Le cours d'anglais et les doubles c-o
Le cours d'anglais et les doubles c-o
14 heures. Fin du film Philadelphia, des ricanements tout autour. Une insulte distictement prononcée, venue du fond de la classe. Ma trousse qui vole, droit sur le visage de l'auteur de l'injure. Le pire c'est que je ne l'ai vraiment pas fait exprès.
"Mais qu'est-ce qui t'prend, t'es malade ?!"
Silence. Ricanements.
"Bah alors, M., t'es pas lesbienne quand même ?"
Je me lève. Doucement. Souris en ramassant ma trousse, et en leur répondant tout haut, mon regard dans les leurs :
"Si... Où est le problème ?"
Seize, peut-être dix-sept ans de moyenne d'âge dans cette classe, et un niveau moral digne de l'école primaire. Un professeur qui ne gère plus rien, et là, le bruit violent d'une chaise, juste derrière le bureau sur lequel j'étais assise. C'est N. Il a l'air en colère.
"Lâchez-là, fait-il. Ou plutôt, lâchez-nous."
Et de deux.
C'était l'année dernière, et avec le recul, je remarque combien c'était bien tombé. Cependant, ayant changé d'établissement cette année, les insultes pleuvent à nouveau. On a repassé Philadelphia, semaine sidaction oblige. De nouveau, les ricanements. J'ai retenu ma trousse, et senti leurs regards. Sur moi, sur V. Ils savent, du moins ils se doutent. L'enseignante elle-même semblait les approuver.
A quand le prochain cours, les prochains coming outs ? Est-ce que ça en vaut seulement la peine ?
Dix-sept ou dix-huit ans, et des intolérants. Intolérables, perdus.
Un jour j'embrasserai la jolie S. à la cantine.
"Mais qu'est-ce qui t'prend, t'es malade ?!"
Silence. Ricanements.
"Bah alors, M., t'es pas lesbienne quand même ?"
Je me lève. Doucement. Souris en ramassant ma trousse, et en leur répondant tout haut, mon regard dans les leurs :
"Si... Où est le problème ?"
Seize, peut-être dix-sept ans de moyenne d'âge dans cette classe, et un niveau moral digne de l'école primaire. Un professeur qui ne gère plus rien, et là, le bruit violent d'une chaise, juste derrière le bureau sur lequel j'étais assise. C'est N. Il a l'air en colère.
"Lâchez-là, fait-il. Ou plutôt, lâchez-nous."
Et de deux.
C'était l'année dernière, et avec le recul, je remarque combien c'était bien tombé. Cependant, ayant changé d'établissement cette année, les insultes pleuvent à nouveau. On a repassé Philadelphia, semaine sidaction oblige. De nouveau, les ricanements. J'ai retenu ma trousse, et senti leurs regards. Sur moi, sur V. Ils savent, du moins ils se doutent. L'enseignante elle-même semblait les approuver.
A quand le prochain cours, les prochains coming outs ? Est-ce que ça en vaut seulement la peine ?
Dix-sept ou dix-huit ans, et des intolérants. Intolérables, perdus.
Un jour j'embrasserai la jolie S. à la cantine.
Ne pas désespérer. Cela mettra le temps.
Les ricaneurs sont les plus audibles. Ils occupent une fonction sociale simple, évidente, immédiate : celle de dire et de renforcer la norme du groupe. Ce faisant, ils manifestent leur appartenance à la caste qui, comme elle obéit aux impératifs de la dite norme, se sent porteuse des valeurs centrales du groupe.
Autour des ricaneurs, il y a les plus ou moins indécis. S'opposer aux ricaneurs - c'est usant, oui. Mais ce n'est pas les viser eux - il sont plus ou moins récupérables - mais cibler les indécis.
Dans nos sociétés, du moins en Occident, on peut opposer d'autres valeurs à celles des ricaneurs : le droit à la détermination de son mode de vie, le droit au respect tant que l'on respecte, la dignité de chacun, etc. Les valeurs, dans nos sociétés complexes, se négocient avec bien plus de facilité que dans une société régie par la tradition. On peut profiter de cela. La visibilité n'a pas d'autre objet que, par l'habituation, la confrontation directe aux divers de la différence, de mener les indécis à comprendre la légitimité d'un point de vue qui nous donne droit à exister dans l'espace public sans y être l'objet d'aucune opprobre particulière.
Alors oui, si tu en as la force, cela vaut la peine ; sans compter que cela aide encore ceux et celles qui n'ont pas cette force là à l'acquérir peu à peu, à s'assumer et à vivre mieux, moins dépendant du regard dépréciateur des autres.
Bon courage ! On est de cœur et de volonté avec toi !
Belle prose April, une patte litteraire indeniable!!
Que peut-on faire face a de tels energumenes?
Les eduquer (mais c est pas ton boulot, et puis on ne peut pas dire que ce soit la tranche d age la plus facile...), ou les ignorer et vivre ta vie; tu te blindes, et tu te dis que de toute maniere, le lycee c est bientot fini.
(Et c est quoi cette prof qu est meme pas fichue de reagir???)
Un petit
de soutien!
Et j espere bien aussi qu un jour tu embrasseras la jolie S. a la cantine!
Que peut-on faire face a de tels energumenes?
Les eduquer (mais c est pas ton boulot, et puis on ne peut pas dire que ce soit la tranche d age la plus facile...), ou les ignorer et vivre ta vie; tu te blindes, et tu te dis que de toute maniere, le lycee c est bientot fini.
(Et c est quoi cette prof qu est meme pas fichue de reagir???)
Un petit
Et j espere bien aussi qu un jour tu embrasseras la jolie S. a la cantine!
Re: Le cours d'anglais et les doubles c-o
Excellent... vraiment, t'as osé et c'est super, tant pis de ce qu'ils pensent les intolérants de toutes les façons ce sont pas des gens qui nous méritent!April a écrit :
"Si... Où est le problème ?"
Bravo!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
PS : j'espère aussi que tu l'embrasseras :p:p
-
Points.de.suspension
- Messages : 2468
- Inscription : lun. juin 16, 2008 12:56 pm
Je crois sincèrement que ça dépend des lieux... Dans mon lycée, ça se passait merveilleusement bien. (:
Ne désespère pas, ils grandiront, se retrouveront face à la vie, face à leurs contradictions, et puis ils ont peur sans doute, parce que c'est l'inconnu.
Tu es capable de tenir bon, de tenir tête, rien que ta première réaction le prouve. Ne lâche pas ça.
Ne désespère pas, ils grandiront, se retrouveront face à la vie, face à leurs contradictions, et puis ils ont peur sans doute, parce que c'est l'inconnu.
Tu es capable de tenir bon, de tenir tête, rien que ta première réaction le prouve. Ne lâche pas ça.
Kliban > Exact... ca prendra le temps qu'il faudra, ou ça n'en prendra pas du tout. Après tout, peu importe. Merci =)
M-A >
L'écriture est une des dernières accroches que je possède encore, donc bon... Pour la prof, c'est le genre vieille école, stricte, très "moralisatrice". A noter que sa dernière phrase concernant l'homosexualité, c'était : "de toute façon y'a des choses pour lesquelles on a pas de remède". C'est sur elle que j'aurais dû lancer la trousse --'
P!nk > Toute chose à dire doit être dite. ^^
Points.de.suspension > Merci =) A vrai dire je suis dans un lycée un peu... spécial. Pas mauvais, hein, mais avec de nombreux, et surtout de nombreuses élèves parqué(e)s dans des cursus bateaux, et ne jurant majoritairement que par les marques, le rap "révolté", ou la religion - malheureusement.
Ainsi, le "hors pseudo-normes"... Déjà mon ombrelle passe très mal (probleme avec les UV), alors mes fringues et surtout ma façon d'être, c'est "trop" pour eux. Et ce qui est "trop", on le blâme. Parait-il.
J'ai un peu parlé à V. Il se sent mal depuis cet épisode - daté de quelques jours à peine. Ca l'a pas mal affecté.
C'est fou comme de simples remarques peuvent bloquer les gens de l'intérieur. Fou, et effrayant.
M-A >
P!nk > Toute chose à dire doit être dite. ^^
Points.de.suspension > Merci =) A vrai dire je suis dans un lycée un peu... spécial. Pas mauvais, hein, mais avec de nombreux, et surtout de nombreuses élèves parqué(e)s dans des cursus bateaux, et ne jurant majoritairement que par les marques, le rap "révolté", ou la religion - malheureusement.
Ainsi, le "hors pseudo-normes"... Déjà mon ombrelle passe très mal (probleme avec les UV), alors mes fringues et surtout ma façon d'être, c'est "trop" pour eux. Et ce qui est "trop", on le blâme. Parait-il.
J'ai un peu parlé à V. Il se sent mal depuis cet épisode - daté de quelques jours à peine. Ca l'a pas mal affecté.
C'est fou comme de simples remarques peuvent bloquer les gens de l'intérieur. Fou, et effrayant.
Dernière modification par April le sam. mars 28, 2009 11:10 am, modifié 1 fois.
-
Ratatouille
- Messages : 488
- Inscription : mar. mai 27, 2008 2:03 pm
Moi aussi, je trouve ça courageux. Parce qu'un CO à toute une classe c'est déjà compliqué. Mais quand il s'agit de gens qu'on n'apprécient pas, faut avoir du cran.
Moi ce qui m'embète encore plus que ces cons, c'est ce que tu dis sur l'attitude de la prof. Parce que si les adultes qui sont sensés éduqués ont aussi un comportement déplorable, on ne va pas avancer. Crois tu qu'il serait possible de faire venir des gens de SOS homophobie pour parler dans ton lycée ?
Bravo à toi. Et si V. veut parler, la porte est ouverte.
Moi ce qui m'embète encore plus que ces cons, c'est ce que tu dis sur l'attitude de la prof. Parce que si les adultes qui sont sensés éduqués ont aussi un comportement déplorable, on ne va pas avancer. Crois tu qu'il serait possible de faire venir des gens de SOS homophobie pour parler dans ton lycée ?
Bravo à toi. Et si V. veut parler, la porte est ouverte.