Page 1 sur 4

Révélation ou pas ?

Publié : lun. mars 02, 2009 10:58 am
par spécimen
Je bannis définitivement l'anglicisme CO de mon répertoire.
La semaine prochaine, je suis en vacances avec papa. Il y aura son amie qui est quelqu'un des très empathique, de très tolérante. Je pense à son sujet que son fils est également homo...

Ma sœur (handicapée) ne sera pas là, ce qui me faciliterait la tâche car je pense elle ne comprendrait pas. Bon voilà pour le décor, vous vous doutez bien maintenant de la question corolaire.

Je le fais ou je ne le fais pas, sachant que :
- j'ai envie, de plus en plus envie
- j'ai peur de le décevoir, surtout après les 3 dernières années que nous avons traversées.
- je sais qu'il n'est pas ouvert, limite homophobe
- la situation est propice, nous ne serons que 3. Je sais d'avance que j'ai son amie (celle de papa) de mon côté.
- ai-je un intérêt à le dire sachant que l'on se voit à tout cassé 3 semaines/an ? Mais on se parle minimum 3 à 4 fois / semaine ?
- je n'ai pas envie de l'accabler davantage : après une fille handicapée, un fils pd :( C'est sans doute le point le plus important qui me fera renoncer. Je sais aussi qu'il aimerait être grand-père, et je ne désespère pas être père.

Bref, je le fais ou je ne le fais pas ? Sachant que dans l'absolu, si j'étais avec quelqu'un et un enfant, je le lui dirais sans problème !

Publié : lun. mars 02, 2009 12:43 pm
par Pirlouit
Réponse sans détour:

Tu cesses de te torturer l'esprit et tu le fais!!!!
- je n'ai pas envie de l'accabler davantage : après une fille handicapée, un fils pd
En dehors du fait que ta manière de présenter les choses m'a beaucoup fait rire, je crois qu'avec ce point tu es en train de te chercher des excuses pour ne pas avancer


Tu analyses d'emblée le handicap de ta soeur et ton homosexualité comme deux calamités venant s'abattre sur ton père.
Cependant, tu pourrais aussi envisager une autre possibilité. Le handicap de ta soeur a, à n'en pas douter, obligé ton père à faire preuve de beaucoup de courage. A mon sens, il est aussi fort possible que cette épreuve, une fois surmontée, l'ait emmené à être beaucoup plus ouvert et plus sensible au bonheur de ses enfants. En somme, il a sans doute appris à relativiser et à se concentrer sur ce qui compte vraiment: l'épanouissement de ses enfants. Ca a l'air complètement gnangnan ce que je dis mais j'en suis intimement convaincu. Bien évidemment, chaque parent, chaque handicap, chaque histoire a sa spécificité, cela dit pour en avoir discuté dernièrement avec ma mère, je peux t'affirmer que la lecture que tu proposes de la situation n'est pas la seule et que, loin d'être un obstacle, les difficultés rencontrées par ta famille peuvent être sources d'une meilleure compréhension.

Alors, bouge toi! non de non!
Et surtout, quand tu parleras à ton père, parle lui de joie, de bonheur, de sentiment et pas de honte, sinon c'est certain qu'il sera triste. Mais, il ne sera pas triste parce que tu lui diras être homo, juste parce qu'il te verra malheureux. C'est à toi d'agir!

Publié : lun. mars 02, 2009 1:18 pm
par Védra
Allez Spécimen vas-y!
Les conseils de Pirlouit sont judicieux , suis-les!
Si il te sens épanoui, enfin apaisé de t'être révélé il ne pourra qu'être heureux pour toi.
Puis l'opportunité d'avoir quelqu'un qui est gay friendly dans le coin, c'est quand même top!
Passes la 3ème! :wink:

Publié : lun. mars 02, 2009 4:39 pm
par Cam
Je rejoins leurs avis, n'hésites pas fonces !!!!!

Moi j'étais pas tout à fait dans le même cas, mais j'ai une sœur qui a eu énormément de problèmes de santé et c'est vrai que ça a aidé mes parents à m'accepter.
Je leur ai dis que j'étais heureuse comme ça, donc ils ont relativisés, ont vu que j'étais en bonne santé et que c'étais ça l'essentiel...

Courage en tout cas!!!

Re: Révélation ou pas ?

Publié : lun. mars 02, 2009 7:20 pm
par Zünisch
spécimen a écrit :- je n'ai pas envie de l'accabler davantage : après une fille handicapée, un fils pd :(
Comparaison intéressante. :lol:

Tu as en envie, tu as un appui en la personne de son amie, vous vous parlez suffisament souvent pour pouvoir discuter tranquillement et sans trop vous chercher. Alors Pirlouit a raison: Lance toi ! Et ne te focalise pas sur le fait que tu n'es pas d'enfant actuellement. Parce que bon, ça n'a rien d'une situation définitive ( mais je ne t'apprends rien ).

C'est le moment il me semble. :D

Publié : lun. mars 02, 2009 8:01 pm
par Kliban
:) Je suis toujours moins encourageant que tout le monde sur ces sujets là.

Ma réponse tient en un point : vu que les conditions ne sont pas (trop) mauvaises, tu le fais si tu es sûr que tu le fait aussi par amour pour lui.

(pas _trop_ mauvaises : en vacances avec lui, il faut quand même que tu aies une solution de repli si le besoin vous vient de vous isoler. Être 24/24 dans le même espace alors que des chose potentiellement difficiles ont été dites, c'est pas le top. Ca, c'était juste une réflexion tactique :D. Je reviens à la stratégie proprement dite.)

Bon, une fois dit, le truc est pas plus simple à gérer. Ca veut sire quoi, au fond ? Non, parce que par amour pour nos parents, on peut être bien tenté de conserver le statu quo :?.

Je dirais qu'il y a deux conditions - au moins.

1. Ca t'est nécessaire ; que ça te soit impossible de vivre dans le silence ou le mensonge, ou que tu aies besoin du soutien de tes proches - un soutien qu'ils te doivent, en bons parents qu'ils sont ou devraient être, on ne le répète pas assez.

2. Tu le fais parce que, du fond du cœur, tu as confiance en lui et dans votre avenir commun. Tu penses que vous pouvez tous traverser l'épreuve - et donc que ça vous fera plus de bien que de mal au final.

Alors pa ni pwoblem, fonce ! :D Sinon, je crois, c'est qu'il peut être encore bon de réfléchir un peu. Mais quelle que soit l'histoire de votre famille - un handicap, ça n'est pas toujours simple -, l'important c'est comment toi tu peux continuer à grandir dans le respect d'eux (on ne peut pas réellement grandir dans la haine ou le mépris, on peut juste enfler).


Évidemment, je fais une réponse qui ne convient pas du tout à des caractères impulsifs ou plus spontanés que le mien (on ne répond jamais qu'avec ce qu'on est !) - il n'y a aucun mal à être impulsif ou spontané, ça se gère (le vilain mot, mais j'en vois pas d'autres !) différemment, c'est tout. Mais bon, a priori, si tu poses la question, c'est que tu n'es pas impulsif :lol

Bon courage, whatever the decision!

Publié : lun. mars 02, 2009 8:28 pm
par Zünisch
Kliban a écrit ::) Mais quelle que soit l'histoire de votre famille - un handicap, ça n'est pas toujours simple -, l'important c'est comment toi tu peux continuer à grandir dans le respect d'eux (on ne peut pas réellement grandir dans la haine ou le mépris, on peut juste enfler).
Hum. Je ne suis pas sûre de comprendre mais: Au cas où le CO de spécimen serait trop dangeureux, tu lui conseillerais de ne rien dire pour pouvoir continuer à respecter son père ? C'est étrange comme façon de voir. Comment peut on respecter ses parents quand on sait qu'ils sont trop bornés pour pouvoir nous accepter comme on est ?

Bon si ça trouve, tu ne disais pas ça... :arrow:

Publié : lun. mars 02, 2009 9:56 pm
par Kliban
Zünisch a écrit :
Kliban a écrit ::) Mais quelle que soit l'histoire de votre famille - un handicap, ça n'est pas toujours simple -, l'important c'est comment toi tu peux continuer à grandir dans le respect d'eux (on ne peut pas réellement grandir dans la haine ou le mépris, on peut juste enfler).
Hum. Je ne suis pas sûre de comprendre mais: Au cas où le CO de spécimen serait trop dangeureux, tu lui conseillerais de ne rien dire pour pouvoir continuer à respecter son père ? C'est étrange comme façon de voir. Comment peut on respecter ses parents quand on sait qu'ils sont trop bornés pour pouvoir nous accepter comme on est ?

Bon si ça trouve, tu ne disais pas ça... :arrow:
Non non en effet, ce n'est pas aussi direct que ça - et ça ne peut pas l'être parce qu'on ne sait jamais tout d'une situation, même quand on y est plongé soi-même d'ailleurs. J'ai dû mal m'exprimer, je vais essayer d'expliquer.

Le plus important, c'est soi. D'abord. Et soi, on en prend mieux garde si on ne cultive pas trop les sentiments issus d'une tension intérieure (colère, haine, mépris, etc.). Ce qui ne veut en aucun cas dire que ces sentiments soient mauvais. Ils sont même parfois franchement utiles. Mais si on a la possibilité de les éviter, et on ne l'a pas toujours, c'est toujours mieux à long terme. Je dis bien : de les éviter et pas : de les refouler. Il ne faut surtout pas les refouler

Donc, en deux temps :

1. Si c'est dangereux de faire son co, il y a un paquet de choses à peser. On n'est plus dans une situation où on parle d'amour, mais où on parle de défense de soi et de protection de sa survie, mentale souvent, physique parfois.

Je ne crois pas, au vu de la façon dont il en parle, qu'il soit dangereux pour Specimen - tu me détrompes, hein, Specimen, si je dis nawak - pour Specimen de faire son co.Pas facile, peut-être mais pas réellement dangereux - j'espère !

2. Sinon, l'idée c'est bien de se respecter soi, et pour se respecter soi, de faire ce qui est possible pour conserver le respect qu'on a pour les autres.

Mais il y a des limites, toujours individuelles, qui sont des points non négociables. Je ne sais plus où je le rappelais : les parents nous doivent leur soutien. Nous l'enlever parce que nous ne correspondons pas à l'image qu'ils ont de nous, c'est nous imputer à charge leur propre démission.

Soit nous pouvons les aider à passer ce cap - un temps d'éloignement, parfois, ou, au contraire, une certaine parole, ou une certaine fermeté, ou l'expression de certains sentiments, une certaine attitude, etc., ya pas de règles fixe, c'est du négocié en temps réel, comme tout ce qui touche aux relations humaines.

Sot tout simplement nous ne le pouvons pas - et au fond, c'est bien plus à eux de nous aider qu'à nous de les soutenir dans cette chose qui nous est le plus souvent bien plus difficile à à traverser.

Soit ils refusent cette aide.

Soit ils font leur travail dans leur coin en nous apportant leur soutien - ça arrive, oui !

Dans les deux cas centraux, le mépris et autres sentiment sont une bonne arme de transition. Jamais très bonne pour soi à long terme, l'assouplir en indifférence, et parvenir à se détacher de la toxicité de ses parents. Pas un travail simple.

Bon je ne sais pas si c'est plus clair, ni même parfaitement valide. C'est comme ça que je sens les choses, pour le moment, en tout cas.

Publié : lun. mars 02, 2009 11:33 pm
par spécimen
Merci pour vos réponses éclairées et argumentées. Vous êtes gentils :gentil:
Définitivement ce forum devrait être déclaré d'intérêt publique, en tout cas à titre personnel, il m'a beaucoup aidé. D'ailleurs ce sera le titre d'un prochain article (pas prévu non plus celui là dans la trilogie de départ :roll:)

Je vois bien un truc du genre "Et Alors m'a sauver"
La faute est faite exprès hein pour ceux qui n'ont pas compris l'allusion

Sinon j'ai tout de même un sacré obstacle à franchir. Pour rebondir sur ce que vous avez écrit, oui c'est vrai le handicap (mental ici donc) d'un membre de la famille peut renforcer, construire et aider les membres de cette famille. Seulement je crois mon père ne s'est jamais pardonné d'avoir enfanté (c'est horrible mais c'est comme ça que je le ressens à chaque fois qu'il en parle) ma sœur. Encore aujourd'hui, il le vit comme un véritable échec, à tel point que nous avons entamé les démarches judiciaires pour que je devienne le tuteur légal.
Là dessus viennent se greffer des soucis de santé, papa est clairement usé d'avoir porté à bout de bras sœurette pendant ces 35 longues années. Je ne lui jette pas la pierre, elle vit toujours à la maison avec lui et elle devient proprement infernale/ingérable. Je n'ose pas écrire qu'il ne peut plus la supporter à tel point que je la rapatrie dans le sud ouest dès que je suis le tuteur légal :roll:

Depuis que je suis en âge de sortir avec des filles (sic), papa m'a toujours dit, "fiston, tu peux me ramener tout ce que tu veux à la maison, n'importe quelle couleur, mais certainement pas un mec". Personnellement à l'époque, je ne mesurais pas la portée de ses paroles que j'ai entendues de nombreuses fois. Surtout pas avec la sexualité en berne que j'avais. Il y avait bien d'autres problèmes relationnels avant tout à gérer, avant même de penser au sexe.

Je ne pense donc pas qu'il s'est construit fort avec ma sœur, bien au contraire, je dirais plutôt que ça l'a usé prématurément.
Je ne suis pas non plus en danger si cela devait mal se passer. Sinon pourrir une semaine de vacances dans un appartement de 50m² :roll: mais le domaine skiable est vaste :roll:
Ma survie n'est pas en danger. C'est juste lui que je veux préserver.

Aujourd'hui, sans être vaniteux (enfin si carrément là :oops:), je crois il est fier de moi avec le travail que j'ai et les publications qu'il montre fièrement à ses voisins et amis... Personnellement ça m'amuse, ce n'est rien, il s'agit seulement pour lui d'un retour sur investissement de 24 longues années à trimer pour moi et mes études :roll:

Je ne parviens pas à lui faire comprendre que le handicap de ma sœur est un handicap congénital (et non génétique). Impossible de le déculpabiliser là dessus même s'il reconnaît aujourd'hui qu'il ne pouvait rien faire, qu'il ne pouvait pas deviner, qu'il ne pouvait pas empêcher, qu'il ne pouvait pas anticiper. Mais l'homosexualité ?
Pffiouh, c'est littéralement une tare et une nouvelle fois, il va se remettre en cause, j'en suis certain.
Mais cette semaine de vacances est propice aux rapprochements, et je sais par cœur la litanie qu'il va me sortir sur l'éventualité d'une femme qu'il ne voit jamais venir telle sœur Anne du haut de sa vigie :roll:
Il m'est facile d'éluder comme je l'ai déjà fait auparavant. Sauf qu'avant j'étais sincère dans mes réponses. Maintenant je sais que je mentirais si je devais éluder en prétextant que j'ai mon temps et que je n'aime pas me précipiter et patati et patata :roll:

Donc voilà, pffiouh c'est compliqué mais il n'y a pas mort d'homme. En fait je réalise à tel point la révélation parentale est importante. Surtout maintenant que j'ai fini par l'accepter et que je commence à le dire à mes amis. C'est comme une deuxième naissance en fait, je me sens revivre, avoir de nouvelles ailes en échange de celles sclérosées que j'avais avant. Et j'ai envie de lui dire que je pars sur de nouvelles rails. Mais certainement pas au prix de souffrances, ni de meurtrissures :(

Publié : mar. mars 03, 2009 12:31 am
par Fade Out
L'histoire de "ne pas l'accabler" c'est effectivement une fausse excuse. Si tu es gay ce n'est pas de sa faute, et le fait de lui mentir ne le rendra pas moins "coupable" !

Le CO aux parents c'est un peu comme le boss de fin de niveau dans un jeu video. Si tu commence par ça c'est très compliqué, si tu as fait tous les niveaux précédents, ça fait peur mais ça passe sans trop de problèmes.
Je ne suis pas persuadé que tu ais passé toutes les étapes du CO, que tu ais expérimenté différentes réactions et que tu ais pu exprimer fermement ta position ...

Mais le plus important, c'est ce que tu ressens. En fin de compte, c'est à toi de décider si tu es prêt ou pas.

Si tu y vas, il faudra aller jusqu'au bout, tout raconter pour que ça soit clair, même si on te pose des questions déstabilisantes comme "tu es sorti avec qui, je le connais ?", "tu ne peux pas savoir si tu n'as pas eu d'expériences", "tu ne peux pas me faire ça", "ça me dégoute", "je t'avais dit de ne pas me ramener de mec", "je t'ai mal éduqué", "j'ai tout raté dans ma vie", "je m'en doutais". Il faudra aller jusqu'au bout et savoir quoi dire même s'il te dit "je ne veux plus entendre parler de ça", même s'il fait semblant de n'avoir rien entendu, même s'il détourne subtilement la conversation. Ou même s'il ne dit rien (réaction très classique des pères), il faut que tu puisse parler au moins 10 minutes pour dire ce que tu as sur le coeur, expliquer ce que tu as ressenti depuis ces années, le lien avec l'hypersensibilité, etc.

(et sinon je pense que ce n'est pas une bonne idée de parler du fils de l'amie de ton père, en tout cas n'aborde pas le sujet, et si elle évoque son homosexualité, fait semblant d'être surpris, sinon ils croiront qu'il y a une histoire ou que vous vous êtes donnés le mot, etc, ça compliquera les choses. et surtout s'il n'est pas gay ça serait une grosse gaffe)

Réfléchis à toutes ces situations, à ce que tu pourrais dire. Relis tes anciens CO, relis les CO des autres, les articles qui parlent de cela.
Laisse toi une semaine, ou plus, pour réfléchir calmement à tout ça.

Si après ce temps tu es toujours aussi motivé, et que tu penses pouvoir répondre à toutes les situations, vas-y, fonce ! :D
Si tu te dis "pourvu qu'il ne dise pas ça ou qu'il ne fasse pas ça, sinon je ne saurais pas quoi dire"... c'est que tu n'es pas encore prêt. Essaye peut être des CO à d'autres personnes. Essaye aussi de rencontrer plus de gays "en vrai" pour discuter de ce genre de sujets et en parler (c'est différent de l'écrire) - mais tu fait peut être déjà ça avec ton assoce...
N'empêche, quoi que tu prenne comme décisions, ça me fait plaisir de te voir poster dans cette section ;-)