Je devrais peut-être expliquer le coup des brocolis ? Je fais du judo. En l'apprenant, ils m'ont hissé sur un pseudo-piédestal de grand maitre japonais invincible, me donnant le nom de "Maitre Shinobi". Je suis aussi végétarien, et les plaisanteries à base de légumes sont très courantes, depuis qu'ils l'ont appris.
Tu as découvert mon clin d'œil camouflé à la grande spirale bleue ?
Depuis mon premier CO auprès de Flo‘, nous n’en avons plus reparlé. Pas une seule fois. Alors, les jours passaient, l’euphorie descendait. Doucement. Tout doucement. J’ai profité de cette sensation longtemps et je souris encore en y repensant.
Mais, si cette pulsion outienne était passée, je me sentais encore ces blocages à aller vers les autres…
Vint alors le moment du voyage en Auvergne. Les autres filières partent au ski, en Angleterre, en Espagne… Nous autres, premières pseudo-scientifiques, partons étudier la grenullité des pierres volcaniques.
Alors, je découvre la joie de la vie en communauté. Le dernier jour se termine étrangement : tout heureux pendant ce voyage, je prends soudainement compte que je ne suis pas allé vers les autres, encore une fois. Ce sont eux qui sont allés vers moi…
Je m’allonge sur mon lit. Chose surprenante, c’est la seule personne que je n’imaginais pas pouvoir s’intéresser à moi qui le remarque. Alors ils viennent. Comme toujours. Je trouve le courage de vouloir parler, et je demande même à ce que nous nous isolions. Qui
nous ? Elle et moi. Elle, c’est Sarah, une fille formidable qui m’aime bien - qui m’aime
bien, simplement -.
Alors je parle, et quand je parle, je me met à pleurer. Je lui explique ma difficulté. Arrivent d’autres S2. On me re-propose des gâteaux, la même fille qui m’en avait proposé lors de ma première faiblesse lacrymale. Et elle continueras à m’en proposer a chaque fois que j’irais mal. Le comique de répétition, sans doute, mais je ris à chaque fois. A la fin de notre discussion, Sarah me dis que ce seront eux qui iront vers moi, maintenant. Et souvent
Le voyage se termine, et je m’ouvre chaque jour un peu plus. Pourtant un dernier point me chagrine j’ai toujours du mal - beaucoup moins ! - à aller vers eux.
J’écris alors mon premier article. Oui, ça me fait un bien fou de poser tout ça sur le fond blanc de ma cyber-page, et, j’ai comme envie qu’ils le sachent.
«
Pour vraiment comprendre les écrits sur le soi-intérieur d’autrui, ne faut il pas en premier connaitre l’auteur ?
Je suis une façade.
Un énorme mur de brique qui retient une eau sombre et gluante.
Cette eau noire comme la nuit, c’est l’essence du jeu de mon inconscient : «Excusez moi d’être là, vivant et devant vous.» C’est mon ressenti, c’est l’eau qui se déverse par les canalisations du mur, et c’est ça que j’exhibe au grand jour.
Pourquoi il y a cette eau, comme ça ? Parce que cette ombre essaye d’éteindre mon soleil.
Mon soleil qui brille en puisant sa force dans la présence des autres.
Si vous saviez comme j’ai besoin de ces autres…
Leur présence m’éclaire, leurs paroles me font sourire, Et leurs sourire font resplendir au plus profond de moi toutes les lumières. Ne voient-ils pas mes yeux qui s’éclairent quand ils sourient ?
Ce sont eux, ces autres, dont j’ai peur. Ne suis-je pas un boulet qu’ils trainent ?
Ma présence ne les embête pas trop ?
Vous voyez le fourbe jeu de mon inconscient…
Alors, je me tiens loin, pas trop, juste assez pour puiser en leur présence ma lumière vitale tout en évitant d‘entrer dans leur sphère.
Parfois, ils se tournent vers moi, et la lumière fuse. Je souris, c’est obligé. «maitre Shinobi» … Ils ne peuvent que m’aimer, ils me le disent, et pourtant, je doute encore.
La lumière, ils la font souvent, mais comme toujours, l’eau sombre froide et gluante s’infiltre partout, je m’efface, retourne dans mon silence. Encore. Alors on m’oublie, et on retourne à des choses plus actives et amusantes.
Si vous saviez comme je souffre de mon incapacité à faire quoi que ça soit de bien !
Si vous aviez idée de ma mélancolie après une occasion loupée…
Mais… car il y a un «mais» :
Il ne sera pas dit que l’incapable soleil immergé soit si abandonné dans son eau.
Car Ils sont là. Et ils sont la force qui fait s’illuminer la mare noire et changer la glace en feu.
Vous fissurez les briques, et me réchauffez de vos paroles, et tout ce mal s‘évapore.
Je vous montrerais ma lumière, mes sourires, mon rire, et l’amitié refoulée.
Je vous donnerais mon amour si vous le libérez.
Parce que vous me faites un bien fou par votre simple présence,
Je vous aime, mes machines à sourire… »
Que de messages de soutien ! Ils commentent cet article, m’en parlent. Ils m’aident.
Alors, je me sens de mieux en mieux avec eux. Je les aime vraiment ! J’écris moins d’une semaine après mon article de coming-out. Personne de ma classe ne le commente. Jeudi, j’angoisse : ils l’ignorent volontairement ? Ils ne l’ont pas lus ? Oui, j’angoisse vraiment. Je craque. Troisième faiblesse lacrymale. Hélas, ce n’était qu’une pause de cinq minutes entre… deux heures de maths. Il faut croire que cette matière est propice aux pleurs. Mais Sarah reste avec moi, et nous sommes en retard.
J’hésite, j’essaye de lui parler « Tu veux pas m’en parler ? - Si, mais j’y arrive pas… » J’y arrive… « J’suis gay… » Oui, pas très original, je l’avais déjà faite, mais on fait comme on peut… Et je ne pouvais pas grand-chose.
Et elle me dit quoi ? Qu’elle s’en doutait… Un garçon aussi gentil que moi, ça ne peut pas être un de ces hétéros… Un sourire, elle me redonne le moral. Nous entrons en maths, un rapide « Excusez moi » de sa part, mais il semble que mon état nous épargne un quelconque motif à fournir.
Alors, je rentre. Et j’attends, ils commentent mon article au fur et à mesure qu’ils tombent dessus, lentement. - J’ai encore eu une réponse encourageante hier soir. - Je discute avec Florian. Il se doutait que je pleurais pour une histoire d’homosexualité mais n’osait pas retourner le couteau dans la plaie. Je le remercie, avec un smiley souriant, et nous discutons un peu. Je lance quelques plaisanteries.
Hier, dernier jour de cours avant les vacances, nous disposions, avec l’aide du formidable oral de français qui mobilise tout les profs de français de deux heures pour manger. Sarah part en allemand pendant que je fait passer le temps en calculant le quotient de deux polynômes de rangs supérieurs à deux. Je termine mon système de quatre équations à quatre inconnues juste avant la sonnerie. Elle sort d’Allemand, me parle un peu, puis me tire brusquement pour que j’aille avec eux. Une première heure passe, puis, je me dis que je devrais aller chercher de quoi satisfaire ma basse pulsion animale. Il est donc temps d’aller manger. Les autres ont déjà de quoi faire, mais je dois y aller. Sarah décide de m’accompagner, son sandwich à la main. Rapide aller-retour sandwich, et, pour la première fois de ma vie, j’En parle avec quelqu’un que je connais dans la vraie vie. (Non pas que vous ne comptiez pas, Ealoriens, mais c’est différent) Alors j’en parle, et ça me fait un bien fou. Je passe un moment formidable avec eux.
Et là, je reste encore devant mon ordinateur à attendre d’éventuels autres commentaires. Ils me manquent déjà, ces pauvres S complètement cinglés.
Je crois bien que je deviens un véritable être humain.