Tout d’abord je vous reprécise le contexte. Nous sommes le 30 juin je me prépare pour aller à Paris pour assister au meating du dimanche de la GP à Paris, et de plus je dois me présenter le lundi 2 juillet à 9h à mon nouvel établissement pour cette année. Je roule donc toute la nuit et pour éviter toutes questions de la part de mes parents, je dis que je vais coucher dans l’appartement d’une amie sur Paris afin d’économiser l’hébergement. En fait je vais passer les nuits chez mon mec qui m’a très gentiment offert de dormir chez lui après avoir demandé à ses colocataires si cela ne les gênait pas (merci à eux tous d’ailleurs pour avoir accepté).
Ensuite je reste pendant à peu près deux semaines pour essayer de me trouver un appartement près de mon lieu de travail mais bon de recherches en recherches je ne trouve rien… Bref c’est donc désappointé que je repars le vendredi matin chez mes parents car j’ai une fête de famille le 14 juillet.
Ce que je ne savais pas c’est que ma mère, le 2 juillet, sous prétexte de classer mon courrier fouille dans mes affaires et trouve les cartes postales que mon mec m’a envoyé quand il est parti en Thaïlande et qu’il a envoyé libre (ie sans enveloppes). Du coup forcément elle s’est mise à fouiller encore plus dans mes affaires pour trouver les lettres de mon ex… Plus aucun doute n’est possible, je suis gay… Mais il leur faut la confirmation.
J’arrive le 13 juillet en fin d’après-midi complètement exténué par mes 6 heures de voyage pour rentrer chez eux. L’ambiance est glaciale. Le repas se passe sans dire un mot ce qui est très inhabituel chez mes parents. Puis vers 21h je pars dans la salle à manger pour regarder la télé. Mes parents font la vaisselle puis viennent s’asseoir en face de moi puis à 21h12 posent la question suivante !
« Qu’en est-il de ta vie amoureuse, quand comptes-tu nous ramener une fille ? »
Ce à quoi je réponds très évasivement du genre « On verra ça en temps utile. »
Là mon père meugle dans la maison un truc du genre « Non, tu nous réponds tout de suite. »
Au regard de ma mère et aux cris de mon père je comprends de suite qu’il y a quelque chose qui cloche. Je regarde mon père droit dans les yeux et je lui réponds un « jamais » très persuasif. Mon père embraye donc avec la fameuse question « Et pourquoi ». Ce à quoi je réponds directement et sans détour car j’ai compris qu’ils avaient compris
PHASE I : LA COMPREHENSION
Là c’est le drame ma mère pleure toutes les larmes de son corps et pousse un hurlement de chouette effraie « Mais pourquoi ? Pourquoi ? Qu’ai-je donc fait pour être punie comme ça ? » Mon père lui coupe la parole pour dire d’un ton péremptoire « Non tu n’es pas gay ! Je refuse de le croire, on ne t’a pas fait homosexuel. C’est des conneries, il faut que tu ouvres les yeux ! Personne n’a envie d’être homosexuel ! »
Il s’en suit une jérémiade de cris plaintifs de ma mère entrecoupés de sanglots pendant que mon père me propose plusieurs hypothèses qui m’ont fait penser que j’étais gay !
Hypothèse 1 : La Secte Gay
Alors c’est très simple pour résumer 15 minutes de discussion, si je suis gay c’est parce que j’ai fréquenté les mauvaises personnes au mauvais moment et que je suis tombé sur quelqu’un de plus fort que moi de caractère et qui m’a converti à la religion gay. Mais que bon de toute façon, si c’est ça ce n’est pas grave, avec de la volonté je dois pouvoir m’en sortir. Non à la secte gay ! Oui à la libre pensée hétérosexuelle.
La phrase de l’hypothèse : « Tu as été influencé par des gens qui ont besoin de toi ! Ils t’ont embringué dans une voie qui n’est pas la tienne », dixit mon père.
Hypothèse 2 : Les Homosexuels sont des cons ignares abrutis mais manipulateurs
En résumé de ce passage de discussion absurde je ne citerai que la première phrase de mon père :
« Tu es trop intelligent pour être gay »
Hypothèse 3 : Le Lobby Gay
Je suis menacé par des personnes qui ont eu (ou qui ont encore) de l’influence sur moi ! Il faut que je résiste à leur chantage car dans la famille on ne cède pas aux terroristes qui essaient de faire pression sur les gens !
La phrase de l’hypothèse : « Il faut que tu nous dises si tu es menacé par des mauvaises gens », dixit ma mère.
PREMIERE TRANSITION :
Bref j’ai nié avec véhémence faire partie de la secte gay, ou que le fameux et tout puissant lobby gay n’y était pour rien… Et que bien des personnes et parfois même des plus intelligentes étaient gays… Cette dernière phrase a eu pour effet un rictus amer sur le visage de mes parents qui signifiait « il est naïf ce petit, comme si un pédé pouvait être intelligent » et n’ont même pas voulu écouter les exemples célèbres…
PHASE II : L’AIDE APPORTEE & A APPORTER
Ensuite on est passé au stade « Mais qui est au courant ». Je leur ai donc dit que tous mes amis l’étaient. Là ils ont poussé un soupir de soulagement ! Je les ai regardés, étonné… Ils m’ont alors demandé de leur décrire mes CO. Rage de colère de voir que tous mes amis l’avaient accepté sans rechigner et qu’ils me demandaient régulièrement des nouvelles de ma vie amoureuse ils ont insulté gravement les personnes les plus chères à mon cœur. Les traitant d’imbéciles, de personnes inaptes à juger la Vie etc etc je passe sous silences les propos diffamants les plus véhéments. On en arrive à la conclusion : « Tu ne sais pas t’entourer par des gens comme il faut ! J’aurai cru que S., C., A. ou E. avec le niveau d’étude qu’elles ont soit beaucoup plus matures et auraient dues t’aider dans les premiers tressaillements de ta perversion plutôt que t’aider à t’y enferrer. Nous allons clairement remédier à ça… Tu vas aller voir un psychiatre et pas une de ces conneries de psychologue à la con pour t’aider à t’en sortir. « Tu verras l’hétérosexualité est le seul est vrai chemin. Il va falloir que tu coupes tous les ponts avec tes prétendus amis mais qui n’en sont pas… Ce ne sont que des profiteurs qui ne savent pas le mal qu’ils te font ».
DEUXIEME TRANSITION :
Donc pour vaincre ma nullité et le non sens qui m’habite il faut que je me replonge à même l’essence de la vie. Cette vie qui n’a qu’un seul et unique chemin, celui que je vais vous conter.
PHASE III : LE SENS DE LA VIE
Alors voilà pour résumer la Vie c’est un PAPA, une MAMAN et des ENFANTS, puis tout plein de petits-enfants d’arrière-petits-enfants etc etc. Bref la vie c’est être dans la norme que la vie tout est un choix et qu’il fallait arrêter de faire l’autruche au bout d’un moment pour s’avouer que la vie n’a qu’un sens et se prendre par la main pour parcourir le seul et unique chemin et dans le bon sens. Du coup j’ai du leur expliquer aussi que dans la vie tout n’est pas blanc tout n’est pas noir, parfois il y a des nuances de gris… La vie c’est comme le tour de France, il y a du plat, des montées et des descentes… Parfois c’est plus dur alors on pompe un cycliste et ça repart !
TROISIEME TRANSITION :
Bref mon argumentaire n’a servi à rien tellement ils sont persuadés d’avoir raison ! Du coup après la carotte et le jeu de la compréhension au passe au plus « musclé ».
PHASE IV : LA PHASE D’INTIMIDATION
Voyant que je n’obliquerais pas d’un pouce et que je préfère rester sur mes positions perverses aux idées saugrenues et abjectes, ils sont donc passés à la manière forte avec quelques petits artifices qui ne m’ont pas trompés et qui ont fait que je suis toujours en vie (sens littéral). Il y a aussi eu la bonne et heureuse phase du chantage (euh, si je me souviens bien ils m’ont bien dit que jamais dans la famille on ne devait céder au chantage hein ? ^^). Bref, « chaque jour d’hétérosexualité que tu vivras sera un jour de plus pour nous à vivre. Et si dans dix ans tu es toujours pédé nous on ne sera plus là pour le voir ! »
Je suis resté inflexible : c’est la bi*e que j’aime, mer*e !
PHASE V : LA PHASE DES LAMENTATIONS
« Nous on t’aime et c’est comme cela que tu nous remercie ? On ferait tout pour toi et toi en retour tu ne trouves rien de mieux à faire que devenir un gros pédé ! » (Euh, je suis si gros que ça ?) « Tu crois qu’on est juste là pour t’aider financièrement quand tu en as besoin ? » « Ben justement j’aimerais que vous arrêtiez d’essayer de m’acheter c’est très désagréable » « On ne t’achète pas c’est très désagréable ce que tu viens de dire ! Nous on est resté poli et courtois avec toi, et je ne pense pas que tu croyais qu’on pouvait avoir un échange aussi ouvert avec toi ! Tu sais on n’est pas des tortionnaires on a un cœur et en temps que parents on sait ce qui est bien pour toi. Et ce qui est bien pour toi c’est que tu soit toi-même, à savoir que tu sois hétéro ». Oo
Quatre heures de discussions pour en arriver là ! C’est du foutage de gueule !!!
Et pour conclure, mon père d’un ton jovial : « Mais bon c’est bon maintenant il a compris il est redevenu hétéro, on n’a pas à s’en faire ! Il a parfaitement compris que son destin c’est d’être avec une femme et de nous faire des petits-enfants. Bon allez ! On va au lit il se fait tard ! Et surtout pas un mot à la famille, il manquerait plus qu’ils apprennent que notre fils a eu une aventure chez les grecs ! »
Voilà pour la journée du vendredi 13 juillet 2007 et jusqu’à plus d’une heure du matin le samedi…
PS : j’ai oublié de préciser que maintenant que j’allais être à Paris il ne fallait surtout pas que je traîne avec le milieu gay car c’est un monde exubérant, dans lequel coule à flot le sexe dépravé, la drogue et l’alcool et que si j’y mettais un jour les pieds je n’aurais aucune chance et finirai dans la déchéance la plus totale.
Bref, merci d’avoir lu en entier cette tranche de ma vie. J’avais envie de vous la livrer car je tiens à vous préciser que malheureusement encore au XXIème siècle il y a encore des cons homophobes ultraviolents dans notre société ! Par contre vous raconter cela, bien que ça m’ait permis d’exorciser pas mal de chose m’a complètement vidé. Je ne suis pas sûr de pouvoir répondre dès ce soir aux éventuels commentaires qui pourraient faire suite à mon post.