Vos textes et poèmes

Faites nous rêver : peintures, photos, sculptures, poèmes ou autre ! (il faut avoir posté 30 messages pour avoir accès à ce forum)
pheukiou
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Re: Vos textes et poèmes

Message par pheukiou »

EMP

L'Emilie garrottée, langue crispée, nez pété,
bazardée à la tombe et moi même affairé
à pourvoir en graillons cet infâme mausolée...
vaquons donc, tant qu'il est, au besoin de pisser.

Et Marie, celle à qui je viens mordre au gosier
d'un flûteau si épais qu’il éclate la trachée.
Quelle liesse ! Une à une, je m’occupe de ses dents
en étalant du doigt l'épanchement de son sang.

Il me reste un pruneau au milieu du calice
pour un traître à son frère aspirant à l'armée,
si seulement ses pinceaux s'entichaient d'une hélice,
ne laissant que du Pierre un béret éventré.




De la bile
- II -


"Vous, sur le strapontin : vos billets, votre passe,
et ce dogue à vos bottes a-t-il payé sa place ?
Le pécule, le budget, je partage la galère
mais voulez-vous me suivre, qu’on s’arrange à l’arrière ?"


Eux condamnent le porno, l'euthanasie, l’Islam
et tant d'autres en scandant "Habemus" et "Papam."
Vois l'entière cécité qui talonne ces furieux :
ils n'aiment pas les hommes, ils n'en ont que pour Dieu.

Du béton que cette mère : deux cent livres pour une gaine,
le teint maure, les yeux verts, pas le moindre papier.
Qu'adviendront sa famille, ses amis, son foyer
quand les rats reviendrons chouraver nos bédouins ?

Et ces lutteurs d’une France ne jouissant point sans peine
dans ces villes grises et mornes dégueulant de barbares...
j’aurai voulu, de tout ça, ne rien vivre ni ne voir.
J'ai l'espoir des battus mais l'espoir néanmoins.

L'acrobate sémantique, le bâtard malappris,
le drapeau du prolo demeurant non-hissable
et les races cauteleuses comme le culte haïssable :
autant d'hères n'ayant quis ces guenilles décaties.

Et vous même, pour les hommes, les infâmes, avez-vous
un semblant d'empathie, un vestige d'amitié ?
Dansez-vous, comme beaucoup, au fracas cadencé
de ces triques qui martèlent plus de crânes que de trous ?
sandoval

Re: Vos textes et poèmes

Message par sandoval »

Bon en fait ce sont juste des "brouillons", de la matière informe...que je vais très probablement retravailler, c'est certain d'ailleurs!

Près du soleil

Une uranie penchée sur mon front, pendant que le ciel se couvre de carcasses métalliques. La meute guide l’escogriffe dans mon sommeil, un balancement régulier de singe grisé, une mer qui s’écrase en elle-même pour mieux briser la serrure de ses cris espiègles. Si je laisse couler la pression, les grands murs de la grange s’effondrent, au moins un quart de farine dissolue dans le cœur, j’écoute alors les variations constantes du silence. De sa dague fraîche, il pose sur mon corps ses doigts creux, de pierre brune, opaque. Des cadavres apprennent à se résoudre de leur état apathique, leurs branchies s’écoutent escalader la marche de la pluie.

Des fièvres quotidiennes arrachent aux troupeaux leurs petits. Dans un fossé, le renard entend les aboiements du fossoyeur, le couvre de baisers infects, de tiges carnées évidées. Ce même matin des soldats juchés sur des oreillers, parlent fort, éventrent des tonneaux qui écarquillent les yeux, renversés, délirant, d’abeilles de couvent, ils frappent avec justesse sur les caresses d’une plaine. Et ce bruit couvre le matin, frêle, canardé de tout part, par des gosses baveux. Une impatience, une cécité dans ses barques déposées comme des corps, gigotant.

Dans un détroit jaune, des mains de théière fabriquent une écume, belle et abjecte à la fois. Sur ses sourcils qui détalent, des clochettes mendiantes, adossées au mur, une gueule d’ambre, courbe, décidée. Les premiers daims titubent dans leur frénésie, comme l’homme qui guide des moucherons inertes vers le cours d’eau. Ses phalanges appuient près de l’onde, des pastilles planquées dans ces soirées d’agate, accoudé à ses côtés, sans rien dire. Le bêlement crapuleux de ses paupières, le cartilage onduleux. La scission du métal, l’amygdale enserrant ma voix de corail, soudainement modifiée, enfantine, un obus lissant les flots avec une douceur inappropriée. Je tâtonne dans l’obscurité de la cabine, certain d’avoir oublié des papiers, des parchemins amidonnées de sueur et de poires distillées par ses soins. Des répliques incertaines de squales amochés, des fèves assoupies, une muselière faite d’arsenic. Je crois relever le musc tardif d’un petit voleur qui enlève ma sacoche, à la barbe naissante, comme la mousse sur les pavés d’un jour sans équilibre.
pheukiou
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Re: Vos textes et poèmes

Message par pheukiou »

De la vassalité !

Si je boude le mât ou la larme au méat :
imposez !, mon instinct ne me pousse qu’à ça.
J’aime les hommes cruels qui s’achèvent en grands râles
et répandent à ma bouche tout l’orgueil d'être mâle.

Un raclement de gorge me donne bien des idées,
j’ai des rêves de crachats et je bande. J’ai la dalle.
J’ai soif de directives, de verbiages orduriers
et de ces poignes sèches qui talonnent le vassal.

Je crierai qui je suis : un goret, un souillon !
Un giton que l’on siffle, qui ne porte aucun nom.
Du mucus ! Car le cul est sans doute des derniers
casemates à l’abri de leur autorité.
Dernière modification par pheukiou le mer. mars 16, 2011 9:30 am, modifié 1 fois.
pheukiou
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Re: Vos textes et poèmes

Message par pheukiou »

Les rats

Eux qui courent aux perrons éduquer l'incroyant,
outillés de saintes bibles et d'amours miséreux,
avec sur la figure le rictus des heureux.
Qu'ils sont faux quand alors, entre deux ronflements,
leurs ménisques ont rouillé de marasmes bréviaires.
A genoux ceux qui bêlent, le bouc dans un missel,
à la tombe ces esclaves qui monnaient le vicaire
et possèdent les clefs de leurs propres vervelles.

Pourront-ils, un beau jour, se défaire du pieu souhait
de voir le monde, en joie, partager l'eucologue ?
Je pisse au bénitier, j'en ai fait des cahiers :
sans toujours être sage, qu'importe ! J'ai lâché les dogues.
Mizc
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Re: Vos textes et poèmes

Message par Mizc »

Je fais les tiroirs, et dépoussière pour EA un truc datant de l'an dernier, qui s'appellerait Urbanité ou encore Transports, et qui commencerait comme ceci :

_

Je suis l'odeur du sous-sol, je suis l'odeur du bitume. Peut-être après-tout ne suis-je même pas réellement une odeur : je suis la lourde sensation chargée des tannins sous-terrains, exhalés par la gueule métallique de quelque démon de fer. Caoutchouteuse telle cette gomme qui à chaque freinage en station sature un peu plus l'atmosphère de ses relents de plastique sale et chaud. Par essence je suis vulgaire et je me mêle de tout : de votre haleine et de celle de votre voisin. J'embrasse vos souffles affairés et les exhume d'un appel d'air vicié. D'une même expiration je les libère en surface en un moite baiser, à travers des grilles trente et une fois martelées par vos pieds.

Sol. Je suis l'interface, la ridule, l'intersection entre la terre et la houle que meut cette marée humaine. 8h, marée haute. 11h, marée basse. Refluent alors les voyageurs, jusqu'au nouveau bruissement du pendule. Mais je reste cependant, atone contre ces bottines qui me mordent et contre ces talons qui me griffent. Je n'ai ni conscience ni fierté et demeure, immuable. Présentant ma surface âbimée aux néons. Cœur de béton. Mais ma face reste immanquablement piétinée. Amorphe prisonnier je continue à fixement regarder les plafonniers, qui noient mes reliefs de leur lueur pâle - blanche, blaffarde- une de ces lumières qui aveuglent et qui contrastent, de cet éclat artificiel qui dilue toute nuance. Qui coupe court à tout pas de danse.

Qu'on me haïsse ou qu'on me vomisse. Je n'en ai cure. Je ne suis que le décor, le rideau de velours rouge qui borde d'aucuns la scène, d'autres le quai. D'une rigueur minérale, et pourtant : je suis le ferment de la ville, celui qui vous anime et vous transporte, sans états d'âmes, bien qu'en fonction de mes humeurs, de mes retards. Correspondance en errance, train de nuit pour Sèvres, ou bien peut-être Babylone.

Mais en bout de ligne.

D'autres transports nous attendent, de ceux qui ne sont plus de mon ressort. A l'horizontale d'un soupir, suspendus à la verticale de tes yeux.
Ascenseur, oiseau de fer, ou l'autre "mettre-haut". Élève-toi, élève-moi vers d'autres sommets.


-

(A écouter / voir avec ce clip de sayCet)
Blinded
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Re: Vos textes et poèmes

Message par Blinded »

:mygod: :amour: :niais: :copain:
Rusalka
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Re: Vos textes et poèmes

Message par Rusalka »

OFF-Topic :
puisque la tendance est aux smileys :ninja:
Image
:amour:

c'est marrant, je me suis payée un trip du même genre en version archi brève (pseudo haïku) un matin en allant prendre mon bus. Mais je ne l'ai pas noté :mrgreen: .
Mizc
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Re: Vos textes et poèmes

Message par Mizc »

Merci vous deux :copain:
Rusalka a écrit : c'est marrant, je me suis payée un trip du même genre en version archi brève (pseudo haïku) un matin en allant prendre mon bus. Mais je ne l'ai pas noté :mrgreen: .
La capacité de l'être humain à trouver de l'inspiration (= de la beauté ?) dans la laideur quotidienne est tout de même étonnante. Enfin, transcendante. C'est à peu près tout ce qu'il nous reste. :ninja:
Lexto
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Re: Vos textes et poèmes

Message par Lexto »

Blinded a écrit ::mygod: :amour: :niais: :copain:
+ 1 !
mestic
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Re: Vos textes et poèmes

Message par mestic »

J'über kiffe "[...]jusqu'au nouveau bruissement du pendule." Ce bout de phrase est juste parfait ! :content:
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