C’est déjà une très bonne chose que de pouvoir identifier son modèle. La solution de Proust n’a pas été d’œuvrer directement à l’invention d’un style original, mais, au contraire, de se lancer dans un travail d’imitation stylistique : ce sont les fameux
Pastiches. Proust y relate un fait divers, « l’affaire Lemoine », à la manière de neuf écrivains différents : Balzac, Flaubert, Saint-Simon… Je ne retrouve pas la citation, mais Proust pensait, en gros, qu’il vaut mieux connaître à fond les styles qu’on est susceptible d’imiter, si on ne veut pas les imiter sans s’en aperçevoir, ce qui est aussi le risque de les imiter mal. Le pastiche lui a en quelque sorte servi de propédeutique.
Il y a sans doute mille et un chemin. La méthode d'Eilraet ressemble un peu à ce qu'on faisait dans les collèges des Jésuites, ça a donné quelques grands noms.

En tous cas, se contenter d’une invention formelle serait moyennement satisfaisant : d’ailleurs, celle de Proust ne l’est pas, sa fameuse « phrase », longue et complexe, correspond à un projet, elle permet de tenir l’unité d’un sujet dans le foisonnement des expériences du monde, embrassant considérations psychologiques, sociologiques, esthétiques, associations ou souvenirs. Lui-même a écrit un article sur le style de Flaubert, montrant qu’il était une véritable « vision du monde ». Quant à Flaubert, il est l’auteur d’une
Correspondance extrêmement riche pour qui s’intéresse à la création littéraire. Ce sont là quelques pistes fort classiques, si ça t’intéresse (mais en tous cas, à choisir, j’irai voir du côté des écrivains plutôt que des universitaires, dont les travaux, en matière de stylistique et de poétique, sont parfois passionnant, mais souvent rebutants si on n’est pas déjà familiarisé avec les études littéraires).
A côté de cela, lire, lire et lire, pour développer sa sensibilité, se faire une idée toujours plus grande de tout ce qu’on a pu créer, et remettre en cause des évidences qu'on ne savait pas qu'on avait.