Ce qu'il y a de terrible avec l'outing, c'est cette satanée dépendance qui vous saisit à la gorge dès le premier shoot. Le bidule qui crée le bidule, le machin qui entraîne le machin, comme dirait Antoine Blondin : une fois passé le cap de la première fois apparaît en effet cet indéniable effet d'entraînement qui vous pousse à causer à toutes les soeurs qui passent à portée de confession.
Hélas, le stock n'est pas inépuisable.
A titre personnel, il se compose en tout et pour tout de deux frangines -exclusion faite de celle(s) dont je ne soupçonne que vaguement l'illégitime existence et qui ne mérite sûrement pas d'apprendre coup sur coup qu'elle a un frère caché, et que c'est une tapette. C'est ainsi que j'ai consommé en deux jours l'intégralité des réserves officielles de soeurs de la famille Drlrleu.
Au passage, j'en profite pour vous dire que mon CO vis à vis de la seconde s'est à peu près bien passé : si elle a poliment parlé d'autre chose, je suis à peu près sur de l'avoir entendue sourire après coup.
Non, mon vrai problème a été d'étoffer mon stock d'interlocuteurs dans le but de satisfaire une soif de vérité restée trop longtemps insatisfaite.
J'ai bien pensé à établir un roulement entre les deux frangines, mais la peur de lasser a eu raison de cette première idée.
Ensuite, j'ai logiquement envisagé de me confier à mon frangin, qui a l'avantage de boire suffisamment pour oublier la nouvelle en moins de vingt quatre heures et peut donc être ré-utilisé tous les soirs comme une cassette qu'on rembobine. J'ai également renoncé : son penchant pour le sauvignon l'empêchant de comprendre un traître mot de ce que je lui raconte, l'intérêt de rejouer avec lui le boléro de Ravel ne m'a pas paru évident.
Dans le même ordre d'idée, mes parents, qui ont l'art de façonner le monde à leur manière, ne comprendraient que ce qu'ils voudraient comprendre de mes révélations, et saperaient ma chère vérité de ce genre de manteau :
"Qu'est ce qu'il a dit, le petit ; il est gay ?
-Oui, gai, enfin, joyeux comme un pinson, tu sais.
-Ah, chic, vivement qu'il nous fasse des enfants alors.
-Hmmm, figure toi que mon instinct de mère me dit que ça ne va pas tarder..."
Ce qui, il faut en convenir, amoindrirait fortement ce plaisir immodéré que procure un coming out en bonne et due forme : briser en mille morceaux l'espoir que caressent nos chers géniteurs de nous voir marié et de leur assurer une descendance qui viendra plus tard les visiter chaque année à la Toussaint.
Exit donc les parents ; que me reste-t-il ? Pas d'ami, nous en avons déjà parlé. Aucun grand-parent : ils sont tous partis trop tôt, hélas, pour pouvoir être anéantis par la nouvelle.
Ah, mais si, quel tête en l'air je fais, il me reste une grand-mère ! Elle est si petite que je l'oublie toujours...
Las, je n'ai pas grand chose à attendre de la chère ancêtre : elle a la sale manie de tout pardonner. Pire, elle serait capable de me trouver des excuses, un traumatisme post natal expliquant mon comportement ou quelque chose dans le même goût ; et je crois que je supporterais assez mal de voir mon identité ainsi rangée dans le vaste coffre de la folie des hommes, quelque part entre la guerre de 14 et le réchauffement de la planète.
Voilà comment mon coming out s'est arrêté, faute de carburant.
C'est à ce stade de la réflexion que le souvenir de vos commentaires a vrillé mes tympans corrompus : et si, plutôt que de crier dans le vide, je le remplissais d'un peu de moi et de beaucoup d'autres pour venir y chuchoter ?
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[quote] essaye d'écrire des livres serieusement [/quote]
Je peux écrire des livres de bien des manières, mais pas sérieusement. Bien sur, si tu voulais dire sérieusement que je devrais écrire des livres, je serais obligé de trouver une pirouette pour te remercier sans rougir. |
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