Résumé (j'ai essayé de reconstituer plus ou moins les dialogues) et j'ai eu l'accord de Yo :
Je déclare ma flamme à Yo vers la mi-mai... et je la re-déclare 15 jours après !
Quelques mois plus tard, sans imaginer..., maman installe Yo dans mon lit ! Il a demandé à venir dormir chez nous quand sa mère travaille de nuit, et, faute de lit disponible, vu que Denis en a un grand....
Merciiiiiiiii maman !
Bon, il est certain qu'avec les mois qui passent et le manque de discrétion qu'on peut avoir parfois, les choses devaient être bien claires pour tout le monde. Mon frère, avec sa diplomatie habituelle de marchand de vaches, m'a posé clairement la question un soir, à sa façon :
- « Dis Denis, tu sors avec le p'tit ? T'es pd ? »
- « En 1, ça ne te regarde pas ! En 2, oui ! En 3, si tu fais marcher ton caquet, je te descends ! »
C'est vrai que ma diplomatie s'adapte facilement aussi...
Il tiendra parole je crois (il avait intérêt, vous m’avez déjà vu ?) Je suis aussi certain qu’il en aura parlé avec maman mais bon, c’est un peu normal.
Le soir du réveillon de nouvel an, nous décidons de répondre à l’invitation d’un ami qui passe sa soirée au c asino de Spa. Hé oui ! Smoking de chez Cora et tout le tralala… Nous y allons, Yohann et moi, mon frère et un couple de ses amis. A l’arrivée à Spa, juste avant de descendre de la voiture, mon frérot, toujours pas diplômé diplomate, nous sort devant ses amis :
- « Vous deux, essayez de vous tenir, on ne veut pas avoir des réflexions après ! »
Yohann est supéfait et les larmes lui montent; il veut rentrer. Mon sang ne fait qu’un tour et je dis :
- « Toi, connard, le jour où tu fais encore une réflexion comme ça, je te jure que tu feras tes valises définitivement ! » (J'utilise là férocement l'avantage que m'a donné maman par rapport à lui. Mais c'est une autre histoire)
Génial le réveillon !!
Depuis ce jour-là, plus une seule insinuation de mon cher frère.
Quelques mois plus tard virgule on prépare les vacances en France. On sera nombreux. On ne part pas souvent mais presque toujours en petit groupe d'amis. On a invité la famille de Yo avec nous plus une autre famille d'amis. Mais, pour ne poser aucun problème là-bas, il faudrait que tous soient officiellement au courant et acceptent notre situation. (Puis on veut "notre" chambre aussi ! ). Le fameux CO s'impose d'urgence... plus facile à dire qu'à faire en réalité !
On en parle beaucoup entre nous... Je crois que je suis prêt à tenter le coup vu que chez moi tout a été probablement deviné. Yo, quant à lui, ne se sent pas trop le courage d'affronter ça. On se décide quand même. Chacun le fera chez soi, mais en étant présents tous les deux.
Quelques jours plus tard, on se lance...
Phase 1 : chez moi.
Oups ! Pas si évident que prévu. Et puis ma mère est un peu comme moi : elle sent venir les choses et joue un instant à mettre mal à l'aise celui qui tourne autour du pot.
En résumé : (dialogue reconstitué au mieux)
- "Dis, maaan, on voudrait parler un peu avec toi..." (Maintenant, je suis certain qu'à ce moment là déjà, elle avait tout compris !)
- "Ah bon ? Mais je suis là tous les jours et on parle."
- "Euh, on voudrait te parler tous les deux mais ce sera moi l'interprète."
- "Yohann à mal à la gorge ?"
- "Non mais bon..."
- "Je vais repasser moi, c'est quand vous voulez."
- "Arghhh, maaaan, assied-toi stp !"
- "Oh serait-ce important ?"
- "Ben oui, et pas facile... Donc voilà, Yo et moi, euuuh..."
- "...."
- "...." (J'hésite, je regrette, j'ai envie d'être ailleurs. Yo regarde ses godasses.)
- "...Bon, vous dormez ensemble, vous pensez être amoureux, vous voulez me dire que l'homosexualité c'est beau aussi, etc... ?"
- "Ben oui, c'est un peu ça."
- "Un peu ?"
- "Non c'est ça. Oui, tu vois on s'aime vraiment beaucoup..."
- "J'ai remarqué, tu sais !"
- "On trouve important que, malgré que tu l'aies remarqué, on fasse la démarche ensemble de te le dire en espérant que tu l'acceptes"
- "Il n'y a pas de problème avec moi ! Il y a au moins 2 ans que j'ai remarqué tes goûts, tes manières, tes regards pour lui, beaucoup de signes. Et depuis un moment, je n'ose plus entrer dans ta chambre où des choses ont changé ... Dans toutes les circonstances, tu auras mon soutien si tu restes honnête. Et puis il est mignon ce petit. J'ai vu ça l'autre jour quand il est sorti si pressé de la salle de bain !"
- "..." (Yo un peu mal !)
Ma mère rigole. Nous, pas tellement ! Je suis un peu ému à cause de ses paroles et du stress probablement.
- "On a pensé aux vacances. Ce serait bien que tout se passe bien, donc que tout le monde soit au courant"
- "C'est à vous d'assumer mes loulous. Il faut en parler avec la maman de Yohann avant tout. Pour le reste, sur place, il sera encore temps. Faites gaffe aux ragots de village."
- "Mannn, je t'aime..."
Un tout petit petit clin d'oeil de sa part. Pas de grand discours, pas d'embrassade, elle est restée fidèle à elle-même nous pas trop ! Elle assumera ce nouveau fardeau seule. Un de ces quatre elle en pleurera un peu quand même. Elle me l'a dit plus tard.
Mais c'est fait... et bien fait. En réalité c'est elle qui a fait mon CO à ma place. Elle est géniale, je l'adore.
Phase 2 : chez lui.
Yohann n'est toujours pas enthousiaste. On en reparle encore. C'est important qu'il se lance aussi. Et puis ça urge, les mères vont parler entre elles vu qu'elles sont grandes copines.
La semaine suivante, c'est rebelotte. Toujours dans une cuisine, à 200 mètres de la précédente, chez nos presque voisins.
Nous sommes 4 : la maman de Yohann, sa soeur, Yo et moi. Quatre, c'est trop pour un trialogue et Yo, très nerveux, expédie sa soeur qui râle !
L’ambiance est un peu plus crispée. Que s’est-il dit durant cette semaine ? Tout ou peut-être rien. L’expérience du samedi précédent ne rend pas les choses plus simples, au contraire. Le temps s’écoule un peu, elle prépare du café mais je sens que ça va foirer. Je sens que Yo est là par obligation, pas par choix, et c’est de ma faute. Je sens qu’il ne va pas pouvoir, que ce n’est pas son moment. Je sens qu’on ne sera pas aidé cette fois. Moi aussi j’ai envie de partir.
La maman de Yohann m’aime bien, beaucoup même. Ma mère et moi entretenons avec eux, depuis plus de 5 ans, des relations qui sont devenues presque familiales. Les difficultés liées aux départs presque simultanés des maris ont rapproché les familles, et surtout les mères.
Yohann fréquente notre maison depuis longtemps. Il aime mon coin, mon PC, ma présence, nos longs dialogues. Moi, je l’ai consolé, gâté, couvé, aidé, protégé… aimé en secret. Lui n’a pas pris d’initiatives mais s’est laissé conduire par la main. C’est un ptit gars hyper sympathique, toujours souriant, boute-en train mais très réservé quand il s’agit de parler de lui.
Aujourd’hui, c’est trop lourd. Il prend prétexte de consoler sa sœur pour s’éclipser. Moi, je reporte aussi ou j’assume pour deux ? D’un coup, je suis plus détendu et je fonce.
(Ici aussi, je résume et reconstitue approximativement le dialogue)
- "G***, tu sais que nous allons passer deux semaines tous ensemble en août prochain. Nous serons nombreux, nous allons vivre dans une certaine promiscuité et il faut que tout se passe bien. Je parle de ça, mais c’est d’autre chose que je voudrais te parler. Ce n’est pas facile pour moi. Yohann vient de monter non pas pour consoler sa soeur, mais parce que c’est un peu lourd pour lui."
- "Denis, je te fais confiance depuis toujours. Je suis un peu inquiète, explique-toi."
Elle rappelle Yohann qui revient et s'assied près de moi. J'ai droit à un petit sourire qui veut dire "On y va... enfin, vas-y !"
- "Il y a des années que nous nous connaissons, Yohann et moi, et il y a presque un an qu'il vit beaucoup plus avec moi. Je lui ai dit en toute franchise que j'éprouvais maintenant des sentiments différents pour lui. Des sentiments forts. Il a réfléchi plusieurs jours avant de me dire qu'il ressentait ça également. Nous avons trouvé qu'il était temps que vous le sachiez, maman et toi."
- "Il y a longtemps que vous... vous êtes dit ça ?"
- "Oui, presque un an aussi."
- "... Oh la la, je tombe des nues, là. Pour être franche, Denis, j'avais déjà eu quelques doutes en ce qui te concerne. J'avais un peu tenu Yohann à l'oeil, mais je n'avais pas deviné tout cela. Que lui aussi... Enfin bon, je n'ai qu'à accepter. Je le fais de bon coeur car je vous adore tous les deux comme mes fils."
Elle accepte, elle essaye de faire bonne mine, mais quelques larmes montent. Yohann la prend dans ses bras et lui dit "pardon". Ils en reparleront plus tard entre eux. Après un petit moment, elle ajoute de façon surprenante :
- "J'aimerais que Denis me fasse une promesse."
- "Dis..."
- "Si un jour Yohann décide de faire sa vie ou de flirter avec une fille, il faudra lui laisser ce choix."
- ".................. Euh oui... promis !"
J'ai été lâche sur ce coup-là, mais franchement à cet instant j'ai plutôt eu envie de rire !
Nous nous étions imaginé toutes sortes de situations, jusqu'à la pire : que l'on nous empêche de nous voir. Et voici que tout s'est vraiment bien passé. Le sujet reviendra plusieurs fois dans les conversations, mais le soulagement est là.
Le coming out, contrairement à ce qu'on imagine, ce n'est pas "un mauvais moment à passer", ce n'est pas "quelques minutes d'un monologue crispé" qui vont changer la vie. Ces instants-là existent toujours mais ils ne sont que le début. Ils permettent d'ouvrir la porte aux autres vers notre vie. Le coming out est lent, il se prolongera longtemps. Si les autres nous acceptent, nous devons aussi accepter leurs avis, savoir écouter leurs malaises. Un PD à la maison (2 !), cela n'est pas dans la norme. Il faut que tous apprennent à vivre avec. Ces quelques instants si difficiles, si souvent reportés, sont la clef d'une libération. Un grand bien être s'installe, il y a de nouveau de la place pour la confiance.
Pour finir mon histoire, je vais encore ajouter quelques lignes (non, je ne suis pas speedé aujourd'hui ! J'ai mis plusieurs jours pour rassembler mes idées et rédiger tout ceci.)
Nous ne ferons pas réellement de "phase 3." à l'attention des autres amis qui vont partager nos deux semaines de vacances. Nous mettrons tout simplement une petite stratégie au point. Le premier soir, après l'apéro, lorsque tout le monde est enfin rassemblé autour de la table, nous allons nous rouler une énorme pelle devant tout le monde !
Une conversation s'arrête... quatorze paires d'yeux se figent... un petit vent froid... un certain silence coupé par le diplomate "Putaiiiin" de mon frère ! Il déclenche la rigolade. Il y a bien quelques réflexions qui se veulent humoristiques (!) et tout est dit. Nous passons deux semaines fabuleuses entourés d'amis qui, par leur simple conivence nous prouvent qu'ils sont de vrais amis.
Oui la tolérance est bien présente. La Société rencontre des problèmes d'homophobie, les simples personnes non. S'il y a de l'amitié, de la sympathie qui existe envers quelqu'un, elle est renforcée par la marque de confiance que l'on peut donner en lui confiant notre différence. A nous aussi de rester simple, non agressif, sympa, à l'écoute. A nous aussi de ne pas faire de différence !
Voilà... ouf !