J'ai commencé mon Coming-Out avec deux personnes jusqu'à présent. N, avec lequel je m'entends très bien et L qui reste tout de même sympathique.
Pour le premier, ça a été difficile à annoncer. Pour le second, ça a été pire ! Mais ils l'ont tout deux plutôt bien pris. (Avec indifférence peut-être...
La première semaine, je l'ai passée à ruminer. Moi qui patientais depuis tant de temps que ce "mal" passe et que je devienne "normal" en ne pensant plus à des garçons mais plutôt à des filles, je me suis trouvé devant le fait accompli : Cela fait trop de temps que je me sens attiré par des garçons pour espérer que ça ne soit que temporaire. Ça n'a rien d'une "recherche d'identité sexuelle", c'est mon orientation définitive.
Je ne l'ai pas choisi, ça non. Je le tolère tant bien que mal.
Cette réflexion me prenais toutes les fois que je me retrouvais au calme. Autant dire que dans ma tête, je n'ai pas eu beaucoup de répit et j'en ai souvent pleuré sous la douche ou une fois couché... oui ! Et alors !
Je me suis alors fixé l'objectif de le dire à quelqu'un pour me soulager de ce poids. Après quoi, je me sentirais plus libre sans doute et ça serait un premier pas vers un Coming-Out total. Et c'est N que j'ai choisi.
N est quelqu'un de très sérieux avec de bonnes notes partout. Il a un sens de l'humour que j'apprécie car basé sur l'auto-dérision. Nous sommes assis l'un à coté de l'autre dans la plupart des cours ce qui rend notre travail que plus efficace. Il m'apporte son savoir d'électronicien et moi, je l'aide pour tout ce qui touche à l'informatique. Bien qu'hétéro (il a une petite copine), tout le monde se plaît à le prendre pour un homo (c'est un sujet comme un autre pour pratiquer une forme d'humour que j'apprécie beaucoup moi, la moquerie), et plutôt que de le prendre mal, il en ri et entretient cette image quand l'occasion s'en présente. Il a même sorti un jour avant de quitter la classe et en réponse aux habituelles réflexions stupides : "Si je suis en IRIS, c'est parce que statistiquement, c'est la section où il y a le plus d'hommes !". Il m'avait même parlé d'un prof qu'il savait gay mais uniquement en de bons termes. Bref, N a une vue plutôt saine de l'homosexualité. Il m'est paru évident que c'était LA personne à qui l'annoncer en premier, celle qui avait le moins de chance de le prendre mal.
J'ai alors passé la semaine à chercher un moment pour lui dire tout, en vain.
Le lundi de la semaine suivante, par trois fois, j'ai failli tout lui déballer. Je ne pensais pas que ça serait si compliqué. Je n'ai toujours rien dit.
Le lendemain, je me suis décidé à lui écrire plutôt qu'à lui dire. En rentrant du lycée, ma tête pleine de ce que je voulais lui dire et de la manière de le faire, je lui ai tapé un courriel et je lui ai envoyé.
Le lendemain, je me suis senti comme en sursis. J'ai bien vu le matin qu'il n'avait pas lu son courriel. Je n'arrêtais pas de me dire : "Putain Romain t'es con ! Pourquoi t'as envoyé ça ?". J'avais peur qu'à la lecture, il change d'attitude, peur qu'il se distancie de moi, qu'il m'évite. Je me suis senti piégé. J'étais pas fier ce jour la. Fort heureusement, personne ne l'a remarqué.N,
J'ai quelque chose de relativement sérieux à t'annoncer. Je songe à te le dire depuis une semaine car tu me sembles être l'un des meilleurs interlocuteurs. Je ne te connais que depuis septembre, mais je pense que je peux te faire confiance.
Aujourd'hui, ça a été particulièrement difficile de te le dire et je n'ai d'ailleurs pas eu le courage, ni ce matin dans le couloir à 9 heures, ni en allant chercher ces putain de croissants à 10 heures. J'ai même songé à te le dire ce soir en partant.
Ça ne te concerne pas toi directement, juste moi. Tu n'as pas besoin de te remettre en question ou quoi que ce soit.
Je n'ai jamais eu de petite copine. À l'école, les filles ne m'intéressaient pas. Les garçons non plus d'ailleurs. Rien d'extraordinaire. Ça c'est corsé dés le collège où il m'arrivait de penser distraitement à des garçons que je connaissais. Ça c'est amplifié avec le temps et j'ai même commencé à songé à des trucs qu'un garçon n'est pas sensé penser. Au lycée, pas de surprise, j'y ai pensé encore plus et j'ai commencé à prendre conscience de cette tendance anormale que je suivais. Nous vivons dans une société encore très à cheval sur les principes et ces principes touchent tout le monde sans distinction (moi y compris). J'ai alors inconsciemment pris peur (avec le recule, je m'en rends compte maintenant) et j'ai refusé ce que je devenais en accusant un phénomène de crise du à l'adolescence. Je pensait que ça passerait. J'ai cru que ça disparaîtrait avec l'âge et que tout allait se normaliser.
Grave erreur.
Aujourd'hui, près de 10 ans après mon éveil, je n'ai toujours pas changé. Mon regard est toujours aimanté vers le même genre. J'ai toujours cette même gêne quand on évoque des blagues à ce sujet. Je me sens toujours aussi différents de vous et j'écoute vos discutions sur les filles avec la même sensation que ça ne m'arrivera jamais et que je suis condamné à être le puceau de service (Ce n'est pas de vos faute, ni de la mienne.). Imagine mon malaise lorsque des gens de ma famille me demandent quand est-ce que je me trouverai une copine. "À moins que tu sois PD ! Oh oh oh ! T'es pas PD j'espère ?". Pendant tout ce temps, j'ai réussi à le cacher en paraissant le plus normal possible et en refusant tout ce qui pourrait me rendre marginal. Je ne m'habille pas comme l'archétype made in techtonik, j'ai une voix normale, je ne pense pas avoir de manières efféminées, je porte ma ceinture dans le bon sens, je reste socialement normale. Si j'évite les contacts avec les gens, si j'évite d'être trop proche d'un mec, si je parais si "français moyen", c'est pour que personne ne sache qui je suis. J'évite de m'attirer les foudres de connards bornés comme il en existe tant en France.
Tu es la deuxième personne à qui je le dit. La première étant un joueur de mon clan (Welcomed) de Tremulous : jmjjg. J'ai tout de suite su que ce serait facile avec lui ; il est mature d'esprit, tolérant, réfléchit et à écrit un article dans son blog contre des propos de Sarkozy (rigole pas !) dans lequel il défendait justement la cause gay. Il a plutôt bien réagit et ça m'a débarrassé d'un poids, le poids de la honte. Il m'a prévenu que ça pourrait être très pénible.
Tu fais peut-être parti du commencement de mon coming-out, processus assez long et réputé comme étant éprouvant mais libérateur. Ce qui me freine le plus, c'est qu'il me reste comme un espoir selon lequel tout peut encore changer.
Je sais pertinemment que tu ne consultes quasiment jamais ton courriel et ça m'arrangerais presque que tu ne le lises pas ou même que ce message parte avec le spam ! Je ne te demande pas de changer. Je ne te demande pas de sortir avec moi (ça non !). Je te demande pas de me défendre, de me plaindre, de me réconforter, de me comprendre. Juste de savoir qui je suis et de ne pas t'étonner s'il m'arrive d'être un peu froid à l'écoute de certaines blagues salaces agressives et de sourire légèrement quand un type de la classe s'amuse à me chauffer. ^^
Voila. Si tu lis tout ça, c'est que j'aurais eu le courage de cliquer sur "Envoyer". Et ça me fiche vraiment les jetons de le faire...
Romain.
PS : J'ai lu et relu. J'espère n'avoir pas été trop direct et ne t'avoir pas trop choqué. Si tu ne veux plus t'asseoir à côté de moi en cours, je comprendrais parfaitement.
PS2 : Ne t'inquiète pas pour toutes les blagues que tu as pu faire ou auxquels tu as rigolé, ça me fait aussi rigoler ! Je suis pas anti-hétéro et j'ai de l'humour ! Et je n'ai jamais pris tes allusions au sérieux. Tu es tranquille de ce côté la.
PS3 : Je tient à préciser que je n'ai encore jamais d'expérience avec qui que ce soit. Tu peux même pas t'imaginer à quel point c'est dur de cliquer sur ce putain de bouton "Envoyer" de merde... Et je te rappelle que tu dois poster une réponse sur le forum d'Olivier.
En rentrant chez moi, j'allume mon PC, me sert une cuillère de Nutella (c'est sacré le Nutella) et consulte mon courriel. Et la, Thunderbird me signal un nouveau message : RE: coming-out...
Mon coeur s'est mis à battre à fond. D'habitude, il lit pas son courriel ! Qu'est-ce qui lui a pris de le lire ?! Il sait tout maintenant !
Vous pouvez pas savoir à quel point ça m'a fait plaisir. Quoi que la proposition d'un coup arrangé m'est apparue un peu gauche de sa part.Je viens seulement de lire ton message...
1) Tu ne m'a pas choqué... je respecte tes choix et tes attirances...
2) Je connais une personne Gay qui ne s'en cache pas... je pourrai te le présenter mais je n'en parlerai à personne sans ta permission...
3) Je crois qu'il faut sérieusement que je poste sur le fofo d'olivier ^^
ce n'est pas par les attirances et les goûts des gens qu'ils faut les juger... et tu as eu raison de me faire confiance...
n
Mais j'ai eu la meilleur réponse à laquelle je pouvais m'attendre et j'étais très satisfait.
Le lendemain matin, lorsqu'il m'a serré la main pour me saluer, il a gardé son sourire habituel et la journée s'est passé le plus simplement du monde. N est resté fidèle à lui-même. En rentrant le soir, je souriais de satisfaction et de soulagement.
Il me parle toujours, sort toujours des blagues parfois lourdes et des anecdotes intéressantes. Il me gave toujours autant avec sa fichue PSP. Bref, tout se passe bien avec N.
Avec L aussi d'ailleurs. La différence avec L est la manière dont je m'y suis pris pour lui annoncer. Bâclé à souhait, en aucun cas prévu, de manière très hasardeuse.
Ça s'est passé cette semaine (la semaine suivante donc), ce mardi.
Le restaurant universitaire auquel je suis habitué (Canot) étant en travaux jusqu'à septembre (Si si !), on est obligé d'aller manger à d'autres restaurants universitaires fatalement beaucoup plus éloignés. Comme j'avais le temps du fait de l'absence d'un prof que j'avais de 10h à 12h, j'ai décidé d'aller visiter le restaurant du CROUS : le Bouloie (Compter une demi heure de marche contre un quart d'heure pour le Mégevand).
Comme L s'y rendait pour poser son vélo dont la chaîne était foutue, c'est lui qui m'indiquerais la route.
En chemin, on discute, tranquillement, entre potes, rien de bien méchant quand il se met à aborder le sujet des filles. Bon, j'écoute ce qu'il dit, rigole quand il faut rigoler, etc. Ça ne me dérange pas outre mesure. Je ne suis pas anti-hétéro et ça me fait toujours plaisir de savoir ce que mes amis préfèrent. Ça comprends également leur goût en terme de filles, leurs techniques de dragues, etc.
Je me sens tranquille, légèrement essoufflé (il marche vite le bougre), tout ce passe bien quand il me dit :
_ Quand on dit que la beauté c'est intérieur, c'est con, quand tu flash sur une fille, c'est pars qu'elle est jolie, pas parc qu'elle est intelligente ! Hein ?
_ Bah oui.
_ Franchement, tu croises une fille dans la rue, tu la préfère intelligente ou belle ?
Et là, je n'ai plus su quoi répondre. Je n'allais pas mentir, je commençais mon coming-out ! (je le continue d'ailleurs, doucement, très doucement) Alors j'ai commencé à paniquer.
_ ...
_ Franchement, c'est quoi que préfère chez une fille ? Qu'elle soit intelligente ou jolie ?
_ ...
_ Bah réponds !
Dans ma tête, je cherchais une façon de lui dire pour que ça ne soit pas trop brutal ni pour lui, ni pour moi. Je tremblais comme une feuille. Je me suis senti rougir, j'ai baissé les yeux et j'ai essayé de dire ce que j'avais improvisé dans l'urgence... mais sans la préparation...
_ En fait, tu vois, c'est quelque chose que j'ai du mal à assimiler, je l'ai déjà dit à N, j'ai vraiment du mal à le tolérer... non, à l'assimiler...je...j'ai....
Et comme je me rendais compte que je ne respectais pas du tout mon plan et que je sentais le poids du regard de L qui devait sans doute se demander se qui m'arrivait, j'ai lâché
_ ...Je suis homosexuel.
Je voulais utiliser le mot "gay" mais c'est "homosexuel" que j'ai déclaré. C'est peut être un détail pour vous, mais moi, ça m'a fait bizarre de constater que mon esprit n'arrivait même pas à suivre et choisissait des mots auquel je ne pensait pas d'abord. (Il faudra qu'on m'explique
Forcément, le silence à suivit. Rapidement brisé par L qui a lancé les phrases bateau du style : "J'accepte totalement tes choix." ou "J'ai rien contre ça."
Au bout d'un moment, il s'est décoincé et a parlé avec ces vrais mots. "N'empêche, ça doit être chaud de le dire !" et "T'as eu raison de me le dire"
Pour la deuxième fois, je me suis senti soulagé d'un poids, libéré (en partie).
On a mangé ensemble normalement (comprendre : pas équilibré et avec les doigts et plein de sauce) sans trop de gène à part une femme qui nous regardait avec des yeux bizarre et on est revenu au lycée. Sur le chemin, il n'a pas cessé de parler de tout et de rien comme à son habitude y compris des filles. J'ai compris que ce Coming-Out la était fini et qu'il s'était une fois de plus bien passé.
N et L n'ont toujours pas eu l'occasion de se voir et donc de parler ensemble de mon homosexualité à cause de leurs absences interposées. J'attends de voir ce qui en ressortira car je suis sur qu'il ont besoin d'en parler sans que je sois la.
J'espère arriver à le dire à plus de gens dans ma classe dans un premier temps, puis à mon beau-père, à ma mère et enfin à mes petits frères.