Bernard Clavel est mort (snif)

Les bouquins et les maisons d'édition.
floridjan
Messages : 9049
Inscription : ven. août 22, 2008 8:06 pm

Bernard Clavel est mort (snif)

Message par floridjan »

J'ai connu Bernard Clavel grâce à la collection de ma grand mère : la vieille armoire à glace de ma chambre, dans la maison de pierre de Corrèze, était remplie de ses romans : Malataverne, l'espagnol... Qu'est-ce qui m'a donné envie un jour d'en prendre un et de le lire ? Peut-être mon père lorsqu'il m'a dit combien ma grand mère, que j'ai trop peu connu mais dont je garde un souvenir vivace, aimait Bernard Clavel et Henri Troyat (lui, je le connaissais déjà, grâce à Viou). Pourquoi avoir choisi la maison des autres ? Je ne sais plus, je crois que c'est ma tante qui m'en a parlé... Je me suis passionné pour ce personnage de Julien, ce jeune garçon de 14 ans qui quitte son foyer et ses parents pour devenir apprenti pâtissier dans une maison inconnue où, rapidement, il sera exploité par des patrons paternalistes mais avares et sans scrupules. L'histoire se déroule à la fin des années 30 et les droits sociaux n'ont pas encore fait leur entrée dans le petit commerce...

Plus tard, j'ai découvert que Julien, c'était Bernard Clavel, issu d'une famille modeste, qui à 14 ans est devenu apprenti pâtissier avant d'expérimenter divers emplois pour finalement devenir journaliste puis écrivain.

La maison des autres n'est que le premier roman d'une saga de 4 tomes intitulée la grande patience. Le second roman, Celui qui voulait voir la mer, laisse de coté Julien pour se focaliser sur sa mère, cette femme courageuse, qui ne vit que pour les rares visites de son fils. Julien a pris son envol et d'un seul coup, on lui en veut un peu d'accorder si peu de son temps et de ses pensées à cette mère aimante qui ne vit que pour lui... Le dernier tome, Les fruits de l'hiver (récompensé par le prix Goncourt), nous parle du père, cet homme que la mère ne nous a pas appris à aimer mais dont on découvre soudain les faiblesses, les secrets et l'humanité.

Bernard Clavel n'est pas un auteur lu par la jeunesse et sans doute peu de personnes sur ce forum seront émues par sa disparition. Pourtant, ses romans sont simples, bien écrits, intemporels car profondément humanistes et empreints de réalisme. "Bernard Clavel montre une constante attention aux humbles et défend des valeurs humanistes en contant des destins individuels et collectifs, souvent confrontés au malheur".

La maison des autres m'a profondément marqué, je l'ai relu souvent. Bernard Clavel vient de mourir et j'ai l'impression d'avoir perdu un ami...
Adyton
Messages : 2868
Inscription : dim. déc. 02, 2007 11:05 am

Re: Bernard Clavel est mort (snif)

Message par Adyton »

J'ai lu Le Seigneur du fleuve quand j'étais au collège, j'avais bien aimé, c'est vrai que je l'ai abandonné par la suite, pas par ennui, simplement parce qu'il y a tant de choses à lire, mais ça reste un bon souvenir.

C'est marrant, j'ai aussi découvert Troyat dans la bibliothèque de campagne de mes parents, pendant des vacances pluvieuses au bord de la Manche, quand j'en avais marre de jouer à la belote en attendant le retour du soleil...
floridjan
Messages : 9049
Inscription : ven. août 22, 2008 8:06 pm

Re: Bernard Clavel est mort (snif)

Message par floridjan »

Clavel et Troyat faisaient partis de ce qu'on appelle "les écrivains du terroir" (Pour Clavel : le jura, principalement). Leurs histoires se passent souvent chez les petites gens, dans les petites villes de province ou au fond des campagnes... D'où leur succès dans les provinces éloignées de la fièvre des grandes agglomérations^^

Voici un extrait de la maison des autres qui m'avait particulièrement marqué :

« Mais, nom de Dieu, quand est-ce que les ouvriers comprendront qu’il faut tordre le cou au paternalisme ! Quand est-ce qu’ils comprendront que le plus dangereux pour eux, c’est le patron bon enfant, le patron qui paye l’apéro de temps en temps et qui blague avec vous ! Et ils s’y laissent prendre, et ils marchent tous comme des benêts. Ils ne comprendront donc jamais qu’il est impossible d’être copain avec un patron sans finir par être sa victime ! Que le seul moyen de ne pas être roulé, c’est de ne rien accepter qui ne soit absolument dû. De jouer toujours cartes sur table. De refuser les cadeaux mais d’exiger un payement intégral du travail effectué ! […] Bon Dieu, ils en sont encore à la charité… La charité. Ils n’ont pas compris que le jour où ils obtiendront la justice, la charité crèvera toute seule, parce qu’elle n’aura plus de raison d’être. »
Répondre