Je n'vais pas pouvoir répondre grand chose de constructif. Juste un bout de cœur balancé à bout de mots, jetés là, sur le grand parking alternatif d'et-alors.
Les questions de genre, c'est complexe, toujours, partout. Ce que société nous demande n'est pas toujours ce que nous nous sentons de faire. Parfois on plie, parfois pas. L'essentiel est de parvenir à conserver la vue claire, le cœur libre et le corps disponible à bien habiter dans ce monde et dans nos émotions.
Très certainement, n'être pas conforme c'est s'exposer à de voir affronter l'incompréhension, le mépris, l'hostilité : la bêtise sociale et la maturation trop lente de ceux qui auraient pu nous aimer n'étaient leurs soumissions à des schémas tout faits. C'est ainsi, comme une donnée de base.
Mais ce n'est pas tout le monde. très loin de là. Cela fait quelques années maintenant que je m'interroge sur ma capacité à aimer des hommes féminins (quelle que soit la nature de cette féminité), voire des femmes, voire des hommes hyper-virils. rien de tout cela ne va de soit, en fait, tant qu'on reste attaché aux scripts sociaux de ce que doit ou devrait être un couple. Dès qu'on se met un tant soit peu à écouter son cœur - c'est-à-dire à bien habiter son corps : à être fidèle au jeu intime de sa propre chair - les choses se font plus simples, en fait. Les choses se font, ou pas. Mais il n'est pas possible de répondre a priori - est-ce que j'aimerais ce garçon très féminin, voire transvesti ; est-ce que j'aimerais ce buveur de bières mal dégrossi : tout ça, ce sont des mots morts, des aides pour nous aider à nous repérer rapidement dans le champs social lié à l'attraction amoureuse - et donc à la reproduction (si, si) - mais pas du tout dans nos sentiments ?
Le désir est multiforme. Et l'amour est sans forme. Tu trouveras toujours des gens pour avoir envie de toi. Et tu trouveras toujours des gens pour tomber amoureux de toi - et toujours des gens pour t'aimer, ce qui est encore autre chose. L'important n'est que très rarement comment tu te nommes et les mots qui s'attachent à toi, mais ce que tu donnes - et donc ce que tu es. Évidemment, ce raisonnement ne vaut que dans nos société plutôt pluralistes, où les schémas de genres sont bien moins rigides que dans des sociétés traditionnelles.
La question sera toujours, cependant, de gérer le regard des autres. Toujours. Nous vivons dans des scripts sociaux qui nous permettent de définir très rapidement ce qui convient et ce qui ne convient pas. Et il y aura toujours des défenseurs des scripts (conservateurs) et des gens attachés à les faire évoluer (progressistes) et des gens pas accordés à ces scripts (minoritaires - pas au sens statistique - ou marginaux). C'est un autre problème, qui est aussi une part du problème (c'est pas pour rien que les genre/sexe/sexualités alternatifs se suicident plus à l'adolescence).
Mais on ne gère bien ça que si on se sent bien incarné : si on est bien dans son corps. C'est un truc essentiel - totalement essentiel. Parfois faire œuvre de militant permet de régler les deux problèmes - s'incarner dans l'action, la colère, et se donner à voir, gérer le regard qui voudrai nous diminuer. Ce n'est bien sûr pas la seule solution. Mais, j'insiste, assumer son corps, c'est vital - psychologiquement, et tout court. Assumer son corps, ça ne veut pas dire se trouver beau, se sentir bien dedans, non, ça veut dire... que son corps doit être un lieu de transparence, d'évidence pour les émotions et les sentiments qui nous traversent. Le "corps" dont je parle ici est plus vaste que les membres, les organes, les tissus : il comprend tous les affects - ce qu'on éprouve - mais aussi les gestes qu'on est capable d'y faire, la façon de se tenir (crispé ou pas, douloureux ou pas), le souffle, etc. Et je pense que les vêtements, les fards, les accessoires en font partie, comme une des interfaces entre l'habitation intime - ce que les autres ne perçoivent pas tout de suite - et les scripts sociaux.
Ce que tu exprimes - qui relève d'une question de genre, mais je ne suis pas un spécialiste - demande à être incarné. Ça veut pas dire qu'il faille le faire n'importe comment. On n'est pas bien de toute façon tant qu'on n'a pas trouvé son incarnation. C'est pour ça, en partie, si on veut, que l'adolescence est un passage difficile : les modes de l'incarné - de l'éprouvé, du mouvements, du désir, etc. - changent. Et de nos jours, l'adolescence ça dure longtemps... Y a donc sans doute à trouver quelque chose de ce côté là, et ça peut être plus ou moins simple. Mais ne croit pas que ça va te faire finir seul/e. T'es au début de ta vie d'adulte, ya plein de choses à y faire encore, et ce que tu ressens de solitude ou de crainte de la solitude s'évanouira à mesure que tu apprendras à habiter en toi-même - dans cette bouillasse invraisemblable que sont nos désirs, tout sauf rationnels, tout sauf ordonnés aux scripts sages des lois sociales
et d'autant plus perceptibles comme différents que les lois sociales insistent plus sur la nécessité de nous construire en large partie nous-mêmes : le genre de problème identitaire que nous avons aujourd'hui est assurément totalement inconnu des tribus à "Grands Hommes" en Papouasie, par exemple, où les normes sociales sont incomparablement plus rigides et rendent tout simplement impensables la possibilité de transgression, je passe. Parce qu'à mesure que tu te sentiras
vivre souplement dans cette masse d'habitudes de désirs, de choses complexes - pas nécessairement compliquées, mais foutrement mouvantes - qu'est une vie d'homme, tu attireras qui tu dois attirer - le tout étant de garder la tête sur les épaules pour ne pas accepter d'alliance avec n'importe qui.
Quand à des détails plus précis, ce que tu pourrais faire, où tu pourrais aller, à qui tu pourrais t'adresser, je suis sec. Il y a des gens sur ce site qui sont très certainement plus à même de t'apporter des réponses circonstanciées - je veux dire : adaptée à ce que tu décris - que moi, qui reste très généraliste (Mr Grumpy, mais je ne sais plus son pseudo, désormais, et probablement Blinded ?). Parce qu'il y a des hommes qui aiment les hommes qui ont un côté "alternatif". Je n'ai là-dessus pas le moindre doute.
Bon courage en tout cas. Inutile de t'en vouloir. On s'en voudra bien assez comme ça de l'insuffisance de nos réponses

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