Bonjour...
Cela me fait étrange de m'être promené sur les topics de cette section du forum. En effet, tant d'histoires résonnent ; des mots écrits çà et là, qui pourraient avoir été les miens, griffonnés sur telle feuille de tel journal intime. Ressentant donc le besoin de partager mon ressenti (quant aux parenthèses de mon pseudonyme), je me suis dit que le mieux à faire était d'ouvrir mon propre topic.
Pour résumer de la façon la plus simplificatrice, je suis un homme au niveau du corps et de l'éducation (ce qui recoupe donc une certaine partie de l'esprit), mais pour ce qui est de l'âme, ou de l'être intérieur, je me ressens clairement femme. Pour ce qui est de l'attirance, bien que je n'aime pas trop les étiquettes, c'est à peu près comme si l'on avait placé une femme hétérosexuelle dans un corps d'homme hétérosexuel : mais les deux parties restent indissolubles, je suis les deux ; ainsi, cette dissociation genre/sexe est une forme d'androgynie, ou d'hermaphrodisme. Rêvons un instant : imaginons la possibilité de la métempsychose ; je serais cette jeune fille qui se serait réincarnée dans un corps masculin, probablement par curiosité, par envie, et qui en profiterait et ne le vivrait pas réellement mal, mais souvent repenserait avec nostalgie à sa véritable identité, espérant sans doute la retrouver lors d'une future incarnation ; en cela, je ne le vis pas comme un problème de tous les jours, insurmontable et devant être "réglé", mais comme une bouffée nostalgique par périodes (pouvant cependant parfois être réellement lourde à porter).
Autant pour cette raison que pour le fait que je pense qu'un changement n'est jamais réel, en ce sens de total (englobant son enfance, ses souvenirs...), je ne veux pas changer de sexe ; je respecte et comprends ceux qui le font, mais, dans mon cas, je ne pourrais le ressentir que comme... un déguisement? J'aurais l'impression que quelque chose resterait faux, ou plutôt palliatif par rapport à l'identité que j'aurai pu/dû avoir. Tout au plus, une réparation. Ainsi, lorsque parfois cette mélancolie du féminin revient à l'arrière-plan, étant donné cette irrévocabilité, c'est comme cela que la dissociation devient souffrance, sentiment d'incomplétude que j'essaie de convertir en moteur psychologique pour accomplir des choses (inspiration par exemple).
Lorsqu'à travers de simples mots le hasard me fait discuter avec un(e) inconnu(e) sur la toile et que celui-ci, s'il ne sait pas a priori mon genre, commence par croire que je suis une femme, l'espace d'un instant c'est comme si la dissociation s'apaisait, et que durant cet instant je ne suis plus perçu par ce que je suis physiquement, mais comme si l'on avait vu "en moi", l'alter ego féminin. Pour autant, ayant un idéal de sincérité, je me refuse à me faire passer pour ce que je ne suis pas ; ça n'a pas toujours été le cas, et donc je sais d'expérience que ce plaisir psychologique n'est qu'éphémère, et d'autre part je ne trouve pas bien de tirer ce plaisir, égoïstement, d'autres personnes, qui seraient ainsi "trompées". Ainsi, le seul apaisement de la dissociation reste cet instant de mystère, parfois, ou lorsque je prends un crayon et écris. Ou dans des rêves lucides.
Il y a quelque chose qui me fait un peu mal, cependant, lorsque je pense que c'est sans doute le seul apaisement, temporaire, qui sera possible.
Besoin de partager mon ressenti.
Re: Besoin de partager mon ressenti.
Je suis dans le même cas que toi. Je n'irais pas jusqu'à changer de sexe pour me sentir mieux. Et je n'aime pas mentir sur mon identité actuelle même ne me convenant pas totalement. ET c'était encore pire quand j'étais ado.
*Mode ado on*
Même que lorsque qu'on conjugue au passé composé on se fait toujours niqué par le profs qui rajoute ou enlève un "e" suivant les cas.
Allez expliquer ensuite au prof de français que l'individu qui parle dans votre rédaction est un homme alors que vous êtes une fille (ou inversement).
Du coup, l'emploi de l'impersonnel m'a sauvé la vie: le "on" est devenu mon ami.
Ça marche aussi avec la sexualité quand j'aimais: j'aimais "quelqu'un", pas un "garçon", pas une "fille".
*Mode ado off*
*Mode ado on*
Même que lorsque qu'on conjugue au passé composé on se fait toujours niqué par le profs qui rajoute ou enlève un "e" suivant les cas.
Allez expliquer ensuite au prof de français que l'individu qui parle dans votre rédaction est un homme alors que vous êtes une fille (ou inversement).
Du coup, l'emploi de l'impersonnel m'a sauvé la vie: le "on" est devenu mon ami.
Ça marche aussi avec la sexualité quand j'aimais: j'aimais "quelqu'un", pas un "garçon", pas une "fille".
*Mode ado off*
Re: Besoin de partager mon ressenti.
Que veux tu dire par là ? Tu recherche le moyen d'y apaiser ou est-ce juste un constat ? :sIl y a quelque chose qui me fait un peu mal, cependant, lorsque je pense que c'est sans doute le seul apaisement, temporaire, qui sera possible.
Une personne qui saurait te voir tel que tu es t'aiderait-il ?
Re: Besoin de partager mon ressenti.
Bonjour et merci à vous deux de m'avoir lu.
Cela représente déjà beaucoup pour moi.
Pour te répondre, Yume... ce sont les deux ; à la fois c'est un constat, puisque je ne suis pas sûr qu'il y ait beaucoup de possibilités d'apaisement à part prendre le crayon et/ou partager mon ressenti, étant donné que cette dissociation corps/esprit n'entraînera pas de changement effectif de genre... ; et à la fois oui, je me pose des questions sur d'éventuels autres moyens d'apaisement. Une personne qui saurait me voir tel que je suis et me comprendrait m'aiderait certainement, oui, j'en suis convaincu.
Cela représente déjà beaucoup pour moi.
Pour te répondre, Yume... ce sont les deux ; à la fois c'est un constat, puisque je ne suis pas sûr qu'il y ait beaucoup de possibilités d'apaisement à part prendre le crayon et/ou partager mon ressenti, étant donné que cette dissociation corps/esprit n'entraînera pas de changement effectif de genre... ; et à la fois oui, je me pose des questions sur d'éventuels autres moyens d'apaisement. Une personne qui saurait me voir tel que je suis et me comprendrait m'aiderait certainement, oui, j'en suis convaincu.
Re: Besoin de partager mon ressenti.
j'avoue avoir du mal a comprendre, mais j'essaie, ce n'est pas une question "d'éducation" ou de "idéologie" simplement ta position est trés "éloigné" de mes propres envies, donc je ne vais pas ras répondre a tes questionnements ne sachant pas quoi dire.. alors je vais essayer de le prendre comme un problème neutre, d'une personne "mal dans sa peau", j'ai appris sur ce forum, les différentes identités que pouvaient absorber l'être humain, donc tu vois déja je peux t'apprendre une chose tu n'est la seule dans ce cas...
il faut d'abord apprendre a vivre qui tu es, ne te pose pas la question de l'autre, ou du ressenti de l'autre envers toi, mais applique toi a être toi même, et apprend aussi autre chose, être soi même c'est la chose la plus difficile qui soit quel que soit notre identité, je ne sais pas si il te faut une aide psy, mais je sais que ce forum et surement d'autre pourront t'apporter certaines réponses, ne te presse pas a choisir qui tu es, mais deviens qui tu es, en prenant le temps, non pas de choisir, mais de ressentir "quel costume" te va le mieux, et si tu dois en inventer un, alors c'est encore mieux...
mais comme je suis vieux, je n'oublierai certains principes de sécurité, fais attention a toi, protége toi aussi, des gens comme toi peuvent être la cible de certains esprit "étriqués" mais malgré celà je te dis déja, l'homme n'est pas unique il existe toujours des gens qui lui ressemblent avec qui ils se sentira, la vie consiste a trouver ses gens..
désolé de n'avoir pu t'aider au mieux, j'espére que tout va pour le mieux en ce moment...
allez tu le mérites !!!
il faut d'abord apprendre a vivre qui tu es, ne te pose pas la question de l'autre, ou du ressenti de l'autre envers toi, mais applique toi a être toi même, et apprend aussi autre chose, être soi même c'est la chose la plus difficile qui soit quel que soit notre identité, je ne sais pas si il te faut une aide psy, mais je sais que ce forum et surement d'autre pourront t'apporter certaines réponses, ne te presse pas a choisir qui tu es, mais deviens qui tu es, en prenant le temps, non pas de choisir, mais de ressentir "quel costume" te va le mieux, et si tu dois en inventer un, alors c'est encore mieux...
mais comme je suis vieux, je n'oublierai certains principes de sécurité, fais attention a toi, protége toi aussi, des gens comme toi peuvent être la cible de certains esprit "étriqués" mais malgré celà je te dis déja, l'homme n'est pas unique il existe toujours des gens qui lui ressemblent avec qui ils se sentira, la vie consiste a trouver ses gens..
désolé de n'avoir pu t'aider au mieux, j'espére que tout va pour le mieux en ce moment...
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Avital.Ronell
- Messages : 1447
- Inscription : dim. avr. 19, 2009 11:22 am
Re: Besoin de partager mon ressenti.
Je pense que ce Clair(e) veut dire par un changement qui ne serait jamais total, quelque chose qui resterait toujours « faux » c’est que quoi qu’elle fasse, elle n’aura jamais un corps féminin bio et tout changements entrepris viendront simplement « se greffer » sur son identité masculine et corps masculin déjà existants sur le plan physique et que donc en cela, il n’existe pas de solution miracle à son souci identitaire.
Elle se trouve donc prise dans une impasse, condamnée à vivre avec cette dissociation corps-identité civile/identité souhaitée (avec le corps qui va avec)
C’est cela qui est profondément difficile à vivre.
(oops d'ailleurs désolée j'utilise le féminin par souci pratique, dis moi si ça te convient pas surtout!
)
Je suis dans la même situation, j’ai tenté la transition lorsque j’avais 18 ans, Clair(e), j’ai vécu un peu plus de deux ans totalement en garçon.
Je ressentais un profond malaise identitaire depuis toujours et je me demande pourquoi j’utilise l’imparfait étant donné que c’est encore d’actualité.
Cette transition ne m’a apporté qu’un infime soulagement sociale mais pas vraiment d’apaisement sur le plan personnel car comme toi j’avais le sentiment qu’il restait toujours quelque chose d’avant, de faux, j’avais au final tout le temps l’impression de mentir.
Et puis j’en avais assez de prendre un traitement médical régulier pour un résultat qui ne me satisfaisait pas complètement.
Comme je n’en étais pas à un stade trop avancé, j’ai repris mon identité civile à partir de mon entrée à la fac. Cela fais un peu plus d’un an donc. (été 2009).
Aujourd’hui ça ne va pas mieux de ce côté-là, je me réfugie dans tout ce que je peux : sport, cinéma, littérature, philosophie, sciences, TV, relations humaines en tout genre (même si ce plan n‘est pas simple encore une fois en grande partie à cause de ce trouble identitaire mais je prend sur moi), sorties…enfin toutes les petites choses qui font le charme de la vie.
J’essaie d’être vaillante, toujours quoi.
J'ai endossé cette identité qui m'a été attribuée arbitrairement à la naissance et je fais de mon mieux pour vivre avec maintenant.
Mais sur le plan sexuel, impossible de "tricher", je n’arrive pas à me lâcher même avec une fille avec qui je suis bien, j’ai énormément de mal à me laisser toucher les parties intimes, il y a beaucoup de choses qui me dégoutent dans les pratiques sexuelles (alors que pourtant j’ai une bonne libido) et je n’ai encore jamais joui ou même pris de plaisir.
Donc voilà un peu comment je vis les choses,
il me semble que nos ressentis sont très proches voire même quasi identiques, je voulais laisser un message depuis que tu as posté.
Courage Clair(e), n'hésite pas à donner des nouvelles et à te confier!
Elle se trouve donc prise dans une impasse, condamnée à vivre avec cette dissociation corps-identité civile/identité souhaitée (avec le corps qui va avec)
C’est cela qui est profondément difficile à vivre.
(oops d'ailleurs désolée j'utilise le féminin par souci pratique, dis moi si ça te convient pas surtout!
Je suis dans la même situation, j’ai tenté la transition lorsque j’avais 18 ans, Clair(e), j’ai vécu un peu plus de deux ans totalement en garçon.
Je ressentais un profond malaise identitaire depuis toujours et je me demande pourquoi j’utilise l’imparfait étant donné que c’est encore d’actualité.
Cette transition ne m’a apporté qu’un infime soulagement sociale mais pas vraiment d’apaisement sur le plan personnel car comme toi j’avais le sentiment qu’il restait toujours quelque chose d’avant, de faux, j’avais au final tout le temps l’impression de mentir.
Et puis j’en avais assez de prendre un traitement médical régulier pour un résultat qui ne me satisfaisait pas complètement.
Comme je n’en étais pas à un stade trop avancé, j’ai repris mon identité civile à partir de mon entrée à la fac. Cela fais un peu plus d’un an donc. (été 2009).
Aujourd’hui ça ne va pas mieux de ce côté-là, je me réfugie dans tout ce que je peux : sport, cinéma, littérature, philosophie, sciences, TV, relations humaines en tout genre (même si ce plan n‘est pas simple encore une fois en grande partie à cause de ce trouble identitaire mais je prend sur moi), sorties…enfin toutes les petites choses qui font le charme de la vie.
J’essaie d’être vaillante, toujours quoi.
J'ai endossé cette identité qui m'a été attribuée arbitrairement à la naissance et je fais de mon mieux pour vivre avec maintenant.
Mais sur le plan sexuel, impossible de "tricher", je n’arrive pas à me lâcher même avec une fille avec qui je suis bien, j’ai énormément de mal à me laisser toucher les parties intimes, il y a beaucoup de choses qui me dégoutent dans les pratiques sexuelles (alors que pourtant j’ai une bonne libido) et je n’ai encore jamais joui ou même pris de plaisir.
Donc voilà un peu comment je vis les choses,
il me semble que nos ressentis sont très proches voire même quasi identiques, je voulais laisser un message depuis que tu as posté.
Courage Clair(e), n'hésite pas à donner des nouvelles et à te confier!
Re: Besoin de partager mon ressenti.
Merci beaucoup à toi SimoneVeil pour ton témoignage... effectivement nos ressentis sont extrêmement proches, et ce que tu détailles par rapport à l'impossibilité du changement résonne complètement, c'est exactement ça. Ton cheminement a dû être vraiment difficile et empleint de souffrances, étant donné que tu as vécu la transition et son retour ; cette sensation d'impossibilité doit t'en apparaître d'autant plus inéluctable, ayant pu toucher le mur. J'ai envie de te souhaiter du courage à toi aussi...
De mon côté, sans savoir à quel point cela tient de la résignation ou de l'acceptation, et certainement un peu des deux, j'arrive à vivre mon identité "biologico-sociale" masculine et à l'apprécier même (ça n'a pas toujours été le cas, je me souviens de phases très sombres lors de mon enfance et adolescence), ce qui fait que je ne ressens pas ce problème sexuel au même niveau, ce problème qui te fait souffrir ; c'est la seule différence qu'a priori je peux voir dans nos ressentis respectifs.
En fait, c'est pour cela que j'avais trouvée judicieuse l'image de la métempsychose ; tout se passe comme si la jeune fille intérieure appréciait d'une certaine manière d'être dans ce corps, pour le découvrir et profiter de sa différence, cependant il reste autre, carrosse ou citrouille, je ne sais pas, mais illusion certainement. C'est comme si la réalité était perçue comme étant celle de l'esprit, pas celle du corps ; cela m'évoque un souvenir au demeurant. J'avais brièvement parlé de cela à un homme que je croise épisodiquement. Il m'avait répondu, étonné, qu'il avait déjà eu l'occasion de parler à d'autres personnes souffrant d'une dissociation genre/sexe, mais qu'il était surprenant de voir que là où il avait constaté que le clivage se faisait principalement par le corps, le mien lui apparaissait comme se faisant principalement par l'esprit. Je ne sais pas à quelle point cette explication pourrait être vraiment valable, la différence entre corps et esprit n'étant pas toujours si nette dès que l'on se penche dessus plus en détail ; ça me donne envie de dessiner.
(j'ouvre une parenthèse ; ayant toujours voulu m'expliquer les choses tant extérieures qu'intérieures, je peux avoir tendance à aller (trop) loin dans tout ce qui est imagination, ressenti, schémas, ou encore films intérieurs ; je m'en excuse d'avance, parce que je sais qu'exposer à autrui la façon dont j'aborde les problèmes peut sembler artificielle, ou trop matérialiste, désenchantée (?)) (seconde parenthèse : le schéma qui va suivre n'est valable que tant que l'on admet que l'on peut scinder corps et esprit, simplement, ce que je ne crois pas ; en ce sens il est simplificateur)

La légende, maintenant. ^_^
Mon corps est celui d'un homme, point de doute là-dessus ; en bas à gauche.
Mon esprit, ou âme (?), est féminin, comme je l'exposais ; en haut à droite.
Les deux sont liés en un (le trait gris du milieu), en moi, me constituent (à l'origine).
Du fait de l'acceptation (flèche grise) de cette corporéité masculine, j'ai appris à l'accepter et à en profiter, ce qui suppose forcément que j'ai développé une partie de mon esprit associée à cette masculinité, en association avec ce corps ; je ne la ressens pas comme un masque ou un mensonge, puisqu'elle s'est développée et qu'ainsi je sais que c'est là ; mais, et qu'elle soit venue ou pas dans un second temps, elle n'est pas la réalité du profond de mon être. Ainsi, A. comme acceptation. (c'est probablement grâce à ce petit rond que je suis capable d'avoir une sexualité en tant qu'homme).
Ce que représente le cercle pointillé rose, c'est l'absence du corps féminin ; c'est à la fois l'impossibilité de l'avoir, comme nous en discutions, mais en cela même il est présent en filigrane, en tant qu'absence. Le trait gris au milieu est tendu, puisqu'il avait été prévu pour être un trait entre deux ronds roses qui auraient existé...
L'effet secondaire, c'est que cette tension peut provoquer des hallucinations physiques. Tactiles ; ayant toujours aimé à naviguer dans les mers de l'imagination, et ayant souvent conscience de mes rêves, sont des choses qui ont probablement également aidé à cela : et ainsi parfois, lors des moments où la dissociation est intense et lourde à porter, je peux imaginer comme "en négatif" ce corps féminin absent ; physiquement. C'est assez étrange.
Et malgré tout je comprends quand même ce problème de l'ordre de la sexualité, puisqu'il a été là ; et quand bien même je vis bien une sexualité masculine, j'aimerais avoir la possibilité de vivre une sexualité féminine, mais elle suppose ce corps féminin, qui est absent. C'est donc l'âme féminine sur qui cela pèse ; une grande loi psychologique voulant que tout demande compensation, elle se "nourrit" donc de plusieurs autres choses :
- tant bien que mal, de ce que peut procurer la sexualité masculine (cela apporte la même chose que cela apporterait à une jeune fille sans problème de genre/sexe, qui ressentirait la curiosité d'être homme pendant 24h, souvent à la fois par curiosité du changement du regard social d'une part et d'autre part de la sexualité v(éc)ue de l'autre côté).
- hallucinations physiques dont j'ai parlé (et projections de l'esprit ; se sentir/s'imaginer l'autre durant une danse amoureuse, une situation de séduction ou une intimité sexuelle)
- la sublimation du corps ; comme pour se dire "s'il ne convient pas, et bien, disons-nous juste qu'il n'existe pas!", qui par ailleurs expliquerait pourquoi j'ai toujours préféré ce que l'on résumerait grossièrement par les domaines de l'esprit, plutôt que ceux du corps.
...
Cela doit paraître fou.
(pour : faudrait-il utiliser dans ce topic "il" ou "elle"? Les deux me conviennent, SimoneVeil ; la partie A. serait "il", Y. serait "elle". Ici, pour prendre du recul sur la chose, j'adopte une position plus détachée, qui fait que les deux, ou même l'hybride "il/elle", ou quoi que ce soit, conviennent. Ma sensibilité ne se formalisera pas de ce genre de choses, ne t'en fais pas. Au passage, Y. correspond à un "nom de code", que j'utilise pour désigner spécifiquement cette partie et pour ne pas utiliser une périphrase étrange sur l'esprit ou l'âme intérieure ; en quelque sorte, mon... nom secret (?))
Et merci à toi aussi pour tes encouragements, lestump. Devenir ce que je suis... étant donné que je crois qu'au fond de lui-même, chacun adopte la solution qu'il juge la meilleure au moins sur le moment-même, ne peut-on pas devenir autre chose que soi-même? Probablement voulais-tu dire qu'il ne faut pas s'efforcer d'endosser un costume qui ne nous va pas, qui ne nous convient pas intérieurement ; dans ce cas, ne t'en fais pas : je dirais que je ne vis pas cette dissociation comme une nécessité de choix, d'autant plus que je n'y vois pas tant de possibilité de choix.
(Je viens de repenser à quelque chose également ; par rapport à ce que disait ordure. C'est amusant, moi aussi, peut-être pour les mêmes raisons (?), ait été amené à beaucoup aimer l'impersonnel. Ce n'est pas systématique, mais dans certaines situations, j'ai appris à savoir retourner tout type de phrase d'une manière qui puisse être unisexe : impersonnel, passif, périphrase, synonymes de genres différents, ou encore hyperonymes).
Ce post est long.
De mon côté, sans savoir à quel point cela tient de la résignation ou de l'acceptation, et certainement un peu des deux, j'arrive à vivre mon identité "biologico-sociale" masculine et à l'apprécier même (ça n'a pas toujours été le cas, je me souviens de phases très sombres lors de mon enfance et adolescence), ce qui fait que je ne ressens pas ce problème sexuel au même niveau, ce problème qui te fait souffrir ; c'est la seule différence qu'a priori je peux voir dans nos ressentis respectifs.
En fait, c'est pour cela que j'avais trouvée judicieuse l'image de la métempsychose ; tout se passe comme si la jeune fille intérieure appréciait d'une certaine manière d'être dans ce corps, pour le découvrir et profiter de sa différence, cependant il reste autre, carrosse ou citrouille, je ne sais pas, mais illusion certainement. C'est comme si la réalité était perçue comme étant celle de l'esprit, pas celle du corps ; cela m'évoque un souvenir au demeurant. J'avais brièvement parlé de cela à un homme que je croise épisodiquement. Il m'avait répondu, étonné, qu'il avait déjà eu l'occasion de parler à d'autres personnes souffrant d'une dissociation genre/sexe, mais qu'il était surprenant de voir que là où il avait constaté que le clivage se faisait principalement par le corps, le mien lui apparaissait comme se faisant principalement par l'esprit. Je ne sais pas à quelle point cette explication pourrait être vraiment valable, la différence entre corps et esprit n'étant pas toujours si nette dès que l'on se penche dessus plus en détail ; ça me donne envie de dessiner.
(j'ouvre une parenthèse ; ayant toujours voulu m'expliquer les choses tant extérieures qu'intérieures, je peux avoir tendance à aller (trop) loin dans tout ce qui est imagination, ressenti, schémas, ou encore films intérieurs ; je m'en excuse d'avance, parce que je sais qu'exposer à autrui la façon dont j'aborde les problèmes peut sembler artificielle, ou trop matérialiste, désenchantée (?)) (seconde parenthèse : le schéma qui va suivre n'est valable que tant que l'on admet que l'on peut scinder corps et esprit, simplement, ce que je ne crois pas ; en ce sens il est simplificateur)

La légende, maintenant. ^_^
Mon corps est celui d'un homme, point de doute là-dessus ; en bas à gauche.
Mon esprit, ou âme (?), est féminin, comme je l'exposais ; en haut à droite.
Les deux sont liés en un (le trait gris du milieu), en moi, me constituent (à l'origine).
Du fait de l'acceptation (flèche grise) de cette corporéité masculine, j'ai appris à l'accepter et à en profiter, ce qui suppose forcément que j'ai développé une partie de mon esprit associée à cette masculinité, en association avec ce corps ; je ne la ressens pas comme un masque ou un mensonge, puisqu'elle s'est développée et qu'ainsi je sais que c'est là ; mais, et qu'elle soit venue ou pas dans un second temps, elle n'est pas la réalité du profond de mon être. Ainsi, A. comme acceptation. (c'est probablement grâce à ce petit rond que je suis capable d'avoir une sexualité en tant qu'homme).
Ce que représente le cercle pointillé rose, c'est l'absence du corps féminin ; c'est à la fois l'impossibilité de l'avoir, comme nous en discutions, mais en cela même il est présent en filigrane, en tant qu'absence. Le trait gris au milieu est tendu, puisqu'il avait été prévu pour être un trait entre deux ronds roses qui auraient existé...
L'effet secondaire, c'est que cette tension peut provoquer des hallucinations physiques. Tactiles ; ayant toujours aimé à naviguer dans les mers de l'imagination, et ayant souvent conscience de mes rêves, sont des choses qui ont probablement également aidé à cela : et ainsi parfois, lors des moments où la dissociation est intense et lourde à porter, je peux imaginer comme "en négatif" ce corps féminin absent ; physiquement. C'est assez étrange.
Et malgré tout je comprends quand même ce problème de l'ordre de la sexualité, puisqu'il a été là ; et quand bien même je vis bien une sexualité masculine, j'aimerais avoir la possibilité de vivre une sexualité féminine, mais elle suppose ce corps féminin, qui est absent. C'est donc l'âme féminine sur qui cela pèse ; une grande loi psychologique voulant que tout demande compensation, elle se "nourrit" donc de plusieurs autres choses :
- tant bien que mal, de ce que peut procurer la sexualité masculine (cela apporte la même chose que cela apporterait à une jeune fille sans problème de genre/sexe, qui ressentirait la curiosité d'être homme pendant 24h, souvent à la fois par curiosité du changement du regard social d'une part et d'autre part de la sexualité v(éc)ue de l'autre côté).
- hallucinations physiques dont j'ai parlé (et projections de l'esprit ; se sentir/s'imaginer l'autre durant une danse amoureuse, une situation de séduction ou une intimité sexuelle)
- la sublimation du corps ; comme pour se dire "s'il ne convient pas, et bien, disons-nous juste qu'il n'existe pas!", qui par ailleurs expliquerait pourquoi j'ai toujours préféré ce que l'on résumerait grossièrement par les domaines de l'esprit, plutôt que ceux du corps.
...
Cela doit paraître fou.
(pour : faudrait-il utiliser dans ce topic "il" ou "elle"? Les deux me conviennent, SimoneVeil ; la partie A. serait "il", Y. serait "elle". Ici, pour prendre du recul sur la chose, j'adopte une position plus détachée, qui fait que les deux, ou même l'hybride "il/elle", ou quoi que ce soit, conviennent. Ma sensibilité ne se formalisera pas de ce genre de choses, ne t'en fais pas. Au passage, Y. correspond à un "nom de code", que j'utilise pour désigner spécifiquement cette partie et pour ne pas utiliser une périphrase étrange sur l'esprit ou l'âme intérieure ; en quelque sorte, mon... nom secret (?))
Et merci à toi aussi pour tes encouragements, lestump. Devenir ce que je suis... étant donné que je crois qu'au fond de lui-même, chacun adopte la solution qu'il juge la meilleure au moins sur le moment-même, ne peut-on pas devenir autre chose que soi-même? Probablement voulais-tu dire qu'il ne faut pas s'efforcer d'endosser un costume qui ne nous va pas, qui ne nous convient pas intérieurement ; dans ce cas, ne t'en fais pas : je dirais que je ne vis pas cette dissociation comme une nécessité de choix, d'autant plus que je n'y vois pas tant de possibilité de choix.
(Je viens de repenser à quelque chose également ; par rapport à ce que disait ordure. C'est amusant, moi aussi, peut-être pour les mêmes raisons (?), ait été amené à beaucoup aimer l'impersonnel. Ce n'est pas systématique, mais dans certaines situations, j'ai appris à savoir retourner tout type de phrase d'une manière qui puisse être unisexe : impersonnel, passif, périphrase, synonymes de genres différents, ou encore hyperonymes).
Ce post est long.
Re: Besoin de partager mon ressenti.
Salut Clair(e) !
Je suis, comme tu peux le constater par mon pseudo, dans le même cas que toi.
Mais tu as une analyse de la situation d'une telle justesse, d'un tel recul, que j'en viens en t'envier.
Je me demande si en fin de compte cette acceptation de ce côté physique masculin, n'est pas une partie de la solution. Mais, le truc c'est que je méprise mon corps d'une force...
J'aime quand les gens se trompent et m'appellent madame au lieu de monsieur. Je rêve de sentir mon corps de femme prendre vie dans les bras d'un homme...
Je reviendrai te voir.
Je te fais de gros bisous et je te remercie pour ton topic.
Elle ou Lui
Je suis, comme tu peux le constater par mon pseudo, dans le même cas que toi.
Mais tu as une analyse de la situation d'une telle justesse, d'un tel recul, que j'en viens en t'envier.
Je me demande si en fin de compte cette acceptation de ce côté physique masculin, n'est pas une partie de la solution. Mais, le truc c'est que je méprise mon corps d'une force...
J'aime quand les gens se trompent et m'appellent madame au lieu de monsieur. Je rêve de sentir mon corps de femme prendre vie dans les bras d'un homme...
Je reviendrai te voir.
Je te fais de gros bisous et je te remercie pour ton topic.
Elle ou Lui
Re: Besoin de partager mon ressenti.
Une telle finesse d'analyse est rare.
C'est une chance et un écueil.
Une chance : c'est un formidable point d'appui pour compenser les déséquilibres de l'organique (par organique j'entends l'incarné : la façon dont on est, habitant, dans son corps, et dans les affects qui accompagnent cette habitation). Il y a déséquilibre dans l'organique quand le corps est le lieu d'une lutte et d'un refus.
J'ai une idée légère de ce que cela veut dire, pour avoir vécu comme désincarné pendant des années - avec un corps plus sujet d'embarras que d'autre chose. Mais il ne s'agissait pas de question d'identité de genre ou sexuelle, et je n'ai que la ressource des mots des autres pour m'imaginer ce que cela peut dire.
Toujours est-il que ça stabilise bien, ça permet de vivre et même de se raconter un peu aux autres - quand ils veulent bien écouter
Un écueil : c'est la source de ces labyrinthes où l'on s'en vient errer des années durant, avant de trouver une assise dans le corps qui nous est donné, quoi qu'on en fasse entretemps. Quiconque opte pour ces labyrinthes de l'esprit en fait des labyrinthes de l'âme, où s'installer à sa façon propre - d'une façon qui toujours rappelle, pour le combler, le manque organique initial.
La grande complexité et la grande intrication des trajets que j'ai suivis n'est pas sans mimer, comme pour la conjurer ou l'apprivoiser, les angoisses de perte de ma capacité à agir du fait des injonctions contradictoires dans lesquelles m'avaient mis l'existence - je passe, c'est pas le sujet.
Un écueil : le refus du corps dans une de ses fonctions est toujours très complexe à gérer. Les théories qu'on se fait, c'est un emballage de surface. Ta description est très attentive à mettre au jour tous ces retours de refoulé - ces hallucinations physiques, par exemple - qui sont autant de signes que le corps ne se laisse jamais oublier - sauf à être un yogi ou un ascète : et il n'est pas d'ascèse ayant pour seul motif un refus du corps. C'est en ce sens que toutes les théories qu'on se fait, aussi élaborées, aussi détentrices de descriptions justes, précises, effectives, soient-elles, toutes ces théories, donc, sont fausses. Parce que leur but, en tant que théorie, est trop souvent de masquer ce qui est difficilement supportable - et qui, en un sens très profond (au sens précis d'organique) tient de la vérité intime.
Je voudrais pas qu'il y ait confusion : la vérité organique n'est pas que tu as un corps d'homme. Ca, ce n'est pas une vérité, c'est un fait. C'est ce qui est constatable pour le moment. La vérité organique tient à ta façon d'habiter dans ce corps, celui qui t'est donné, celui que tu peux décider de faire évoluer.
C'est vraiment cette petite expression de toi, au fond, qui me fait réagir : sublimation du corps. Parce que je connais sans doute un peu - moi, je me serais voulu ange sans corps pendant un bout de mon adolescence... et sans doute au-delà, n'était la libido parfaitement débordante dont je me suis vu doté - autre problème et solution similaire.
Je pense que tout peut être vécu à partir du moment où l'on se fixe pour règle de ne pas s'enfermer, de ne pas céder sur l'essentiel, et, au fond, "to strive, to seek, to find, and not to yield." Alors on rencontre des gens insoupçonnés, des solutions inédites, des allègements imprévus du poids de l'existence. C'est parfois dur, on peut pas cacher ça. Mais si on travaille dans le sens de l'ouverture, ça finit toujours par s'ouvrir. C'est un truc dont les clefs sont dans le cœur.
L'équilibre organique et le cœur, c'est la même chose. Bizarre, il est vrai, mais ça fonctionne comme ça. Les ressources de l'émotionnel sont les ressources du corps et réciproquement. Ca fonctionne ensemble. Tu sembles avoir trouvé une forme d'équilibre - et c'est sincèrement touchant et diablement intéressant, la façon dont tu en parles - mais reste cette réserve, comme une chose qui ne parvient pas à complétude. La complétude, c'est dans le coeur que ça se passe. Et donc dans la façon d'habiter son corps. Rien de plus important que ça.
(Note bien, comme le disait lestump, que des trucs extérieurs sont parfois importants, parfois nécessaires, pour arriver à ça : un psy, une transition, ou des trucs moins typiques - moi, ça a été par exemple les saunas...)
Donc ça m'ennuie, cette dysphorie en apparence légère que tu manifeste - d'un côté, le récit d'un équilibre étrange, inédit, l'acceptation d'une mésincarnation - de l'autre, le regret, comme impérissable, de cette incarnation comme manquée. Oui, ça m'embête. Et surtout parce qu'il y a ce déni, que tu dis bien, du corps. Et donc quelque chose du cœur qui peine à s'épanouir. Comme une forme de retrait, que j'entends - à tord peut-être, tout ceci est très subjectif, au fond - dans ta façon très-douce, très-délicate et pour moi fort touchante de parler de toi-même.
Et je crois que tu ne nous donnes pas cela à lire - juste à entendre. Comme si quelque part, à être étrangement incarné/e, tu ne l'étais pas totalement. Et cela, à mon sens, c'est le plus troublant. Ce qui m'émeut le plus, pour le moment.
Mais bon, c'est mon ressenti, juste - accompagné d'une bonne dose de projections, que j'ai essayé d'expliciter. L'essentiel reste la franchise envers soi-même. Le mots des autres sont des miroirs portant portrait avant reflet. Ils sont utiles pour voir ce qu'on peine à saisir soi-même. Ils sont redoutables, notre assise serait-elle insuffisante, en ce qu'ils nous feraient volontiers devenir ce que nous ne sommes pas.
C'est une chance et un écueil.
Une chance : c'est un formidable point d'appui pour compenser les déséquilibres de l'organique (par organique j'entends l'incarné : la façon dont on est, habitant, dans son corps, et dans les affects qui accompagnent cette habitation). Il y a déséquilibre dans l'organique quand le corps est le lieu d'une lutte et d'un refus.
J'ai une idée légère de ce que cela veut dire, pour avoir vécu comme désincarné pendant des années - avec un corps plus sujet d'embarras que d'autre chose. Mais il ne s'agissait pas de question d'identité de genre ou sexuelle, et je n'ai que la ressource des mots des autres pour m'imaginer ce que cela peut dire.
Toujours est-il que ça stabilise bien, ça permet de vivre et même de se raconter un peu aux autres - quand ils veulent bien écouter
Un écueil : c'est la source de ces labyrinthes où l'on s'en vient errer des années durant, avant de trouver une assise dans le corps qui nous est donné, quoi qu'on en fasse entretemps. Quiconque opte pour ces labyrinthes de l'esprit en fait des labyrinthes de l'âme, où s'installer à sa façon propre - d'une façon qui toujours rappelle, pour le combler, le manque organique initial.
La grande complexité et la grande intrication des trajets que j'ai suivis n'est pas sans mimer, comme pour la conjurer ou l'apprivoiser, les angoisses de perte de ma capacité à agir du fait des injonctions contradictoires dans lesquelles m'avaient mis l'existence - je passe, c'est pas le sujet.
Un écueil : le refus du corps dans une de ses fonctions est toujours très complexe à gérer. Les théories qu'on se fait, c'est un emballage de surface. Ta description est très attentive à mettre au jour tous ces retours de refoulé - ces hallucinations physiques, par exemple - qui sont autant de signes que le corps ne se laisse jamais oublier - sauf à être un yogi ou un ascète : et il n'est pas d'ascèse ayant pour seul motif un refus du corps. C'est en ce sens que toutes les théories qu'on se fait, aussi élaborées, aussi détentrices de descriptions justes, précises, effectives, soient-elles, toutes ces théories, donc, sont fausses. Parce que leur but, en tant que théorie, est trop souvent de masquer ce qui est difficilement supportable - et qui, en un sens très profond (au sens précis d'organique) tient de la vérité intime.
Je voudrais pas qu'il y ait confusion : la vérité organique n'est pas que tu as un corps d'homme. Ca, ce n'est pas une vérité, c'est un fait. C'est ce qui est constatable pour le moment. La vérité organique tient à ta façon d'habiter dans ce corps, celui qui t'est donné, celui que tu peux décider de faire évoluer.
C'est vraiment cette petite expression de toi, au fond, qui me fait réagir : sublimation du corps. Parce que je connais sans doute un peu - moi, je me serais voulu ange sans corps pendant un bout de mon adolescence... et sans doute au-delà, n'était la libido parfaitement débordante dont je me suis vu doté - autre problème et solution similaire.
Je pense que tout peut être vécu à partir du moment où l'on se fixe pour règle de ne pas s'enfermer, de ne pas céder sur l'essentiel, et, au fond, "to strive, to seek, to find, and not to yield." Alors on rencontre des gens insoupçonnés, des solutions inédites, des allègements imprévus du poids de l'existence. C'est parfois dur, on peut pas cacher ça. Mais si on travaille dans le sens de l'ouverture, ça finit toujours par s'ouvrir. C'est un truc dont les clefs sont dans le cœur.
L'équilibre organique et le cœur, c'est la même chose. Bizarre, il est vrai, mais ça fonctionne comme ça. Les ressources de l'émotionnel sont les ressources du corps et réciproquement. Ca fonctionne ensemble. Tu sembles avoir trouvé une forme d'équilibre - et c'est sincèrement touchant et diablement intéressant, la façon dont tu en parles - mais reste cette réserve, comme une chose qui ne parvient pas à complétude. La complétude, c'est dans le coeur que ça se passe. Et donc dans la façon d'habiter son corps. Rien de plus important que ça.
(Note bien, comme le disait lestump, que des trucs extérieurs sont parfois importants, parfois nécessaires, pour arriver à ça : un psy, une transition, ou des trucs moins typiques - moi, ça a été par exemple les saunas...)
Donc ça m'ennuie, cette dysphorie en apparence légère que tu manifeste - d'un côté, le récit d'un équilibre étrange, inédit, l'acceptation d'une mésincarnation - de l'autre, le regret, comme impérissable, de cette incarnation comme manquée. Oui, ça m'embête. Et surtout parce qu'il y a ce déni, que tu dis bien, du corps. Et donc quelque chose du cœur qui peine à s'épanouir. Comme une forme de retrait, que j'entends - à tord peut-être, tout ceci est très subjectif, au fond - dans ta façon très-douce, très-délicate et pour moi fort touchante de parler de toi-même.
Et je crois que tu ne nous donnes pas cela à lire - juste à entendre. Comme si quelque part, à être étrangement incarné/e, tu ne l'étais pas totalement. Et cela, à mon sens, c'est le plus troublant. Ce qui m'émeut le plus, pour le moment.
Mais bon, c'est mon ressenti, juste - accompagné d'une bonne dose de projections, que j'ai essayé d'expliciter. L'essentiel reste la franchise envers soi-même. Le mots des autres sont des miroirs portant portrait avant reflet. Ils sont utiles pour voir ce qu'on peine à saisir soi-même. Ils sont redoutables, notre assise serait-elle insuffisante, en ce qu'ils nous feraient volontiers devenir ce que nous ne sommes pas.