"La cavalette", ou "elle veut encore déménager"
Publié : ven. nov. 08, 2019 6:39 pm
Bonsoir,
Voici ce qui me pose problème en couple depuis plusieurs mois ou même années, et je voudrais bien avoir vos avis là-dessus.
Ma compagne et moi (11 ans de vie commune) avons habité d'abord à Paris pendant longtemps. Elle est Parisienne et moi provinciale. A l'époque où nous habitions dans la capitale, elle me parlait très régulièrement de déménager, et moi, je disais oui ! parce que la vie parisienne m'épuisait ; mais elle voulait déménager pour aller à l'étranger, en fonction de l'endroit ou elle trouverait du boulot. Bon. Une fois, elle m'a proposé Londres. Elle n'avait pas de boulot précis en vue, mais elle travaille dans le business et la finance, donc il y avait certainement des "opportunités" comme on dit. Mais Londres, pour moi = froid, brouillard, logements à prix exorbitants, pas de sécu = non. Moi, je lui ai proposé Avignon (j'avais une possibilité de boulot), elle m'a dit non, c'est trop petit. Avec le recul, elle avait tout à fait raison par rapport à son travail.
Après a commencé une suite de propositions que moi j'ai jugées extravagantes, tandis que elle me jugeait, moi, complètement hermétique à l'esprit village global. Elle a regardé un boulot en Afrique du Sud (idéal pour des mamans lesbiennes, ça va sans dire... le taux de criminalité fait peur et moi, je n'avais aucune envie de vivre dans un bunker sécurisé avec des barbelés). Ensuite il y a eu l'épisode où elle a eu une proposition pour Singapour. Aah, Singapour, l'Asie, le high-tech ! Sauf que Singapour est une dictature qui pend les homos. J'ai refusé. Elle n'a jamais voulu comprendre que Singapour n'aurait de toute façon jamais délivré un visa d'immigration à une petite fonctionnaire française, je n'ai vraiment pas le profil recherché, et donc sans visa, pas d'école pour les enfants, etc. Ma compagne est pétrie de qualités de cœur, mais elle n'a pas la tête sur les épaules. J'ai l'impression que pour elle, le monde est un jardin d'exploration, une sorte de terrain de jeux pour les gens qui font du business, mais elle ne voit pas la réalité, la complexité de l'émigration, pardon, de l'expatriation : le déracinement, les problèmes matériels, les questions de papier, parce que pour elle, c'est à sa boîte de s'occuper de tout ça. Ensuite, il y a eu l'histoire de Dubai, mais là je reconnais, elle n'a pas insisté, elle a dû penser que je serais trop moche en tchador.
A la fin, au bout de 8 ans où je n'ai rien vu avec elle de concret et de faisable à l'étranger, nous avons déménagé ... en Province. C'est moi qui ai décroché un nouveau boulot et elle qui a accepté de me suivre en retournant de temps en temps à Paris pour son travail et en faisant du télétravail le reste du temps. Elle était d'accord, à 100 %, pour faire cela, et je lui en serais éternellement reconnaissante parce que c'est super pour moi dans cette nouvelle région. Je me sens vraiment bien ici, le rythme, le climat me plaisent énormément, c'est très agréable, je suis moins fatiguée.
Donc maintenant, j'en viens au problème : elle veut repartir. Elle ne sait pas où, mais elle veut partir loin, là où c'est à la mode, par exemple en Californie. A la moindre dispute, elle me reproche l'endroit où on habite, alors que le reste du temps, elle me dit que la région est très bien. Il y a beaucoup de hauts et de bas et en cas de bas, elle l'attribue souvent au fait qu'elle n'habite pas un endroit branché et à la mode. Si je râle pour un truc, elle me dit que je l'ai empêchée d'aller à Singapour, elle me répète que c'est mieux de vivre à l'étranger, pour les enfants surtout, pour qu’ils s'ouvrent au monde et apprennent une autre langue. Je pense qu'elle ne se sent pas bien dans un milieu provincial, mais honnêtement, jamais elle n'a été capable de me proposer un projet de famille à l'étranger qui tienne la route.
Nous avons des visions très différentes de la façon dont nous voulons vivre. Je me sens du coup en "insécurité". Alors qu'on est une famille de quatre, j'ai l'impression qu'elle a toujours besoin de se dire que c'est mieux ailleurs, bref, qu'elle veut fuir, qu'elle a des attentes pas très réalistes, comme si elle avait 20 ans et qu'elle n'avait pas de responsabilités. Il ne se passe pas un mois sans qu'elle me fasse remarquer le grand sacrifice qu'elle a fait de me suivre en province, alors que moi, j'ai refusé de la suivre dans des destinations lointaines et exotiques. A la limite, je le ferais s'il n'y avait que nous, mais il y a deux enfants, je dois gagner ma vie et je n'ai aucun penchant pour les prises de risques inutiles. Les raisons de mon malaise sont que je me sens perpétuellement "en dette" et presque sous la menace, parce que maintenant qu'elle est venue en province, elle attend que je lui dise qu'en échange, je vais la suivre à l'étranger, chacune son tour. Mais en fait : avec un projet bien défini, peut-être ; mais à la base, moi je suis bien là où je suis, j'ai envie de me poser un peu. Déjà que l'adaptation des enfants a été difficile ici en France, je m'imagine mal débarquer en terre inconnue, et j'en ai marre des déménagements. Qu'en pensez-vous ? Je me montre égoïste ? Je fais rater à toute la famille les "opportunités de la globalisation" ?
Je sais bien que c'est une sorte de problème de riche entre gens qui ont le choix et qui ont du boulot, mais à la fin, ça me mine et moi j'ai plus à perdre, il me semble. Merci pour vos avis...
Voici ce qui me pose problème en couple depuis plusieurs mois ou même années, et je voudrais bien avoir vos avis là-dessus.
Ma compagne et moi (11 ans de vie commune) avons habité d'abord à Paris pendant longtemps. Elle est Parisienne et moi provinciale. A l'époque où nous habitions dans la capitale, elle me parlait très régulièrement de déménager, et moi, je disais oui ! parce que la vie parisienne m'épuisait ; mais elle voulait déménager pour aller à l'étranger, en fonction de l'endroit ou elle trouverait du boulot. Bon. Une fois, elle m'a proposé Londres. Elle n'avait pas de boulot précis en vue, mais elle travaille dans le business et la finance, donc il y avait certainement des "opportunités" comme on dit. Mais Londres, pour moi = froid, brouillard, logements à prix exorbitants, pas de sécu = non. Moi, je lui ai proposé Avignon (j'avais une possibilité de boulot), elle m'a dit non, c'est trop petit. Avec le recul, elle avait tout à fait raison par rapport à son travail.
Après a commencé une suite de propositions que moi j'ai jugées extravagantes, tandis que elle me jugeait, moi, complètement hermétique à l'esprit village global. Elle a regardé un boulot en Afrique du Sud (idéal pour des mamans lesbiennes, ça va sans dire... le taux de criminalité fait peur et moi, je n'avais aucune envie de vivre dans un bunker sécurisé avec des barbelés). Ensuite il y a eu l'épisode où elle a eu une proposition pour Singapour. Aah, Singapour, l'Asie, le high-tech ! Sauf que Singapour est une dictature qui pend les homos. J'ai refusé. Elle n'a jamais voulu comprendre que Singapour n'aurait de toute façon jamais délivré un visa d'immigration à une petite fonctionnaire française, je n'ai vraiment pas le profil recherché, et donc sans visa, pas d'école pour les enfants, etc. Ma compagne est pétrie de qualités de cœur, mais elle n'a pas la tête sur les épaules. J'ai l'impression que pour elle, le monde est un jardin d'exploration, une sorte de terrain de jeux pour les gens qui font du business, mais elle ne voit pas la réalité, la complexité de l'émigration, pardon, de l'expatriation : le déracinement, les problèmes matériels, les questions de papier, parce que pour elle, c'est à sa boîte de s'occuper de tout ça. Ensuite, il y a eu l'histoire de Dubai, mais là je reconnais, elle n'a pas insisté, elle a dû penser que je serais trop moche en tchador.
A la fin, au bout de 8 ans où je n'ai rien vu avec elle de concret et de faisable à l'étranger, nous avons déménagé ... en Province. C'est moi qui ai décroché un nouveau boulot et elle qui a accepté de me suivre en retournant de temps en temps à Paris pour son travail et en faisant du télétravail le reste du temps. Elle était d'accord, à 100 %, pour faire cela, et je lui en serais éternellement reconnaissante parce que c'est super pour moi dans cette nouvelle région. Je me sens vraiment bien ici, le rythme, le climat me plaisent énormément, c'est très agréable, je suis moins fatiguée.
Donc maintenant, j'en viens au problème : elle veut repartir. Elle ne sait pas où, mais elle veut partir loin, là où c'est à la mode, par exemple en Californie. A la moindre dispute, elle me reproche l'endroit où on habite, alors que le reste du temps, elle me dit que la région est très bien. Il y a beaucoup de hauts et de bas et en cas de bas, elle l'attribue souvent au fait qu'elle n'habite pas un endroit branché et à la mode. Si je râle pour un truc, elle me dit que je l'ai empêchée d'aller à Singapour, elle me répète que c'est mieux de vivre à l'étranger, pour les enfants surtout, pour qu’ils s'ouvrent au monde et apprennent une autre langue. Je pense qu'elle ne se sent pas bien dans un milieu provincial, mais honnêtement, jamais elle n'a été capable de me proposer un projet de famille à l'étranger qui tienne la route.
Nous avons des visions très différentes de la façon dont nous voulons vivre. Je me sens du coup en "insécurité". Alors qu'on est une famille de quatre, j'ai l'impression qu'elle a toujours besoin de se dire que c'est mieux ailleurs, bref, qu'elle veut fuir, qu'elle a des attentes pas très réalistes, comme si elle avait 20 ans et qu'elle n'avait pas de responsabilités. Il ne se passe pas un mois sans qu'elle me fasse remarquer le grand sacrifice qu'elle a fait de me suivre en province, alors que moi, j'ai refusé de la suivre dans des destinations lointaines et exotiques. A la limite, je le ferais s'il n'y avait que nous, mais il y a deux enfants, je dois gagner ma vie et je n'ai aucun penchant pour les prises de risques inutiles. Les raisons de mon malaise sont que je me sens perpétuellement "en dette" et presque sous la menace, parce que maintenant qu'elle est venue en province, elle attend que je lui dise qu'en échange, je vais la suivre à l'étranger, chacune son tour. Mais en fait : avec un projet bien défini, peut-être ; mais à la base, moi je suis bien là où je suis, j'ai envie de me poser un peu. Déjà que l'adaptation des enfants a été difficile ici en France, je m'imagine mal débarquer en terre inconnue, et j'en ai marre des déménagements. Qu'en pensez-vous ? Je me montre égoïste ? Je fais rater à toute la famille les "opportunités de la globalisation" ?
Je sais bien que c'est une sorte de problème de riche entre gens qui ont le choix et qui ont du boulot, mais à la fin, ça me mine et moi j'ai plus à perdre, il me semble. Merci pour vos avis...