Charlie a écrit : On peut donc dire que l'église est intolérante et homophobe. Et je me pose la question plus large: cette intolérance, cette homophobie n'est elle pas intrinsèquement liée au catholicisme ?
Qu'en penses tu, De Luxe ?
Alors, je dirai oui et non, dans le sens où ce n'est pas seulement l'homosexualité qui pose un problème au catholicisme, mais la sexualité tout court.
Il me semble que de façon réellement constitutive, le christianisme déteste la sexualité, et le catholicisme après la réforme grégorienne la déteste encore plus que les autres églises puisqu'il interdit celle des prètres, mais enfin c'est une haine qui me semble vraiment essentielle et commune à tout le monde chrétien.
Je ne suis pas un spécialiste, mais ce que j'ai pu lire de Saint Augustin et d'auteurs plus contemporains me fait penser que l'idéal chrétien, c'est d'abord un idéal de chasteté ; que c'est le mode de vie chrétien en quelque sorte normal ; que l'hétérosexualité n'est admise, ou tolérée, qu'a minima, de façon utilitaire, juste pour éviter l'effondrement de la société et assurer la survie de l'espèce, et encore avec un certain dégoût (bien compréhensible d'ailleurs mais bref). Le vrai centre de la pensée chrétienne, son véritable idéal, son objectif, c'est, et dès le début, le monastère.
Je suppose que ce refus de la sexualité découle de la continuité de la philosophie antique (voir à ce sujet Foucault et le troisième tome de son
Histoire de la sexualité), qui avançait clairement vers des formes de renoncement à l'acte sexuel - l'amour platonique - renforcé certainement par les chinoiseries législatives du pentateuque et de sa stricte morale sexuelle, assez étonnante sans doute pour les autres civilisations (cependant, la torah ne proposait pas l'option de la chasteté, elle interdisait l'homosexualité de façon parfois claire, parfois moins claire, mais considérait que tout le monde devait avoir une vie sexuelle ; le christianisme va beaucoup plus loin dans le refoulement).
Dans le contexte de l'apparition du christianisme, qui a très vite un succès fou dans les classes les plus opprimées de la société mais également chez les femmes de la haute société, qui ensuite convertissent leurs maris, etc., j'imagine que c'est peut-être ce refus de la sexualité qui a été l'élément déterminant du succès de cette religion, dans un contexte où certes les moeurs étaient très libres, mais surtout libres pour les puissants, qui faisaient ce qu'ils voulaient des esclaves, et dans un très fort rapport de pouvoir. Il me semble logique que la sexualité antique, extrêmement violente et liée à des rapports de domination insupportables, ait conduit ceux qui en étaient le plus victimes à rejoindre l'idéologie qui rejetait le plus totalement cette sexualité. Dans un sens, le deal originel du christianisme, dans un monde antique horrible où les maîtres baisent leurs esclaves et en font ce qu'ils veulent, c'est de proposer une alternative où il n'y a ni maître, ni esclave, mais juste un Dieu et des fidèles, et où personne ne baise personne. Ce qui doit sembler un très bon deal à une époque où la notion de consentement est assez limitée.
Donc comme le christianisme rejette la sexualité, mais est bien obligé de tolérer des formes modérées d'hétérosexualité, il est certain que l'homosexualité, qui ne peut se justifier par la nécessité de la reproduction et appartient plus à la sphère culturelle païenne qu'aux moeurs austères du judaïsme, va prendre cher - mais pas vraiment plus, en fait, que toute les autres formes de sexualité non-utilitaire. Par exemple la sodomie, dans la logique chrétienne, est interdite tout court, pas seulement entre hommes, mais également dans un rapport homme-femme. Je dirais en somme que les bûchers catholiques n'étaient pas des bûchers spécifiquement homophobes, mais les outils d'une oppression plus généralisée sur les corps et les âmes.
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[quote="New starting"]...la Loi juive et la circoncision n'ont été appliquées à personne : ni aux juifs ni aux païens.[/quote]
Et c'était ça la bonne nouvelle !  |
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