- Non, j'ai simplement un livre rassemblant plusieurs de ses textes dans ma valise. Et la lecture de ces textes s'est révélée aussi agréable que stimulante.
- Vais-je vous révéler l'origine de l'expression : "amours platoniques" ?
- Oh que non, lorsque vous aurez lu les quelques extraits qui suivent, vous vous demanderez vraiment d'où vient cette expression ... et ce qu'elle signifie. (d'ailleurs si quelqu'un peut le faire, qu'il en soit ainsi !)
Les deux extraits qui suivent ont été choisis en fonction du thème qui anime ce forum. Je vous laisse apprécier :
PROTAGORAS
Ami de Socrate : D'où viens-tu Socrate ? Sans doute de la chasse, de la chasse à la beauté d'Alcibiade ? A vrai dire, je l'ai vu il n'y a pas si longtemps, et je trouve que c'est toujours un bel homme, mais un homme pourtant, soit dit entre nous, Socrate, et déjà bien barbu.
Socrate : Eh bien ! Qu'est-ce que cela fait ? N'es-tu pas de l'avis d'Homère qui a dit que l'âge le plus charmant était celui du premier duvet, justement l'âge d'Alcibiade ?
Ami de Socrate : Alors, à quel point en es-tu ? Viens-tu de le quitter ? Comment le jeune homme est-il disposé à ton égard ?
Socrate : Bien, ce me semble, et aujourd'hui mieux que jamais; car il a pris mon parti plus d'une fois, et je viens seulement de le quitter. Je vais cependant te dire une chose qui te surprendra : c'est qu'en sa présence je n'ai pas fait attention à lui, et que j'ai oublié souvent qu'il était là.
Ami de Socrate: Qu'est-ce qui peut bien vous être arrivé de si grave à tous deux ? Tu n'as pourtant pas rencontré de plus beau garçon que lui, du moins dans notre ville ?
(...)
EUTHYDEME
II - (...)
Socrate: J'étais seul dans le vestiaire et déjà je songeais à me lever, et je me levais en effet quand le signe divin qui m'est habituel se manifesta. Je me rassis donc, et un instant après entrèrent ces deux hommes, Euthydème et Dionysodore, et avec eux une foule d'autres, leurs disciples à ce qu'il me parut. Lorsqu'ils furent entrés, ils se promenèrent dans le portique couvert, et ils n'avaient pas encore fait deux ou trois tours que Clinias entra, celui que tu trouves bien grandi, et avec raison. Il était suivi d'une foule d'amants parmi lesquels Ctésippe, un tout jeune homme de Paeania, d'un naturel très beau et très bon, à part une insolence, qui est l'effet de sa jeunesse. En m'apercevant de l'entrée assis tout seul, Clinias vient droit à moi et s'assit à ma droite, comme tu l'as remarqué.
(...)
Platon (traduit par Emile Chambry), Protagoras - Euthydème - Gorgias - Ménexème - Ménon - Cratyle, Garnier Flammarion, 1967 - citations p. 41 et p. 111
Enjoy