûle autant qu'un serveur, ça tombe en panne. Alors, de ce point de vue, chaque support a ses avantages et ses inconvénients. Dès lors que l'on passe dans une nouvelle ère, il faut parer aux inconvénients du mieux qu'on peut. Je suppose qu'à l'avenir, ce qui ne sera pas numérisé aura tendance à être ignoré, à demeurer lettre morte. Et les énormes moyens financiers de Google et des plus grandes bibliothèques de France et d'Ailleurs dépensés pour numériser les collections patrimoniale, tendent à me faire croire que j'ai plutôt raison
Je pense qu'il y a simultanéité de réflexion. Je pense, à la manière des membre d' "ars industrialis" (http://www.arsindustrialis.org/) qu'il y a une simultanéité, une concordance des temps. Et la philosophie qui préside à l'Ipad me semble la même que celle qui préside à la refonte des services.
Il y a évidemment un souci financiers derrière cette restructuration. Une volonté de rendre les services plus cohérents. J'ai été à une formation sur la "mutualisation des services culturels" à l'ENACT. C'est une tendance majeure de l'administration culturelle, afin d'abord de contracter les coûts, mais aussi afin de mettre en place un projet qui prenne en compte l'ensemble des paramètres.
Dans un monde, où les cultures sont secouées de toutes part, réunir des services permet d'en renforcer l'unité et la pertinence, l'impact.
Certes on pourrait croire que la politique qui préside au maintien d'une diversité culturelle diffère dans les domaines du livre, de la télévision, et du cinéma. Ce n'est pas si évident, si on les considère sous l'angle du principe que je viens d'énoncer : la diversité culturelle. Je parlais dans mon précédent message de diversité du tissu industriel, comparable à et facteur d'une possible diversité culturelle.
"Directeur général des médias et des industries culturelles" - j'ai cru lire "industries culturelles" - et je viens de redire en d'autres termes l'intérêt de réfléchir globalement au tissu de l'industrie culturelle en France par rapport à l'Europe notamment, et au monde plus généralement.
Les subventions ne sont pas un gâchis en elles-même. Je dis qu'ON les gâche. Que les acteurs de la vie culturelle qui les reçoivent ne font pas leur boulot correctement. Qu'il y a un problème de médiation. On peut accroître le public des salles de cinéma arts et essais, pourvu qu'on l'accompagne. C'est un problème d'éducation et d'ouverture culturelle. Un partenariat entre un cinéma et une médiathèque dans le but d'amener les personnes à concevoir le cinéma autrement que comme un simple divertissement est envisageable. Ce serait fructueux pour les deux institutions.
Dans ton emportement, tu ne lis pas ce que j'écris. Je connais les mécanismes de soutien pour la création cinématographique et le centre national du livre. Je suis bibliothécaire, je me suis occupé de l'édition de livres et j'ai étudié le cinéma et les mécanismes de l'audiovisuel. Je sors d'un concert que j'ai organisé avec une chorale et un groupe de rock, dans un village. Et j'anime une association rassemblant plasticiens, musiciens et écrivains. Alors tu as sans doute mal compris mon propos. Car le soutien aux créatifs, c'est quelque chose que je pratique couramment. Et je tâche par ailleurs de soutenir en même temps ma propre création.
Par contre, je ne suis pas d'accord. Tu sépares les publics en deux grandes catégories. Aussi, je te renvoie à la somme de Bernard Lahire, sur "La culture des individus - Dissonances culturelles et distinction de soit". Certes, le cinéma arts et essais, de même que certains écrivains s'adressent à un public restreint, un public qui sera sensible à leur style d'écriture. Il n'y a donc pas un "grand public" et les autres. Il n'y a pas un public de la facilité et un autre de la complexité. Je lis Barthes et j'adore Disney. Regarde toi dans un miroir. Il y a plutôt une multitude de publics qui par ailleurs peuvent se recouper. Ce sont des publics qui se constituent en fonction de ce à quoi ils sont réceptifs.
Aussi lorsque l'on envisage un restructuration de l'administration culturelle, il faut autant prendre en compte la diversité culturelle, la diversité du tissu industriel et la multitude des publics. D'un côté, on prend note des aspects de cette diversité, de l'autre on tâche au niveau du ministère de recréer une cohérence entre les services. Et cette cohérence, on la crée, on la rend visible, à travers le rapprochement de logiques concomitantes, entre soutien à la création, aux formes peu communes et volonté de poser cette diversité comme un "tout" opposable lors des négociations européennes et mondiales.
Là encore, j'ai étudié les archives du ministère de la culture. Je vais te résumer un article consultable ici (http://www.cultureaconfine.org/web/cont ... d_cnt=3400). Lorsqu'au début des années 1990, l'exception culturelle a été inventée, c'était une exception juridique dans un traité en vue de l'instauration de l'OMC. C'était une clause qui disait "exit" la culture des règles régissant l'échange de bananes, au même titre qu'il y avait une "exception" en matière de santé ou de défense.
La culture a depuis lors été considérée comme un enjeu industriel et identitaire fort au niveau mondial. Mais logique industrielle et logique identitaire ne sont pas toujours en accord. Une restructuration administrative dans un tel contexte peut être interprétée de deux manières.
Soit on s'aligne sur les conceptions "libérales", "américaines" (selon les institutions, pas selon les acteurs culturels) de la culture comme produit, soit on l'envisage à la française, la culture comme constitutive d'un "lien social" riche et complexe. Ton interprétation et tes partis pris tendent à penser que tu considères cette restructuration comme un alignement de la France avec les conceptions libérales.
J'aurais tendance à penser que plus subtilement, on pose la culture française comme un enjeu industriel et médiatique pour en renforcer la spécificité et en permettre réellement la diversité, à l'opposé des tendances internationales, largement alignées pour l'instant sur les positions américaines.
En prenant le cas des bibliothèques, j'ai voulu dire que si l'Etat pouvait vouloir réduire ses compétences. Celles-ci seront récupérées par des instances locales type communes ou départements. Il n'y a donc pas "casse du" mais "relai institutionnel".
Un relai institutionnel déjà en cours depuis les lois des années 1980, mais encore inachevé. Nous verrons ce qu'il en est après cette réorganisation au niveau de l'Etat. Nous verrons cela lorsque "conseil général" et "conseil régional" seront fusionnés. C'est seulement là que l'on pourra saisir le fin mot de l'histoire. Casse ou relai ?
Je partage ces préoccupations mais je ne partage pas tes conclusions.Pour faire court, l'inquiétude soulevée par cette réorganisation peut avoir des conséquences significatives sur l'alphabétisation de la population en dehors du circuit scolaire, sur le subventionnement des créatifs et des réseaux de diffusion artistiques. On ne parle pas d'industrie ni de service à ce niveau.
L'industrie est partout et la formation est un SERVICE ! Et un service qui coûte cher lorsqu'il est assuré par une instance qu'elle soit publique ou privée. Cependant dans le 1er cas, c'est la collectivité qui paye, le coût est réduit pour chacun. Dans le 2e, c'est l'individu qui paye (ou son entreprise), le coût de la formation devient d'autant plus lourd à supporter.
Et le mécénat ? Voilà bien une dimension industrielle, en tout cas, privée de soutien à la création ainsi qu'aux actions d'alphabétisation. Certes, certes, il faudrait définir "industrie" pour que nous soyons sûrs de parler de la même chose. Et je te laisserai donc étayer ce point.
Je suis d'accord que HADOP/CNIL, c'est un autre débat. Ma conclusion était simplement une ouverture
Dernière modification par Atriyou le sam. juin 12, 2010 8:49 pm, modifié 2 fois.