Voici ma nouvelle contre l'homophobie. 2199 mots, c'était juste. Je cache pas que j'ai eu beaucoup de mal à la finir, parler de la mort de son petit copain n'est pas chose facile. Je vous laisse lire et j'attend vos critique.
(A l’homme que j’aime, peut être bien celui de ma vie)
Le 24/11/07.
Une journée qui promettait pourtant d’être comme les autres…
On se balade avec Camille. Il me parle de tout, de rien, comme d’habitude en faite. Je m’approche un peu plus de lui et alors que j’esquive un bisou, un groupe de 6 hommes nous fait face. Je fait alors mine que je lui souffle quelque chose dans l’oreille, pour éviter qu’ils comprennent ce que je souhaitais faire initialement.
Cependant, le regard de l’homme le plus à gauche me parait très sévère. Ils arborent tous des vêtements militaires, bottes de cuirs et cheveux coupé à raz. Seul le tissu rouge avec un cercle blanc en son centre et une crois gammée dépassant de leur poche droite à tous trahissent leurs appartenance au nazisme plutôt qu’a l’armée. Le plus jeune doit avoir à peine 16 ans, contrastant avec le doyen de 35. La moyenne d’âge du groupe se situe dans les 25 ans.
« On accélère, j’aime pas beaucoup comment me regarde le mec de gauche ». Je me met à parler plus fort, plus vite, c’est un tic nerveux qui trahit mon anxiété, je fixe juste Camille, trop peur de recroiser le regard de l’un de ces hommes.
Le groupe se fige devant nous, silencieux. Ils nous regardent avec insistance, nous arrivons à leurs hauteurs, je me déplace vers la droite, pour changer de trottoir même si à ce moment la, j’ai l’impression de déjà connaître la suite des évènements.
« Bah quoi les tapettes, on veut pas venir parler ? »
La rue est déserte, deux d’entre eux se mettent au milieu de la route pour nous empêcher de traverser. En quelques secondes, ils nous encerclent. Sur ma droite, un espace suffît pour que je m’y glisse et que je cour, je suis assez rapide pour les semer facilement, mais Camille non. Je le regard furtivement, il sais à quoi je pense, je lis dans ses yeux qu’il veut que je parte mais lui comprend dans mon regard que je ne vais pas partir. Je prends la parole :
« -Désolé, ont est pressé. On vous a rien fait alors pas de soucis.
« -Rien fait ? Mais vous baisez en public, c’est pas propre ! »
Dans ma poche, je compose le 17, retourne mon portable pour que le micro sorte très légèrement.
« -On ne baise pas dans la rue, désolé si vous avez pensé sa. On fera attention la prochaine fois, on se balade juste, je voulais lui montrer la rue St Emilien, il ne connaît pas bien Bagnols sur Cèze
« -Ta gueule toi, si ont dit que vous baisez en public, c’est que vous le faite. T’est en manque de queue c’est sa ? Regardez la bouche de suceuse de l’autre, vous êtes que des PD, faut vous faire soigner ! Pédale ! On va vous soigner »
Le plus vieux, qui est celui qui a pris la parole donne un premier coup à Camille, au niveau du ventre, d’une telle violence qu’il s’effondre sous le choc. Son visage rouge me fait comprendre sa douleur. Ils sont six, je ne peux rien faire. Frapper, partir, parler ? La rue est déserte mais en hurlant, peut être qu’un habitant réagira. Alors je cris, de toute mes forces, je demande de l’aide mais à peine ais je commencé qu’un coup de poing m’arrive en pleine face. Mon visage cogne contre le mur à ma gauche, l’occasion pour le plus jeune de me donner un coup de pied au niveau du bas ventre. Durant ma chute, je vois 3 hommes se ruer sur celui que j’aime. Il ne réagit pas. Je reçois des coups mais ils ne me font pas mal, les seules douleurs que je ressens, sont celle que doit endurer mon homme. Chaque coups qu’ils lui assène sont de plus en plus violent. Je ressens le coup de point qu’il reçoit dans le dos, celui dans la nuque et tout les autres. Je les vois rire, l’un deux sort son pénis et pisse sur son corps inerte. Je n’arrive pas à bouger. J’ai juste le temps de lui susurrer « je t’aime » puis je tourne la tête, à peine le temps de voir le dessous d’une botte et c’est le noir.
Je reprends conscience, doucement. Le corps de Camille git toujours à côté de moi. Je me traine vers lui en ignorant la douleur que cela engendre. Je n’arrive pas à reconnaître son visage tuméfié. Son corps est en sang, pas une seule partie n’a été épargnée. Je ne réalise pas vraiment ce qu’il vient de se passer. C’est comme si je vivais la vie de quelqu’un d’autre. Au font, j’entend une sirène de pompier retentir mais je n’y prête pas vraiment attention. J’attends que Camille ouvre les yeux, qu’il me dise que « tout va bien banane ». Je pose ma main sur son visage, son corps est froid, alors je me dévêtît, le couvre des lambeaux que j’ai sur moi. Je m’allonge à coté de lui, le prend dans mes bras pour lui donner toute la chaleur que j’ai. Du sang ruissèle sur le bitume rugueux, ce n’est pas le mien.
« Allez mon ange, tient bon. Tu n’a rien de grave, tu sera vite sur pied ».
L’ambulance est à notre niveau, 6 hommes en sorte, court vers notre direction. Leurs nombre me rappel celui de nos agresseur, je me met à paniquer, j’hurle des mot intelligible, m’agite dans tout les sens. Mon point cogne l’un des hommes. Il me parle mais je n’écoute pas. Je dois les écarter de Camille. Alors je continu à frapper dans le vent et j’hurle. L’un des secouristes s’agenouille et me regarde. Le bleu de ses yeux contraste avec son teint foncé, dans son regard, une impression d’empathie. Je ne sais pas vraiment pourquoi mais je me calme. L’homme que j’ai frappé s’approche, me couche dans une civière, fait de même pour Camille qui est conduit vers une première ambulance, moi une seconde. Je ne veux pas être loin de lui, je ne peux pas le supporter. J’implore l’ambulancier de me mettre avec lui, il m’explique que c’est impossible, faute de place. Les portes se ferment dans un claquement grave. Dans l’ambulance qui roule à tout allure vers l’hôpital, on m’osculte, me pose des questions, auquel je ne répond pas. Tout ce qui m’intéresse, c’est l’état de Camille. Je ne comprends d’ailleurs pas pourquoi ils s’intéressent à moi. Une vive douleur parcoure mon corps dans sa totalité et ce fut une nouvelle fois le noir.
A mon réveil, l’odeur aigre de la javel agresse mes narines. Je ne connais que trop bien cette odeur pour avoir passé quelques jours dans un hôpital. Mes yeux se pose dans un premier temps sur les deux tuyaux qui me rentrent dans les veines. A ma gauche, la fenêtre laisse passer le peu de lumière qui traverse les gros nuages dans une ambiance pluvieuse. Ma mère, à ma droite, lit un magasine. Son visage creusé par la fatigue trahit son inquiétude. J’émais un petit grognement car je n’arrive pas à bouger. Son regard, emplit d’émotions ne me rassure guère. Elle a quelque chose de dure à m’annoncer. Entre ses mains, un stylo mâchouillé tourne machinalement entre deux de ses doigts.
« Il faut que je te dise quelque chose de pas facile mon fils. Je vais te le dire assez vite pour éviter que tu l’apprennes autrement. Camille n’a pas tenu… il nous a quitté »
Non, bien sur que non, j’avais juste mal compris. Il ne pouvait pas me laisser. Quelqu’un a dû se tromper de dossier. L’afflue de médicament empêche mes neurones de fonctionner. J’ai entendu mais pas vraiment compris le message. Comme si mon corps ne souhaitait subir la douleur de la perte, je m’endormis d’un coup.
Le jour de la sortie de l’hôpital fut celui de l’enterrement de Camille. Etant encore sous l’effet des médicament, je n’avait toujours pas vraiment compris ce qui se passait.
A 14h, je foulais pour la 1er fois de ma vie le cimetière de Bagnols sur Cèze où va reposer son corps.
Enormément de personnes sont amassé autour du Prêtre. Il lit machinalement sa bible, chose qui me répugne. Tout le monde jette une poignée de terre, certain font le signe de croix. Je me retrouve enfin seul avec lui.
« Je suis désolé, je n’ai pas su te protéger. J’aurais dû prendre les coups que tu as prit. Tu ne les mérités pas. Je m’en veux tellement.
Et tout nos projets ? La grande Bretagne que nous devions découvrir ensemble, le PACS, l’enfant que nous voulions plus tard. Tu ne peux pas me laisser seul, je n’en aurais jamais la force et tu le sais. Je devient quoi moi, sans toi ? J’ai mal, si mal. Revient, je t’en supplie. A quoi sa sert que je vive si tu n’est pas avec moi ? Je t’aime tellement, tu es la personne pour qui je me lève tous les matins. C’est à toi que je pense quand j’ai une bonne nouvelle, sur toi que je cris quand je suis de mauvaise humeurs, c’est à cause de toi que je dépense tout mon crédit en sms. Mais me voilà seul, tu m’avait promis l’éternité, tu m’a volé mon rêve, notre rêve. »
Les jours ont suivi et se sont ressemblés. La dépression m’a gagné, malgré les médicaments, les thérapies, les efforts de mes parents, le cortège d’amis. Impossible pour moi d’aller en cour, même sortir est trop difficile. Tout me fait penser à cet homme qui jadis été à mes côtés. Mon téléphone sonne sans arrêt mais je ne décroche pas. Les jours passent, ils se succède inlassablement, quand tout ceci va t’il se terminer ? Peut être quand je l’aurais décidé…
Après des semaines qui me parurent des années, je me leva, prit un stylo et écrivis sans retenu.
« Maman, papa, mes amis.
Voilà exactement 1 mois que Camille nous a quitté. Pour beaucoup c’est un ami qui part, mais pour moi c’est ma raison de vivre. Je sais que ce que je vais faire ne va rien changer, mais je n’ai désormais plus la force de continuer ce long chemin tout seul. Ne vous sentez pas coupable, la faute est mienne. Il ne devait pas nous quitter. Je ne retrouverais pas la paix. Pardonnez moi.
Maman, papa, merci pour tout. Je veillerais sur vous. Je vous aime. »
Je pris une autre feuille.
« Mon ange, voici venu le jour de nos retrouvaille. Je sais que tu es près de moi et que tu va m’accompagner. Je ne suis pas assez costaud pour lutter sans toi. Prépare moi une petite place, j’arrive.
Je t’aime plus que tout.
Ton ti n’ange. »
Dans la salle de bain, le tiroir dessous l’évier regorge de rasoir en plastique. Je fit couler le bain, un peu plus chaud que normal pour que le sang soit plus fluide. À l’aide du couteau de cuisine, je fit sauter les protection en plastique qui entour les lames. J’en cassa deux, il m’en restait donc une. Peu être un signe.
Je m’allongea dans la baignoire. Everything de Lifehouse raisonne dans la pièce. Notre chanson, aucune autre ne pouvait accompagner ce moment.
A la fin de la musique, je m’entailla la veine au dessus du poigné et posa mon bras ensanglanté sur une serviette noir suffisamment épaisse pour absorber tout le liquide rougeâtre. Je ne voulais pas salir la salle de bain. Quelques secondes suffirent pour sentir mon cœur battre une dernière fois. J’esquissais un sourire à l’idée de retrouver l’homme que j’aime. Le calvaire venait t’il de prendre fin ?
Le monde, le 25/11/07
Camille 20 ans et William 18 ans, ont été victime vers 18 heures, le 24/11/07 de ce qui semble d’après les premiers éléments de l’enquête être une agression homophobe au dénouement tragique. Six hommes ont été interpelés, le plus jeune, âgé de seulement 15 ans a tout révélé au policier du commissariat de Bagnols sur Cèze. Le témoignage de Camille a permis au policier de prendre conscience de toute l’horreur de la scène. Les deux hommes se promenaient dans la rue St Emilien dans Bagnols sur Cèze, pourtant réputé comme tranquille, quand un groupe de 6 personnes ont trouvé l’attitude du jeune couple déplacé alors que ceci n’avait aucune attitude provocante. S’en ai suivi des insultes et des coups. Le groupe s’est divisé en deux pour « mieux les punir ». Camille a reçu de nombreux coups et a été arrosé d’urine. Sa carrure lui a permis de résister. Malheureusement, ce ne fut pas le cas de William. Lui aussi roué de coup, le plus vieux de la bande, âgé de 35 ans, l’aurait pris à partis et se serait occupé spécialement de lui en lui assenant un coup de pied en direction de son visage d’une telle intensité que les os de son crane aurait cédé, provocant un coma profond. Il a succombé à ses blessures le lendemain matin. L’infirmière qui s’occupait de lui nous a confié une chose rare et émouvante, il aurait souri avant de s’éteindre.
Nouvelles contre l'homophobie
Nouvelles contre l'homophobie
Dernière modification par Willou le mar. avr. 08, 2008 7:44 am, modifié 2 fois.
Outre le "coup de point" au lieu du "coup de poing" que j'ai noté (non mais c'est juste histoire de ne pas dire que du positif lol), j'ai franchement été touché par l'histoire, la façon dont tu l'as tournée. Les détails parfois brutaux, la violence des coups que tu décris fait qu'on a l'impression de voir la scène se dérouler sous nos yeux. J'ai ressenti une sensation de malaise, de déchirement, de haine et de peine en même temps.
Ma mini-critique n'est peut être pas très "constructive", mais en tout cas tu m'as beaucoup touché par tes mots et j'espère que tu seras publié
Ma mini-critique n'est peut être pas très "constructive", mais en tout cas tu m'as beaucoup touché par tes mots et j'espère que tu seras publié
Merci get_off.
Oui mestic, j'ai toujours eu des problèmes avec la concordance des temps. Je m'y repencherais demain.
Merci de m'avoir lu vous deux.
J'ai une question : on comprend bien avec l'article de journal que a partie du coup de poing dans le visage le reste ce n'est que l'imagination de William ou plutôt son coma ?
Oui mestic, j'ai toujours eu des problèmes avec la concordance des temps. Je m'y repencherais demain.
Merci de m'avoir lu vous deux.
J'ai une question : on comprend bien avec l'article de journal que a partie du coup de poing dans le visage le reste ce n'est que l'imagination de William ou plutôt son coma ?
Moi j'ai compris en tout cas, c'est bien écrit. Bravo.Willou a écrit :Merci get_off.
Oui mestic, j'ai toujours eu des problèmes avec la concordance des temps. Je m'y repencherais demain.
Merci de m'avoir lu vous deux.
J'ai une question : on comprend bien avec l'article de journal que a partie du coup de poing dans le visage le reste ce n'est que l'imagination de William ou plutôt son coma ?
Comme le dit Mestic, fais attention à la concordance des temps. D'ailleurs ton texte commence au présent et passe subitement au passé simple, ça ne joue pas trop.
La première personne du singulier au passé simple prend "-ai" et non pas "-a".
La révélation de la mort de Camille par ta mère est un peu maladroitement amenée je trouve.
La petite pique sur l'église est inutile je trouve (n'essaye pas de brasser trop de thèmes).
Attention aussi à ne pas être trop pompeux (là je parle de la fin) : l'émotion vient souvent des choses suggérées ou non dites.
Il y a de bonnes choses :
J'ai bien aimé la première partie; la description de l'agression est bien faite je trouve.
Quelques effets sont bien trouvés : les coups que Camille reçoit te font plus mal que les propres coups que tu reçois.
La chute est intéressante (mais pas complètement claire pour moi).
Voilà quelques remarques qui me viennent immédiatement en tête.
La première personne du singulier au passé simple prend "-ai" et non pas "-a".
La révélation de la mort de Camille par ta mère est un peu maladroitement amenée je trouve.
La petite pique sur l'église est inutile je trouve (n'essaye pas de brasser trop de thèmes).
Attention aussi à ne pas être trop pompeux (là je parle de la fin) : l'émotion vient souvent des choses suggérées ou non dites.
Il y a de bonnes choses :
J'ai bien aimé la première partie; la description de l'agression est bien faite je trouve.
Quelques effets sont bien trouvés : les coups que Camille reçoit te font plus mal que les propres coups que tu reçois.
La chute est intéressante (mais pas complètement claire pour moi).
Voilà quelques remarques qui me viennent immédiatement en tête.