
Mary est une petite fille de 8 ans, pas forcément gâtée par la nature, avec des yeux maronnasse. Max est un quadragénaire obèse, atteint du syndrome d'Asperger. L'une habite en Australie, dans la banlieue de Melbourne, l'autre habite une Grosse Pomme déprimante, où même la Liberté tire la gueule. L'une vit dans une famille de barges, entre un père taxidermiste à ses heures perdues (les pigeons morts ont sa préférence) et une mère kleptomane et alcoolique (le sherry, il faut le tester souvent ...). L'autre vit seul dans son appartement, coincé entre ses animaux (un chat borgne, victime des jeux cruels d'enfants charmants, un poisson rouge qui en arrive à sa neuvième édition, une perruche), une vieille quasiment aveugle et un clochard. L'une est un "accident", l'autre est un autiste.
Le hasard d'un annuaire va les amener à entretenir une correspondance qui s'étale de 1974 à 1994. Le sujet général n'est absolument pas drôle : dépression, suicide, autisme, anxiété, solitude, tout y passe. Mais Adam Elliot sait rendre ses personnages attachants. Le fait que ce film soit effectué selon la technique du "j'anime des figurines en pâte à modeler" y joue pour beaucoup. Mais, en eux-mêmes, ces personnages savent provoquer en nous autre chose qu'un sentiment de gêne : on s'y attache. La kippa ridicule de Max, avec son pompon rouge ; les formules du clochard pour essayer d'attirer l'attention de passants indifférents ; le fort moustachu Docteur Hazelhoff ; la mère de Mary, espèce de vieille vamp défraîchie ... Tout concourt à nous faire oublier qu'Elliot peint là une fresque de la solitude : pas de misérabilisme, juste une pointe constante d'humour acide, de rappel désabusé à la réalité, la rencontre entre deux solitudes, celle de l'enfant mal-aimé et celle de l'adulte inadapté.
Un film touchant sans être mièvre, noir sans être glauque, cynique sans être pessimiste, réaliste sans être misérabiliste. Tout concourt à ce que les protagonistes soient malheureux (et ils le sont), mais Elliot sait les entourer d'une cocasserie qui ne peuvent qu'attirer notre affection. Un vrai bijou de l'animation pour adultes.
