Je trouve cet auteur vraiment intéressant.
Tout d'abord, il faut savoir que
La fatigue d'être soi s'insère dans un tryptique d'essais :
-
Le culte de la performance
-
L'individu incertain
-
La fatigue d'être soi
La fatigue d'être soi est la conclusion du tryptique et, à ce titre, reprend les thèses des deux premiers essais. En gros, il dit que l'explosion de la dépression dans les sociétés occidentales est liée au post-modernisme qui a patiemment déconstruit tous les cadres structurants de l'individu (famille, religion, nation, école, ...), ce qui a eu pour effet de forcer les individus à se saisir de leur individualité (à devenir des sur-hommes, dans les faits). Dans ce nouveau néant, le post-modernisme a greffé deux nouveaux impératifs catégoriques sur l'individu "délié" :
- l'injonction de réussite du style "fais comme tu veux, mais réussis !"
- et l'injonction d'être soi comme "sois toi même !" :
Nous vivons avec cette croyance et cette vérité que chacun devrait avoir la possibilité de créer lui-même sa propre histoire au lieu de la subir comme un destin
Or, cela laisse aux individus à la fois la tâche de se déterminer eux-mêmes (autonomie) et de trouver les moyens d'atteindre cette détermination (réussite). Le sujet se voit donc obligé de se déterminer lui-même, de trouver en son for intérieur la certitude de ce qu'il est. Mais, en même temps, cela s'accompagne d'une douloureuse remise en question, à cause du vide que cela laisse vacant : qui peut avoir la certitude de ce qu'il est, de ses motivations, de ses intérêts, de ses passions ? Qui connait sa personnalité ? Le "personnel" est un artifice ; et comme tout artifice, il est hautement impersonnel
Supposer que pour aller bien, que pour être bien dans sa peau, il faut être personnel, authentique, en accord avec soi-même, se transforme petit à petit en impératif catégorique chez les individus, avec de nombreuses conséquences négatives : "
L'individu qui, affranchi de la morale, se fabrique lui-même et tend vers le surhumain (agir sur sa propre nature, se dépasser, être plus que soi) est notre réalité, mais, au lieu de posséder la force des maîtres, il est fragile, il manque d'être, il est fatigué par sa souveraineté et s'en plaint" (La fatigue d'être soi).
La dépression serait alors une réponse de l'individu à ces écrasantes injonctions. Elle consacre le sentiment d'impuissance face au gouffre à franchir. Et je ne trouve pas ces lectures déprimantes
